LE PREMIER JANSÉNISME
dernière période de sa vie ; il semble que de temps en temps sa volonté fléchisse et que sa voix faiblisse dans larécitalion de ces durs conseils, quand il invite ses sœurs à reporter chacune sur l'autre et sur lui Tamour qu'ils avaient pour leur père et à « hériter de TaiTection qu'il leur portait pour s'aimer encore plus cordialement s'il est possible ». Nous avons une autre preuve de 4'ai'deur de ses croyances dans raffaire de Jacques Forton, dit Saint- Ange (février-avril 1()47). Cet ancien religieux ', conversant avec quelques jeunes gens, avait soutenu, entre autres thèses suspectes : « qu'un espritvigoureux peut, sans la foi, parvenir par son raisonnement à la connaissance de tous les mystères de la religion, que la foi n'est aux faibles qu'un supplément au défaut de leur raisonnement, etc.. » Ces opinions devaient évidemment révolter l'esprit de Pascal : elles contredisaient cette idée de la séparation de la raison et de la foi qui lui était si chère et rendaient inutile l'intervention de la grâce pour la conversion des hommes. Aussi n'est-il pas étonnant quïl se soit opposé de tout son pouvoir à la propagation de ces doctrines et qu'il ait poursuivi âprement Saint- Ange jusqu'à ce que ce dernier les eût désavouées.
1. Cf.' Cil. Uhbain, Un épisode de la vie de J.-P. Camus et de Pascal. {Revue d'histoire littéraire, l.j janvier 1895). Cet article complète celui de Cousin sur le môme sujet [Bibliothèque de VÊcole des Chartes^ 7 octobre 1843). — Voir aussi de BEAiiiErAiRE, 1\'\ffaire Saint-Ange {Actes de V Académie de Houe n. lî)01).
11 est môme curieux de voir combien son zèle dépassa celui de J.-P. Camus, évoque de Belley, et suppléant de M^*^ de Harlay; Tarchevéque de Uouen paraît presque avoir eu peur de Pascal, et il semble, à vrai dire, plus désireux de le satisfaire que personnellement préoccupé de cette hérésie. 11 est bien certain du reste, que, comme le dit sa sœur, Pascal s'est proposé uniquement de « détromper Frère Saint-Ange lui-même, et de l'empêcher de séduire les jeunes gens* », et la sincérité de son désintéressement doit un peu excuser le trop grand acharnement qu'il mit dans cette affaire. Le sentiment du devoir qui le rend ici persécuteur est le môme qui plus tard fera de lui un martyr -.