‹ Les époques de la pensée de PascalChapitre 38 sur 129 · Je me reucontrai, raulre jour · texte numérisé non relu

Je me reucontrai, raulre jour

Dedans le petit Luxembourg, Auquel beau lieu que Dieu bénie, Se trouve grande compagnie.

Tant duchesses que cordons-bleus.

Pour voir les effets merveilleux D'un ouvrage d'arithmétique, Autrement de mathématique.

Où, par un secret sans égal,

Un auteur qu'on nomme Pascal Fit voir une spéculative Si claire et si persuasive, Touchant le calcul et le jet Qu'on admira le grand projet.

Il fit encore sur les fontaines Des démonstrations si pleines Desprit et de subtilité.

Que Ion vit bien, en vérité.

Qu'un très beau génie il possède, Et qu'on le traita d'Ai'chimède ».

{La Muse historique.)

80 l.A PKNSEE DE PASCAL, III

Sablé, dont le salon précieux était alors florissant. A ce moment, « toute la France », comme ditM""" de Sévigné — c'est-à-dire la partie la plus brillante de la société, le Tout-Paris d'aujourd'hui — toute la France s adonnait aux lettres. L'hôtel de Rambouillet avait ofl'ert Texemple et le modèle des ruelles littéraires et de tous côtés on Timitait. Méré, l'arbitre de toutes les élégances, qui suivait la mode quand il ne la faisait pas, devait avoir des principes à lui sur le bon goût. Il dut servir de guide à Pascal, qui semble avoir jusque-là singulièrement négligé les lettres. C'est alors, sans doute que l'auteur des Peîîsées fit sa rhétorique^ : c'est alors qu'il comprit la supériorité du naturel sur les faux clinquants du mauvais goût, les défauts de certaines façons vicieuses de s'exprimer, le ridicule des vaines périphrases, des fausses antithèses, des puériles élégances; c'est alors qu'il lut des romans, qu'il fréquenta la comédie et en goûta le charme dangereux, qu'il apprit à discuter congrûment des mérites d'un sonnet-, etc. Tout cela, il l'eût sans doute trouvé

1. Pensées, II., vu, 25, 28, xxv, 2;>, 25 bis, 25 /er, 130, xxiv, 94, VII, 20, 22, xxv, r»8. XXIV, 64, vu, 24, etc. ; M., 329, 701, 334,753, 363, 23, 450, 326, 756,956, 328, etc.; B., 33, 29, 56, 15, 59, 54, 30,19, 27, 13, il, 32, etc. — Cf. Espinas, la Théorie littéraire de Pascal {Annales de la Faculté de Bordeaux, t. 111) ; Filoz, l'Esthétique de i^ascaZ (La Rochelle, 1884); Boltuoux, VArt de persuader d'après Pascal {Rev. des Cours et Conférences, 11 mai 1898); E. Faguet, les Idées littéraires de Pascal {Rev. des Cours et Conférences^ 13 décembre 1900); et G. Michaux, appendice 5.

2. Pascal a-t-il, lui aussi, commis de petits ouvrages dans le

OU fait par lui-même ; mais les conseils du chevalier n'y ont point été inutiles.

Les belles lettres et la galanterie formaient les occupations ordinaires des « précieuses » et des « honnêtes gens ». Les Pensées sur l'éloquence, le goût et l'art d'écrire nous sont une preuve que Pascal s'est, comme les autres, occupé de littérature ; le Discours sur les Passions de V Amour nous serait un témoignage qu'il n'a pas non plus négligé la galanterie *. L'authenticité de ce morceau a été contestée, et pour des raisons qui ne sont pas sans

goût précieux à la mode du temps? On lui attribue les deux pièces de vers suivantes :

Les plaisirs innocents ont choisi pour asile Ce palais, où l'art semble épuiser son pouvoir : Si l'œil de tous côtés est charmé de le voir. Le cœur à l'habiter goûte un bonheur tranquille.

On y voit dans mille canaux

Folâtrer de jeunes Naïades,

Les dieux de la terre et des eaux

Y choisissent leui's promenades ;

Mais les maitres de ces beaux lieux Nous y font oublier et la terre et les cieux.

De ces beaux lieux, j(;une et charma nie hôtesse,

Votre crayon m'a tracé le dessin,

J'aurais voulu suivre de votre main

J^a grâce et la délicatesse.

Mais pourquoi n'ai-je pu, j)eignant ces dieux en lair, Pour rendre plus brillante une aimable <léesse

Lui donner vos traits et votre air?

Ces deux morceaux seraient écrits de sa main au dos de deux tableaux du château de Fontenay-le-Gomte, près de Poitiers. Ils dateraient de son voyage en Poitou, de l'époque où il voulait faire le mondain, sans s'être encore dépouillé de ses goûts provinciaux ; ia « Sapho » de Clermont les eut admirés.

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