Histoire ffénérale de Port-Royal, t
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cations pionses, sans en être ébranlés. Pour lui, il était dans cot état que les mystiques de tous les temps appellent l'état de sécheresse, où le croyant voit supprimée la communication entre Dieu et lui, où son âme est impuissante à éprouver les sentiments d'amour divin dont elle était auparavant inondée. Mais la foi n'était point complètement étouffée en lui : affaissée pour ainsi dire sur elle-même, elle commcMiçait dés lors à se réveiller. Sa conversion a été amenée, préparée de loin par le sourd et lent travail de sa pensée intérieure. Ce n'a pas été un brusque retour h la vérité, le coup de foudre du chemin do Damas, une de ces révolutions morales qui, du jour au lendemain, bouleversent une âme; c'a été une lente évolution traversée de contradictions et de luttes, l'accroissement progressif du germe de foi qui subsistait en lui. Pour un incrédule qui se convertit, il y a, semble-t-il,un moment précis où il cesse d'être incrédule : il y a une rupture dans sa pensée. Une preuve nouvelle que Pascal n'a pas été incrédule, ce serait donc que sa conversion s'est faite insensiblement.
Vers la iin de septembre, il s'ouvrit à sa sœur «d'une manière qui lui lit pitié»; il lui avoua', que, « parmi toutes les choses qui pouvaient contribuer à lui faire aimer le monde et auxquelles on avait raison de le croire fort attaché, il était de telle
1. Lettre de Jacqueline du 25 janvier 1655 (L. 0. M., p. 356).
sorte sollicité de quitter tout cela, et par une aversion extrême qu'il avait des folies et des amusements du monde, et par le reproche continuel que lui faisait sa conscience, qu'il se trouvait détaché de toutes choses, d'une telle manière qu'il ne l'avait jamais été de la sorte, ni rien d'approchant». Et, depuis ce jour, il lui fit des visites « si fréquentes et si longues qu'il semblait qu'elle n'avait plus d'autre ouvrage à faire que de l'entretenir».
Mais, malgré ces bonnes dispositions, tout n'était point fini ; son esprit combattu ne pouvait se détacher du monde : « 11 était, disait-il, dans un si grand abandonnement du côté de Dieu, qu'il ne sentait aucun attrait de ce côté-là ; il s'y portait néanmoins de tout son pouvoir, mais il sentait bien que c'était plus sa raison et son propreesprit qui l'excitaient, que non pas le mouvement de l'esprit de Dieu. » Dans cet état pénible, il ne pouvait trouver le bonheur ni dans le monde ni dans la religion : l'un le fatiguait et inquiétait sa conscience tourmentée, l'autre n'avait encore point de charme pour lui et lui laissait toute sa sécheresse de cœur. Pour nous servir des termes dont il use dans son opuscule Sur la conversion du pécheur : « Un scrupule continuel combattait son âme dans la jouissance... des choses oii elle s'abandonnait auparavant avec une pleine effusion de cœur; mais elle trouvait encore plus d'amertume dans les exercices de piété que dans les vani-
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trs (lu mondée » C'est apparemment le souvenir de ces luttes qui lui faisait dire plus tard : « Il est vrai qu'il y a bien do la peine en entrant dans la piété... Notre cœuT se sent déchiré entre des efforts con- Iniires, clc.^ »
Ces troubles continuels trouvèrent enfin leur l(»rm(» le 23 novembre 1651, dans Textase qu'il eut, le soir, entre dix heures et demie et minuit. (]ette extase n'a donc pas été la cause, mais bien plutôt le couronnement de sa conversion. Elle fait connaître la date où cessèrent définitivement ses incertitudes, où furent rompues sans retour les dernières de ces a horribles attaches » qui le retenaient au monde : h partir de ce jour, il vit clairement le but fuyant qu'il cherchait en vain jusqu'alors, et il s'en saisit pour jamais.
Mais, si b» sens et la portée de cet événement no sauraioni otre douteux, il n'en est pas ainsi de sa nature mônu». L'« Amulette » — disons avec lo W Guerrier le Mémorial, pour éviter le mot fâcheux que Condorcet a lancé non sans motif — le Mémorial donc est-il simplement la formule écrite dos fermes résolutions que Pascal aurait prises après une méditation nocturne et ([u'il tenait à conserver toujours sous ses yeux? Y a-t-il quelque chose de plus et serait-ce le picnix monument d'une grAce toute
i. U., t. II, p. 31u;D., p. 197.