‹ Les époques de la pensée de PascalChapitre 51 sur 129 · Pensées, H., xxiv, 61 tev\ M., 2.j9; B · texte numérisé non relu

Pensées, H., xxiv, 61 tev\ M., 2.j9; B

spéciale qu'il aurait tenue de la bonté de Dieu, d'un ravissement*? La vue seule du fac-similé du papier trouvé dans les habits de Pascal suffit à prouver qu'il ne s agit point simplement d'un acte de bon propos. Ce mot Feu détaché au début, cette croix radiée qui domine, ces cris «joie, joie, pleurs de joie! » cet appel « mon Dieu, me quittcrez-vous? », tout cela ne peut s'expliquer que si Ton admet qu'après une méditation intense et une oraison passionnée, il se sentit en présence de Dieu^. Et,

1. Cf. FoissET, Sur Vauiulclte de Pascal [Annales de philosoplùe chrétienne^ 183o).

2. Cf. la première apparition à sainte ïtirrèse (H. Joly, p. 33). Voir aussi la nuit du P. Gratry et do Sécrétan (P. Chai:vin, le P. iiralry, Biuuil, 1901, p. lo et p. 21). — C'est ce que le D' Lélut appelait une '< hallucination o : VAmulelLe de Pascal, pour servira l histoire des hallucinalions (Bailliore, 1846). Cr. D*" Charles Bl\ei- Sanglk, la Maladie de Pascal (Annales médico-psychologiques, luars-avril 1899) : Pascal est un «neurasthénique héréditaire»! De bonne foi, qu'est-ce qu'un homme, je ne dis pas janséniste, ni catholique, ni chrétien, ni même religieux, mais un peu intelligent [les choses religieuses, peut trouver là qui ressemble à une hallucination ou à de la neurasthénie? En face de ces conceptions étroites, et pour ainsi dire grossières de la «raison», donnonsnous le plaisir de relire une page admirable et profonde, où un L'crivnin, en bien des points si éloigné de Pascal, se montre digne le lui et peut aider à le comprendre.

« La raison, qui est la fille aînée de notre intelligence, doit s'asseoir sur le seuil de notre vie morale, après avoir entr'ouvert les )ortes souterraines derrière lesquelles sommeillent prisonnières les orces vives et instinctives de notre être. Elle attend, sa l.'nnpe i\ a main; et sa seule présence rend ce seuil Inabordable à tout ce :jui n'est pas encore conforme à la nature de la lumière. Plus avant, lans les régions où ses rayons ne pénètrent pas, la vie obscure îontiDue. Elle ne s'en inquiète point, elle s'en réjouit au contraire. 211e sait qu'aux yeux du Dieu qu'elle désire, tout ce qui n'a pas ranchi l'arcade lumineuse, songe, pensée, acte même, ne peut rien ijouter, ne peut rien enlèvera l'être idéal qu'elle forme. Le devoir le sa flamme est d'être aussi claire, aussi étendue que possible, et le ne pas abandonner son poste. Elle n'iiésitc j)as tant qu'il n\v a

dans le Mystère de Jésus, ce dialogue que Pascal enji^agti avec son Sauveur n'est-il point un souvenir de cette preniièiv entrevue, où il se serait directement entrot(Miu avec le Dieu vivant, « d'Abraham, (Tlsaac et de Jacob »? C'est ce ravissement qui a fait cesser en lui la sécheresse de Tâme dont il se plaignait à sa sœur, et qui aura mis enfin d'accord son cuMir touché et sa raison convaincue.

Pourtant tout n'était pas fini encore. Si Pascal promettait dans son Mémorial : « Soumission totale à Jésus-(ihrist et à mon directeur », c'est qu'il avait (( cru de telle sorte que [sa sœur] ne le connaissait plus... en rhu milité, en la soumission, en la défiance et au mépris de soi-même ». Mais restait à choisir ce

qu'une agitation d'instincts inférieurs et de ténèbres. Mais il arrive que parmi les captives ({ui s'éveillent, des forces plus éclatantes qu'eile-méine s'approchent de l'entrée. Elles répandent une lumière plus iuiuiatérlelle, plus dill'use, plus incompréhensible que celle de la flamme nette et ferme que protège sa main. Ce sont les puissances de l'amour, du bien inexplicable, d'autres plus mystérieuses, plus infinies encore qui demandent à passer. Que faire? Si elle s'est as^i.-ti- sur le seuil, alors qu'elle n'avait pas acquis le droit de s'y asseoir pnrco qu'elle n'avait pas encore eu le courage d'apprendre qu'elle n'él.iii jtMs soiilo au monde, elle se trouble, elle a peur, elle referme les portes; et si jamais elle se résout à les rouvrir, elle ne retrouve (|u'une poignée de cendres légères au bas des marches sombres. Mais si sa force ne tremble pas, parce que tout ce qu'elle n'a pu apprendre lui a du moins appris qu'aucune lumière n'est dangereuse, que dans là vie de la raison on peut ris- '/uer la raison même dans une clarté plus grande^ d'ineffables échanges auront lieu, de lampe à lampe, sur le seuil. Des gouttes d'une huile inconnue se mêleront avec l'huile de la sagesse humaine ; et, quand les blanches étrangères seront passées, la flamme de sa lampe, à jamais transformée, s'élèvera plus haute, plus puissante et plus pure entre les cu'onnes du porche agrandi. » (Maurice M.4:ili.i,i.n':k. la Sa(/esse et la destinée, Charpentier, p. 78 sq.)

directeur auquel il se soumettrait « d'un assujétissement parfait » ; et là dessus « il eut à rendre en lui-môme bien des combats ». Sans doute, il y avait M un reste d'indépendance caché dans le fond du cœur, qui faisait arme de tout » ; car tout persuadé qu'il fût « qu'il lui fallait [un guide] et quoique celui qui lui fallait fût tout trouvé et qu'il ne pût penser à d'autres », il hésitait encore : « La défiance qu'il avait de lui-même faisait qu'il craignait de se tromper par trop d'affection, non pas dans les qualités de la personne, mais sur la vocation dont il ne voyait point de marque certaine ^ »

Cette fois encore, la voie lui fut montrée. « Dieu permit, dit Marguerite Périer-, qu'un jour de la Gon-

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