‹ Les époques de la pensée de PascalChapitre 55 sur 129 · H., t. Il, p. 297: lî., p · texte numérisé non relu

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possède, de la discerner d'avec le faux quand on l'examine; ses démonstrations sont méthodiques et parfaites; ce qui passe la géométrie nous surpasse ; Tordre géométrique est « le plus parfait entre les hommes* », etc.

Il ne renonçait point non plus à la philosophie ; et môme il y était ramené par ses conversations avec MM. de Port-Roval. « M. de Saci, dit Fonlaine, dans ses Mémoires, crut devoir mettre M. Pascal sur son fond et lui parler des lectures de philosophie dont il s'occupait le plus... M. Pascal lui dit que ses deux livres les plus ordinaires avaient été Epictète et Montaigne, et lui fit de grands éloges de ces deux esprits^. » Dans cet Entretien que nous a conservé Fontaine, Pascal semble encore faire cas de « ces études philosophiques dont les chrétiens retirent si peu d'utilité». Assurément il met en pleine lumière la contradiction des deux systèmes, qui ne voient, l'un que la grandeur, l'autre que la bassesse de l'homme ; il manifeste « une grande joie de voir la superbe raison si invinciblement froissée par ses propres armes»; il insiste sur ridée que seule la religion chrétienne peut résoudre ces contrariétés et concilier le Manuel avec les Essais, Mais du moins il reconnaît que ces contrariétés mêmes ont un bon résultat, puis-

i. Passim.

'2. II., t. I, p. cvxiii; B., 1-48.

qu' « elles Tont conduit à la véritable religion ));et dans Tallure générale de Texposé, dans le ton dont il s'exprime, il conserve encore une certaine modération qu'il n'aura [)lus, quand il s'écriera un jour: (( Quelle chimère est-ce donc que Thomme...

cloaque d'incertitude et d'erreur* ! »

C'est que, après la victoire qu'il venait enfin de remporter sur le monde et sur lui-même, un grand apaisement s'était fait en lui. Délivré des remords qui le tourmentaient auparavant, heureux de se retrouver en union de sentiments avec ceux qu'il aimait, désormais sAr de la voie dans laquelle il allait s'en}::îiger, il avait acquis la joie et la sérénité chrélienn<»s et sou bonheur s'accroissait du souvenir de ses an«;oisses passées. « J'ai, lui écrivait Jacqueline le 19 janvier lôoT), j'ai autant de joie de vous trouver ^ai dans la solitude, que j'avais de douleur quand je voyais que vous l'étiez dans le monde -. » Pour cpn» la foi de Pascal prenne un caractère plus ascélique et plus sombre, il faudra qu'elle soit surexcitée par la contradiction, enflammée encore par le miracle de la Sainte-Epine, attristée par la persuasion où il sera que les autres hommes se damnent et qu'il ne peut guère pour leur salut.

La joie de Port-Royal tout entier avait été grande à la. conversion de Pascal; et ce triomphe dut con-

soier un peu les jansénistes des persécutions qu'ils commençaient à souffrir. Pour le dogme, ils soutenaient une doctrine suspecte et contre laquelle s'élevaient beaucoup de théologiens*; pour la dis-

1. Cf. BossuBT, raison funèbre de Xicolas Cornet : « Sage, tranquille et posé qu'il était, il se mit à considérer attentivement quelle était cette nouvelle doctrine [le mot est dur pour Jansénius, qui se pique au contraire de n'être pas « nouveau » et appelle toujours ses adversaires : « récentes », « recentiores »] et quelles étaient les personnes qui la soutenaient. Il vit donc que saint Augustin, qu'il tenait le plus éclairé et le plus profond de tous les docteurs, avait exposé à rËglise une doctrine toute sainte et apostolique touchant la grâce chrétienne ; mais que, ou par la faiblesse naturelle de l'esprit humain, ou à cause de sa profondeur ou de la délicatesse des questions, ou plutôt par la condition nécessaire et inséparable de notre foi, durant cette nuit d'énigmes et d'obscurités, cette doctrine céleste s'est trouvée nécessairement enveloppée parmi des difficultés impénétrables : si bien qu'il y avait à craindre qu'on ne fût jeté insensiblement dans des conséquences ruineuses à la liberté de l'homme. Ensuite il considéra avec combien de raisons toute rÉcole et rÉglise s'étaient appliquées à défendre ces conséquences ; et il vit que la Faculté des nouveaux docteurs en était si prévenue qu^au lieu de les rejeter, ils en avaient fait une doctrine propre : si bien que la plupart de ces conséquences que tous les théologiens avaient toujours regardées jusqu'alors comme des inconvénients fâcheux, au-devant desquelles il fallait aller pour bien entendre la doctrine de saint Augustin et de l'Église, ceux-ci les regardaient, au contraire, comme des fruits nécessaires qu'il en fallait recueillir, et que ce qui avait paru à tous les autres comme des écueils contre lesquels il fallait craindre d'échouer le vaisseau, ceux-ci ne craigncdent point de nous le montrer comme le port salutaire auquel devait aboutir la navigation. » Et plus loin, après avoir, selon saint Grégoire de Nazianze, caractérisé les fauteurs de troubles dans rÉglise, esprits <i excessifs, insatiables et portés plus ardemment qu'il ne faut aux choses de la religion », Bossuct continue : « Notre sage et avisé syndic jugea que ceux desquels nous parlons étaient à peu près de ce caractère, grands hommes, éloquents, hardis, décisifs, esprits forts et lumineux : mais plus capables de pousser les choses à l'extrémité que de tenir le raisonnement sur le penchant, et plus propres à commettre ensemble les vérités chrétiennes qu'à réduire à leur unité naturelle : tels enfin, pour dire en un mot. qu'ils donnent beaucoup à Dieu et que c'est pour eux une grande grâce de céder entièrement à s'abaisser sous l'autorité suprême de l'Église et du Saint-Siège. »

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cipliIU»^ ils prêchaient une réforme intérieure de TEglise par un retour à Taustérité des premiers Ages; et le clergé, comme les fidèles, refusait en général de les suivre. Pascal avait naturellement embrassé ces idées avec son emportement habituel. Dans sa Comparaison des chrélie?is des premiers /emps avec ceux d'aujotinrhui (1(555?)^, il insiste avec amertume sur le relâchement extrême de rh]glise et voudrait y porter remède. Mais c'est dans les Provinciales que se trouvent au plus haut point unies ces deux exigences — d'ailleurs connexes — du jansénisme : la réforme du dogme et la réforme de la morale. En effet, si douze ou treize Provinciales sont consacrées à la question de la casuistique et de la morale facile, il y en a cinq ([ui sont exclusivement remplies par la théorie de la grAce. Sans doute, les Provinciales qui traitent

1. BossiKT, loc.cil. « Quel(|ues [docteurs], non moins extrômes [que ceux qui <^ portent des coussins sous les coudes des pécheurs»], ont tenu l«'s consciences captives sous des rigueurs très injustes : ils ne peuvent supporter aucune faiblesse, ils traînent toujours Tenfer après eux, et ne fulminent que des anathèmes... Que dirai-je de ceux qui détruisent par un autre excès [que l'excès des casuistes], Tesprit de la piété: qui trouvent partout des crimes nouveaux et accablent la faiblesse humaine en ajoutant au joug que Dieu nous impose? Qui ne voit que cette rigueur enfle la présomption, nourrit le dédain, entretient un chagrin superbe et un esprit de fastueuse singularité, l'îiit parait re la vertu lrf>p pesante, l'Evangile excessif, le christianisme impossible?... Cimix qui mettent la vertu trop haut, à qui toutes les faiblesses paraissent des crimes horribles, ou qui, des conseils de perfection, font la loi commune de tous les fidèles, ne doivent pas se vanter d'aller droitement, sous prétexte qu'ils semblent chercher une régularité plus scrupuleuse.»

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