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de la morale ont dans la suite paru être les plus importantes et exercer Tinfluence la plus vive : mais leur succès tient assurément à des causes où la théologie et la morale n'ont qu'une part assez restreinte : leur mérite littéraire a séduit les connaisseurs ; les ennemis des Jésuites les ont portées aux nues, pour ébranler le crédit de la puissante Société; les ennemis du christianisme en ont tiré parti pour discréditer l'Eglise elle-môme, la confession et la direction de conscience. Néanmoins, si Pascal a jugé utile à sa cause de faire dans ces douze lettres une diversion efficace contre l'adversaire, on peut être certain que celles oii il expose le dogme janséniste de la grâce ne sont point à ses yeux les moins importantes ^ Bien plus, la question
1. Car les questions qui y sont traitées sont pour un catholique et un chrétien de la plus haute importance. On demandait d'abord à la Sorbonne : Dans ses Lettres à une -personne de condition et à un duc et pair ^ Arnauld, par la fameuse distinction du droit et du fait^ ne cherchait-il pas un subterfuge pour maintenir les doctrines condamnées, tout en paraissant se soumettre? C'est la question de rinfaillibilité de l'Église : si l'Église ne peut valablement décider que telle doctrine est ou n'est pas dans tel ouvrage, sa décision n'aura jamais de valeur pratique, son autorité pourra toujours être éludée, et son infaillibilité reste théorique et platonique. On demandait encore à la Sorbonne : Dans ces mêmes lettres, Arnauld no reprenait-il pas pour son compte la première proposition condamnée, que la grâce nécessaire est parfois refusée aux justes? C'est la question du libre arbitre : si Dieu ne refuse jamais sa grâce à un juste qui le prie comme il faut, mais si <:eu.\-li'i seuls le prient comme il faut qui ont reçu gratuitonirnt la gnlce spéciale de prier ainsi, la grâce est tout, la liberté humaine n'est rien, et la ditlerence entre le catholicisme et le calvinisme s'atténue singulièrement. Pour un homme comme Pascal, il est peu de débats plus graves. — Une autre preuve de l'importance des questions aux yeux de Pascal, c'est la fausseté delà situation où il se laisse mettre pour vouloir à la
de la casuistique n'attire son attention que pour se rattacher (Mroitement à la question de la grâce^ Car il est évident qu'une morale relâchée ou même indulfçonte ne s'accorde point avec un sentiment bien profond de la perversité foncière de l'homme et de la déchéance originelle : si la nature, sans la grâce, suffit pour observer la loi morale, c'est que
fois niainlrnir In doctrine janséniste et proclamer rinfaillibilité de rÉjiiise, et les elforts désespérés qu'il fait pour sortir de cette impasse : s'il n'y îi pas de jansénisme s'il n'existe aucune différence entre le jansénisme et le nouveau thomisme (Prov.^ xvn et xvm), pourquoi toutes ces p()lémi(|nes, et pourquoi ne pas se soumettre? Si l'hl^lise est infaillible, pourquoi lui dénier en fait cette infaillibilité qu'on lui rt'(!onnait en droit? Pascal a beau faire, il ne s'en tire que par des arguties et fies chicanes. — Une dernière preuve enfin, c'est le sacrifice aur(uel il s'est résif^né. quand, pour sauvegarder la «vérité», il a rompu avec Home. 11 avait protesté jadis — avec quelle solennité! — qu'il ne se séparerait jamais de « l'Église catholique, apostolique et romaine, dans laquelle il voulait vivre et mourir, et dans la coïiDnun'inn avec le pape, son souverain chef^ hors de laquelle il étail très persitadr qu'If uf/ a pas de salut t, (Prov.^ xvii). Et le pape le condanmo, et Pascal ne peut pas se dissimuler qu'il condamner avec lui .lansénius. Alors seulement il distingue avec netteté entre l'Kglise et Rome; alors il dit h Rome : «Vous avez condamné la vérittî: j'en aj>pelle à l'Kglise universelle et à Dieu : ad tuum, Pomine Jesu, Irihunul appello. » Combien ce pas a dû lui coûter, et comme il a fallu (pie la doctrine de la grâce lui parût plus précieuse que tout au monde.
1. Un a essaya de démontrer que la casuistique est légitime, nécessaire, et qu'elle a existé dès l'antiquité dans les écoles les plus sévères [f'f. Thamin, Un jn'oblème moral dans V antiquité, Elude sur la casuistique stoïcienne, i8S4, et BitUNKTiÈRE, Une apologie de la casuistique {llist<tire et littérature, t. 11] et l'on a assurément raison contre Pascal. Mais cet argument l'eùt-il convaincu? et Texeuiple d(; païens lui eût-il paru probant? Eût-il même été convaincu par l'exemple «les chrétiens depuis le xii" siècle environ, lui dont le maître, Jansénius. faisait profession de se rattacher directement aux Pères et à saint Augustin en particulier? (Cf. la note de GiHAi:i), p. 88.) — Il faut reconnaître d'ailleurs que personne n'a nié les abus de certains casuistes ; ce qu'on a reproché à Pascal, c'a été d'attribuer ces abus à tous les Jésuites et aux seuls Jésuites. Bourdaloue s'en plaint avec amertume et s'écrie, visant à la fois la
cette morale est «toute païenne ». Voilà pourquoi Pascal devait attaquer la morale des Jésuites comme il attaquait leur doctrine de la grâce : il voyait dans Tune un principe faux, dangereux et hérétique et dans l'autre une conséquence très logique de la première ^ mais par là même fausse, dangereuse et hérétique.
Dans la polémique qui s'ensuivit, il arriva naturel-
Théologie morale des Jésuites et les Provinciales : « La loi de Dieu nous défend d'attaquer même la réputation d'un particulier; mais, par un secret que l'Évangile ne nous a point appris, on prétend, S8U1S se départir de l'étroite morale qu'on professe, avoir droit de s'élever contre des corps entiers, de leur imputer des intentions, des vues, des sentiments qu'ils n'ont jamais eus; de les faire passer pour ce qu'ils ne sont point, et de ne vouloir jamais les connaître pour ce qu'ils sont; de recueillir de toutes parts tout ce qu'il peut y avoir de mémoires scandaleux qui les déshonorent, et de les mettre sous les yeux du public avec des altérations, des explications, des exagérations qui changent tous les faits et les présentent sous d'affreuses images. » [Sermonsiir [fiSéve'ritéchréiieune.) Cf. entre autres le P. Daniel, Entretiens de Cléandre et d'Eudoxe, 1694-1696, et Lettres de Vabbé... à Eudoae, 1698; abbé Maynahd, Pascal, sa vie, son œuvre, son caractèi^e et ses écrits (Dezobry, 1850); Bertrand, les Provinciales {Rev. des Deux Mondes, i"' septembre 1890); Bruxetière, Des Provinciales à propos de discussions récentes (Études critiques, 4" série); M«' d'Hulst, Une nouvelle appréciation des Provinciales {Correspondant, 27 septembre 1890).
1. J'ai dit plus haut que Pascal avait fait une «diversion». Ce mot doit être expliqué. Quand Pascal a entamé la discussion morale, et, laissant là les débats sur la grâce, s'en est pris à la casuistique, je crois bien en effet que, dans sa pensée, c'était une diversion. 11 s'agissait de reposer le public des discussions abstraites de théologie ; il s'agissait surtout d'enlever à l'avance toute valeur à la sentence inévitable qui allait frapper Arnauld en rendant ridicules ou odieux ceux qui la provoquaient ; et Pascal sans doute ne prévoyait pas lui-même qu'il tarderait tant à revenir à la théologie pure. — Mais à prendre les choses d'un peu haut, cette diversion n'en est pas une : Pascal est en plein dans son sujet quand il traite de la morale, parce que la différence entre la morale des casuistes et la morale des jansénistes n'est qu'un signe, une traduction pour ainsi dire, de Popposition que présente leur conception de la vie chré-
l-2i'. LA PENSÉE DE PASCAL, IV
l»»mont Lv qui se proiliiit dans toutes les discussions : les deuxparlis s'obstinèrent chacun dans sa thèse', virent de plus en plus clairement la fausseté de la tlirse opposée, en conclurent vite à la mauvaise foi et il la malice de leurs adversaires, si bien qu a nn'sureque leurs doctrines allaient se pn5cisant, leur conviction allait s'exaspérant. Les objections et les pamphlets, en (ddi^eant Pascal à une logique plus
ticiiiii* : les nus veulent anéantir la nature devant la Ini divine, les autres sfflV»rofnt île ouncilier la nature et la loi divine, les uns CFnient i|i:e rhi>ninie n'est rien et ne peut rien que le mal, les autr<>> rn<ifnt ifui* l'huninu' peut coopérer à snn salut. Montrer le vicf lie la nMrili' dt-s Jésuites, ce sera donc montrer l'erreur des principes dmit elle déc«inl«'. en particulier de leur doctrine sur la m;u'r. c'est rnntiinu'r ia ;>» rut e guerre sur un terrain tout voisin.
1. 11 ne saurait être iiucstinn de mettre en doute la bonne foi de Pascal. M:iis il faut bii'n rerunnaitre qu'il y a dans sa conduite de petites rhoses fâcheuses. Il semble équivoquer un peu trop habilement sur li's termes quand il «léclare n' « être pas du Port-Royal ». N y a-t-il pas I.« nn peu de restriction mentale? — Lui qui poussait les hauts cris de re qu'on eiit tiré les cinq propositions de VAugusiinns. n'.-i-t-il pas usé du même procédé d'abréviation et d'élagage piMir tirer les décisions scandaleuses des livres des casuistes, et, ce qui est plus .i:rave. n'a-t-il pas ^ une fois ou deux supprimé ou remplai-é p.ir un ete. des décisions de saint Thomas, conformes aux dérisions des casuistes qu'il traitait de relâchées» (Lanson. Grande Eni'tjclnpèil'ie/i Cf. l'orl-:.nf/al. 111. \'2il sq. — Mais surtout n'a-t-il pas .-idmis un peu tr«ip lé^rèrement les renseignements qu'on lui ftiurnissait autmirde lui? (-f. l*urt-HnyuL V, 7'J n«)te.) 11 écrit: «Si la curiosité me prenait de savoir si ces propositions sont dans Jaiisénius. Son livre n'est ni si rare ni si ^ros que je ne puisse le lire tout enliiT piiur m'enéclaircir. ^> Pourquoi cette curiosité ne l'a-t-elle [)as pris? ou si elle la pris v{ t-lU" a «lu le premlre". pourquoi dit-il que non? Om lui a répété qu'il est impossible de trouver les cinq propositions niul ti mut dans ['Atit/usflnus: et lui, qui sait si bien quand il le veut «iécouvrir le faible d'un raisomiement. il ne réfléchit pas que ce « mot à mot •> M tout l'air et la valeur) d'une chicane de mauvais plaideur, que la seule cht»se im|MH'tantf est de savoir si elles y sont quant au sens: il ne se demande pas s'il y a vraiment une différence entre les prupo-itions condanmée< et les doctrines authentiques de Jansénius. (If. d'ailleurs sur VAut/usinitts et les cinq propositions l'appeuilice '.\.
étroite et plus serrée, le forcèrent à suivre sa doctrine jusqu'au bout et à pousser jusqu'à ses conséquences les plus éloignées le dogme terrible de la prédestination. La présence continuelle de ces croyances dans son esprit les lit pénétrer de plus en plus dans dans son âme, les incorpora pour ainsi dire à sa substance pensante et en fit invinciblement les principes directeurs de sa raison, de son imagination et de sa conduite. Assiégé dans Port-Royal, ce fort du jansénisme, par les pamphlétaires, par les Jésuites, "par la Sorbonne, par le gouvernement, parle Pape, il fut bien vite saisi de la fièvre qui animait tous les défenseurs, et sa foi n'admit plus aucun tempérament. Cette chaleur toujours croissante, nous la sentons d'une manière assez évidente dans la succession de ses Provinciales, Dans les trois premières, où cependant il agite les graves matières de la grâce et expose les subtilités d'une chicane théologique, il a pris un tour et un air cavaliers, tout nouveaux alors dans la polémique religieuse. Il se souvient des élégances mondaines qu'il a jadis acquises dans les salons, et traite ces questions obscures avec l'agrément d'un hoaime du monde et la souplesse d'un homme d'esprit : l'auteur de VArt de persuader^ désireux de plaire à son public, sait bien lui faire quelques sacrifices et ne recule point môme devant les jeux de mots '.
1. Lettre i (les mots prochain et suffisant). Cf. les assonances comiques de la y*.
(Ve>\ Lion mieux em-ore. quand, avec la quatrième lettre, il conimenc»' la comédie et pose devant nous la candide lif^ure do ce bon Père Jésuite, si plein de bonnes intentions et si naïvement malhonnête homme, mauvais chrétien et mauvais prêtre. Alors, apW's un si^ne d'intelligence au public, il Tentreprend, le circonvient, le trouble et, sans que sa victime s'en doute, il lui arrache les aveux les plus comprometlants, soit qu'il le pique par une feinte incrédulité, >oit »ju'il Texcitr par une admiration simuléi*. si»it «ju'il l'encourage par une curiosité admirative. soit qu'il le [jousse à s'enferrer davanlaue |mr d«*s protestations indignées.
Mais, quand il connaît mieux la morale qu'il ridiculisait d'abord sur la parole de Port-KoyaP, quand il a découvert tous les scandales de la casuistique relîlcliée, la profanation des sacrements qu'elle
I. Il s'est servi «l'îiltonl ilu recueil janséniste. Théologie morale des jpsiiilea, ej'fraife fulèlemenl tic leurs livreai^* édition, 1644}, et «les notes qne lui fnurnissaiLiit ses amis «le Port-Koj'al. Cf. Lassos, les i*iin:inc'iales et le livre de la tliéolugie morale des jésuites (Ren. dliisl.im . l;j avril i'JUO et la nnte sur les /Voriric/a/f;^ publiée par M. (iazier 'llisl. de la litl . /ranraise, Colin, t. IV, p. 591; : <nLes 1", 2". 3*. i' «Mit èti." laites à Paris. — M. Nirule corrigea la 2" à Paris. — La 'A" a été revue à Paris par M. Nirule. — Les 6*, 1* et 8' ont été revue-; par M. Nirule à l'hùtel «les Ursins. — Les 9*, 11, 13', 14* et l;*"«iMl été revui's chez M. ilanielin, demeurant près Port-Royal (lu faubourg; avec M. Arnauld. — M. Nicole n'a eu aucune part à la l()^ — Le dessein de la L'i' et de la 14' est de M. Nicole. — La 15* est toute <le .M. Pascal, mais il y a fourré une partie de la matière (jue M. Nicole avait donnée pour la 16". — La 18' a été faite sur la ÎJ' disquisition de Paul Irénée, qui est M. Nicole. — La réponse à la réfutation de la 12^ est de M. Nicole. — On peut juger que M. Arnauld a eu part à la 3" par ces lettres qui se voient à la fin
autorise, Tabus qu'elle fait de la parole divine, la complicité qu'elle offre aux crimes des pc^cheurs», alors il ne peut continuer sur ce ton de raillerie. Nous sentons, dans ses lettres, monter de plus en plus le grondement de sa colère intérieure^, jusqu'à ce qu'enfin il éclate et rejette désormais tout masque : « mon Père, il n'y a point de patience que vous ne mettiez à bout et on ne peut ouïr sans horreur les choses que je viens d'entendre ! » C'est qu'entre cette dixième lettre et les précédentes, il s'était passé un événement capital dans sa vi(» : le miracle de la Sainte-Epine, qui eut lieu à Port-Royal, le 24 mars 1656, pourlaguérison de Marguerite Périer, sa nièce et sa filleule.
K.A.A.B.P.A.F.D.E.P. lesquelles signifient Biaise Pascal, Auvergnat, fils d'Etienne Pascal et Antoine Arnauld. » [Catalogue des écrits sur la grâce et autres matières, fait par M. Fouillou (inédit).] C'est plus tard seulement que Pascal a lu lui-môme « deux fois Escobar tout entier » et sans doute aussi qu'il a toujours pris soin de vérifier le contexte [Recueil cVUl redit, p. 280).
1. Cf. Provinciale xi : «Car, mes Pères, puisque vous m'obligez d'entrer en ce discours, je vous prie de considérer que, comme les vérités chrétiennes sont dignes d'amour et de res[)ect, les erreurs qui leur sont contraires sont dignes de mépris et de haine, parce qu'il y a deux choses dans les vérités de notre religion : une beauté divine qui les rend aimables, et une sainte majesté qui les rend vénérables; et qu'il y a aussi deux choses dans les erreurs : V impiété qui les rend horribles, et Y i)n pertinence i\m les rend ridicules^ etc. » Et Provinciale xii : « Vous croyez avoir la force et l'impunité; mais je crois avoir la vérité et Yiyinocence, etc. h
2. CSoière excitée encore par le déluge de réponses, de pamphlets et d'injures qui fondirent sur lui (Voir la liste dans Lansox. Grande Encyclopédie et dans Backeh et Sommkhvugel Uildiothèque des éciHvains de la Compagnie de Jésus, Liège, Paris, 187G-1890) et plus encore peut-être par la cynique Apologie du P. Pirot (1C57).
ÂPRES LE MIBÂCLE
LES DERMKRKS PROVINCIALES. LES LETPRES A m"*" DE
R0ANM:Z. — LES PENSÉES. — ASCÉTISME l MÉPRIS DE LA SCIEMIE ET DE LA PUILOSOPUIE, RENONCIATION AIX AFFECTIONS NATURELLES ET A l'aMOUR-PROPRE, OBSTI- NATION JANSÉNISTE.
L'influence que le miracle a exercée sur l'esprit de Pascal ne saurait être exagérée. Tout d'abord, il le persuada de la vérité de sa cause et de la sainteté de la lutte (juil soutenait. « Quelque temps auparavant, il avait eu un entretien avec un homme sans religion, qui concluait de ce qui se passait dans
l'Eglise, qu'il n'y avait point de Providence
M. Pascal ri'pondit sans hésiter qu'il croyait les miracles nécessaires et qu'il ne doutait point que Dieu n'en lit incessamment L » Et voici que dans ce
1. Recueil (TUlrecht, p, 300. — Est-ce Méré (B^unschvicg, p. 323)?
APRES LE MIRACLE 13i
couvent de Port-Royal, asile du jansénisme, que tant de « cruels et lâches persécuteurs » présentaient comme un séminaire de l'hérésie, Dieu lui-même manifestait sa volonté d'une manière éclatante. Au milieu du siècle stupéfait, on l'entendait « cette voix sainte et terrible qui étonne la nature, et qui console l'Eglise* », et le Crucifié répondait pour les religieuses calomniées. Pour méconnaître un tel miracle, pour ne point voir la main de Dieu, ne fallait-il pas que les ennemis de Port-Royal fussent aveuglés ? et cet aveuglement n'était-il point inexplicable si Ton ne recourait h la volonté divine et au dogme de la prédestination? Oui, c'était bien là l'un de ces miracles faits non point pour éclairer les incrédules, mais pour perdre définitivement ceux que les décrets incompréhensibles de la Providence avaient condamnés à la damnation éternelle, ceux qu'elle voulait « empêcher de croire ». Qu'était-ce à dire sinon que combattre pour le jansénisme, c'était combattre pour Dieu même : tout le christianisme était ramené au jansénisme et la véracité de l'Evangile confirmait celle de VAufpfstimfs. « L'Eglise est sans preuves, s'ils [les négateurs du miracle] ont raison ^\ » M""" Périer nous atteste que ce fut cette occasion qui a fait naître en son esprit la
i. Provinciale^ xvi. — Cf. Hippolyte Blanc, le Merveilleux dans le fansénisme, le magnétisme, le méthodisme et le baptisme américains, Tépidémie de Morzine, le spiritisme (Paris, in-8', 1865).