‹ Les époques de la pensée de PascalChapitre 65 sur 129 · H., XXIV, 100; M., 942; B · texte numérisé non relu

H., XXIV, 100; M., 942; B

Fermât, il lui dit que, si la géométrie est le plus « haut exercice » de l'esprit, elle est bien inutile, et il ajoute: « Elle est bonne pour faire l'essai, mais non l'emploi de notre force... de sorte que je ne ferais pas deux pas pour elle... Je suis dans des études si éloignées de cet esprit, qu'à peine je me souviens qu'il y en ait^ » La science des lignes et des corps n'est plus, aux yeux de Pascal, qu'une curiosité stérile-.

La môme indifférence s'étend aussi à la philosophie. Déjà, après la nuit de l'extase, Pascal invoquait le « Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, non des philosophes et des savants ». A plus forte

2. M. Lanson va même jusqu'à penser que le fameux argument du pari — où le géomètre semble reparaître sous l'apologiste — « n'a peut-être jamais été destiné à V Apologie : ... Pascal, dans son Apologie, a conçu quelque chose de plus relevé que cet étrange morceau, destiné sans doute à faire effet sur quelque géomètre libertin» (Granc/e Encyclopédie). Taine, au contraire, disait : « C'est dans ce dernier morceau qu'est tout Pascal » {Notes inédites) ; ce qui paraitbien exagéré. — Dès la première édition, Port-Royal avait mis en tête du pari la note suivante : « Avis. Presque tout ce qui est contenu dans ce chapitre ne regarde que certaines sortes de personnes qui, n'étant pas convaincues des preuves de la religion et encore moins des raisons des athées, demeurent en un état de suspension entre la foi et l'infidélité. L'auteur prétend seulement leur montrer par leurs propres principes et par les simples lumières de la raison qu'ils doivent juger qu'il leur est avantageux de croire et que ce serait le parti qu'ils devraient prendre, si ce choix dépendait de leur volonté. D'où il s'ensuit qu'au moins en attendant qu'ils aient trouvé la lumière nécessaire pour se convaincre de la vérité, ils doivent faire tout ce qui les y peut disposer et se dégager de tous les empêchements qui les détournent de cette foi, qui sont principalement les passions et les vains amusements.» Et il me semble qu'on doit déduire de là une opinion intermédiaire entre celle de Lanson et celle de Taine. Le pari n'exprime pas la pensée

raison, depuis le miracle, ne voit-il plus que le Dieu caché et jaloux du jansénisme. A quoi bon alors ces études philosophiques, superQues si elles aboutissent à des résultats conformes aux enseignements de l'Eglise, trompeuses et malfaisantes si elles les contredisent : « Descartes est inutile et incertaine » Assurément, la raison peut préparer les voies à la foi ; c'est bien dans celte intention que Pascal écrit ses Pensées^ et c'est précisément ce qui s'est produit dans son àme, au moment de sa conversion où il sentait que « c'était plus sa raison et son propre esprit qui l'excitaient à ce qu'il connaissait le meilleur, que non pas le mouvement de l'esprit de Dieu'-». Mais qu'est-ce que

de Pascal, mais celle d'une certaine catégorie de gens qui peuvent être sensibles à des arguments de cette valeur et de cette nature ; mais le pari n'en peut pas moins faire partie de V Apologie^ parce que V Apologie s'adresse aussi à ces gens-là et que c'est pour les convaincre que Pascal se met provisoirement dans leur état d'esprit. — Cf. sur le pari, [Fontexelle], Bé flexions sur l'argument de M. Pascal et de M. Locke concernant la possibilité d'une autre vie à venir (édition do (^oxdorcet) ; La Place, Ttiéorie analytique des probabilités, Introduction; Lescoeuk, loc. cit.; Renouviek, le Pari de Pascal et le pari de W. James {Critique philosophique, 18 septembre 1878); Bertrand, les Lois du hasard {Rev. des Deux Mondes, 15 avril 1884); Sullv-Prudhomme, le Pyrrhonisme, le dogmatisme et la foi dans Pascal; le Sens et la portée du pari de Pascal {Rev. des Deux Mondes, 15 octobre, 15 novembre 1890); Yves le Querdec, le Pari de Pascal {le Monde. 4 novembre 1890) ; Dugas et Riquier, le Pari de Pascal {Rev. philosophique, septembre 1900) ; Riquier, ù propos du pari de Pascal {Rev. philos., décembre 1900); Lachelier, Soles sur le pari de Pascal {Revue philosophique, juin 1901, îivcc les divers articles qui les ont provoquées); Kiquier, le Pari sur Dieu {Rev. occidentale, l"" septembre 1901).

Page 1