Passim
dénuée de la foi^ il lui fait douter si elle est raisonnable... et il la fait descendre de Texcellence qu'elle s'est attribuée^ ».
Pour s'élever plus haut encore dans la foi, ce n'était point assez d'avoir rejeté les plaisirs du corps, d'avoir renoncé aux joies de l'intelligence,
1. Entrelien avec M. de Saci, H., t. I, p. cxxix; B., p. lî>4. — Remarquer la restriction : « la raison dénuée de la foi. t> C'est pour ne l'avoir pas remarquée que, depuis Cousin, on a fait tant de développements romantiques sur le scepticisme de Pascal. Et cette ()l)inion a été reçue par les esprits les plus divers : « On sent, disait Taine. à l'obstination que Pascal met à revenir sur ses réfutations qu'il n'est jamais content, qu'il doute, qu'il lui reste au fond de l'âme une goutte de scepticisme qui l'empoisonne et corrompt la force de toutes les preuves qu'il a données» {Notes inédites); et l)lus récemment M. Jules Lemattre, dans son sonnet sur Pascal, montrait : « Lacroix du Rédempteur tremblant comme un roseau. » — Mais Pascal n'est pas sceptique ; il est à la fois pyrrhonien et dogmatique, parce que le christianisme lui offre le moyen de concilier ces deux doctrines qui paraissent incompatibles. Il en est de l'opposition des sceptiques et des dogmatiques comme de l'opposition de Montaigne et d'Epictète : elle se réconcilie dans la « vérité de l'Evangile : c'est elle qui accorde les contrariétés par un art tout divin et, unissant tout ce qui est de vrai et chassant tout ce qu'il y a de faux, elle en fait une sagesse véritablement céleste, où s'accordent ces o})))osés qui étaient incompatibles dans les doctrines humaines» (Entretien). — Cf. sur le scepticisme de Pascal, CoLSix {toc. cil.) ; Thomas, De Pascali an vere scepticus fuerit (Crapelet, 1844); Sainte-Beuve, Porf-Roi/al et plus particulièrement 7*o;7. Conf. (V. p. 214-215); abbé Flottes, Etudes sur 7*rtst'a/ (Paris, Montpellier, 184G); P. Jaxet, le Scepticisme moderne^ Pascal et Kant {Hev. des Deux Mondes^ 15 mars 1865); Saisset, le Scepticisme : Énésidème^ Pascal et Kant {Varis, 1865); Gl'Illard, lue Explication du scepticisme de Pascal (Lyon, 1883); Droz, Essai sur le scepticisme de Pascal considéré dans le livre des Pensées (Alcan, 1886). — Sur sa philosophie, voir outre les ouvrages déjà cités, Ravaissox, la Philosophie de Pascal (Revue des Deux Mondes, 15 mars 1887) ; Ravii, la Philosophie de Pascal (Annales de la Faculté de Bordeaux, 1890); Ghiaud, fa Philosophie de l^ascal (Quinzaine, 1 février 1897); H.Berr, Pascal et sa place dans l'histoire des idées (Revue de sj/nthese historique, octobre 1900).
il fallait sacrifier aussi la douceur des tendres aiïections. Pascal, que toute sa vie nous montre si ardent, si emporté dans tous ses sentiments*, eut encore h se dépouiller de ses attachements terrestres. « S'il y a un Dieu, nous devons n'aimer que lui, et non les créatures passagères... Donc tout ce qui nous invite h nous attacher aux créatures est mauvais, puisque cela nous empêche ou de servir Dieu, ou de le chercher...'-»; et inversement « il est faux que nous soyons dignes que les autres nous aiment ; il est injuste que nous le voulions »; car « en fomentant et en souffrant ces attachements, on occupe un cœur qui ne doit être qu'à Dieu seul : c'est lui faire un larcin de la chose du monde qui lui est le plus précieuse^ ». D'après ces principes, il en arrive, lui, un chrétien, à presque interdire le sacrement du mariage, à dire que c'est un « crime » d'engager ses enfants dans de tels liens, à appeler les maris, même chrétiens, de « francs païens devant Dieu'* ». Lui-même d'ailleurs conformait le plus possible sa conduite à ces doctrines d'ascète : sa sœur Gilberte nous raconte comment il s'efforçait de la détacher de lui et de décourager son affection en la rebutant; elle cite la
\. Cf. les «grands excès» auxquels s'attendait Jacqueline de <i son humeur bouillante» (L. 0. M., Lettre à M""* Périer, p. 333).