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iS2 LA PENSEE DE PASCAL, IV
se remplir l'esprit de ces grands desseins qui tiennent de cette excellence dont il blâmait la recherche en toute chose ». Ce désir de primer, c'était bien là, si je ne me trompe, son point faible, le défaut qu'il a dû avoir le plus de peine à répudier. Nous l'avons toujours vu défendre ses droits, son avis, son sens propre avec beaucoup de vivacité dans toutes les discussions scientifiques qu'il a soutenues et, d'après un témoignage rapporté par un Janséniste naïf, à Port-Royal, quand il discutait, c'était avec un iel emportement qu'on l'eût cru toujours en colère et prêt « à jurer* ». C'est pourquoi sa sœur Jacqueline signale avec admiration « son humilité^, sa soumission, sa défiance, son mépris de soi-même, son désir d'être anéanti dans l'estime et la mémoire des hommes », toutes vertus que sa seconde conversion avait fait naître en lui et qui n'ont pu que croître à mesure que croissait aussi son ascétisme.
Ainsi Pascal, rejetant tout ce qui le pouvait distraire de cette unique contemplation du salut dans laquelle il s'absorbait, restait les yeux fixés vers le ciel. L'amour divin remplissait à lui seul toute son âme ; alors il sentait véritablement Dieu présent dans son cœur et s'unissait à lui par la contemplation ; alors, il avait avec lui des dialogues surnaturels,
2. L. 0. M., Lettre de Jacqueline du 25 janvier 1655, p. 358.
comme celui du Mystère de Jésus, La méditation assidue des mômes idées et des mêmes dogmes, la lecture de TEvangile qu'il savait par cœur^ des Psaumes, notamment du Psaume CXVIII rempli du dogme de la grâce, le souvenir des faveurs étonnantes que Dieu lui avait faites, nourrissaient sa foi; et il s'exaltait de plus en plus, dans une communication directe avec Dieu, arrivant de plus en plus à ce myslicismc qui fait les saints et les martyrs, mais qui fait aussi les hérétiques.
Pascal en effet, dès le début de la querelle janséniste, et notamment dans le débat qui s'ouvrait sur les cinq propositions-, avait protesté de son très grand respect pour le Pape. Ses pamphlets contre la Faculté de théologie de Paris, sa résistance aux évoques français ne pouvaient pas alors lui être
1. C'est alors sans doute qu'il composa V Abrégé de la vie de Jésus d'après la Séries VUœ J. C. juxta ordinem temporum qui termine le TetrateuchuSs sine commenlarius in sancla J. C. Evangelin de Jansénius. Cf. Préface de l'édition Molinier (dans l'édition des Pensées) et de l'édition Michaut (Fribourg, 1896) et la Lettre de Michaut à M. Molinier {Revue critique, 24 mai 1897).
2. Fabriquées par leurs ennemis suivant les jansénistes, et qui ne se trouvaient qu' « incognito » dans VAugustinus, selon le mot du chevalier de Gramont. Pour Bossuet au contraire, elles étaient « l'âme du livre » et il déclarait Arnauld « inexcusable d'avoir tourné toutes ses études au fond pour persuader au monde que la doctrine de Jansénius n'avait pas été condamnée f>. Cf. Oraison funèbre de \icolas Cornet : « C'est de cette expérience, de cette exquise connaissance et du concert des meilleurs cerveaux de la Sorbonne que nous est né cet extrait des cinq propositions, qui sont comme les justes limites par lesquelles la vérité est séparée de l'erreur, et qui étant, pour ainsi parler, le caractère propre et singulier des nouvelles opinions, ont donné le moyen à tous les autres de courir unanimement contre leurs nouveautés inouïes. »
reprochés; et convaincu delà sainteté de sa cause, ne doutant point par conséquent que la Cour de Rome ne lui donnât raison, il écrivait à M"* de Roannez : « Toutes les vertus, le martyre, les austérités et toutes les bonnes œuvres sont inutiles hors de l'Eglise et de la Communion du Chef de rÉglise qui est le Pape. Je ne me séparerai jamais de sa communion; au moins je prie Dieu de m'en faire la grâce : sans quoi je serais perdu pour jamais*. » Mais Rome parla, et ce ne fut point aux jansénistes qu'elle donna raison. Alors, par une méthode plus ingénieuse que franche et surtout moins respectueuse qu'il ne voulait bien le croire, il s'efforça, tout en acceptant les Rulles d'en interpréter les tçrmes, et d'expliquer en faveur du jansénisme les condamnations les plus formelles 2; en un mot il accepta comme les autres la distinction du droit et du fait, et recourut plus qu'il n'eût convenu à l'auteur des Provinciales aux subtilités d'une casuistique janséniste.
Le jour vint pourtant où le Souverain Pontife lui renvoya Vimpudentissime mentiris qu'il avait adressé aux Jésuites. Le Pape déclara savoir par lui-môme que les cinq propositions étaient réellement dans Jansénius et les condamna une fois de plus, au sens qu'elles y avaient. 11 ne restait plus