Joan
de Tâme, qu'elle se glisse sous le voile de la santé, c'est-àdire de la science.
C'est de ce principe que vient le désir de se repaître les yeux par la vue de cette grande diversité de spectacles ; de là sont venus le Cirque et TAmphithéâtre, et toute la vanité des Tragédies et des Comédies ; de là est venue la recherche des secrets de la nature qui ne nous regardent point, qu'il est inutile de connaître, et que les hommes ne veulent savoir que pour les savoir seulement; de là est venue cette exécrable curiosité do l'art magique ; de là viennent ces mouvements de tenter Dieu dans la religion chrétienne, lesquels le diable inspire aux hommes, portant même les personnes saintes à demander à Dieu des miracles, par le seul désir d'en voir, et non pas par l'utilité qui en doive naître.
Saint Augustin a été combattu en plusieurs manières de ces sortes de tentations; et notre Roi même en a été attaqué.
Mais qui pourrait exprimer en combien de choses, quoique basses et méprisables, notre curiosité est continuellement tentée; et combien nous manquons souvent lorsque nos oreilles ou nos yeux sont surpris et frappés de la nouveauté de quelque objet, comme d'un lièvre qui court, d'une araignée qui prend des mouches dans ses toiles* et plusieurs autres rencontres semblables, combien notre esprit en est touché et emporté avec violence?
Je sais que ces choses sont petites; mais il s'y passe ce qui se passe dans les grandes : la curiosité avec laquelle on regarde une mouche, et celle avec laquelle on considère un éléphant, étant un effet et un symptôme de la même maladie.
Mais cette passion se glisse encore jusque dans les choses sacrées et se couvre du voile de la Religion. C'est elle qui nous porte à inventer avec tant de soin, ou à contempler avec tant d'ardeur toutes ces nouveautés dans la structure des Églises, dans la pompe des cérémonies, et dans toutes ces autres choses extraordinaires et affectées, qui font assez voir qu'elles naissent de cette maladie, quoique couvertes