TROISIEME PARTIR
De r orgueil
Notre esprit étant purifié en surmontant ces deux passions, sa propre victoire en fera naître une troisième que l'Apôtre nomme l'orgueil de la vie*; qui est plus trompeuse et plus redoutable qu'aucune des autres, parce que lorsque l'homme se réjouit d'avoir surmonté ces deux premiers ennemis de la vertu, ou même cette dernière passion, elle s'élève de la joie qu'il a de cette victoire, et lui dit: Pourquoi triomphestu ? je vis encore, parce que tu triomphes. Ce qui vient de ce que l'homme se plaît à triompher d'elle avant le temps, comme s'il l'avait déjà tout à fait vaincue, au lieu qu'il n'y a que la seule lumière da midi de l'éternité qui puisse dissiper ses dernières ombres.
Il n'est pas croyable combien les âmes vertueuses offrent de larmes, de gémissements et de prières à Dieu, et combien elles implorent l'assistance de la grâce et le soutien de sa main puissante pour pouvoir dompter et comme fouler aux piedà cette bête furieuse.
Car cette parole de saint Augustin est très véritable, Que le vice qui le premier a vaincu rame, est le dernier dont elle demeure victorieuse; et que le désordre dans lequel elle est tombée lorsqu'elle s'est éloignée de Dieu, est le dernier qu'elle quitte lorsqu'elle retourne à lui^.
La raison de cela est, qu'il y a un désir d'indépendance gravé dans le fond de l'âme et caché dans les replis les plus cachés de la volonté, par lequel elle se plaît à n'être qu'à soi, et à n'être point soumise à un autre, non pas même à Dieu.
Si nous n'avions point cette inclination, nous n'aurions point de difficulté à remplir ses commandements; et l'homme