Tract. 43 in Joan
Or il serait besoin d'un long discours pour montrer combien il lui est périlleux, voire pernicieux, de se plaire à soimême, et de tomber ainsi dans cette enflure delà vanité, qui la rend malade, jusqu'à ce qu'elle jouisse dans le ciel de la vue de ce bien souverain et immuable, par la comparaison duquel elle se méprisera elle-même, par Tamour duquel elle ne s'aimera plus elle-même, et de l'esprit duquel elle sera tellement remplie, qu'elle le préférera à soi-même, non seulement par la raison humaine, mais par un amour divin et un amour éternel.
Ces sentiments entrent dans l'esprit de celui qui revient à soi, lorsqu'il se sent pressé de la faim, et qu'il dit dans son cœur : // faut que je me lève, et que faille trouver mon père*, ne trouvant rien qui lui soit si contraire dans ce retour, et qui lui ferme davantage la porte de la maison de son père, que de s'enfler d'orgueil et de vanité par l'amour et l'estime de soi-même, et par la fausse opinion de grandeur que l'âme s'attribue lorsqu'elle ne jouit pas seulement de la santé.
De là vient que l'humilité est si honorée dans la cité de notre Dieu, et si recommandée à ses citoyens qui sont étrangers sur la terre, et qu'elle est encore si célèbre par l'exemple de son Roi, qui est le modèle de toute sorte de réformation.
De là vient que tous les crimes des méchants, et tous les péchés des bons, soit d'ignorance, soit de connaissance, sont ou la peine ou le remède de l'orgueil.
Ce qui est si vrai, que le diable n'eût pas fait tomber l'homme dans cette faute si visible et si apparente, et dans cette action extérieure par laquelle il viola le commandement de Dieu, si l'orgueil ne l'eût point fait entrer auparavant dans l'estime de soi-même.
Ce fut ce mouvement qui lui fit trouver cette parole, Vous serez comme des dieux, si douce et si agréable ^ ; étant très vrai, selon l'Écriture, que l'orgueil précède la chute et que l'âme s'élève avant qu'elle tombe 3.
Or cette chute et cette ruine qui se fait au dedans par