Deut
qu'il Ten ait prié trois diverses fois, mais le lui laisse jusqu'à la mort : parce que dans le misérable état où sont réduits les hommes durant cette vie, il y a encore un ennemi encore plus redoutable qui est l'orgueil; et que lorsque Ton combat cos désirs de la chair, l'esprit reconnaît le péril qu'il court à toute heure, au lieu qu'il s'enflerait de vanité s'il était en [)aix ou «in repos, y étant sujet par son extrême faiblesse, jusqu'à ce que la fragilité humaine soit guérie si parfaitement, qu'elle ne puisse plus craindre de se corrompre par l'intempérance de l'esprit, ni de s'enfler par relèvement du cœur : ce qui ne peut être qu'en l'autre vie.
Cette conduite de Dieu a été figurée par un grand mystère dans le peuple Juif, à (|ui Dieu laissa quelques peuples des Chananéens qui lui firent longtemps la guerre, et qu'il ne dompta qu'avec beaucoup de temps et de peine.
C'est ce qui nous montre que lorsque Dieu exerce sa miséricorde, il modère dans les cœurs de ses enfants les excès d'une trop grande félicité, afin de faire tourner à leur profit les vices mêmes, et leurs péchés, non seulement lorsqu'ils les surmontent, mais aussi lorsqu'ils les craignent, et qu'ils les commettent. De sorte qu'il les rend victorieux pour signaler la puissance de sa grâce, et permet quelquefois qu'ils soient vaincus pour réprimer leur orgueil : sachant qu'ils ne pourraient supporter saintement et avec modération la soudaine pros[)érité*de leur victoire, ou qu'ils établiraient dans leur propre force l'assurance de la pouvoir acquérir.
Or, les épreuves de leur faiblesse les tirent de cette erreur, parce que lorsqu'ils sentent qu'ils ne peuvent avoir d'euxmêmes ce qu'ils désirent d'avoir et que par cette vaine confiance en leur propre vertu ils perdent même ce qu'ils avaient, ils apprennent parla, d'où ils tiennent tout ce qu'ils ont; et cette reconnaissance les [porte à ne se regarder plus, mais à regarder celui qui les tire des pièges et des embûches.
Car ce n'est pas sans un grand et profond secret de la sagesse divine, que la vie des justes mêmes est si pleine de tentations, est sujette à tant d'erreurs, est environnée de tant de pièges, est agitée de tant de périls, est assiégée de tant de
peines, et est accablée de tant de péchés, dont nulle prudence humaine ne peut se garder, et que nulle industrie ni nulle force ne peut surmonter : ce qui a fait dire à l'Apôtre avec une grande raison : Qu'à peine le juste sera sauvé ^
Et pourquoi le jusie même aura-t-il de la peine à se sauver? Dieu a-l-il de la peine à sauver le Juste ? ou Dieu nous enviet-il la facilité do notre salut? Nullement. Pourquoi donc souHre-l-il qu'il soit si facile de pécher, et si difficile de bien vivre, qu'outre tout ce que je viens de dire les plus justes mêmes ont besoin durant leur vie d'un continuel pardon des fautes qu'ils commettent continuellement? Je sais bien qu'il n'y a pas non plus d'injustice que d'impuissance en Dieu. Mais je sais aussi que Dieu résiste aux superbes, et quii donne sa grâce aux humbles ^. ])ieu, quoi(|ue toutpuissant, ne veut pas nous délivrer de tant de maux avec facilité, afin de dompter notre présomption et notre audace. Ce n'est pas qu'il veuille nous ôter l'espérance de nous sauver ; mais il veut nous montrer combien la nature de l'homme a été justement condamnée à cause de son orgueil : il la laisse dans l'impuissance et dans la faiblesse afin que les forces humaines lui manquant, elle soit contrainte d'avoir recours à lui comme son unique libérateur ; qu'elle quitte cette confiance qu'elle a en soi-même touchant la fuite des vices et la pratique des vertus, cette présomption qui lui est si naturelle, qui est si profondément enracinée dans toutes ses moelles et dans tous ses os ; et qu'elle soit forcée de reconnaître le besoin qu'elle a du secours de son Sauveur, et d'implorer l'assistance de sa grâce.
Dieu fait cela dans ses élus, tant par ses faveurs que par ses punitions; il leur persuade cette vérité, tant par l'ignorance où il les laisse, que par la science qu'il leur donne; et il leur enseigne cette doctrine si salutaire, tant par les périls où ils se voient exposés, et par les difficultés qu'ils ont à vaincre, que parles fautes et les péchés où ils tombent. Et il agit ainsi, à ce que j'en puis juger par la lumière qu'il me donne, de peur que selon la parole de l'Écriture ils ne