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DU GARD

Notre intention n'est pas de poursuivre i*étnde des terrains primitifs sur toute l'étendue du plateau central » mais seolement de donner une idée de ce vaste ensemble de roches cristallines qui s'avancent sous forme de cap » au sud du plateau » et qui va plonger sous les terrains jurassiques.

Comme Dufrénoy l'avait reconnu , et comme nous avons pu le vérifier avec quelques détails , les granités et les gneiss sont très-distincts dans la Lozère , et cette dernière roche ainsi que le micaschiste constitue la majeure partie du terrain primitif qui n'a pas été recouvert par les calcaires.

Le granité , évidemment éruptif , est sorti sous les roches schisteuses dont il a enlevé des lambeaui et constitue trois massifs importants qui sont les principales sailKes de ce département. Ce sont la Lozère , la Margeride et l'Aigoual.

Sur la Lozère et sur l'Aigoual , on aperçoit distinctement les roches schisteuses redressées ; ce sont les Cévennes , crêtes dentelées et démantelées , oii l'on voit à nu les couches de micaschistes déchirées et usées par le temps. La direction et l'inclinaison de ces strates est très-variable; elles sont généralement rejetées tout autour des massifs granitiques.

Nous avons remarqué la plus grande analogie entre le granité de ces trois montagnes. C'est toujours le granité porphyroide è gros grains , à feldspath lamellaire , à mica noir ou brun et è grands cristaui de feldspath empAté. Dufrénoy y signale des rognons d'amphibole, et même des veinules de serpentine , comme aui Fourches près de Monde.

« Ce granité , continue Dufrénoy , est fréquemment traversé par de petits filons de feldspath ; il y existe en outre des veines et des rognons de granité à grains fins, ou plutôt de feldspath micacé. Ce granité à gros grains ne présente aucun indice de stratification ; il se désagrège » en général « assez facilement. Celui de la Lozère résiste davantage que celui de la Margeride à faction des agents atmosphériques. On trouve vers le pied de cette dernière montagne, près de Mende , un granité désagrégé dont le feldspath est décomposé et parait changé en un véritable kaolin. » {Bull, de la Soc. giol.^ t. 11, p. 217).

La décomposition de ces granités de la Margeride est surtout apparente sur le grand plateau , connu sous le nom de Palais du Roi. Ce plateau est couvert de blocs granitiques, de formes bizarres et singulièrement empilés les uns sur les autres {fig. 41 , 42, 43 , 44, 46 , p. 473). Ils sont presque tous formés de granité à gros cristaux de feldspath , lesquels font saillie en dehors des blocs , surtout du côté de l'ouest où les pluies viennent les frapper depuis des siècles.

Nous avons pu observer sur ce même Palais du Roi, è Test et è une assez grande élévation , prè^ da sommet , une arkose è grains de quartz , et à texture quelquefois caverneuse, véritable écume du granité. Cette roche est d'autant plus curieuse qu'elle passe insensiblement au granité et que Ton oe peut la considérer comme une rocbe sédiroentaire.

Ces terrains granitiques sont souvent traversés par dei 6loDS de porphyre quartzilère è teinte rouge et dont la dtrectioD ordinaire est E.-O. Le bourg du Boni, près le Palais du Roi, est coDStruît sur on de ces filons de porphyre rose assez paissant et qui se montre surtout au-dessus du village soos la croit. D cootieot beaucoup de toarmaline; ce même filoo

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qoi a été coupé par le niisseaa , se prolonge da c6té de Saint- Martin.

De cette station du Born , on peut descendre dans la vallée, passer aux sources minérales de Bagnols , dont l'éruption granitique a sans doute facilité la sortie , puis monter immédiatement sur la grande montagne de la Lozère.

Rien n'est plus évident , pendant ce trajet , que la sortie du granité éruptif de cette montagne. On voit tout autour les micaschistes redressés , décomposés ou entraînés » formant une immense boutonnière. Quant au granité, les ravins de la montagne mettent è découvert des entassements de blocs énormes dont quelques-uns sont encore à moitié ensevelis dans une sorte de gravier à gros grains qui n'est lui-même que l'arène du granité décomposé. Tout le fond des vallées qui rayonnent du massif de la Lozère, est recouvert de blocs et de sables qui annoncent des actions érosives longtemps continuées. Les mêmes phénomènes se présentent du côté de Runes , de Gocurès, etc.

Nous regardons le soulèvement de la Lozère comme appartenant à la même époque que l'éruption du granité à gros grains dans le Puy-de-Dôme.

Les racines de ce grand massif granitique se sont prolongées de tous côtés et se montrent à nu dans un grand nombre de points. Les cours d'eau qui descendent rapidement sur les flancs de la montagne les ont mis i découvert, mais le micaschiste constitue toujours une véritable enceinte.

Cette décomposition du granité est d'ailleurs moderne et continue toujours. Quand le lias s'est déposé autour de la Lozère , il s'est appliqué indistinctement sur l'une et sur l'autre de ces deux roches, mais alors le granité constituait de grosses masses et n'avait pas encore subi les altérations

qa'il nous présente aujourd'hui. On voit souvent , en effet, sur la route de Bagnols, près de Gocurès^ et de plusieurs autres localités , le lias immédiatement superposé au granité. La ligne de jonction est nette et paraît souvent hori* zontale. Mais si le granité n'avait pu encore se décomposer en grosses boules , on remarque déjà sa tendance à se disgréger. Au point de contact du lias , il se divise très-facilement et tombe en arène partout où il a eu le contact de l'air. D'un autre côté , il faut bien admettre que c'est en grande partie à la décomposition du granité que le grès infraliasique doit la plus grande partie de ses matériaux.

Si l'on aborde aussi, comme nous l'avons fait, la montagne de la Lozère du côté de Villefort (607) , on est frappé comme du côté de Bagnols, du redressement des micaschistes et de la prodigieuse quantité de blocs de granités arrondis. D'énormes rochers gisent aussi sur le vaste plateau de la montagne où déjà nous avons signalé des lambeaux de roches stratifiées (gneiss ou micaschiste), emportés lors du soulèvement et restés sur la roche soulevante au lieu d'avoir été rejetés sur les côtés.

A dater de ce soulèvement considérable de la montagne de la Lozère , les dégradations se sont opérées sur une trèsgrande échelle ; le micaschiste a été creusé , raviné partout, malgré les énormes chapeaux jurassiques qui le recouvrent. Ainsi cette roche est à nu depuis Florac jusqu'à Ispagnac. et présente une foule de variétés. Sa couleur est le plus ordinairement lie de vin , violette on rougeAtre, quelquefois presque noire. Elle se divise en tables plus on moins grandes, exploitées sous le nom de Lozes on ardoises. De là le nom de Lozère. Près de Florac, on voit parfois le talc remplacer le mica , et cela a lieu surtout au voisinage des noyaux de

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quartz. On en voit de curieui eiemples ie long da Taroon. Des lames de quartz quelquefois épaisses de 1 i 2 décimètres se contournent de dilTérentes manières et constituent des masses feuilletées dont les divisions sont marquées par de très-petites lames de talc blanc.

On retrouve le micaschiste à Marvéjols, et si Ton vient de St-Chély et que Ton quitte le granité , on traverse une assez large bande de micaschiste avant d'atteindre le calcaire jurassique.

La vallée du Tarnon près de Florac , a cela de remarquable qu'elle offre dans ses blocs roulés des échantillons de tous les terrains primitifs de la Lozère. Ces blocs gisent sur le micaschiste. Ce sont surtout des quartz provenant de la décomposition facile des roches feuilletées, de beaui granités porphjroïdes à gros cristaux de feldspath , à pâte rose, grise ou blanche. On voit aussi d'autres cailloux d'un granité à gros grains de quartz et de feldspath rosé avec quelques taches de fer oxydé rouge mais privés des grands cristaux de feldspath. On rencontre des protogynes , des eurites et une roche de pétrosilex à cassure esquilleuse prononcée. Ces cailloux , pour la plupart très-volumineux , sont utilisés pour construire des murs de clôture. Ils proviennent sans doute de sommets granitiques difficiles à atteindre. La montagne de la Lozère doit en avoir fourni « mais la majeure partie doit descendre du massif de Valleraugue.

C'est sans doute au soulèvement de la Lozère, an milieu du micaschiste , qu'il faut attribuer le réseau si remarquable des filons de Vialas. Ce réseau contenant de riches minerais de galène argentifère, se trouve dans les micaschistes, maïs surtout dans ceux qui ont été brisés et disséqués. C'est ce qu'a très-bien remarqué M. Rivot , dans son beau travail

sar les filons de Vialas. a Ces filons, dit-il, sont dans le massif de micaschiste qui s'élève irrégulièrement depuis le Luech jusqu'à la crête de Lespinas. La crête est dirigée k peu près de l'est à l'ouest « et elle sépare deui parties bien différentes des schistes. Sur tout le versant nord , les schistes sont brisés à un tel point, qu'il est impossible de reconnaître leur pendage et leur direction générale. Au contraire, sur le versant méridional de la crête, du côté de Saint- Andéol, les schistes sont feuilletés, et présentent une régularité remarquable de pendage et de direction : ils sont dirigés sensiblement de l'est i l'ouest, et plongent vers le sud sous un angle de 20 à 25^. Aucun affleurement n'a encore été signalé dans cette partie régulière du schiste, tandis que les failles, les cassures, les glissements de terrain , les croiseurs et les filons métalliques sont très-nombreux dans la partie brisée. ^

a Les schistes qui composent ces montagnes sont généralement gris, assez durs, très-peu feuilletés ; il contiennent beaucoup de mica , dont la couleur varie du rouge-brun an vert plus ou moins foncé. Ils sont très-quartzeuz dans certaines parties, tandis que en un grand nombre de points on distingue i peine quelques noyaux de quartz intercalés entre les feuillets. »

La plupart des veines et filons de Vialas paraissent avoir été remplis successivement par des eaux minérales. M. Rivot cite entr'autres le filon du sud au Villaret qui n'a qu'une seule veine très-puissante remplie de quartz et de baryte sulfatée. « Ces deux matières, dit-il, ne sont pas mélangées, mais elles forment des veines juxtaposées , et il est facile de reconnaître que le sulfate de baryte a été introduit par un filon puissant, appartenant à un autre système. »

« La baryte est postérieure à l'arrivée do quartz. Ce dernier contient de la piryte et de la blende altérées, un peu de galène lamelleuse, pauvre en argent ; de plus, de nombreuses fissures dans le sulfate de baryte et dans le quartz sont remplies par de la galène à très-petites lamelles , et par de la galène à grains fins. »

M. Rivot a donné aussi d'intéressants détails sur les croisements des veines et sur leur remplissage. « A côté de la baryte se trouve , mais seulement en certaines parties de ces veines , un remplissage entièrement différent , composé de quartz , de schiste broyé et de galène très-riche en argent. Ces matières forment dans les veines des colonnes distinctes de sulfate de baryte ; elles pénètrent dans quelques fissures de la gangue barytique : l'arrivée du minerai est donc postérieure au premier remplissage. »

Plus loin , en parlant des matières que contiennent les deux grands filons nord et sud , M. Rivot revient encore sur le remplissage successif , et il conclut enfin « que les eaux minérales qui ont amené les minerais argentifères dans les filons, sont contemporaines du dépôt des assises les plus élevées des terrains tertiaires : celles qui ont déposé les minerais les plus riches en argent, sont même postérieures è tous ces terrains, o [Ann. des Mines ^ 6^ série , t. 4, p. 309 et suivantes. )

Entre Marvéjols et Saint-Chély , on traverse une grande étendue de pays aride et granitique , dépendant du massif de la Margeride. On voit partout des blocs de granité arrondis entre lesquels se trouvent des pelouses et de petits ruisseaux d'eaux vives. Ces granités contiennent * comme presque tous ceux de la Lozère, de grands cristaux de felds* path et se décomposent facilement en arène , après s'être

délité» en feuillets comme les boules de basalte. Entre Aumont et Saint-Chély , on remarque dans le granité un joli 6lon de quartz rose.

Si l'on suit , dans le département de la Lozère , les bords de l'Allier, depuis Langogne (894) jusqu'à la source de cette rivière, et même au delà , jusqu'à Villefort, on reste toujours sur le terrain primitif.

On voit près de Luc, et notamment sous le château de ce nom^ un gneiss à feuillets contournés qui empAte des nodules de quartz , lesquels atteignent parfois la grosseur du poing {Jig. 49, page 473), et parfois aussi des cristaux de feldspath. Il doit avoir produit par sa décomposition un grand nombre de cailloux roulés, car on voit à la surface des masses usées par le temps, une grande quantité de ces cailloux de quartz qui font saillie [fig. 48, p. 473). A partir de ce vieux château de Luc , le gneiss est à grandes parties de quartz et de feldspath, entourés de feuillets micacés très-minces.

L'Allier a corrodé toutes ces vallées, et a laissé, à des hauteurs diverses, des étages quelquefois distincts et superposés de cailloux roulés , de graviers et de sables plus ou moins fins.

A la Bastide , le sol est un peu moins aride , on voit quelques bouquets d'arbres et quelques parcelles de prairies. L'Allier n'est là qu'un faible ruisseau qui coule sur le terrain primitif; mais il est très-intéressant de remonter ainsi , dans toute son étendue , le cours de cette rivière , cette artère autrefois si puissante qui a tant contribué à la topographie actuelle du massif central de la France.

Au delà de la Bastide , on ne traverse plus que des micaschistes d'une aridité excessive. On voit une foule de crêtes et de saillies, brisées et déchiquetées (/Ijf<^45, fixgt 473) ,

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lesquelles forment le pourtour de cette immense boutonnière qui a livré passage à la grande montagne de la Lozère. De l'autre c6té, on voit les aspérités sans nombre dont le département de TÂrdèche est hérissé. De larges écailles se détachent sur le dos de ces montagnes. Les neiges et l'eau congelée de Thiver soulèvent ces énormes tessons ; la plaie les dégrade et les averses les entraînent. L*été présente un curieux spectacle , quand le soleil resplendit dans ces milliards de paillettes de mica , sur ce sol aride et sans traces de végétation » où les fragments de quartz lavés par les eauz brillent aussi par toutes leurs facettes.

Il n'y a rien d'étonnant que l'on rencontre sur le sol de si grandes quantités de quartz détachés, car vers la limite des départements de la Lozère et du Gard , on suit une crête de micaschiste entièrement pénétré de lentilles siliceuses. On parcourt longtemps ce terrain en se dirigeant sur Villefort. En approchant de cette dernière localité, on remarque de gros blocs de grès qui proviennent, selon toute apparence, de formations jurassiques, qui ont disparu, ainsi que des boules de granité empilées. Les gneiss et les micaschistes que l'on rencontre aux environs de Villefort contiennent comme ceux de la Chaise-Dieu (Haute-Loire) et de beaucoup d'autres localités du plateau central , des porphyres quaitzifères , des granités à petits grains , et ci et là des masses plus ou moins importantes de granité à grandes parties ou pegmatile. Dans cette roche, le quartz est en gros morceaux , le feldspath en masses rosées assez volumineuses et rarement cristallisées ; le mica se présente eu grandes lamelles jaunâtres. Ces amas sont ench&ssés dans le micaschiste et ont certainement contribué aussi à produire les galets de quartz que Ton trouve partout [fig. 47, page 473).

iSsair Jk

(Dép' de la Lozère)

De Villefort à St-Jean-du-Gard , on traverse de vastes espaces où domine le micaschiste , puis on trouve à St-Jean le granité qui fait partie , ou plutôt qui constitue une des extrémités du massif de Valleraugue on de TAigoual. C'est encore un granité à gros cristaux de feldspath et en grosses masses. Il se décompose avec une grande facilité » partout où il a été en contact avec le grès iniraliasique et jusqu'à une certaine distance de ce contact. La roche granitique se transforme en sable et en gravier. On voit ensuite ce granité perdre ses cristaux de feldspath et se changer eu une roche douteuse à grains fins, très-fracturée, laquelle prend bientôt les caractères du micaschiste et les conserve , depuis les environs de Saint-Jean , jusque sous le terrain jurassique situé au-dessus du Pompidou » bourg bâti comme Saint-Romain du Pompidou , sur ce même micaschiste. Cette roche jaunâtre 9 grise 9 ardoisée on presque noire contient une grande quantité de veines , de nids et de petites couches de quartz blanc ou ferrugineux. Il existe même des points où les montagnes de micaschiste semblent coilTées de masses de quartz reliées par des feuillets de mica , comme si une couche siliceuse très-étendue avait d'abord tout recouvert et avait ensuite été disloquée. On ne peut, du reste, se faire une idée exacte des dénndations que ce terrain schisteux a subies ; d'énormes vallées ont été creusées , et leurs débris emportés par de puissants cours d'eau qui ne sont plus représentés , pour la plupart, que par de faibles ruisseaux. Ce micaschiste passe sous les Causses et se retrouve à Florac. Partout il nous a paru en couches inclinées du S. au N., situation inverse de celle que lui aurait fait prendre le soulèvement de la Lozère. C'est aussi du S. au N. que, dans ces lieux, coulent plusieurs rivières dans de» encaissements très-profonds.

Dans ce même trajet de Saint-Jean au Pompidou , la route que l'on suit, dès que l'on a quitté le granité de Saint- Jean et gravi la première c6te , se tient constamment sur le revers des escarpements de micaschiste , et en effet , les feuillets de cette roche semblent avoir été relevés d'un côté, tandis que de l'autre , du côté de la route , leurs feaîllets sont arrondis et ondulés , et par conséquent moins susceptibles d'être dégradés que du côté opposé où l'érosion trouve bien plus de facilité à les détruire.

De quelques points élevés de cette route , on croit reconnaître que certains causses ou plateaux calcaires de la Lozère sont plus hauts que les roches primitives des environs. Cette inégalité de niveau doit faire supposer que les dégradations du micaschiste ont continué longtemps après le dépôt des calcaires, et surtout après leur émersion. Les calcaires une fois solidifiés, ont dû préserver les roches schisteuses qu'ils recouvraient , et résister eux-mêmes bien davantage que des roches composées par l'aggrégation mécanique ou cristalline de plusieurs minéraux.

La décomposition est aussi très-rapide sur les granités. C'est ce que Ton voit à Saint-Jean-du-Gard , où le granité forme une bande très-resserrée entre les causses et le micaschiste. On trouve partout sur le sol de nombreux cristaux de feldspath disséminés , entièrement libres ; une infinité de petits filons de quartz ou de porphyre quartzifère se croisent dans tous les sens et forment un réseau à larges mailles dont la dureté soutient quelques massifs de ces granités qui tendent à disparaître , et dont de grandes masses ont déji disparu. Aussi le terrain jurassique est presque toujours séparé du granité , par une petite vallée , ce qui prouve encore, comme nous l'avons dit un peu plus haut , que l'érosion a

toujours plus de prise sur les roches primitives que sur les calcaires. Très-souvent même Térosion a entraîné une grande partie du sol , en sorte que Ton voit sur toute la ligne de jonction du terrain jurassique avec le granité » depuis Saint- Jean-du-Breuil , le Vigan , Anduze jusqu'à Âlais et Saint- Jean-du-Gard , une série de chapeaux calcaires qui recouvrent les granités et forment comme autant d'tlots à cime plate et quelquefois presque pointue. Ce sont les restes des lambeaux séparés par Térosion , qui en mine encore continuellement les bases.

Il y a donc eu d'énormes quantités de débris arrachés à la pointe des Gévennes , dont le sol primitif était certainement bien plus élevé que les Gausses. Des montagnes tout entières ont disparu ne laissant que des parties consolidées par les quartz ou les porphyres. Aussi toutes les dépressions du sol autour de Saint-Jean , tous les bords du Gardon , et le lit des ruisseaux peu rapides , se montrent couverts de sables et de graviers arrachés aux montagnes voisines , et des argiles sableuses analogues à celles des bassins tertiaires de l'Auvergne existent en amas irréguliers , au pied de tous les versants.

Le granité de l'Aigoual s'étend au sud jusqu'au-dessus du Vigan. Gette pointe des Gévennes oflre l'aspect le plus sévère , et les cimes les plus décharnées que l'on puisse voir. Derrière le Vigan , le granité sort immédiatement d'un terrain de transition qu'il a même percé en plusieurs endroits. L'apparition de ce granité a redressé presque partout les micaschistes d'où il est sorti. Il est évidemment postérieur aussi au terrain de transition de grès anciens et de calcaire situé tout près de la ville.

Ge soulèvement par les granités est sans doute antérieur

au dépôt des terrains jurassiques. On voit les strates de calcaires et de grauwackes que nous avons citées , dérangées et fortement contournées , position qu'elles n'ont pu prendre en se déposant. Le granité paraît être sorti précisément sur la ligne de jonction du micaschiste et du terrain de transition.

Ce qui tendrait à faire croire que le sol de transition touchait le micaschiste et lui a succédé immédiatement , c'est la présence, dans les deux terrains, d'une certaine quantité de quartz blanc » plus abondant , il est vrai, dans le micaschiste, mais que l'on retrouve aussi dans le terrain de transition.

Quant à la nature de ce granité , elle est la même que celle du granité de la Margeride. Il est à gros cristaux de feldspath blanc ou rosé ; le mica est souvent noir et le quartz peu abondant. Il se disgrège aussi avec une grande facilité, et l'on remarque autour des boules groupées ou empilées qui forment les saillies du désert granitique , des sables abondants qui proviennent de la décomposition des parties les plus accessibles à la dégradation.

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