‹ Les époques géologiques de l'AuvergneChapitre 12 sur 115 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

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Des terrains primitifs en général.

Quelle que soit la cause qui ait donné naissance aux roches |uîmiti?es cristallisées et schisteuses, on ne peut méconnaître que cette cause ait été générale ; que les mêmes conditions semblent s'être présentées en même temps sur toute la terre, et tout nous porte à croire que la première écorce du globe consolidée sous la pression d'une immense atmosphère et tons rinOuence d'une température élevée a été formée par ces roches primitives.

L'tle centrale de la France n'est autre chose qu'une légère boursouflure , une faible surélévation de ce grand horiion géologique qui se formait avant une émersion complète , alors que les eaux ne touchaient le sol que pour y puiser la chaleur qui les reconstituait à l'état de vapeur , chaleur que cette vapeur conduisait incessamment dans l'espace. C'est donc à cette époque de refroidissement rapide qu'il faut rapporter la création de ces premières roches , avant l'apparition des êtres organisés.

Les mers n'existaient pas encore et les éléments oxydés de la croûte terrestre, soumis à l'influence de la chaleur centrale , donnaient naissance aux premières roches cristal*

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lines. Peo à peu , les eaux restèrent sur la terre; elles oocQpërent le fond des inégalités du globe , et bientôt , sur ces terrains d'origine priqvtivei ae déposèrent les premiers sédiments reçus et nivelés dans des eaux chaudes. Toutefois , cette partie de la France , que nous appelons le Plateau central , ne paraît pas avoir été submergée. Aucune trace des dépôts de Tocéan primitif ne se montre sur sa vaste étendue ; mais on reconnaît bientôt que les flots qui ont ménagé sa surface ont battu longtemps ses rivages et lui ont laissé f comme preuve de leur présence une ceinture, aujourd'hui morcelée, mais formée de leurs dépôts.

Ne croyons pas cependant qu'à cette époque toute primitive , k\a naissance des terres de l'Auvergne , Tocéan ait pu présenter les caractères que nous lui connaissons. Si déjn soumis par son étendue, aux fluctuations périodiques qui l'agitent encore , il venait apporter sur ces récents rivages des vagues doucement arrondies ou s'y briser sous le vent de la tempête, ses eaux n'étaient pas encore salées; Dieu n*y avait pas fait éclore ces germes de vie qui , plus tard, devaient l'animer. Il n'offrait ni ces forêts submergées d'Algues aux brillantes couleurs , ni ces Mollusques doucement bercés dans ces paisibles retraites , ni ces Poissons rapides « destinés par le Créateur è embellir cet empire. La mer n'avait alors que des eaux douces uniformément répandues ; elle essayait ses premiers sédiments .

Il est bien difficile , è cette époque reculée , de détacher une partie de la terre de l'ensemble, car les phénomènes qui se produisaient avaient un caractère remarquable de généralité. Cependant, l'isolement de Ilie centrale nouspenneirtra de suivre , sans trop nous égarer , la série des grands événements géologiques qui s'y sont succédé ; et nous troo-

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veroB6 d^aUlearg 9 sur cet espace restreint , des faits assez précis , assez iotéressaiits pour que nous essayions parfois de les appliquer à d'autres parties du globe.

Il existesurtout un ordre de phénomènes dont nous devons ajMMfiofijoQrs ridée présente à résprit, c'est la relation ou plutAtia réaction de l'intérieur du globe sur sa partie extérieure. Amis aucune autre contrée , cette inQuence n'est plus manifeste. Elle se présente ici avec des caractères extrêmement taries, et tandis que dans d'autres régions celte réaction a OBsé depuis les premières époques géologiques « ici elle a traversé tous les Ages ; elle s'est montrée dans tous les temps, et elle présente encore de nos jours les faibles restes de sa puissance.

A cette première époque dont nous nous occupons au début de ce travail , il est diOficile de se faire une idée exacte de l'action continuelle de la température du globe et de ses nasses intérieures et incandescentes , 'sur une pellicule mince, à peine consolidée et soumise à toutes les forces d'une nature jeune et vigoureuse.

A chaque instant, des fractures , des failles devaient résilier des moindres oscillations et peut-être même de l'attraotiopi des astres qui ne peuvent plus aujourd'hui réagir que sur les flots de l'Océan ou sur les ondes de l'atmosphère.

Dès cette époque, l'action de l'eau commence avec une grande énergie , car ce n*est pas encore la force mécanique qui plus tard changera la forme des futurs continents ; c'est Teau bouillante sous une forte pression ; c'est l'eau qui pénètre à travers la pellicule solide.de la terre jusqu'à la surface d'action incandescente ; c'est Teau qui jouant le rôle de sondes, ramène constamment à la surface , des principes ^'elle va puiser et dissoudre à des profondeurs rela-

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tÎTement plus considérables et qai les ramèoe , tantAt jas* qu'à la surface , tantôt dans des Gssares qu'elle remplit et qu'elle consolide.

Qu'on ne se fasse pas d'illusions sur la puissante activité de ces forces de l'époque primitive; leur énergie était immense ; et tout en admettant que les mêmes phénomènes se passent encore de nos jours , et que ces moyens em-> ployés par la nature sont toujours les mêmes » reconnaissons immédiatement que les proportions sont considérablement changées et qu'il ne nous reste plus que les indices des grands faits accomplis dans ces temps reculés.

Supposons donc que ces roches schisteuses , le gneiss et le micaschiste constituent pour un instant la surface entière de cette grande lie centrale de la France et essayons de suivre les changements qui s'y sont opérés.

Les contournements de ces roches et même leurs simples ondulations , leurs brisements et les fractures nombreuses qu'elles présentent , aussi bien que leur pénétration par une foule de matières minérales nous indiquent assez toutes les agitations de leurs dépôts et l'incessante activité de la surface inférieure qui leur servait de support. Formées les premières, elles en ont subi tontes les conséquencesi soit qu'elles aient été recouvertes par des sédiments , soit qu'elles aient été redressées par des roches soulevantes , soit enGn que le métamorphisme ait réagi sur elles ou qu'elles soient restées depuis le commencement des âges eiposées è toutes les actions destructives de l'atmosphère et de ses météores.

Nous suivrons autant qu'il nous sera possible dans ces études et pour nous conformer è notre titre» l'ordre chitH noiogique de l'apparition des roches et des grandes actions qui ont modifié la surface du globe » mais ces périodes qui

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5obdi>isent une grande époque ne sont nallement indépendantes les unes des autres ; elles empiètent nécessairement et se superposent avant d'être terminées , en sorte que » si Doos réussissons k les placer dans Tordre réel de leur succession y nous ne devons considérer que le commencement de la période. L'apparition d'une roche par exemple^ sa pénétration par certains Glons, ont pu commencer dès la formation des micaschistes , se prolonger bien au-delà de cette première époque et même arriver jusqu'à nos jours.

Les phénomènes de dénudation , de transport , d'alluvion, de sédimentation ont commencé dès que l'eau est restée sur le globe. Les sédiments chimiques et les actions si variées da métamorphisme se sont montrés dès les temps les plus reculés et se présentent encore. Il ne faut donc pas admettre avec une grande rigueur cet ordre régulier de priorité si bien établi dans les ouvrages de géologie, ces limites si bien tranchées des formations et des terrains tracées sur d'élégants tableaux. La nature n'accepte pas tous nos projets ni toutes nos divisions, elle est indépendante de nos théories, et dans le tableau de l'Auvergne que nous voudrions esquisser, nous tâcherons de nous soustraire aux exigences des systèmes et de suivre fidèlement les traces des phénomènes nombreux qui ont donné à cette contrée un si grand intérêt.

n nous paraît donc difficile d'établir nettement l'ordre chronologique de l'apparition des roches primitives schisteuses et des véritables granités. Il y a certainement en Auvergne des granités primitifs de l'Age des gneiss et des micaschistes, mais il y a surtout des granités éruptifs qui ont percé à des époques différentes les roches schisteuses depuis longtemps solidifiées.

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CBAPrtftÉ tV.

mm' MttlêYMÉcalte'diMrtëmte» ^tîaÊAùAL

'tous les déraugeroents , toDles les dislocations an soi, se rattachent nécessairement à sa topographie, oo pour mienz dire îa topographie d'ane contrée n*est autre chose que le résultat des mouvements de la croûte solide de la terre et des érosions qui « presque toujours , ont été la conséquence de toutes les oscillations. De là aussi les divers aspects que noutf présentent les terrains , de là les altitudes diverses qu'ils peuvent atteindre.

Nous désignons ici , sous le nom de soulèvements , les mouvements divers que le plateau central a subis pour at* teindre l'élévation qu'il nous oiïre aujourd'hui. Quelquesuns de ces mouvements sont évidemment très-anciens et datent d'une époque antérieure à celle des sédiments les plus éloignés de notre époque , puisque nous ne trouvons sur la grande surface primitive qui constitue Ttle centrale aucune trace des divers terrains que la mer a déposés. Il ne faudrait pas en conclure que tontes les actions souterraines qui ont dérangé l'uniformité des roches primitives datent de l'époque primitive. L'étude des montagnes brisées qui s'appuient sur les pentes du plateau central, la position des collines de la Limagne , ainsi que son émersion , nous indiquent à diverses époques des soulèvements lents et séculaires t désignés sous le nom de Soulèvements conlineniatut.

SO^lÂ¥EMW»TS. 3 i

poar les' distingner de^ soulèvements loàaua ou des smitê-vements insiantanés. Nous ne pouvoos méconnattré en An- Tergpe l'action' de ce.& mouvements du sol , et nous sbidmes persuadé que des points nombrçui sur la terre sont encore soumis aujpurd'htti à des espèces de balancements insensiblea pour nous et résultant de contra^tionit ou de dilatations intérieures. C'est par la force de l'habitude que nous corisidérons nos continents comme terre ferme et solide. Nous savons que la Suède se soulève, que le Groenland s'abaisse ; mais il eiiste, sans aucun doute, bien d'autres mouvements insensibles , et les époques plus anciennes nous ofTrent les traces d 'oscillations bien plus manifestes et bien plus étendues.

Pendant le dépôt des premières roches sédimentaires et pendant qu'elles étaient encore molles , des mouvements continuels du sol , préludes d'oscillations |)lus grandes, ont dû agiter à chaque instant cette première (Pellicule de la terre.

Les micaschistes si divisés, si brisés et si inOéchis en quelques lieux , les gneiss si élégamment ondulés , plissés , gaufrés oa largement rubannés témoignent ici de ces mouvements. Dans les gorges profondes où la Sioule conduit les eaui des montagnes-, on remarque ces escar|)ements de gneiss dont les tranches viennent affleurer. On y voit des Gluns de porphyre qui ont dû les déplacer encore , et Ton comprend le désordre apparent de ces premières roches, quand on songe qu'elles ont dû subir toutes les petites ac-* tiens soulevantes qui agitaient alors l'écorce enborepeu solide delà (erre.

Parmi les localités si nombreuses oii l'on retiiarque les plissements des gpeiss , nous citerons encore y stir lés bords

32 TERRA lus PRIMITIFS.

pittoresques de la Sioale , la roate qui condoit d^breoil i Gannat dans le département de TAIIier. La coupure encore fraîche (1859) de cette route au milieu d'épais massifs de gneiss a misé découvert les plus gracieuses ondulations. On y distingue le dépôt successif de zones diversement colorées , les festons les pins élégants et les contours le plus mollement ondulés.

Noos ne faisons ici , du reste , en citant des localités particulières an plateau central» que rappeler les caractères généraux des roches primitives tels qu'ils se présentent sur tonte la terre. « Les phénomènes géologiques les plus corieui , dit un des plus grands peintres de la nature , se trouvent répétés à de grandes distances sur la surface des continents; et les physiciens qui ont eu occasion d'examiner diverses parties du globe , sont frappés de la ressemblance extrême que Ton observe dans le déchirement des cAtes , dans les sinuosités des vallées » dans l'aspect des montagnes et dans leur distribution par groupes. Le concours accidentel des mêmes causes a dû produire partout les mêmes effets ; et au milieu de cette variété que présente la nature , une analogie de structure et de formes s'observe dans l'arrangement des matières brutes comme dans l'organisation intérieure des plantes et des animaux. » (Ilumboldt» Voyages aux rigioni iquinoxialet , î. 1 , p. 99.)

Ces oscillations du plateau central de la France n'ont rien qui doivent nous surprendre, puisque aujourd'hui encore des mouTements de ce genre ont lieu sur plusieurs points du globe. Les beaux travaux de H. Keilhau ont démontré que la Norwége toute entière s'était élevée d'environ 200 mètres avant l'époque historique , et les minutieuses recherches de Bravais , dans le Finmarck, ont eu pour résultat d'y

SOULiVEMENTS. 33

connaître deux époques distinctes et peut-être trois de soulèvements relativement modernes. Des études plus attentives sur tous les rivages indiqueront » sans doute , des mouvements analogues , dont plusieurs se manifestent encore à rêpoque actuelle.

Les grandes différences d'altitude que nous remarquons sur nos terrains primitifs ne peuvent être attribuées à des érosions ou k la décomposition des roches; il faut admettre des soulèvements locaux et probablement instantanés des {^rnnites, des porphyres , des ampfaibolites et plus tard» des dérangements moins considérableé occasionnés par la sortie des trachvtes et des basaltes.

Nous avons reconnu que les granités à petits grains passaient aux gneiss et qu'il était très-difficile de les distinguer , mais les granités à gros grains qui leur sont postérieurs ont produit sur le plateau central une foule de saillies très-importantes, soit en constituant une chaîne de montagnes ou des cirques plus ou moins étendus , soit en élevant bien au-dessus de leur niveau primitif des lambeaux de gneiss quelquefois considérables.

La montagne granitique de la Lozère est un des grands traits du plateau central. C*est une large chaîne granitique qui s'étend de l'O. S.-O. à TE. N.-E. sur une longueur maximum (à sa base) de 15 à 20 kilomètres et sur une largeur maximum de 8 à 10.

C'est un magnifique soulèvement de granité au milieu d'une grande boutonnière de micaschiste.

La roche est dure» composée de grains de quartz, de mira noir et de cristaux de feldspath de grandeurs diverses. Quelques-uns atteignent un décimètre de longueur et constituent un beau granité porphyroTde. Tantôt ce granité est en blofs

arrondis; tnntôt, comme on le voit à l*est et au sud de la montagne, il est en masses anguleuses et saillantes. Certain ues masses montrent en saillie les cristaui de feldspath qui ont résisté à la décomposition.

Lu Lozère ne présente pas un plateau uniforme ; on voit partout une infinité de saillies , et plusieurs d'entr 'elles quoi* que très- élevées sont souvent formées par des blocs entassés et ne doivent peut-être leur {surélévation qu'à la dé« composition de granité et ù la ré.Mstnnce de ces blocs.

Le point le plus remarquable est le monticule désigné sous le nom de Teste de Biau, Télc de Bœuf, situé entre Villcfort et Yinlas. C'est un rocher schisteui que l'on exploite pour obtenir des lames , lames ou ardoises de la Lozère. II faut près d'une demi-heure pour faire le tour de certc masse schisteuse , et quand on remarque qu'elle est isolée sur ce plateau de granité, on reconnaît bientôt que c'est un lambeau du micaschiytc sous lequel le granité s'est fait jour et qu'il a emporté dans son soulèvement au-dessus de la surface. Nous avons trouvé dans le département du Puy-de-Dôme plusieurs lambeaux de gneiss ou de micaschiste ainsi déplacés , mais relui de la Teste de Biau est le plus intéressant.

Des masircs de gneiss ou de rorlies feuilletées analogues à celles que nous venons de décrire sur la Lozère ont été obscr\ées par de Charpentier , dans les Pyrénées, sur le granité des Crabiolés, du pic Quairat, etc. « Que Ton se représente, dit-il, d'énormes fragments anguleux d'un gneiss très-micacé de plus de 800 mètres cubes de volume, implantés de distance en distance dans un granité à grains de moyenne grosseur, de manière que la direction et l'inclioaison des feuillets sont les mêmes dans toutes ces purtîes

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