ÉTENDUE DES TERRAINS MEUBLES
que la durée de la période pendant laquelle nous vivons. Cependant des tentatives ont été faites pour déterminer au moins une partie de sa longueur. Des calculs très-inléressants ont été publiés par H. Dowler {Jamson^s journal p 1854, t. LVII , p. 374-375) , en se basant sur TAge d'anciennes forêts ensevelies et superposées. Ces forêts qui se trouvent dans la Louisiane sur les bords du Mississipi sont composées du Cyprès chauve [Taxodium dislichum, Rich.) qui eiiste en abondance dans la même contrée. Cet arbre atteint une extrême vieillesse , puisque Ton suppose que plumurs d*cntre eux dépassent 5,000 ans. Or, en calculant quel a été le temps nécessaire à la croissance de chacune de ces forêts, à son ensevelissement dans la vase, et la durée probable de la forêt de Chêne qui les recouvre aujourd'hui, M. Dowler arrive è une période de 158,400 ans, période pendant laquelle tout le pays a conservé les mêmes caractères.
DE l'étendue des TERRAINS MEUDLES.
Ce que nous venons de dire de TAge et de la superposition des alluvions , nous indique déjà que Ton ne peut admettre sur toute la terre hne grande couche alluviale , dégradée en quelques points , mais dont les lambeaux pourraient se rattacher par des caractères connus.
Les géologues qui ont admis cette couche étendue d'alluvioo ancienne « lui ont donné le nom de diluvium, et plusieurs d'entr'eux ont voulu la faire coïncider avec la date relativement moderne du déluge biblique. Nous n'avons pas besoin de faire remarquer que le déluge de Moïse étant un miracle, ce miracle n'en serait plus un , si les géologues venaient à l'expliquer par des causes naturelles. Nous
i08 TBREAIHS d'aLLUVION.
n'atoDS doDc pan à rechercher les traces qu'il aurait pa hisser.
Le terrain de transport le pins important sar la terre est le terrain polaire. C'est un terrain meuble qui s'étend sur tonte la partie nord de notre hémisphère , qui est aujonrd'htti recouverte par des glaces considérables qui avoîsinent h pAle, lesquelles cachent sa situation géographique.
Cette immense alluvion se complique de celle qui est partie de la Scandinavie et qui rayonne tout autour de la chaîne alpine qui traverse cette grande presqu'île septeatrionale.
C'est dans la partie congelée du terrain polaire que Ton a rencontré quelquefois des animaux de celte époque reculée dont les chairs mêmes avaient été conservées par rabaissement de la température.
Les alluvions, arrachées à la chaîne Scandinave , ont couvert la Suède , la Norwége , la Russie » envoyant sur des radeaui de glaces d'énormes blocs de l'autre côté de la Baltique et jusque sur les rivages de l'Ecosse. Des sables , noo moins pesants, ont couvert les plaines de la Prusse, et peutêtre même la terre végétale d*une partie de rAllemagne et du nord de la France et celle de la Belgique, participe*t-elle un peu des plus fins débris entraînés par cette immense alluvion.
A part ce grand phénomène , nous voyons les actions de transport se localiser de plus en plus , et rester en rapport avec l'étendue et la luuteur des chaînes ou des groupes de montagnes qui leur ont donné naissance.
Les alluvions de THimalaya sont probablement les plus considérables après celles des pAles. V. laequemout les a décrites a?ec détaib.
éTENDOB DBS TBREAINS MBI7BLE9. 100
(f Ces allovions , dit-il • accusent , pour les rivières de rOimalaya comme daos les nôtres , des quantités d'eaa bien plus grandes que celles qui y coulent de nos jours.
» Setludja, qui coule dans les profonds ravins de THima*iaja , montre des alluvions composées d*éoormes quantités de roches roulées , enterrées dans le sable , et accumulées JDflqo'à 60 et 80 mètres au-dessus du niveau actuel de ses eaai. » (jacquemont, Journal^ t. 2» p. 192.)
c Naurjah est h deux milles au delà de Rhaub, et Ton monte à 200 ou 300 mètres au-dessus du Setludja avant que d*y arriver. C'est la hauteur de l'ancien sol alluvial qui a couvert jusqu'à cette élévation les pentes des montagnes de blocs roulés, et qui a déposé, çàet la« d'immenses amas du limon micacé le plus fin. » (/d., p. 333.)
c En face de Soumra « le Spiti s'élargit considérablement ; quelques lies de gravier séparent son cours. Un peu plos haut, ce sont des masses énormes de terrain diluvial qui s'élèvent du sein de ses eaux en forme de tours basaltiques. Le développement de ce terrain est extrême : des inGItrations calcaires ont souvent cimenté d*une manière solide les blocs empAtés dans le sable et les argiles, j» (V. Jacqaeniont, JournaU t. 2, p. 334.)
« Le Spiti , comme les autres rivières de THiroalaya, conle au milieu de masses immenses d'alhivions. Le terrain diluvial s'y élève à une hauteur prodigieuse ; il Oanque les pentes des montagnes de tours et d'obélisques aigus, empilés les uns sur les autres jusqu'à plus de 300 mètres. » (V. Jacquemont, Journal^ t. 2, p. 351.)
c Le mode de dégradation des terrains diluviens est très-bizarre, continue ce même auteur; il forme tantôt des escarpements verticaux qui portent de petits plateaux bien
110 TERRAIH8 d'ALLUVION.
DiTelé9« sarmontés eax-roèroes d'escarpements semblables. A c6té de ces plans et de ces lignes droites , on le voit se décomposer en hantes tonrs coniques qui se touchent par leurs bases. Ces tours semblent adossées è des remparts qui fuient légèrement derrière elles et en portent de plus petites. » (Id., Journal, t. 2» p. 350.)
Au reste , le terrain alluvial oiïre ici , comme au pied de toutes les montagnes, des épaisseurs variables , de curieuses dégradations et surtout la preuve de dépôts paisibles entremêlés d*époques tumultueuses. Voici, du reste, les propres paroles de V. Jacquemont. « Le terrain dîluvial du Spiti , en face de Dunkhar, a un énorme développement ; toutefois» ce o*est pas par la hauteur qu'il atteint qu'il est le plus remarquable , mais par la cimentation de ses parties : ici ire ne sont que des argiles douces et onctueuses, sans un caillou ; plus haut , des lits redoublés de cailloux roulés ; pois de grands blocs anguleux dispersés dans une terre argileuse sans consistance ; et , au travers de ces assises , des masses immenses de fragments anguleux de calcaire coqoiller, tellement agglutinés par un ciment de même nature, qu'on les prendrait pour les calcaires compacts de cette formation qui offrent quelquefois l'apparence de brèches.
» En général , la cohésion de toutes les parties du terrain alluvial est fort grande , et cela dans toute la vallée do Spiti et de ses affluents. Ses bancs de terre argileuse micacée, épais de plus de 30 & 40 mètres en bien des lieux, se dégradent en obélisques aigus qui se tiennent debout, isolés les uns des autres , et portant quelquefois è leur sommet nn énorme bloc de rocher. Ces terrains du niveau primitif da sol dilnvial donnent, à diverses parties de la vallée du Spiti» l'aspect le plus étrange.
ÉTQTDUB DES TERRAINS VEUBLES. 111
)) Il y a eu , dans la formation da terrain dilavial , des époques diversement tamullueases. Entre des masses stratifiées, on en voit d'une énorme épaisseur dont les éléments font confondus péle-méle ; mais le dép6t des unes a succédé immédiatement h celui des autres « car c'est toujours par des surfaces planes et horizontales que se termine chaque masse. Aucune n*a été dégradée avant d'être recouverte, i» (Id., t. 2, p. 359.)
Le phénomène alluvien des Alpes s'est accompli aussi sur une vaste échelle. Il suffit de voir du c6té du Piémont les larges échancrures du P6 et de la Doire pour comprendre qu'autrefois c'étaient des fleuves immenses qui ont versé uoe partie des débris que l'on trouve aux environs de Turin.
La dispersion des débris rayonne autour des montagnes. Noos pourrions citer les Pyrénées comme les Alpes.
» Dans les Vosges, dit M. L. Gollomb, il a rayonné autour des points culminants de la chaîne ; il n'a pas dépassé leurs limites en hauteur , il s'est maintenu dans le fond des fallées ; nous avons vu tout k Theure qu'on peut tracer sur la carte, qu'on peut poser les bornes de sa sphère d'activité, n n'a pas eu la force suffisante pour sortir des vallées et s'éUler dans les grandes plaines qui entourent le système des Vosges. Les moraines frontales inférieures donnent la mesure de son étendue en longueur : dans toutes nos vallées, on peut remarquer qu'en amont de ces moraines, tous les accidents propres an terrain erratique se rencontrent à profusion, tandis qu'en aval ces accidents disparaissent; ni les roches , ni les galets ne sont plus striés , et les accumuhtioDs de débris ont tons les caractères des matériaux remaniés par les eaux. » {Preuves de V existence d'anciens glaciers, p. 148.)
112 TBRBAUfS D*AIX€VIO]f.
Les allamns de la Dordogne et de la Garonne ont diacon lenrs roalériaux fiarticuliers.
Ces mêmes terrains de transport occapent , dans le dé* parlement de TAude, selon M. Leymerie» trois ba^sin« principaux qui correspondent è trois vallées , celles de la SeioCi de TAube et de TArmance. L'étendue de ces alluvions est telle, continue H. Leymerie, « qu'elle dépasse considérablement celle que pourraient prendre les rivières actuelles, en supposant même des crues tout h fait extraordinaires. » {BulUtinde la Soeiilé géologique, 2* sérient. 3, p. 519.)
I^s alluvions du plateau central ont suivi des directions très-opposées. Des courants ont entraîné une partie des matériaux dans les grands lacs qui existaient à sa surface et notamment dans la Limagne, tandis que d'autres, dirigés en sens contraire , sont descendus en rayonnant à l'extérieur du plateau primitif. C'est principalement au sud que l'on trouve la trace de ces alluvions centrifuges. Elles ont raviné les causées, en abandonnant de» cailloux è leur surface, et sont allées s'étaler dans les plaines du midi.
Le Gardon , qui passe h Anduze, a entraîné des cailloux qui proviennent surtout de la décomposition des grès inlraliasiques et aussi du terrain primitif contre lequel ils sont adossés. Ce sont surtout des quartz , quelques granités avec cristaux de feldspath , des gneiss , des micaschistes trèabrillants formant des cailloux très*plats , des schistes noirs ressemblant un peu aux ardoises , des grès rouges « gris on verdAtres, et des cailloux de l'époque jurassique. Il est facile de reconnaître k la nature des matériaux l'origine de Talluvion. Hais ce terrain, transporté du plateau central, est effacé par celui que le Rhône a arraché aux vallées des Alpes. On jugera de la puissance de ce fleuve en se rappe-
irCRDUE DES TEEBAINS MEUBLES. 1 1 3
lant qo'en 1 840 ses eai>x s*épanchèrent h la surface des dé- {Nirtements du Gard et des Bouches-du-Rh6ne sur une làr* geur de 60 kilomètres, depuis le fort de Bouc jusqu'au delà d*Aigueroorte.
Le ?aste bassin de la Limagne a recueilli sur un grand nombre de points, et principalement sur ses bords » les alluvions qui descendaient des montagnes, et il est facile de reconnaître h Torigine de chaque vallée la présence d*une alluvion toute locale. Toutefois , ces alluvions n'ont pu atteindre ni le milieu du lac , ni certaines parties du fond de ce grand bassin quand les eaux Teurent abandonné. Il en résulte de larges espaces sur lesquels il est impossible de rencontrer un seul caillou. De très-grands terrains, au Pérou , sont comme certaines parties de la Limagne entièrement privés de pierres. « Au-dessous de Borja, dit La Condamine , et à 400 è 500 lieues au delà , en c'escendant le Oeuve , un caillou est aussi rare que le serait un diamant. Les sauvages de ces contrées ne savent ce que c*est qu'une pierre , n'en ont pas même l'idée. C'est un spectacle divertissant de voir quelques-uns d'entre eux , quand ils viennent à Borja et qu'ils en rencontrent pour la première fois, témoigner leur admiration par leurs signes, s'empresser à les ramasser, s'en charger comme une marchandise précieuse, et bientôt après les mépriser et les jeter, quand ils s'aperçoivent qu'elles sont si communes. » {Mémoire de VAca^ demie des sciences, 1745, p. 417.)
Quelques parties du lac de Genève présentent aussi cette absence de cailloux. Ainsi, en sortant de la ville, on voit dans l'eau quelques blocs erratiques , et si le lac n'est pas trop profond , on aperçoit è travers l'eau un fond de vase
très-fine et disposée par ondulations. De grands espaces
114 TMBAIM tf'AlXWfOlf.
n'offitift qae èè h tase mm on6 seule pierre ; puis on roH d'aatrts espaces eircoiMcrits , tantdt arrondis od inf |i^liera, taaCM aHongés et sirootant même des triitnées , tout cou* Yerts de cailloax roulés qui doivent être là depuis longtemps, car à cette extrémité du tac , Teao est d*one transparence eomplète et d'une ettiéme pureté. Elle ne dépose plus rien* Ces caiHoux ont-ils été portés par des courants spéciaux ou abandonnés par des glaces chargées T On observe aussi les mêmes faits dans la Limagne.
Si quelques parties de la Limagne d'Auvergne manquent de cailloux 9 les terrains d'alluvion anciens et modernes y sont largement étalés; TAIIierqui la traverse, la Dore qui vient y verser ses eaux , la Sioule, la HorgOt et une Foule de petites rivières qui se réunissent è cette grande artère, ont laissé partout sur leur trajet la cdllection locale ies échantillons de leurs vallées , et c'est è peine si sur quelques .pohits ces courants ont confondu leurs dépAts. Ces matériaux , comme nous le venrons dans l'étude géographique des allnvions , sont quelquefois très-loin du lit actuel de la rivière. On reconnaît qu'avant de creuser leur lit les cours d*eau se sont souvent écartés sur le sol , reprenant un jour pour les mélanger les débris accumulés pendant les inondations précédentes.
Il ressort de cette étude intéressante que sur le plateau central, comme dans les antres contrées, les cours d'eau actuels ne sont plus que les restes amoindris de courants plus considérables auxquels on doit des ollurions proportionnées è leur volume et è leur vitesse.
U en résulte encore cette conclusion que les alluvions sont localisées et ne proviennent pas de causes générales et violentes.
ÉTENDUE DES TERRAINS MÊtBLES. 115
Eû admettant ces faits , noos ne voulons pas nier d*one manière absolue lés eiïets violents et accidentels (fut peuvent avoir été subitement produits par des vagues poussées avec violence , par des tremblements de terre et à plus forte raison par des soulèvements. De nos jours encore, les vertts et les ouragans seuls peuvent pousser Teau de l'Océan de manière h la faire pénétrer jusqu'à 20 i 30 kilomètres dans rintérieur des terres, comme cela est arrivé en 1787, et s'est renouvelé en 1832.
Sans nier qu'il ait pu exister sur le plateau central de la France de grandes alluvions générales , appartenant à une époque plus ou moins ancienne , nous ferons remarquer que le bassin de la Limagne se trouve dans les meilleures con« ditions pour avoir recueilli les alluvions de presque toute ta contrée. Ce bassin , entouré de hautes montagnes , limité par des plans inclinés que suivaient les eaux et dans lequel venaient et viennent encore s'ouvrir toutes les vallées , a éh 86 couvrir d'alluvions , et , en effet , toutes les coulées de lave , tous les plateaux de basalte sont assis sur des couches aHuviales.
Toutefois f ce bassin est ouvert au nord , et lorsque l'on suit dans cette direction les bords de l'Allier , on ne tarde pas à découvrir dans le département du Puy-de-DAme, nais surtout dans celui de l'Allier , une ancienne alluvion considérable , qu'il est impossible de rapporter à une cause locale.
M. Ebraj a signalé aussi dans la Nièvre , sous le nom de diluvien, cet énorme dép6t de cailloux , de sables , de graviers et de bois fossiles. Ce n'est pas selon loi , non plus , le résultat d'un fait restreint , mais d'un fait plus grandiose qui aurait envahi les points élevés de la contrée. Ce dilnvium
116 TRBBAnis d'aucvion.
contiendrait souvent les débris des terrains primitifs , jurassiques et crétacés. C*est peut-être à son ettension jusque dans le Puy-de-Dôme que nous devons le petit nombre de fossiles marins qui ont été rencontrés sur notre sol où les lames d*eau seront venues mourir.
DE LA SITUATIOII DBS ALLUVIOIIS.
'' La plus grande partie des terrains d*aIluvion se trouve en plaine t et comme il est dans la nature de l'eau de s'étaler aussi largement que possible quand elle ne rencontre pas d'obstacles « nous trouvons souvent des plaines immenses couvertes d'allu\ions. Nous en avons cité un exemple entre la Méditerranée et les falaises jurassiques; nous en avons un autre dans la terre végétale qui couvre la Limagne , le terrain tertiaire d Aurillac, etc. C'est assez souvent à l'embouchure des fleuves que les grandes alluvions se rassemblent pour en constituer les deltas. Nous trouvons en An- ▼ergne le delta de la Sioule aux environs d'Ebreuil » celui de la Dore à Courpière , et nous reconnaissons parfaitement dans ces localités des baies du grand lac qui ont été comblées par des débris.
Nous voyons aussi des collines couvertes de cailloux , lesquels peuvent même s'y être déposés en cocches trèsépaisses. Les bords de l'Allier nous onVent de ces collines. Ce sont des plaines nivelées qui ont été rongées , coupées , séparées en lambeaux par des lavages ultérieurs , et leurs cailloux remaniés sont devenus les matériaux de terrains de transport plus modernes.
Ces érosions des couches alluviales sont très-fréqoentes en Auvergne sur les rives de TAIIier. Quelquefois le dépôt
SlTUATIOlf. 1 17
de transport simule an amphithéAtre ou un cirque. Durocher en indique un exemple en Norwége. « Il semble , ditil, que ce soit l'eflet de grands remous des eaux ; ailleurs on j remarque des cavités en (orme de bassins, de fonds de chaudière. Beaucoup de lacs en Suède, et principalement en Finlande , paraissent occuper le fond de cavités situées an milieu du terrain sableux , et sont allongés parallèlement i la direction générale des stries dans la contrée environnante. 0 {Bull, de la Soc. géol., t. 4, p. 55.)
On trouve aussi fréquemment des alluvions éparses sur des points très-élevés. Certains plateaux basaltiques ont cela de remarquable en Auvergne, qu'ils sont couverts ou parsemés de cailloux roulés principalement formés de quartz. Ainsi Gergo\ia, ChAteaugay , et tout le plateau de Mirabelle, Chanturgnes et les Côtes , toutes les coulées de basalte des environs de Rochefort et de Pontgibaud , offrent des cailloux roulés dont il est très-difficile de deviner Torigine. On les retrouve également sur les nappes de trachyte, au Mont- Dore et sur le plateau de la Croix-Morand ; on voit çk et là les mêmes cailloux dispersés sur la pelouse. D*oiî peuventils provenir?
Des cailloux roulés de quartz existent en abondance sur les collines calcaires près d'Anduze, à droite de la route de Ntmes.
Le même fait se présente A Nossac , près Langogne , sur la causse de Sauveterre , mais les cailloux y sont clairsemés.
L*état de délabrement dans lequel se trouve le calcaire jurassique de la Lozère , les sables sur lesquels il repose , la dénudntion des granités qui offrent des boules si nombreuses, tout indique non-seulement les lavages répétés de ces terrains , mais encore des causes lentes et puissantes
118 TEERAINS d'ALLUVIOK.
d*érosion. Noos trouvons ces causes dans les ploies conti* Dues ou périodiques qui ont agi depuis des siècles avec une intensité plus grande que de nos jours.
Nous avons souvent la preuve de grandes érosions sans que pour cela nous puissions en retrouver les matériaux qui ont été emportés par les courants dans des contrées lointaines. En suivant, dans le département de la Lozère la route du Boro h Bagnols* on voit sur plusieurs points le granité et le micaschiste qui ont été mis h découvert par le Lot 9 et il est facile de reconnaître que cette rivière a dû avoir autrefois une puissance d'érosion bien plus grande , pour avoir dénudé toutes ces masses de rochers. C*est elle peut-être qui a pu emporter les chapeaui de lias qui couvraient la roQhe primitive « ou bien partager en lambeaux épars la vaste couche continue de calcaire qui devait exister.
La Limagne tout entière a subi après son émersion la puissance érosive des courants et des agents atmosphériques. Nous avons étudié ses dégradations. L'eau a agi de la même manière dans le monde entier sur les points les plus éloignés. C est ainsi qu*en Amérique « en quittant la Paz de la Bolivie « M. d*Orbigny trouva dans une profonde vallée des Andes, et sur une plus grande échelle, le curieux spectacle que nous oiïje la dégradation de nos argiles rouges. « Le fond du torrent sert de chemin; il coupe en cet eo- » droit des masses de grès et de poudingups de Tépoque 0 diluviale, de quelques centaines de mètres de buteur, » et dont les parois perpendiculaires s'élèvent comme de » hautes murailles de ra*<pecl le plus sauvage. Dans ce » goufire étroit, qu'on suit plus d'un quart de lieue , oà le » soleil n'arrive qu'au milieu du jour , se remarquent les » accidents que les eaux produisent sur les montagnes voh-
9ir0Aviqii> 119
» lîoQi , maia avec ^s forrma pliis variée» et mrtoiit fini ]» esiraordinaires » de» flèche» «oii de9 toiirs d*aiie graiiAe n fipiptear , ordînairçipeipt fermées par une grosse pierre » » menaçant à chaque piis 4e a'écroiiler s^r la tête du v«ya«' » geur , paraissant ne se soutenir que par enchantement ; » et leur nudité » le^ €Oi|levr r<HigesMre , Ja variété de leurs » formes , captivent rattentioo en forçant de les admirer. » {Voilages, t. 2» p. 4^4.)
Nous ne connaissons pas en ^ovei^goe de véritables lacs comblés par des a|luvioo6 , mais tout nous porte è croire que ces matériaux de transport ont puissamment aidé è émerger Tancien lac do Livradoîs et à comUer les estuaires de ia Dore et de la Sioule»
En Suisse , le travail alluvial a comblé une partie dés grands lacs qui occupaient le fond des vallées. Le lac de Brienz et le lac de Thounn sont les restes du grand lac qui submergeait la vallée de l'Aar. Ce lac a été partagé en deux par les terres d**Interlaken , énorme barrage dont les matériaux ont été fournis par la grande vallée de Gridenwald et daia Yungirau et apportés parla rivière de Luttchinen.
Nous avions bien en Auvergne le petit lac de Snrliève dans lequel les alluvions s'accumulaient. Quelques siècles encore et il eût été comblé. Les hommes ont aidé la nature ea faisant écouler l'eau 4|ui restait encore.
EoGn, nous mentionnerons aussi et nous étudierons plus loin avec plus de détails la position de grandes nappes d'allu\ion sous les laves des volcans anciens et modernes « en sorte qu'il arrive souvent qu'un plateau de basalte se trouve placé entre deux alluvions d'ège et de nature différents. Ces alluvions, ainsi préservées, nous indiquent la trace d 'anciens cours d'eaa dont nous n'aurions, ^ns cette cirooos-
120 TBRBA1H9 D*AIXIIVIOM.
tance, jamais reconnu la direction « et 8oa?ent aassi , par leur altitude , elles nous donnent sinon la date , au moins la mesure des érosions ultérieures et des causes plus ou moins énergiques qui les ont opérées.
DE LA PUISSANCE DBS ALLUV10M8.
Nous ne voulons parler ici que des terrains meubles postérieurs au terrain tertiaire, c'est-à-dire des dernières dégradations qui ont eu lieu sur la terre. Nous avons vu en parlant des couches sédiroentaires quelles immenses destructions avaient dû s'opérer autrefois sur le globe.
Les alluvions nous indiquent aussi un mouvement considérable, des forces agissantes d'une extrême puissance, car il n*est pas un caillou roulé, pas un bloc erratique , pas une parcelle de gravier, pas un grain de sable qui n*ait été pris quelque part et que nous ne puissions restituer par la pensée i la roche solide dont ces matériaux faisaient partie.
Le grand dépAt qui gtt à la base des montagnes de la Scandinavie, et qui s*étend au nord de la Russie, en Suède, autour du bassin de la Baltique , sous les eaux de la mer et jusqu*en Ecosse , atteint quelquefuis 30 mètres de puissance. Il est composé de limon , de sable , de gravier et de blocs parfois énormes de roches tran^poitées trèsloin de leur point d*origine. Si ces dépôts offrent des débris organiques, ce sont souvent des restes arrachés aux terrains plus anciens.
La masse de ce terrain de transport , dont Torigine remonte i l'ancienne Ile Scandinave , dépasse donc tout ce que rimagination peut concevoir. On peut même se demander si le sol de la majeure partie du nord de TEurope qui était
PUISSAKCB. 121
aotrefois submergé n'a pas été élevé aa-dessus des eaux par des atlérissements plutôt que par l'action soulevante de forces agissantes intérieures.
Les roches de la Norwége et de la Suède ont été entrataées si loin , elles forment « comme nous venons de le dire, des dépôts si puissants , elles ont été réduites en sables et CD graviers sur une si grande échelle , elles encombrent tellement le littoral des mers voisines , qu'en doublant par la pensée le massif alpin de la Sandinavie , on restera bien aadessous de la vérité.
Le même raisonnement peut s'appliquer aux Alpes dont les débris immenses couvrent de vastes espaces des deux cAtésde la chaîne, aux Pyrénées, aux Vosges et h toutes les montagnes dont on doublerait facilement l'altitude et dont on comblerait les vallées , si on pouvait leur restituer la ceinture d'alluvion entraînée à leur base.
11 j a, dans tous les cas , une énorme disproportion dans la puissance des alluvions anciennes et des alluvions modernes. Bien qu'il n'y ait entre ces dépôts aucune limite possible , on est forcé de reconnaître que les causes atmosphériques , les seules que nous puissions invoquer dans les terrains de transport, avaient, à une époque reculée, bien plus d'intensité que de nos jours. Nous sommes forcé d'admettre que les causes actuelles , dont le mode d'action n'a pas changé , ne sont que la représention des mêmes forces amoindries. C'est reconnaître que l'eau ne circule plus en anssi grande quantité, qu'elle ne descend plus de sommets aussi élevés, qu'elle ne dépose plus à une si grande hauteur ses longues terrasses de cailloux roulés : c'est-à-dire que les montagnes sont moins élevées , Tévaporation moins active, le climat moins chaud.
123 TEERAIIIS h'AUXf^lOV.
n oe faudrait pas toutefois conclure de ces coasidératioas (pe les causes actuelles sont sans effet. Si les forces de la nature ont diminué avec le refroidissement de la terre, elles s'exercent encore dans de bien vastes proportions relativement am effets que nous pouvons produire.
Le mouvement est partout » et chaque goutte d*<eaa qui tombe tend è niveler la terre.
Le docteur Lord estime è 1/500 au minimum, la quantité de matière solide charriée par Tlodus et la plupart des rivières du Pendjab.
Si les fleuves qui descendent des flancs de THimalaya n'abandonnent plus , comme autrefois , de quoi former te Bengale, leurs attérissements, calculés par le major Reonel et rapportés p ir H. Lyell , versent encore dans la mer des masses considérables de vase. Le Gange, dans la saison des crues, abandonne 405,000 pieds cubes (11,490 mètres cubes) par seconde , ce qui donne en nombre rond 100,000 pieds cubes (2,870 mètres cubes) par 1" de matières solides, et multipliant par 86,400", durée d*UA jour, 8,640,000,000 pieds cubes (247,968.000 mètres cubes) par jour. En supposant la densité de ces matières moitié de celle du granité , leur poids équivaudra A celui de 4,320,000,000 pieds cubes (123,984,000 mètres cubes) de granité. Maintenant, douze pieds cubes et denii de granité pèse environ une tonne , et Ton a calculé que la grande pyramide , si elle était une masse solide de granité, pèserait 6,000,000 de tonnes. (La tonne anglaise =s 1,015 kilogr.) Le courant de lave le plus considérable qui soit sorti de TEtna , depuis les temps historiques, est celui de 1669. Ferrara calcula que la massa de ce courant s'élevait à 140,000,000 de yards cnlef
(106,904,000 mètrefi cu|)es) » et cependant ceUe iMsae n'olTrirait pas an quiozièmp da Tépaissevr dea SfidinneoU charriés par le Gange en une iseulie années en siipp^isatnt qn^ ceoi-ci ne soient que le cientièniiç des eaui du fleove. Asosi, eo supposant quinze grandes éruptions par siède, il faudrait cent Etnas pour rejeter à la sorfaee de la terrd aoe niasse de Ia?e égale en volume aux sédiments qui , pendant le même temps, descendraient de l'Himalaya dans la baie du Bengale.
Si le Rhin et la Meuse n'apportent plus asse< de vase pour constituer la Hollande avec les terres de la France et deTHelvétie, ces fleuves charrient encore d'énormes quantités de limon.
L*eau qui s*écoule du glacier de l'Aar» contenait en août 1851, diaprés les mesures et les calculs de M. DoIKiss, 284 tonnes (la tonne 1«000 kilogrammes^ de sédiments en >ingt- <]natre heures. C'était du sable 6n en suspension. En admettant, avec M. E. Collomb, que la pesanteur de ce sable soit égale à 1 ,8 , nous obtenons 1 58 mètres cubes entraînés par jour au moment des grandes eaux. Dans les mois d'hiver , il est vrai « cette quantité se réduit à rien , mais la moyenne de Tannée n'en est pas moins très-importante.
Noos avons vu en Auvergne les eaux de certains ruisseaux qui coulent sur les terrains tertiaires entraîner 15 pour cent de matières terreuses.
Surpris par on violent orage près d'Anduze (Gard) « nous aïons puisé dans un torrent momentané de l'eau qui nous a donné 24 pour cent de vase ochracée , limon tout à bit semblable à celui des cavernes du terrain jurassique.
La Ourance, d'après les calculs de M. Hervé-Mangon,
124 TBRE A1NH d' ALLlTnOlf .
envoie chaque année è la mer onze millions de mitres eu-bes de limon contenant autant d'azote que cent mille tonnes de guano , et autant de carbone que peut en fouruir une forêt de quarante-neuf mille hectares.
H. Renaud-Comte a publié dans les Hémoires de la Société libre d'émulation du département du Doubs 1846, un Mémoire très-intéresssant sur les vallées d'érosion dans le Jura. Il démontre que ces vallées datent seulement de l'époque diluwenne et nullement de périodes antérieures. Il les attribue à la fonte d'anciens glaciers.
Quand on examine ces vallées , on est bientôt convaincu qu'elles ont été formées par l'action des eaux, mais on reconnaît en^ même temps qu'il a fallu une période très-longue et des actions incessantes pour produire ce gigantesque travail. Tout en admettant la cause que lui assigne H. Renaud-Comte, il faut bien reconnaître que ce ne peut être la (usion plus ou moins lente ou plus ou moins rapide d'uQ grand glacier qui a produit le phénomène , mais l'actioD successive de courants qui se sont renouvelés souvent et qoi se sont succédé pendant une longue suite de siècles.
Ces vallées datent évidemment de Tépoque diluvienne, immédiatement antérieure à l'époque erratique. Ils datent, dans notre hypothèse des climats solaires, de cette période où des neiges très-abondantes s'accumulaient en hiver sur les crêtes du Jura et fondaient complètement en été. Elles sont une preuve de ces grands lavages qui , dans les hautes montagnes, ont précédé l'extension des glaciers, et qui oat fait déborder partout le terrain diluvien sur le terrain erra-> tique.
Les rivières , nombreuses en Islande , s'enflent considérablement et deviennent rapides en été ^ par suite de la