‹ Les époques géologiques de l'Auvergne [microform]Chapitre 18 sur 82 · CHAPITRE CXXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXXXII

Allavi«n9 paisibles. — IntasolTes» tourbe.

LES DiFUSOIRES.

Quand le transport n'a pas lien par des eanx rapides et tomaltaenses ; quand les matériaux fortement divisés sont amenés doucement aux points où ils s'arrêtent , il se forme des couches vaseuses souvent régulières dans lesquelles des êtres vivants ont pu se multiplier à Tinfini.

Nous voulons surtout parler des Infusoires , de ces animaux microscopiques qui se développent si rapidement et en si grand nombre. Presque tous les terrains un peu humides en contiennent d'innombrables quantités. Les eaux croupissantes sont une gangue dans laquelle ils se développent, et pendant que les animaux marins construisent en calcaire de gigantesques édiCces , des Infusoires entassent leurs carapaces siliceuses invisibles à l'œil nu et en remplissent des bassins tout entiers.

Nous avons sur le plateau central plusieurs exemples de ces gisements modernes d 'Infusoires. Le plus intéressant est celui de Geyssat , village situé près du puy de Dôme. Ce village renferme encore, selon M. Fournet, plusieurs sources minérales acidulés auxquelles on peut rapporter le dépôt de silice gélatineuse que l'on y rencontre. Sa position est toute 8uper6cielle ; elle n'est recouverte que d'un pied de terre

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végétale et se trouve daos le fond d'ua bassin marécageux , en alternance avec des assises d'alluvion sur une étendue de deux hectares environ. Elle est mélangée de veinules d*ocre et accompagnée de matières organiques. Elle est presque entièrement formée de silice pure unie à un peu de fer et d'alumine et à une certaine quantité d'eau et de matière organique.

M. Ebrenberg écrivait à M. Fournet en 1842 : c Cette » farine est composée d'infusoires d'eau douce; elle ne » contient qu'une seule espèce qui lui soit spéciale; celle- » ci a même été trouvée nouvellement aux environs de Ber- » lin f où elle est vivante comme toutes les autres. »

Le tripoli de Ceyssat renferme , selon M. Ebrenberg , environ 20 espèces d'infusoires : son genre de cohésion , sa couleur presque blanche , sa composition et la prédominance de la Synedra capitata , ainsi que de la Synedra ulna, lui donnent une grande ressemblance avec la farine de Santa Fiora en Toscane. Elle est encore particulièrement intéressante, à cause de la présence du Gomphonema augur qui, jusqu'à présent , n'a été reconnu qu'à Real de! Monte , au Mexique. M. Fournet considère ce petit dépAt de Ceyssat comme un dépôt tout à lait moderne , auquel une source minérale a concouru.

Un ou plusieurs autres gttes existent aussi à Randanne. La coulée de lave des puys de la Vache et de Lassolas ^ en barrant le cours des ruisseaux , a donné naissance à plusieurs petits bassins d'alluvion dont les uns sont encore couverts d'eau, comme le lac d'Aydat et celui de Cassière, et dont les autres sont à sec , si ce n'est après les grandes pluies. Telles sont les prairies de Verncuge et de Randanne. Ce sont des fonds tourbeux ou des terres blanches siliceuses

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avec débris dlofusoires » comme la silice de la prairie de Randanne. Toat le sol de cette graode prairie , immédiatement soas Thomas , n'est qa'ane cooche paissante de silice gélatineose, à des degrés variables de pareté. Tantôt elle passe à Tocre , tantôt elle renferme des détritas de végétaax^ des élytres et portions d'insectes , et contient quelquefois tant de matières organiques , qu'elle devient d'an bran noir. M. Foarnet attriboe ce dépôt à ane eau minérale , et il est tenté de considérer comme on reste de cette source une cavité qui existe dans la prairie de Randanne et où l'eaa sainte et se conserve longtemps.

M. Foarnet a signalé aussi comme analogues aux gttes de Geyssat et de Randanne , de petits dépôts de silice farineuse f déjà indiqués par Faujas et qui se trouvent près de Privas f sor le flanc da mont Gharray , à Pourchères , etc. Ce sont de petits dépôts lacustres renfermant souvent des empreintes de feailles et appartenant à la dernière période tertiaire ; ce sont des lambeaux très-restreints, protégés par les basaltes. Les carapaces des Inlusoires sont différentes dans ces dépôts de celles que l'on trouve dans les gttes superficiels de l'Auvergne. Nous les considérons comme faisant partie des terrains tertiaires ; mais les Infusoires de ces teirains sont généralement les mêmes que ceux des terrains d'alluvion anciens ou modernes.

En Auvergne , comme partout aillears, nous voyons souvent les eaux qui traversent les prairies tourbeases déposer des couches de fer hydroxydé , couches presqu'entièrement formées de ces petits Infusoires désignés sous le nom de GaUianella ferruginea. Nos tripolis contiennent aussi des multitudes de carapaces d 'Infusoires , carapaces formées de silice y en sorte que les relations de la silice et de l'oxyde

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de fer avec ces petits êtres doués de la vie ne peuvent être mises en doute. Nous ne pouvons admettre comme un fait démontré » la transmission des éléments sous l'active influence de la vie ^ mais ce jeu continuel de Toxyde de fer, de la silice, du calcaire dans ces molécules vivantes , dont le microscope atteste des milliards dans un centimètre cube, ces curieuses transformations de la matière inorganique en cellules que M. Brames nous a fait connaître, ces cristallisations de la matière vivante indiquées par M. Trécul, tous ces faits du plus haut intérêt , nous démontrent qu'il reste de bien curieuses découvertes à faire au point de jonction des trois règnes de la nature.

Lorsque les eaux des marais sont peu profondes et que des ruisseaux paisibles y conduisent des eaux peu chargées de matières terreuses , une végétation active s'y établit, et c'est à cette végétation incessante et constamment renouvelée que nous devons les tourbes. L'ftge de ce dépôt paraît toujours postérieur au terrain tertiaire , mais si les tourbes datent de l'Age des alluvions anciennes , elles peuvent encore se former sous nos yeux . Nous verrons même plus loin que leur production pourrait devenir aujourd'hui plus active qu'à l'époque géologique des anciennes alluvions.

Certaines conditions de climat sont aussi nécessaires à leur production. Ainsi elles n'existent pas sous les tropiques. Elles sont même d'une extrême rareté dans le midi de la France et en Espagne. Elles deviennent bien plus abondantes dans les régions du nord , elles y sont plus pures et plus combustibles.

La toarbe De paratt pas avoir été transportée. Elle résulte de la décomposition des végétaux sor la place même 00 ils ont vécu.

Les tourbes ne sont pas rares sur le plateau central de la France » mais elles n'occupent pas de grands espaces. Elles sont confinées dans les vallées, sur les montagnes humides, dans les fonds marécageux. On les voit se former autour des lacs , sur leurs bords envahis par des plantes de marais , sur leurs lies couvertes de Sphagnum. Elles envahissent peu à peu la surface de l'eau.

Nous n'avons jamais remarqué en Auvergne que le sol ait une influence sur la formation de la tourbe , mais la constitution géologique du pays jointe à sa topographie, foDt que la tourbe y repose presque toujours sur des terrains primitifs ou volcaniques.

Dans les golfes de la mer du Nord , des tourbières se forment comme sur le plateau central par un lacis de végétaux qui s'avancent sur la surface de l'eau.

Nous aurons occasion de mentionner avec quelques détails plusieurs de nos gisements, mais nous n'avons pas en Auvergne ces immenses tourbières du nord si Bien décrites par M. Walchner. a Ce sont, dit-il, des solitudes mornes et désolées. Leur surface brunâtre , dépourvue d'arbres et de boissons, s'étend horizontalement sur plusieurs milles de longueur» Le voyageur n'y rencontre que des Bruyères clairsemées, des Joncs et des Gramensaux couleurs funèbres; aucun brin d'herbe verdoyante ne soulage sa vue. Il ne peut parcourir les parties humides et spongieuses qu'au moment des sécheresses , ou durant les gelées qui viennent les solidifier; aux autres époques de l'année, quelques bouquets d*arbrisseaux surgissent d'un noir limon, qu'il faut traver-

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ser en saatant de toaiïe en touffe , et le silence de mort qui règne sur ces plages, n'est interrompu momentanément que par le cri plaintifd'un palmipède solitaire. » (Walchner, cité par Fournet, sur les houilles, p. 185).

Nous ne ?oyoos en eiïet dans nos petites tourbières du plateau central de la France, que les miniatures des tourbières des régions du nord , mais nous prenons encore la nature sur le fait, opérant sans doute comme elle opère encore en Danemarck et en Russie.

Nos lacs de Chambedaze , d'Aubrac , de l'Esclauze nous donnent la clé des grandes tourbières du nord où les phé« nomènes que nous avons sous nos yeux s'accomplissent depuis des siècles.

La Revue suisse a publié, en 1846 , un trèsnntéressant article sur ce sujet, par M. Lesquereux, qui a étudié les tourbes de Tile de Seeland.

« Le sol de cette ile , dit-il , est de même nature que celui de la Scanie ; il se compose de sable quartzeux mélangé de blocs et de fragments de granité avec le silex de la craie. Il est ondulé, coupé par plusieurs lacs, golfes et bassins comblés par la tourbe. Les dépôts de bois souterrains de ces contrées sont des forêts formées par les mêmes espèces d'arbres superposées et enfouies sous la tourbe qui se présente presque partout dans l'alternance de leurs assises, m

« Au fond , sur une couche de tourbe de 3 à 4 pieds d'épaisseur, sont des Pins dont les troncs, parfaitement conservés, ont 6 à 10 pouces de diamètre, et sont couchés de manière à tourner leurs racines vers les bords du bassio et leur cime vers le centre. Au-dessus gtt un second banc de tourbe noire, de la même épaisseur que le premier» sur laquelle est couchée une forêt de Bouleaux blancs. Sur le»

Booleaax , on yoit 6 pieds d'une tourbe dense » couverte d'one couche moins terreuse où gisent d'énormes troncs de Chênes , ayant 3 pieds de diamètre, et dont le bois est parfaitement conservé. Sur les Chênes on trouve encore 5 à 6 pieds de tourbe fibreuse et récente formée par les Sphag-num^ quelquefois même, une quatrième forêt, composée de Hêtres vivants ou couchés , déjà envahis par les masses tourbeuses. »

A II faut supposer, que dans Torigine , ces bassins tourbeoi, qui ne sont jamais d'une grande étendue, étaient de petits lacs comme on en voit encore dans tout le Seeland. La végétation s'y est établie à la surface ; une fois la voûte coDSolidée , les Pins s'y sont semés et y ont vécu jusqu'à ce que leur poids ait amené leur enfoncement. Alors la tourbe a pris un nouvel accroissement, et lorsque la couche est devenue plus épaisse , les Bouleaux ont fait leur apparition. La tourbe a continué à s'élever pendant leur croissance ; ce qui le prouve , c'est qu'on a trouvé plusieurs troncs de ces arbres empâtés dans la tourbe et dans une position verticale. Lorsque la surface du marais , arrivée au niveau de la plaine environnante , a commencé à se dessécher , les Chênes alors s'y sont semés, ils ont grandi sur ce sol jusqu*à ce que leur poids , produisant une nouvelle dépression , ils aient été renversés. L'humidité a reparu à la surface, et dès lors la tourbe s'est élevée par les Sphagnum et a couvert les squelettes de ses grands végétaux. »

» L'origine de ces formations exceptionnelles doit remonter à 5,000 ou 6,000 ans de date au moins, si l'on tient compte de tous les accidents qui ont concouru à un aussi éaorme entassement de végétaux. »

Nous voyons déjà dans quelques-uns de nos petits lacs ou

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sur leurs bords tourbeux , les Saules , les Bouleaui coostituaut des taillis, et plus tard sur la tourbe formée , les Pins sylvestres commeoceot à envahir le sol. Les Sphagnum y sont abondants et continuent à augmenter les couches de tourbe.

Nous trouvons, en parcourant la partie montagneuse de l'Auvergne, de nombreux exemples de tourbières.

La tourbe se montre sur de grands espaces aux environs du lac de TEsclauze (1,076), sur les vastes plateaux de basalte qui l'environnent ; elle est exploitée ; c'est un combustible fréquemment employé dans cette contrée. Le lac occupe aussi une dépression basaltique. Le 31 mai 1853, nie flottante et tourbeuse se trouvait dans la partie sud du lac, et, comme elle n'était pas adhérente comme les autres, elle avait pu s'élever avec les eaux et se trouvait bien moins submergée que les autres.

Le vent était alors si violent que si nous avions pu fixer des mâts et une voile sur le sol mouvant de cette lie , nous aurions certainement pu traverser le lac sur ce navire de Bouleaux, de Saules et de Sphagnum.

Les lies de ce lac sont nombreuses et préparent la tourbière qui , dans quelques siècles peut-être , aura comblé son bassin. A l'époque où nous le visitâmes , les Bouleaux commençaient à feuiller. D'énormes coussins de mousse s'élevaient au-dessus de l'eau ; ils étaient principalement formés de plusieurs Hypnum et de gigantesques Po/y/nchium. Au-dessous , et surtout sur les bords , se trouvaient de vastes tapis de Sphagnum d'un vert jaunAtre ou rougeAtre. On voyait , posées sur leurs coussins , les baies rouges et mûres du Vaccinium oxicoccos. De nombreuses tiges d'Andromeda poUifolia s'élevaient au-dessus des Mousses avec leurs fleurs roses en grelot. Le Carex limosa ,

le Lyeapodium inundatum , les Drosera se disputaient la vAse homidey mais émergée. Si le sol était un peu plus sec, c^étaieDt les touiïes élégantes des Cenomice sylvalica et rangiferina; puis des groupes élégants du Cenomice cocdnea garnis de volumineux tubercules écarlates. Nous avions sous les yeux l'image des scènes végétales de la Laponie où la tourbe est produite sur une si grande échelle.

Les terrains tourbeux sont fréquents dans les montagnes do Mont-Dore ; nous en vimes plusieurs exemples aux environs de Besse, et certaines localités ne sont pas sans danger. C'est ainsi que, voulant nous diriger du lac Chauvet à Vassivières , un des vachers d'un buron nous prévint qu'il était impossible de passer avec des chevaux à cause des marais et des fondrières. Nous envoyâmes les chevaux au buroQ de Goussat , et nous aventurâmes à pied au milieu de ces curieux marécages (1,200). Nous y vtmes un sol tourbeux creusé d'une multitude de petits canaux , dans lesquels l'eau était ordinairement stagnante : des Pins sylvestres , des Bouleaux pubescents , des Narcisses jaunes et de jolis Cardamines , entremêlées des touiïes rougeàtres du Sphagnum, couvraient presque entièrement l'étendue de ces marais. C'était la même végétation que celle des lies tourbeuses du lac de l'Esclauze.

Nous vtmes aussi, près du lac Chauvet, quelques marais analogues. Là, sur un espace assez grand, on voit de petits marais arrondis , tout entourés d'eau , dans laquelle végétaient des CareXf et dont tout le milieu plus sec était bombé et habité par des Bruyères et des Lichens (Cenomice) . On dirait que des gaz , cherchant à se dégager, soulèvent ainsi le centre du marais et le dessèchent en rejetant l'eau vers son pourtour.

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Nous vtmes an marais semblable , mais mieux caractérisé f sur les plateaux de basalte , après avoir passé le pont de Clamouze , près des bois de Cisterne ; il était aussi à 1,200 m. d'altitude.

Très-près de Brion et encore sur le basalte , il existe une dépression qui ressemble à un vaste cirque , analogue à Chauvet ou pareil à un cratère. C*est un cirque tourbeux, au milieu duquel s'élève un large dôme qui est cultivé. C'est plus en grand Timage des marais tourbeux à fond bombé que nous venons de décrire. La végétation aide beaucoup à distinguer les deux sortes de terrains qui composent ce marais. On voit 9 tout autour du grand cirque , le Nareisius pseiui(hnare%$su$ qui est disséminé, puis, en bas , une large ceinture de Callha paluslris qui indique le fond du marais, et enfin , au milieu oà le terrain se relève et se soustrait i Faction de l'eau, on voit reparaître le Narcisse ainsi que les autres plantes non aquatiques , tandis que le Caltha ne se montre plus. Il est certain que le sommet de ce dôme élargi n'est nullement marécageux.

Un terrain , bombé dans le centre comme celui que nous venons de décrire , existe dans une dépression qui donne naissance au ruisseau de Boutaresse.

A une petite distance , se trouvent les lacs de la Godivelle. Celui qui est situé le plus bas et dont la forme est irrégulière, existe au centre d'un vaste terrain tourbeux. Ce combustible y est exploité depuis longtemps. On y rencontre enfouis des troncs d'arbres , des racines de Saules. La couche de tourbe est épaisse et s'étend asses loin soos des prairies où se développent encore des arbres et notamment le Salix f entendra.

Près du puy de la Vaise s'étend une plaine parfaitemeot

horizontale et entièrement toarbeuse , dans laquelle autre* fois un lac bleu étalait ses eaui. Hais les plantes se sont peu à pen avancées sur les bords du lac et, en gagnant , toujours 9 elles l'ont rétréci au point d'en faire un goufre profond , au eaux noires et tristes. Les bords du lac de Chambedaze sont plus qu'abruptes; le voyageur imprudent qui arrive avec peine et en enfonçant jusqu'à mi-jambes sur ces rives découpées , sent bientôt le sol desrendre doucement avec lui. Il reconnaît alors qu'il marchait sur une lisière de racines enlacées sous laquelle l'eau s'étend très-loin. Sa profondeur est ignorée. Il n'y a plus d'arbres sur les bords , et pourtant il semble qne le Sapin ait vécu autrefois sur les montagnes qui l'avoisinent , et que quelques troncs sont tombés dans le lac.

Il est alimenté par de nombreux suintements qui s'égonttent des montagnes voisines ^ et il en sort un ruisseau assez considérable d'eau pure et noire comme certaines eaux de l'Amérique décrites par Humboldt.

Un des sites tourbeux des plus pittoresques de l'Auvergne est le lac de Laspialades , situé près de Saint-Genès- Champespe. C'est un petit bassin arrondi qui est très-profond. Il ne reçoit pas d'eau directement y mais il laisse échapper un ruisseau. Il occupe le fond d'un marais et paraît avoir été beaucoup plus grand. Les plantes marécageuses s'avancent sur ses bords comme sur ceux du lac de Chambedaze , et resserrent continuellement son bassin. Quelques petits îlots , chargés de la même végétation , sont situés sur ses bords et à peine fixés dans la vase. En nous élançant sur l'un d'eux , nous l'ébrani&mes fortement , et ses orcitlations occasionnèrent le dégagement d'une énorme

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quantité de gaz des marais qui était sans doute retenu dans la vase par les racines des plantes.

Au sud de Bagnols , dans la commune de Gros , on yoit aussi un petit lac tourbeux, nommé lac Lacoste (917). Il est anguleux et occupe le fond d'un bassin tourbeux dont il couvrait autrefois une plus grande étendue. On ne voit pas non plus de ruisseau qui s'y rende, mais un trop-plein s'en échappe et vient couler dans une petite vallée de gneiss. Les roches qui l'entourent , choquées par le nord-est , sont abruptes du côté opposé , et le petit lac est aussi dans une situation extrêmement pittoresque.

Les eaux sont peuplées de Nénuphar jaune et ses bords entièrement couverts de Drosera intermedia.

Les charmantes Utriculaircs peuvent aussi se montrer dans les eaux peu profondes où les tourbes viennent s'accumuler. Les innombrables utricules dont leurs tiges sont pourvues les retiennent au fond des eaux ; mais quand arrive leur floraison , l'air sécrété par les feuilles remplace le liquide pesant, et des milliers de flotteurs s'élèvent à la surface des eaux pour célébrer au soleil l'hymen de cette Nymphe élégante dont les débris concourent à la formation de la tourbe.

Au sud de Chastreix , dans le canton de Latour, sur le grand plateau de basalte appelé la Masse, dont l'élévation atteint presque 1,200 mètres, on remarque le fond tourbeux d'un grand cratère d'explosion. Il reste encore dans le milieu de cet ancien marais, un petit amas d'eau recouvrant une vase profonde ou des fondrières dangereuses. La nature nous y montre encore la création de la tourbe. Ou voit des masses de Monli fontûna qui ont plusieurs mètres de surface et qui sont si peu adhérentes que l'on peut faci-

lemeot les faire changer de place. Les tiges , extrêmement loDgaes, sont enfoncées dans l'eau, et les rameaux, d'un beau vert , sont émergés et couverts de fleurs. Le Monli est une plante éminemment sociale qui , dans ces circonstaoces y se prête mutuellement un secours nécessaire. A rapproche de Thiver « quand la plante périt , ses tiges et ses racines forment une espèce de coussin que l'on ne peut mieux comparer qu'à une éponge dont les interstices seraient remplis par le terreau qui résulte de la décomposition lente de toutes les parties de la plante. Les graines du if onh* tombent sor cette masse spongieuse et flottante. L'hiver survient , la masse est prise dans la glace , la neige la recouvre et jusqu'au mois de mai , le tout reste dans l'état d'inertie le plus complet. Alors les graines germent , une petite prairie flottante reçoit les rayons du soleil ; le Manii fleurit et recommence dans la même station le cycle complet de sa curieuse eiistence.

Dans ces mêmes marais se trouvent aussi des touffes de Sphagnuntf et sur les buttes plus élevées les Bruyères et les Cenomice. Le Trèfle d'eau y est également abondant.

Lorsqu'on réfléchit à l'état primitif de notre planète avant la formation de la terre végétale qui en couvre aujourd'hui une très-grande partie , on reconnaît bientêt que l'atmosphère qui l'environne encore a été le théâtre des grands événements géologiques qui se sont succédé depuis rapparition de la vie.

Tout ce qui n'est pas roche inorganique, c'est-è-dire tous les dépêts qui sont dus è la vie et à la succession des individus dépendent ou plu têt dérivent des sources atmosphériques.

Quatre corps élémentaires dont l'origine nous est incon-

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Due, toQS qaatre gazeux d'une manière définitivet à l'exception d'on seul qui peut aussi le devenir^ constituent tous les êtres organisés au moyen de combinaisons dont il est difficile de bien déterminer les lois.

L'oxygèue , le carbone , l'hydrogène et l'azote peuvent s'unir sous l'influence des simples afQnités et produire an sel à proportions définies, le carbonate d'ammoniaque; mais sous la puissance de la vie ^ ces mêmes éléments qui constituent tous les êtres de la création , se transforment en tissas et en principes immédiats des plantes et des animaux , sans qu'il soit nécessaire pour plusieurs produits que ces quatre éléments concourent à leur formation.

De ces corps simples dont le rêle est si important dans la nature , isolons le carbone et cherchons quelle peut être son origine. Tout nous porte à croire que lors de la consolidation des gneiss et des micaschistes qui formèrent , avec certains granités peut-être , la première écorce de la terre, le carbone ne s'était pas encore montré dans notre atmosphère. La première apparition de cet élément parait liée aux premiers sédiments calcaires, car la période pendant laquelle la végétation semble avoir eu le plus d'activité est précisément celle des houilles, et cette période a succédé immédiatement aux immenses dépêts du calcaire carbonifère.

Il est donc raisonnable de penser que ces assises considérables de calcaire doivent leur origine à des sources calcarifères qui amenaient à la surface de la terre le sel calcaire à l'état de bicarbonate et répandaient dans l'atmosphère environ un tiers de leur poids d'acide carbonique. On conçoit alors que la végétation qui déjà existait sur la terre an moins depuis les terrains dévoniens , si déjà les types ce cette ancienne flore n'étaient pas contemporains du sîlarien.

oot pris tout à coup on développement excessif. L'atmosphère pea favorable è la respiration des animaux , contenait au contraire en quantité Taliment des plantes , le carbone divisé dont elles ont besoin. Ces plantes absorbaient peu dans un sol qui était loin de ressembler è notre terre végétale actuelle, et d'ailleurs^ comme les espèces tropicales de DOS jours, leur existence était aérienne « car les plantes ne sont devenues plus dépendantes de la terre que depuis rabaissement de température du globe et le changement de composition de l'atmosphère. Vers les pôles ces deux causes agissent à la fois, sous la zone torride, une seule, la dernière se fait sentir.

Une longue période s'est donc écoulée pendant laquelle des végétaux particuliers se comportant dans l'air comme des corps absorbants, ont séparé le carbone de l'oxygène qui loi donnait l'état gazeux , l'ont solidifié et l'ont placé sur un sol aujourd'hui recouvert et disloqué par les commotions ultérieures que notre planète a subies.

Depuis lors plusieurs recrudescences de dépôts calcaires et de dégagement d'acide carbonique ont eu lieu ; de nouveaux dépôts de combustible se sont opérés dans des circonstances peut-être un peu différentes du premier et du principal, et nous sommes arrivés à l'époque actuelle, période de stabilité pour le globe, pendant laquelle les sources minérales, la fermentation et la respiration des animaux versent continuellement dans l'air des quantités assez fortes d'acide carbonique.

Nous ne devons pas nous préoccuper beaucoup du charboD que les animaux rejettent par les poumons dans l'atmosphère. Us l'ont enlevé au sang veineux qui lui-même l'avait reçu par l'alimentation. Tout nous porte à croire que

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l'équilibre , dans les conditions ordinaires » est maintenu par la vie des deux règnes organiques.

Une autre question nous intéresse , c'est de chercher quelle est aujourd'hui l'influence de Thomme dans la production de Tacide carbonique do Tair, de savoir si nous n'épuisons pas» au point de vue de l'industrie, les réserves des époques géologiques antérieures et si nous pourrons trouver par la suite des compensations dans l'absorption par la végétation actuelle et dans les dépôts qu'elle peut nous restituer. En un mot , notre vie et notre industrie » et peutêtre la civilisation » sont-elles menacées par l'épuisement des houillères ?

La consommation de la houille est devenue prodigieuse. Des flots d'acide carbonique se répandent incessamment dans l'air» et comme le charbon de terre ne se produit pas de nos jours » il est certain qu'à une époque plus ou moins reculée » les houillères seront épuisées » et que la masse d'acide carbonique qui a servi è les former » sera retournée dans l'atmosphère. Nous ne savons pas combien il faudra de temps pour cela ; peut-être beaucoup moins qu'on ne pense, quelques siècles ou quelques milliers d'années ; mais nous pouvons affirmer» sans crainte d'erreur» qu'à partir de cette époque , et avec la consommation actuelle » l'homme mettra beaucoup moins de temps pour brûler les houilles que la na* ture n'en a employé pour les produire.

Si notre assertion n'est pas erronée , tout l'acide carbonique qui a donné naissance an charbon de terre » rentrera dans l'air » et malgré cela les sources ordinaires de production de ce gaz ne seront pas ralenties.

Chaque kilogramme de houille consommé rejette dans l'air près de deux kilogr. d'acide carbonique^ et si le mou-

Tement iodastriel actoel continue , et s'il progresse surtout , si la population augmente dans la proportion habituelle , Tair présentera certainement bientôt une composition différente de colloque Tanalyse donne de nos jours.

Hais nous trouvons dans un phénomène géologique qui ne parait pas avoir existé aux époques antérieures , une consommation d'acide carbonique qui doit être sensiblement proportionnelle è sa production. C'est l'augmentation d'activité de la végétation , et par suite le dépôt de Thumus et delà tourbe, tous deux très- riches en carbone. Quand les plantes sont terrestres » il se produit de l'humus , quand elles sont aquatiques , il se forme de la tourbe. Nous ne trouvons pas entre les différentes formations géologiques ces terres végétales qui n'appartiennent qu'à Tépoque actuelle et qui recèlent l'acide carbonique qui serait en excès dans notre atmosphère.

Les tourbières ont, sous ce rapport , bien plus d'importance que les terres à humus. Elles occupent sur la terre de très-grands espaces , le combustible y augmente tous les jours d'épaisseur, et comme les anciennes houillères, elles doivent la fixation du charbon dans leur terrain à un petit nombre de plantes , et surtout è ces Sphagnum dont l'organisation , savamment dévoilée par M. Schimper, est si curieuse et dont les individus sont si multipliés.

C'est donc un transfert qui s'opère des profondeurs du globe à sa surface , car la matière ne peut se perdre ni diminuer de quantité. Le feu , qui semble consumer, ne détroit pas les éléments , il leur rend la liberté , et ils entrent dans des combinaisons nouvelles.

Nous devons donc supposer que cette arrivée continuelle d'acide carbonique dans l'atmosphère , donnera h certaines

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espèces de végétaai un développement plas rapide et que Doos reconstituerons artificiellement une des anciennes périodes géologiques , avec les modifications que doit nécessairement lui imprimer Tétat actuel de la terre.

Les tourbes tiendront lien des houillères ; les efforts de l'industrie doivent tendre à en extraire le charbon dont elles sont si richement pourvues et que les siècles y accumulent.

Ainsi change la face du monde ; les régions polaires qui nourrissaient les faunes siluriennes , maintenant soumises h de basses températures » sont celles précisément où l'atmosphère abandonne aujourd'hui de préférence ses dépAts charbonneux « celles où les tourbières s*étendent et se développent» et où d'humbles végétaux assurent & l'industrie un avenir sans limites.

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