CHAPITRE CXXXIII
BuÊie dM aUnvioas paisibles. — La terre Téffétale.
Noos plaçons ici la terre végétale comme le dernier membre de cette longue série de dépôts qui constituent récorce de la terre.
De même que l'atmosphère est le récipient général de tous les corps gazeux , de même que FOcéan est le réceptacle où viennent aboutir tous les liquides et tous les produits solubles y de même la terre arable , le sol superficiel , est la réunion de tous les matériaux solides qui résultent de la décomposition des roches et des êtres organisés.
A mesure que cette décomposition a lieu , des produits solubles se forment. Une partie de ces produits est absorbée par les êtres vivants, une autre entraînée par Teau des pluies « des sources et des rivières , arrive jusque dans la mer. Mais comme la décomposition des roches ne discontinue pas , il s'établit depuis que le monde existe une sorte de circulation de matières minérales , comme il existe une circulation d'eau sur la terre , comme il existe une migration continuelle de carbone dans l'atmosphère.
On peut se demander si , aux anciennes époques géologiques , la décomposition des roches n'a pas été plus active , si la terre végétale n'a pas eu, en certains points, une plus
i62 TERRAINS D*ALLUVION.
grande puissance » si sa fertilité naturelle n'était pas plos grande? A tontes ces questions on peut répondre par Taf-* firmative; la fertilité des deltas « ces accumulations des parties les plus précieuses du sol , est un fait reconnu. Et pourtant il est rare en géologie de retrouver d'anciens sols. Presque toujours ils ont été entraînés , remaniés , et souvent modifiés par des causes diverses.
Avant de nous occuper de Tinfluence que le sol diversement modifié peut exercer sur la végétation et le caractère des plantes, nous devons nous rendre un compte eiact de ce que peut être le sol et des modifications qu'il a lui-même éprouvées.
Prenons les choses è l'origine : le sol végétal , ce que nous appelons maintenant la terre arable , a-t-il toujours existé? Evidemment non. Plusieurs conditions qui n'existaient pas lors de la formation de la terre, sont nécessaires à la création du sol végétal.
Tant que l'eaa vaporisée et reléguée dans l'atmosphère étendue du globe par l'action de la chaleur centrale n'a pu descendre en pluie et ruisseler sur les roches , la terre végétale n'a pu se former.
Tant que les roches ne se sont pas décomposées et réduites en parcelles ou en graviers , la terre productrice était impossible.
Tant que les végétaux n'ont pas existé et tant que leurs débris n'ont pu se mêler aux roches altérées et imbibées d'eau , il n'y a pas eu de terre végétale.
Enfin . l'existence des plantes elles-mêmes dépendait nonseulement de la présence d'un sol plos ou moins divisé , mais surtout de l'apparition dans l'atmosphère du principal élément des matières organiques , du carbone.
Or, qae voyons-nous dans les anciennes couches du globe f des roches primitives , la plupart privées de carbonates y ou si ces derniers s'y trouvent , c est en quantité si faible qu'ils accusent l'extrême pauvreté de la surface terrestre , relativement à un élément que nous allons voir remplir un rôle des plus importants.
Que Ton nous permette avant d'arriver au sol arable de notre époque , avant d'étudier son action sur les végétaux , de rechercher quel a pu être le sol végétal aux diverses époques de la terre, et d'essayer de remonter, à travers le$ siècles è la première couche de sol primitif.
Nous sommes forcé de reculer jusqu'à l'apparition des premiers calcaires dans les terrains cambriens, siluriens et dévoniens , à ces lentilles intercalées dans les grès et que l'analogie doit nous faire supposer avoir été déposées par les premières eaux minérales qui se sont montrées sur la terre.
Dès-lors l'acide carbonique que , selon toute apparence , amenait au jour ce calcaire sous forme de bicarbonate , a pu se répandre dans l'air , et c'est évidemment par l'absorptioD et l'assimilation de ce premier carbone que le premier humus ou les premières traces de matière organique ont pu se mélanger aux détritus des roches préexistantes.
Ces couches cambriennes , siluriennes , dévoniennes, aujourd'hui si profondes, étaient donc alors superficielles. Sur elles végétaient déjà des espèces singulières , Cryptogames cellulaires douées sans doute comme nos Fougères actuelles de la faculté de décomposer avec énergie l'acide carbonique de l'atmosphère.
Les couches dévonietines de la Thuringe, étudiées avec soin par M. Reinhard-Ritcher représentent peut-être le sol végétal le plus ancien sur lequel vivaient^ selon H. Unger,
164 TERRAINS d'aLLUVION.
les prototypes des Fougères « des Cycadées , des CoDifères , Équisétacées , de toutes ces plantes acrogèoes qui ont précédé la formation des houilles.
L'apparition du calcaire carbonifère » dont les couches si puissantes s'étendent , en Europe , depuis les conGns de la Russie orientale jusque sur les Iles Brilanniques, qui couvre dans TAmérique du Nord une immense étendue , l'apparition de ce calcaire , en le supposant amené par des eaoi minérales à l'état de bicarbonate » a été très-certainement la cause d'une excessive végétation et d*un dépôt considérable de terre végétale.
L'atmosphère y que l'on suppose contenir aujourd'hui 850 millions de tonnes de carbone dissout dans l'oiygène oa k l'état d'acide carbonique , a dû en recevoir 15 à 20 fois plus par le dépôt de ces immenses assises de calcaire.
C'est de cette époque surtout que date le dépôt de la terre végétale; mais le sol n'a pu se former comme de nos jours par un mélange intime de matière organique et de roches décomposées; l'activité^ la puissance de végétation étaient telles que les matières organiques formaient seules de vastes assises , puis les sables , les vases et les graviers , aujourd'hui transformés en grès houillers» servaient de support à de nouvelles végétations. Cent fois submergé , le sol des forêts s'est cent (ois rétabli , et si , aujourd'hui , modifié par la pression et par l'action non interrompue d'un laps de temps inconnu » nous avons peine à reconnaître dans les grès et dans les schistes houillers les surfaces de TancienDe végétation , il n'en est pas moins vrai qu'elles ont bien eiisté.
Il ne nous reste rien de cet ancien sol ; à plusieurs reprises, il a été recouvert, et » si nous suivons les dépôts successifs des terrains de sédiments , nous allons reconnaître qu'A chaque
période, la terre a ea sa végétation et on sol saperficiel pour la supporter.
Les grès de trias constituaient le sol de cette période quî parait avoir été fortement agitée , puis les marnes irisées ont projeté de nouveau dans Fatmosphère une quantité nouvelle d*acide carbonique.
Mais s'il est une époque géologique où Ton peut affirmer que les assises calcaires, malgré leur puissance, proviennent du dépôt chimique de sources calcarifères, c'est sans contredit la période jurassique. L'analogie et souvent même l'identité des roches de cette époque avec nos travertins modernes, ne laisse aucun doute sur leur communauté d'origine à des époques éloignées et sous des proportions bien dilTérentes.
A aucune époque géologique le sol végétal ne s'est développé davantage qu'à l'époque jurassique ; les grès infraliasiques, les marnes du lias, les argiles wealdiennes, et une foule de petites couches subordonnées indiquent des terrains fertiles sur lesquels les Cycadées , les Conifères et de nombreux végétaux aquatiques se développaient en liberté. Le dégagement d'une grande quantité d'acide carbonique, conséquence d'un si vaste dépôt de calcaire , a dû de son côté activer la végétation, et des couches de houilles et de combustibles d'origine végétale se montrent assez souvent au milieu des vases durcies et des grès comprimés de cette époque.
Les mêmes phénomènes se reproduisent aux périodes crétacée et tertiaire. Chacune de ces couches aujourd'hui ensevelie sous les autres a été le support d'une ancienne végétation , et nous pouvons dire que la terre végétale a eiisté , en proportions très-différentes , il est vrai , i toutes les époques géologiques.
166 TERRAINS D*ALLUVI01f.
Les éléments des roches» les détritus des plantes et des animaux , très-probablement la matière organique des eaax minérales , étaient alors les éléments constitutifs de ce sol producteur. Il était du reste fortement modifié par le plus ou moins d'abondance des végétaux qui se développaient dans ces diverses circonstances , et la vigueur et l'extensioD des plantes étaient très-certainement subordonnées à la proportion d'acide carbonique qui se répandait dans l'atmosphère.
Ainsi la terre végétale comme les alluvions, les sédimentations et toutes les actions dépendantes de la décomposition des roches , du temps et de l'eau s'est produite à toutes les époques géologiques. La longueur de la période de tranquillité a déterminé son épaisseur, mais souvent des lavages l'ont entraînée et elle est allée se déposer avec d'autres débris » avec des sédiments chimiques, et c'est parfois à la présence de cette ancienne terre végétale que les roches doivent leur perte à l'analyse ou la manifestation de substances organiques.
Il existe pourtant de ces sols anciens parfaitement conservés , et l'on peut citer surtout cette couche inférieure à la craie et faisant partie du terrain jurassique que les Anglais nomment black dirl (boue noire) et qui appartient aux couches de Purbeck. « Evidemment, dit M. Lyell (Manuel de géologie) , elle a été jadis un sol végétal. Son épaisseur est de 30 à 45 centimètres ; sa couleur est d'un brun noirâtre ou plutôt noire ; elle contient une forte proportion de lignite terreux. A travers la masse, sont disséminés des fragments de pierre arrondis de 75 à 225 millimètres de diamètre , et en assez grand nombre pour constituer une espèce de gravier. Dans la couche se trouvent enfouis des
troncs silicifîés de Conifères et des débris de plantes alliées aux Zamia et aux Cycas. Ces plantes ont dû être fossilisées sar remplacement même où elles ont végété. Les racines sont fixées an sol et aussi espacées les unes des autres que celles des arbres de nos forêts. La matière charbonneuse abonde immédiatement autour des débris. »
Il est bien certain que la terre végétale est due à la décomposition des roches superficielles et au mélange des parcelles décomposées avec des matières organiques. Il est rare que ce mélange ait eu lieu sur place. Presque toutes les terres arables ont été transportées , ce sont de véritables allovions qui sont loin de contenir les débris des roches sousjacentes. Un transport presque continuel s'opère d'un point sur un autre par les courants ^ par les pluies , par les vents et par les êtres organisés. Des contrées toutes entières sont couvertes de terre végétale transportée. Toute celle qui couvre le nord de la France, et que l'on désigne sous le nom de terre franche^ n'est autre chose que le résultat de grands lavages de l'époque diluvienne.
Nous devons considérer l'étendue des continents émergés comme plus considérable à notre époque qu'à aucune autre ; mais il n'est nullement prouvé qu'il ne se produit pas dans le fond des mers, ou au moins sur les cêtes, de la terre parfaitement cultivable si elle se trouvait un jour exposée aux inOuences atmosphériques.
Il nous semble toutefois que le sol arable de notre époque est différent des anciens sols. La longueur de la période géologique à laquelle nous assistons peut nous faire supposer que l'action de l'air et surtout la succession séculaire des végétaux sur les mêmes points du globe ont pu modifier cette couche fertile qui est la dernière enveloppe de notre pla-
168 TERRAINS d'aLLCVIOK.
nëte , enveloppe imperceptible relativement à la masse de la terre , mais des plas importantes pour nous.
Il faut remarquer qae c'est au carbone que nous devons eu partie le sol végétal. Les engrais que la nature y ajoute en Tabsence de Thomme renferment du carbone. L*acide carbonique est confiné, retenu en grande quantité dans les vides du sol. Tout le terreau qui existe dans les forêts, toute la tourbe qui s'accumule dans les marais , sont les dépôts charbonneux que les végétaux de notre époque puisent dans l'atmosphère. Il n'y a pas de tourbe, pas d'humus qui n*ait commencé par l'état gazeux, et que les plantes, merveilleux appareils de réduction , n'aient soutiré de l'air atmosphérique.
Les savantes recherches de M. Boussingault lui ont démontré que l'air confiné dans la terre arable contient beaucoup plus d'acide carbonique que l'air de l'atmosphère. Ainsi « l'air enfermé dans un hectare de terre arable, fumé depuis près d'une année, contient autant d'acide carbonique qu'il s'en trouve dans 18,000"' cubes d'air atmosphérique. »
On conçoit que cette quantité doit être du reste très-variable et en rapport avec les matières organiques dont la décomposition donne lieu è ce dégagement d'acide carbonique.
C'est ce qu'a très-bien démontré H. Gorenwinder , en s'occupant de déterminer les quantités d'acide carbonique confiné dans le sol ou dégagé par suite de la décomposition des matières organiques.
De la terre argileuse , engraissée avec du fumier de ferme et 3,300 kilog. de tourteaux à l'hectare, exhale, selon ce savant chimiste, 15 litres 70 d'acide carbonique par mètre carré, ce qui équivaut à 15,700 litres par hectare ou à la
transformation en acide carbonique de toat le charbon contena dans cet engrais. De la boase de vache fraîche fournit en 24 heures 12 litres d'acide carbonique par mètre carré, tandis que conservée pendant quatre jours elle en donne 20 litres. Les sarclages et les binages , en remuant la terre, facilitent l'émission de ce gaz confiné. ( Comptes-Vendus de fAcad. des se, t. 41 , p. 150.)
Ces faits viennent à l'appui d'une opinion que nous avons émise depuis longtemps et dans laquelle nous attribuons l'extrême fertilité de la Limagne aux dégagements continuels d'acide carbonique qui s'échappent de son sol.
Le carbone est en circulation dans l'atmosphère depuis les époques sédimentaires les plus anciennes. Il joue le rèle le plus important dans la formation de la terre arable , et Tbomme peut è son gré , par ses cultures , faire varier la quantité d'humus du sol qu'il cultive, en employant pour fixer le carbone des appareils qui fonctionnent avec plus ou moins d'activité. Or, ces appareils sont les végétaux , dont les ans, comme les Légumineuses, puisent leur nourriture dans l'air et laissent après eux dans le sol plus d'humus qu'il n'en renfermait auparavant ; les autres , comme les céréales , consomment plus d'humus qu'elles n'en produisent.
De là ces applications de l'agriculture , ces assolements , ces engrais verts enfouis quand les plantes qui les composent ont soutiré de l'atmosphère tout le carbone qu'elles ont pu «quérir.
L'humus ou le terreau qui a pour base le carbone , est un des principes constituants de toute terre arable ; mais deux autres principes en forment aussi la base : ce sont la silice et le calcaire. Si nous supprimons par la pensée TéléiQent organique , il nous reste deux espèces de sols , le sol
170 TERAAIMS d'aLLITVION.
siliceox et le sol calcaire. Cette composition a uoe grande influence sur la perméabilité et la compacité des terres.
Mais outre la chaux, la silice et Thumas , le sol végétal reçoit encore une foule d'éléments dont les végétaux sont plus ou moins avides , des nitrates , des sels ammoniacaux , du phosphore , de la soude , de la potasse , de la litbine ^ et prohablement d'autres alcalis.
La terre végétale reçoit à chaque instant des modifications par les pluies. L'eau qui tombe des nues est un puissant intermédiaire entre le sol et l'atmosphère. Mais , il faut en convenir , le rôle des pluies était entièrement ignoré avant les belles analyses de M. Barrai sur l'eau recueillie à l'Observatoire de Paris. Pendant trop longtemps on a considéré l'eau de pluie comme de l'eau distillée pouvant humecter la terre , laver le sol sans compensation aucune de produits. Maison sait très-bien que l'eau qui se vaporise » même à la température et sous la pression moyenne de notre atmosphère , peut entraîner des matières fixes qui se précipitent avec la pluie. Voici la quantité exprimée en kilogrammes de matières ajoutées à la terre végétale , à Paris, par l'eau des pluies , sur un hectare , en cinq mois (août à décembre 1851), à la hauteur de la cour de l'Observatoire :
Azote 12 k. 323
Ammoniaque 4 299
Acide azotique 33 840
Chlore 3 019
Chaux 8 398
Magnésie 3 700
65 579 Voilà donc un produit total de plus de 65 kilos ou 13
CONSfBÊRATIONS GÉNÉRALES . 171
kilos par mois , qui vient s'ajouter au sol pour le fertiliser et activer la végétation. On conçoit facilement comment certains sols peuvent s*enrichir par le repos ou la jachère , qaaod la nature leur donne et que l'homme ne leur prend rieo.
Rien de plus variable à la vérité que cette composition de Teau de pluie. Bineau , qui a fait à Lyon les mêmes analyses que M. Barrai à Paris , est arrivé quelquefois à trouver bien plus d'ammoniaque que H. Barrai , et pas une trace d'acide azotique.
Ces variations n'ont rien d'étonnant. Dans un Mémoire adressé par M. Barrai à l'Académie des sciences (te 27 septembre 1852) » ce savant a constaté :
« 1^. Que pendant une année comptée du 1^' juillet 1851 au 30 juin 1852, il est tombé à Paris une quantité d'azote égale à 22 kil. 5 par hectare : savoir 12 kil. 5 à Tétat d'acide azotique et 10 kil. à l'état d'ammoniaque.
» 2^. Que la quantité d'ammoniaque tombée pendant cet espace de temps , s'est élevée à 13 kil. 8 par hectare.
» 3*. Que la quantité d'acide azotique réel qui s'est trouvée dans le même temps dans les eaux de pluie , monte ^ 46 kil. 3 par hectare.
» 4^. Que la quantité d'ammoniaque a diminué dans les rnois où la quantité d'acide azotique a augmenté.
» 5<>. Que la quantité d'acide azotique s'accroît dès que le temps devient orageux.
» 6°. Que durant les mois de février , mars , avril et juin seolement » la quantité d'azote , à l'état d'acide azotique, s est trouvée être un peu plus petite que la quantité d'azote a Tétat d'ammoniaque.
^ 7^. Qae la quantité de chlore tombée s'est élevée a
172 TEREAIMS d'aJLLCVION.
11 kilog., représentant 18 kil. 1 de sel marin par hectare.
» 8^. Que les matières en suspension dans les eaox de pluie et non solubles contenaient pour les premiers mois de Tannée 1852 de l'azote s'élevant à 1 kil. 2 par hectare. »
La terre arable est d'autant meilleure , qu'elle est formée d'un plus grand nombre de bases parmi lesquelles plusieurs peuvent devenir lentement solubles et être assimilées. Toute l'action chimique exercée par le sol sur la végétation est due aui principes solubles que les plantes peuvent y puiser , tandis que l'action physique de la terre tient à la grosseur des particules et à la manière dont elles sont mélangées. Or , comme il est plus facile en agriculture d'ajouter aa sol quelques matières organiques ou minérales solubles oa qui peuvent le devenir , il en résulte que c'est l'action chimique du sol qui a la plus grande importance.
Il est incontestable que l'air et l'eau sont les agents les plus puissants qui réagissent sur le sol. Les labours ont nonseulement pour effet de diviser le sol pour le rendre plus accessible aux racines , mais surtout pour permettre à l'air et à l'eau d'y pénétrer et de réagir sur les principes qu'il contient. Mais si l'eau y pénètre en trop grande quantité , si le sol en est imbibé , les réactions cessent en partie ; une humidité constante est utile , tandis que la submersion n'agit plus de la même manière.
La solubilité des principes contenus dans la terre est tellement essentielle è la vie des plantes» , que chaque espèce y puise avec prédilection telle ou telle substance minérale , le soufre par les Crucifères , les phosphates par le Froment » la silice par les Equiselum, la potasse par la Pomme de terre; le nitre par la Bourrache , la soude par les SoUota, etc.
Dans la culture en pots^ on rejette au bout d'un certain
temps une terre épuisée à la fois par la plante et par des arrosements trop copieux et trop fréquents ; mais cette terre oa ce terreau , mis en tas , puis légèrement arrosé et remué à plusieurs reprises , prend de nouveau un certain degré de fertilité qu'il doit aux réactions qui s'y sont opérées.
Les terres végétales sont profondément modifiées par les coltares et par la nature des plantes qui croissent spontanément à leur surface. Certains produits en sont complètement enlevés dans le premier cas.
Ainsi M. Boussingault a calculé que la vigne cultivée sur un hectare de terrain lui enlève :
Potasse 16 42
Soude 0 15
Chaux 12 49
Magnésie 3 24
Acide suHurique. 1 93
Acide phosphorique 7 23
D'autres plantes , d'après H. Boussingault , prennent au sol plus d'alcalis que la vigne.
Alcali. Acide phosph.
La Pomme de terre enlève • • • 63 14
La racine de Betterave 90 12
Le Froment avec la paille ...... 27 19
Dans les cultures, ces divers principes sont complètement enlevés par la récolte des produits, et il faut de toute nécessité les rendre au sol. C'est ce qui a lieu naturellement pour certains terrains feldspathiques par suite de la décomposition du feldspath. C'est ce qui explique l'action des granités pulvérisés répandus sur la terre. La décomposition de ces roches facilitée par leur division» abandonne au sol de faibles quantités d'alcali qui remplacent celui qui a été enlevé.
174 TERBA1NS d'aLLVVION.
Le basalte pulvérisé produit un effet semblable sur les sols qui ont besoin de calcaire. Par sa décomposition, cette roche volcanique procure à la terre la chaux qui résulte de Taltération du pyroxène et l'alcali que donne le feldspath exposé à l'action d'une atmosphère humide.
Si les sols extrêmement mélangés comme celui de la limagne et de toutes les plaines basses, sont généralement les plus fertiles, ils doivent leur fertilité à la variété des matières minérales qui les constituent et qui abandonnent des principes différents et convenables à une foule d'espèces végétales.
Toutes les roches primitives produisent par leur décomposition des bases dont les végétaux sont avides. La potasse, la soude, la chaux résultent souvent de la décomposition lente de ces roches. Leur pulvérisation en les rendant plus facilement attaquables par Tair et par l'eau , hAle cette décomposition, et par suite leur action sur le sol. Ces faits expliquent l'inOuence du feldspath ou du granité en poudre sur la végétation. C'est donner au sol en peu de temps une certaine quantité de ces alcalis.
M. Albert Le Play a communiqué è l'Académie des sciences , dans sa séance du 9 décembre 1861 , un Mémoire important sur l'une des sources de la Chaux que les produits agricoles s'assimilent sur les terrains primitifs du Limousin.
C'est à la décomposition lente du feldspath anorthose contenu dans le gneiss que M. Le Play attribue la présence de la chaux dans la terre végétale.
Selon lui , les gneiss « fondement de la contrée, se composent essentiellement de feldspath anorthose à silicates alumineux , alcalins, magnésiens et calcaires, et de mica sur lesquels l'eau atmosphérique et même les acides minéraux ordinaires n'exercent aucune action. i> Mais ces gneiss
& feldspath anorthose se décomposent facilement et montrent à leur surface une roche arénaire que M. Le Play désigne sous le nom de tuf. Tl résume ainsi ses conclusions.
a Le gneiss qui constitue la base du sol dans les cantons situés au sud de Limoges et qui présente vraisemblablement les mêmes caractères dans une grande partie du plateau central de la France , ne contient à l'état de roche solide aorune substance minérale que les végétaux puissent immédiatement s'assimiler. Il doit être par conséquent considéré comme stérile. »
< Le tuf qui se produit à la surface de cette roche par Taction des agents atmosphériques » et qui , sous une épaisseur de plusieurs mètres, est souvent le fondement de la terre végétale , se délite au moindre effort » et peut par conséquent facilement s'incorporer à celle-ci. Il est en outre tout préparé à fournir aux plantes et même aux eaux pluviales » la silice , la potasse et la soude , la magnésie et la chaux , c'est-à-dire la majeure partie des principes minéraux nécessaires à la végétation. La chaux assimilable en particulier, c'est-à-dire la substance qui fait le plus défaut au sol arable du plateau central, se trouve en proportion de 0,0012 dans la couche de tuf contiguë à la terre végétale, et de 0,0016 dans les couches plus profondes. »
a La terre végétale qui , dans presque tous les champs du Limousin, n'a guère^une épaisseur supérieure à 12 centimètres , a perdu , en général , cette chaux assimilable qui lui est enlevée peu à peu par les eaux pluviales et par les plantes. Cette terre alcaline n'est d'ailleurs fournie aux plantes qu'en proportion insuffisante par la décomposition lente do feldspath anorthose. »
i> On peut donc accroître immédiatement sous ce rapport
176 TERRAINS d'aLLUVION.
la fertilité du sol en y iocorporaoty par des labours plas profonds, une partie du taf inférieur. Celui-ci ne pèse jamais moins de 2,000 kil. par mètre cube, en sorte que, sous ce volume , il contient 2 kilos 40 de chaux assimilable ; un labour profond qui entaillerait le tuf à 20 centimètres de profondeur, incorporerait donc à la terre 4,800 kiL de chaux assimilable par hectare. Or la quantité de chaux absofi>ée sur le même espace par une récolte de froment n'excédant pas 20 kilogr. , on voit que l'amendement calcaire introduit dans ces conditions aurait une durée séculaire, s'il n'y avait pas , pour le sol , d'autre cause d'épuisement que la succession des récoltes. »
«( Mais les eaux pluviales qui ne sont absorbées qu'en faible quantité par ce sol peu perméable, et qui s'échappent immédiatement des plateaux sur les déclivités contiguës , dissolvent la plus grande partie de la chaux et des autres éléments solubles. Beaucoup plus que la culture, elles tendent à épuiser le sol , et cette cause d'épuisement est d'autant plus considérable, que les eaux pluviales, en raison de la rapidité de leur écoulement, entraînent une quantité considérable de matières argileuses ténues qui résultent de la décomposition de l'anorthose et qui constituent la source de la fécondité du sol.
Le principe de culture le plus essentiel dans cette contrée consisterait donc è déverser aussitôt que possible dans les prés, les eaux pluviales qui sortent des champs. C'est assurément le plus sûr moyen de restituer aux terres arables les éléments de fertilité qui leur sont journellement enlevés. >
Nous ne contestons aucunes des données chimiques contenues dans cet intéressant Mémoire , mais nous pensons qu'au point de vue pratique la quantité de chaux répandue
dans le sol arable parce défoncement, est insafBsante pour la prodactioD normale des céréales. La chaui ajoutée du dehors a bien plus d'action» en ce qu'elle est disséminée à la sorface. Les racines divisées des céréales ne descendent jamais profondément» et elles ne peuvent se trouver en contact qu'avec une très-petite fraction du soi. Il est donc essentiel que la chaux ne soit pas divisée dans toute Tépaisseor du terrain pour que le peu de terre en contact avec les racines puisse en fournir annuellement 20 kilos par hectare.
Il ne faudrait pas croire, non plus que les matières solubles sont immédiatement entraînées par les eaui pluviales; la terre végétale jouit heureusement d'une propriété absorbante qui lui permet de retenir les matières organiques, les alcalis et même les sels que les eaux y entraînent et de n'en laisser échapper qu'une faible partie par les lavages subséquents.
L'azote et le phosphore sont deux principes des plus importants dans la terre végétale. M. Boussingault a reconnu que 9 dans la formation du terreau , l'apparition des nitrates a une grande importance ; d'où il suit que toutes les conditions qui peuvent amener la nitriGcation , ont une grande portée en agriculture. Ses nombreuses expériences lui ont démontré a que» dans la terre végétale, les seuls agents capables d'agir immédiatement sur la plante » en apportant de l'azote k son organisme , paraissent être les nitrates et les sels ammoniacaux, soit qu'ils préexistent, soit qu'ils se forment dans le sol pendant la durée de la culture. »
Il s'en faut de beaucoup que tout l'azote contenu dans les végétaux provienne de l'atmosphère par l'intermédiaire des nitrates et des sels ammoniacaux.
Les expériences de M. Hervé M angon ont démontré toute V «^
178 TEAAAiifs uUhimum»
TÎAiforUBW dcp dépikto ImoiMis • t^U ^œ ceui qo% le Nil «harrie encore et ceui que TAUier e dépoiiii eutreleis dan» U JUmagne d*Au«ergiie»
C'e»t sur la Loîra et frindpaleoieiit lor In Diireoce que •ea e:ipérieoces ont eu lieu.
Du 1^ novembre 1850 an 31 octobre 1860, pendant on an t la Duraiice a entraîné 1 0,770,3 1 S nètrea cabea de matières solides, pesant 17 millions de tonnes* Ua caba de terra de 220 mètres a donc été enlevé aui terrains sopérieors et entraîné dans les parties baases du cours de la rivière jusqu'à la mer.
Ce calcul si simple et si remarquable a suggéré è H. Hervé Mangon des considérelions du plus grand intérêt, « Si ce limon 9 dit*il » se déposait entièrement sur le sol • il recoa* vrirait d'une coucbe de 1 centimètre d'épaisseur rénorme surface de 107,703 hectares. S'il était amené sur la Ca« osargue , il pourrait en combler les marais et la transformer en plaine des plus fertiles en moins d'un demi*siècle« •
tt Une couche de 0,30 de ces limons ou 3,000 m. c, par hectare » constitue • dans Vaucluse , des terres excellentes* La Durance entraîne donc choque année un volume de terre végétale équivalent à 3,590 hectares. En 50 années • elle transporte donc à la mer l'équivalent du sol arable d'un département moyen.
9 Les 17,232,501 tonnes de matières solides entraînées en un an par U Durance à Merindol , sont formés de :
Argile 9,263,686 toaiMi.
Carbonate de chaux.. •• 6,840,855
Axote 13,794
Carbone 95,438
Eau combinée 1 ,018,728
Bès Mbsidéralions géolôgiqaed d'ane badtë importance ilV>M pas échappé ft M. Hervé Hangon à là sttite de son trâtiih D'abord il a censtaté la |<efte pour ragricultorë dé cette éMonkie quantité d'atote qof représente è pea près Y^to/ie Mheté ckaqBe année dans le guano qu'elle emploie ; mais c'est surtout au carbone que ce savant applique sort calcul,
« Si les Hmotis charriés en un an par la Durance » dit-il , ie péhiefit en totalité dans la profondeur des mers et qu'ils jMiéMt è l'abri y comme on peut le supposer , dePaction oxydante de Pair , les 95,438 tonnes de carbone qu'ils renferment t se trouvent enlevées à la terre végétale et par suite à l'atinosphère. Cette quantité de carbone , entraînée en une seule année et par une seule rivière dans la profondeur des mers, formerait Tacide carbonique d'un volume d'air nortnal de 100 mètres de hauteur et de 904,242 hectares de base. Elle est égale à celle que fixerait en un an une forêt de 47,710 hectares d'étendue, a
« L'action continue d'ellets de cette natnre et la formation des dépAts de combustibles fossiles suffisent à expliquer Fappaavrissement en acide carbonique que notre atmosphère parait avoir subi depuis les anciennes périodes géologiques, n (Comptes-retidus de l*Ac(id. des sciences, t. 5T» p. 905.)
M. Borner a déterminé, en 1833, la quantité de matière contenue à Bonn , dans le Rhm. 1 00,000 parties d'eau lui ont donné un dép6t de 31 parties terreuses. Dans une autre expérience, le même observateur obtient 51 . D'après cela H. Horner a calculé que le Rhin pouvait former dans l'année une couche de limon de 5,868 pieds de longueur et de largeur sur un pied d'épaisseur , ce qui correspond environ à 36,000 mètres cubes.
180 TERRAINS d'aLLUTIOII.
Les travaai d'Ehrenberg ont jeté un grand jour sur la nature des ailavions et de la terre végétale. La matière fivaote entrerait pour one part considérable dans la formatioD des délias , des dépôts lacustres et des alluvions. Voici on extrait d'un Mémoire lu par ce savant à l'Académie des sciences de Berlin » le 26 mai 1851 :
<r Le Hississipi qui , à Memphis , en Ténessé, roule par année 342,725,155,803 mètres cubes d'eau et dont la 2,950* partie est de la vase, a présenté dans cette vase 44 Infusoires polygastres , 37 phitolithaires , 2 polythalames d'eau douce. »
0 Le Gange, quand les eaux sont hautes, charrie 12,500 mètres cubes par seconde , le Nil 4,403. Le Hississipi en roulerait dans le même temps 10,868 et par conséquent presqu'autant que le Gange aux hautes eaux et 2 1/2 fois autant que le Nil. »
« Dans cette eau du Mississipi , les matières solides seraient de 3*° 68 mètres cubes ; dans le Nil , de 3" 25 p et dans le Gange de 13*° 92 m. c. aussi par seconde. ^
a Par conséquent le Mississipi , avec une masse d'eaa k peine iiiférieure à celle du Gange , ne. transporterait guère qu'une masse solide égale à celle du Nil. »
« Cette partie solide , cette vase fertile , transportée par ces grands fleuves , est composée de matières terreuses et d'Infusoires vivants ou de leurs dépouilles. Cette matière organique s*] trouve dans les proposions suivantes : Dans le Gange 1/8 à 1/4
— le Nil 1/20 à IjlO
— le Mississipi. • . 1/50 & 1/35
Le limon du Nil , étudié au microscope , a montré au savant observateur de Berlin , des particules de mica , ressem-
blant le plus sou?erit à des paillettes d'or oa d'argent et 160 espèces d'iofasoires phytolithaires ou polygastres , « qui démontrent que la vie organique du delta du Nil est fort différente de celle d'Âbyssinie , et que cette partie de TËgypte n'est pas , comme on Ta dit , un don du fleuve, mais un don de la vie organique. »
Ehrenberg ajoute que la plupart des dépôts limoneux de la mer dans les ports » des fleuves » des rivières, etc., sont composés en très-grande partie depuis 1/20 jusqu'à 1/4 d'Infusoires divers ; et il attribue , avec raison , l'extrême fertilité de ce limon à ce grand développement de matière organique. Il y a donc là une source considérable d'azote.
Les plantes contiennent presque toutes du phosphore, qu'elles ont nécessairement puisé dans le sol. « Il est rigoureusement constaté, dit M. E. de Beaumont, que la nature végétale tout entière est pénétrée d'acide phosphorique. Il y est cependant en proportion très-variable, et les substances reconnues de tout temps comme les plus nutritives, sont généralement celles qui en contiennent le plus. »
La propriété que possède l'acide carboni«|ue de dissoudre les phosphates en assez forte proportion , comme Ta fait remarquer Berzélius dans son analyse des eaux de Garisbad , explique suffisamment l'introduction du phosphore dans les plantes. D'un autre côté, la présence des phosphates dans la plupart des sédiments chimiques , l'existence de l'acide phosphorique dans l'air d'oii la pluie peut le précipiter, expliquent parfaitement sa présence dans le sol.
Divers auteurs regardent la terre végétale comme un simple support pour les plantes, et n'y recherchent qu'un mélange plus ou moins fin , plus ou moins perméable , de silice, d'alumine, de chaux et d'oxyde de fer. C'est aux ma-
1 82 TERRAIHa |>*AU.V¥101f •
tières organiqaes è rendre fertile ce raélaoge terreoi. La Seeiété d'agriculture de L;on a couroooé , eu i846 « qq long Mémoire de M. Sauvanau qui arrive a ces conclusions* Cette gestion de la nature du sol sur la végétation ^poatafnée ou introduite par l'honime nous est trop ramilière , poaf que nous puissions accepter les conclusions de M. Sauva*»' nau; elles nous paraissent contrs^ires à la vérité, è Tobservatioo et à tous les faits. Nous pensons qo'aujoord*hoi le rAle des phosphates et des alcalis ayant été si bien déter« miné, la Société d'agriculture de Lyon n'accepterait plus la même solution de la question qu'elle avait proposée «a concours.
M. le professeur Gruner a fait du reste une critique trè»fondée du Mémoire de H. Sauvanau ; il lui reproche , avec raison , d'avoir négligé dans ses analyses les principes mia^ raui non-seulement utiles , mais indispensables à la végétation de certaines plantes spontanées ou cultivées , tels que les phosphates * les alcalis , la silice soluble , etc.
» Les recherches de M. Boussingault , dit M. Gruner, prouvent qu'une récolte moyenne de blé, fuite sur un hectare, prive le sol d'environ 19 kilogrammes d'acide phospboriquc et de 27 kilogrammes d'a'calis ; ou , d'après uae moyenne de la rotation de 5 ans « les récoltes enlèvent par an 16 kilogrammes d'acide phosphorique et près de 50 kil. d'alcalis par hectare. Or, si l'on admet le cas le plus déla- Torable de culture sans engrais, on peut se demander quelle proportion de ces substances le sol devrait contenir , pour fournir des récoltes suivies pendant la durée d*uo siècle? »
« Si nous admettons, continue M. Gruner, pour le poids d'un mètre cube de terre arable, 1,400 kil. et une profondeur de 0,25 pour le labour , il est évident que la
terre qui fournira des étètio^AU inrvrgèmqnes, nera d*èti vndim 2,5<K> m. t. oùàt 3,300,W)0 Jcil. par hectare. Or« pom ainMtHer pendant f 00 ans une série de récoitea (ian^ eu» graia, tt facKh-alt qne cette niasse de terre rerïfertnftt t ,600 k. d*8fide phosphorique et 5,000 k. d'alcalis en silicates à(y composables. Eh bien , ces quantités ne correspondent qu'ft la faible praportion de 0,0004 do poids de In terre podr IVctde phospboriqiie et de 0,0014 pour les alcalis. On voH donc qu'en négligeant de rechercher avec le plus grand soin Ces substances rares , on s'eipose à Riéronnattre la cause réelle de la fertilité naturelle de certaines terres , et le motif de la stérilité de quelques autres. » [Annalêê delà Soc. tf'â-* grituliure dé Lyon, t. 9, p. 477.)
Davy attribue à TépoiseffifUt du sol soub le rapport du phosphore la stérilité actuelle de la Sicile et de certaines parties de l'Afrique septentrionale autrefois les greniers de Rome , et Liébig affirme dans sa 22* lettre sur la chimie, que les champs autrefois si riches de la Virginie , mainte^ nafit épuisés, ne produisent plus ni Froment ni Tabac.
On comprend que dans la nature sauvage, les terres ne s*épiiisent pas. On n'y enlève pas de récolte , et les principes minéraut, peu abondants et nécessaires à la végéta^ tion , sont rendus & fa terre par la destruction même dea plantes qni les ont absorbés. Nous avons vu qu'une partie de ces principes minéraux sont rendus au sol par les pluies» an moins les alcalis. L'irrigation peut amener ces mêmes principes; ils sortent, même les phosphates, avec les eaui minérales de plusieurs sources, et si quelques roches contiens nent aussi des phosphates, ce ne sont pas elles, comme on le pense, qui cèdent ces phosphates aux eaux qui les traversent , mais ce sont au contraire ces sources ^ autrefois
184 TERRAINS D*ALLUVI01f.
plas abondantes» qui puisant le phosphate soo9 un état quelconque dans les profondeurs du glohie, l'ont amené dans les roches à la Tormation desquelles elles ont concoura. Or» comme pour nous les eaux thermales ont accompagné presque toutes les émissions de roches éruptives et le dép6t de la plupart des sédimen s, nous regardons la présence de Tacide phosphorique dans le terrain silurien de Prague, que cite M. Gruner et les traces du même acide signalées par Ebelmen dans les basaltes d'Auvergne» et les analyses du docteur Fownes que M. Gruner cite romme ayant cons* taté la présence de ce même acide dans les kaolins du Dartnooretdans toutes les roches volcaniques qu'il a examinées» comme une de ces innombrables réactions de la surface incandescente de notre planète sur sa croûte solidifiée.
Les quantités d'alcalis» soude et potasse» contenues dans presque toutes les terres arables» proviennent sans aucun doute de la décomposition séculaire des roches primitives qui» en dernière analyse, ont fourni par leur disgrégation et leur décomposition toutes les roches secondaires et toute la terre végétale. Il esl même singulier que certaines terres ne soient pas plus riches en produits de la décomposition des roches » mais cela tient , pour les alcalis surtout » è la solubilité de ces matières que les eaux entraînent et qui finissent par gagner les rivières. De là» l'importance des irrigations avec certaines eaux » de là » Taction réelle des granités pulvérisés » des basaltes décomposés » de toutes ces roches réduites en parcelles que la pluie humecte et que l'acide carbonique de l'air et du sol décompose avec lenteur mai» d*une manière continue.
Nulle part» cette merveilleuse fertilité des terres n'est plus remarquable que dans les terrains volcaniques» et si au pied
de ces Yolcans qui ont couvert le sol de leurs déjections » il se trouve pour recueillir les eaux qui lavent leurs produits, DO fond vaseux où des eaux minérales ont déposé des marnes et des calcaires t un sol ameubli par de 6ns graviers que les eaux pluviales ont entraînés, et, de plus, les débris organiques que des siècles de vie ont accumulés sur un espace limité, on aura les plus rares conditions de fécondité, on aura la belle Limagne d'Auvergne.
Nous ne reproduirons pas ici les discussions très-étendues des divers auteurs sur la prépondérance qu'ils accordent à l'action chimique ou à l'action physique, ou sur l'exclusion presque entière de l'une de ces qualités relativement à l'autre. Nous admettons & la fois l'mOuence du sol physique et du sol chimique ; mais on ne peut nier en agriculture que l'action chimique ne soit prépondérante.
Les plantes spontanées sont d'ailleurs une preuve des plus décisives en faveur de cette influence, et si la plupart d'entre elles se trouvent h la vérité sur le» deux catégories de terrain (siliceux et calcaire), il en est une qu'elles préfèrent toujours et avec tant de prédilection , que l'inspection seule de ces plantes donne des indices sur les cultures
à essayer.
Nous renvoyons pour Texamen de l'action du sol sur les plantes au 2® volume de nos Etudes sur la géographie botanique de l'Europe. Nous constaterons seulement que la constitution physique, le volume des matériaux surtout, exerce une action des plus marquées sur les quantités d'eau que le sol peut absorber ou retenir.
La perméabilité du sol est des plus importantes, au point de vue agricole. Il est certain pour nous que les parties boisées et celles qui sont couvertes de gazons s'imbibent
186 TBBttAno D'âUJimoii.
mieux c|iie ks terres nues , mâme quê les terres Ijibonréel^ et laissent échapper moins d*eaux sao^ageft.
Dans les prairies « Tean des pluies monille d'abé^ \m herbes « ce ^ui emploie \mù certaine quaitlîté de liquide , et de plus chaque brin d'herbe conduit Teau à la racine où elle est absorbée par le soK
Dai» les forêts , une a«ez grande proportion de la ploie qoi tombe mouille aussi les feuilles , et cette immense mm** face esomllée facilite Té^aporation pins on mnins rapidi^ de cette eao superficielle. Celle qni touche le 8«il est recuettlie par un humus spnn^ieni qui la retient longtemps et oè elle est imasédiatement puisée par la végétation inférieune de la forêt. Il y a dans les deui ras que nous renons de citera gason et forêts , une sorte d*anrêt ou préservatif contre les inondations.
La température que peut acquérir I» terre arable dépend en grande partie de sa constitution physique et rhimiqoe. Dorocher et M. Malagutti ont étudié celte intéressante question, ils nous ont appris que la terre de jardin. d*nn gris foncé» présente à sa surface une température moyenne supérieure d'environ 3 degrés centigrades A celle de l'air; mntf qu'au-dessous de la surface , cet eirés vu en s'AlTaibli^iiant , et que, h la profondeur de 10 centimètres , il est dimmoé de près de moitié.
Ces savants ont démontré aussi Teitréme différence de température entre deux terrains placés au nord on an midi , différences qui » sous notre climat , peuvent Atteindre jus» qu'a 20 degrés à la surface et 10 degrés à la profondeur de 10 centimètres.
a Parmi les terres placées dans les mêmes conditions , c'est le sable granitique d'un gris foncé et puis le sable
CONSf «iitATIOfli 0AirilA1.V8. 1 87
qoartiein gris-bUne ^«f s'écfaaaffsnl I» pkis. SMvent » i U INrofoiideur d^ 10 eeiMÂlnètreâ , le sable quiirtzeiiit maifri M coMleor claire 4 atteint des maxima plos élevés t)iie I9 sable granitique , parce que la chaleur s'j propage pin» ra* pidcmeal. La terre noire ne vient qu'après , et des observations prolongées noritrent q«e rinDuence de la cCtk>ralioii le cède à celle de la composition roioéralogique. »
Pour montrer cette inQuene e , les savanta qtie nous venons de nommer donnent l'exemple suivant pris dans le mois de juillet» à midi, Tair étant à 32 et la profondeur de 3 mm^.
Sable quartzeux 52,3
Sol calraire à grains de marbre. • 46,5
Terre de jardin 45, d
Terre jaune argilo- sableuse 37,7
Terre à pipe 34,4
Sol calcaire à grains fins. /..... 30,5
« Quant a» gaion , son influence retarde la tratismissiôfl de la chaleur danj la profondeur, comme le ferait une couckik de (erre de 7 à 8 centimètres. Si la présence du gazon retarde réchauffement du sol , elle en retarde an^^si le refroidissement. » [Conifle$-r€ndu$ dêê séûnces de l'Acad. êe$ seieneeg, t. 43 , p. 11 12.)
Mon savant collègue Martins a aussi étudié dernièrement le plus eu moins de facilité que possède le sol pour s'échauffer « non au point de vue de sa couleur ni de ses caractères chimiques , mais au point de vue de Taction calorifique des rayons solaires à des altitudes difléreiites. Ces expériences , faites dans les Pyrénées , lui ont prouvé que l'échaufTemefit do sol sur le pic du midi de Bagnères » était à la surface ,
188 TERRAINS D'aLLUYION,
presque double de celui du sol à Bagnères, L'eicès thermique moyen du soi , à 0,05 de profondeur , était aui deux stations comme 10 : 22 , c'est-à-dire plus que double sur la montagne que dans la plaine,
« Le sol, dit H. Martins , s'érliauiïe donc relativement encore plus h quelques centimètres de profondeur sur nne haute montagne que dans la plaine. » {Comptes-rendus de VAead. des sciences, t. 59 » p. 649.)
LA TERRE VÉGÉTALE DE l'aUYERGNB.
Rien de plus varié , comme on le sait , que la terre végétale; mais nulle part peut-être elle n*oiïre autant de diversité que sur le massif central de la France. Il ne peut» du reste, en être autrement dans un pays dont la constitution géologique est aussi compliquée.
En effet 9 nous avons d'un câté les terres qui ne sont autre chose que la surface décomposée de la roche sous-jacente » et l'on conçoit que chaque roche produit son sol par une lente décomposition.
De l'antre cAté, nous avons les terres transportées d'un point sur une localité diiïérente ou terres d 'allumions. Cellesci sont généralement mélangées. EnGn , une troisième catégorie peut comprendre les sols transportés et mélangés aiec ceux qui sont en place. Si l'on fait attention que la quantité d*humus et la nature de cet humus peut aussi varier dans de nombreuses circonstances , on aura une idée de ces mélanges innombrables que Ton désigne sous le nom de terre végétale ou de sol arable.
L'inclinaison du terrain , la nature du tapis végétal qui le recouvre » la composition des eaux qui l'arroseut et des en-
TERRE YiGÉTALE DE l' AUVERGNE. 189
grais naturels qu*il peut recevoir , sont autant de causes déterminant des diiïérences dans le soi.
Il est certain que les sols que nous appelons remaniés sont plus fertiles que les premiers, et en général ils le sont d'autant plus que les éléments qui les composent sont plus variés et plus nombreui et , selon la culture » que ces éléments sont plus ou moins divisés.
Dans les pays à surfaces très-inégales, comme TAu- Yergne, la profondeur du sol végétal est extrêmement variable. Les eaux pluviales entraînent constamment les terres les plus fines dans les vallées, et comme en définitive un grand nombre de vallées s'ouvre dans la Limagne , celle-ci doit présenter des terres d'une grande profondeur et d'une grande fertilité. C'est, en efTel , ce qui a lieu. La Limagne possède un sol calcaire plus ou moins perméable à l'eau , mélangé des fragments de roches siliceuses que les eaux des torrents amenaient du sol primitif dans lequel elle est encadrée; c*est un terrain ameubli par des débris volcaniques que les vents entraînaient lors des anciennes éruptions et que les eaux y charrient encore de nos jours. C'est la vase fertile d'un ancien lac, où une puissante végétation a laissé aussi ses détritus. C'est un terrain fendillé , à travers lequel se dégage encore lentement l'acide carbonique qui nourrit les plantes ; c'est le type de la fécondité , le modèle d'un grenier d'abondance.
Tous les grands bassins , comme celui de la Limagne , oiïrent des débris des terrains environnants, et ici, outre les dépAts d'argile sableuse que nous avons étudiés , il s'est produit, i une époque beaucoup plus moderne, une sorte de delta de l'Allier qui a contribué i donner à la Limagne la couche si épaisse de terre végétale qu'elle nous oiïre sur
190 mAAlNH H'AUlfVtM.
i|«ekfiM pointe. On pMt emn|iiirpr res dépAti Kimiimk ^ que depuis lors les plantes spontané el plus Uré kâ e»pèeeik rollif ées ont ameubtia de leurs débris, aot dettes qae formenl de nos joors les (leoves des régions éqaat^riales. On peat surloul le comparer A ce lliœni de la plaine elsaeienne qui paratt être fermé des débns des Alpes trilorés par les puissants glaciers de Tépoque erratique. Ce Ihœm si rarîeai et remontant au plus A l'époque que nous venons de dter« contient aussi des nodules ou concrétions calcaires souvent de la grosseur du poings telles qu'on en tronve encore dans les terrains limoneui qui recouvrent les fbrraa*tions tertiaires à Gannat et près de Saint-Germain-Lem* bren. Mais le Ihœm , comme les grands deltas modernes , est beaucoup plus épais que le limon des plaines de TAq*vergne dont les eaui ultérieures peuvent du reste avoir enlevé une partie.
Pendant longtemps les saisons sont restées en Auvei^ne ee qu'elles sont eneore dans les pays chauds de la terre, c'e8t-A«dire qu'elles se pirtageaient en saison des pluies et saison de sécheresse. On ne peut douter en étudiant l'aher*nance des couches feuilletées sur plusieurs pomts de la Limagne qu'il n'en ait été ainsi pendant longtemps.
Mais après Témersion de cette terre, et lorsque la vase du lac fut mise à découvert p*ir la retraite des eaui , il fant même admettre que l'Allier , A des époques périodiques et probablement précises, déboidait comme le Nil, et reroiivrait la vase ancienne d'une vase nouvelle , douée d'une eitréme fertilité. Ce sont ces couches superposées qui font aujourd'hui toute la richesse de la plaine. Cette terre pro* mise lui a été cédée par la montagne. Ce sont les débris et rAnvergoe qui se sont accumulés dans son bassin.
TERR9 VteiTAil W i^'AV^f RGNB. 1 9 1
Pe^t^re même e9 Umoii oshil antérieur à eea coiu-hes allavîfllftt d« cAÎIIotti roulés , <|ui »a rapportent à répoqM où déjà la neige s*accumul|iit sur les montagnes, à cetio époque ou t*eau lumultueiiae a commencé do réagir et a pu ontrainer dea nuAf ériaui dont les gelées jam^ue^là n'avaient pa6 encore opéré la diïijoiictiont et que l'eau coulant réga-* lièrement, n'avait pas eu la force d'entratner. On ne pttut 4îaconvenir que la Umagne ne doive en grande paKie sa ferliliié au transport des débris volcaniques qui sont veaiis Taroeublir et quelquelois même drainer son sol sur plurieufs points. On remontre de grandes quantités de pouzzolanes recouvertes de couches très-épaisses de terre végétale , ce qui prouve que le limon vaseuz s'accumulait encore pendant Ot après des éruptions volcaniques.
Ces pouzzolanes couvrent de grands espaces à la base des cotOiioi calcaires qui bordent la Limagne à l'ouest « et qui aont comme les contreforts de la falaise granitique. On ren* contre cette couche de pouzzolane à Cebazat et à Gerzat, •t sur le grand espace plat qui sépare ces deui villages. H eht probable que des fouilles pratiquées sur plusieurs autres points amèneraient aussi la découverte de semblables dépôts.
On se demande d*abord si ces sables volcaniques ont été cntratoés par les eaus torrentielles qui accompagnent ordinairement les éruptions volcaniques, ou si è cette époque des vents d'ouest violents et dominants comme ils dominent encore aujourd'hui ne les ont pas entraînés dans cette direction»
Ctftte couche de pouzzolane a souvent près d'un demi«* nèlre d'épaisseur, et souvent elle est recouverte d'un mètre éo terre végétale.
192 TERRAINS d'aLLUVIOM.
Ces faits prouvent que le bassin de la Limagne avait atteint déji, h répoque des éruptions modernes, la configuration qu*il présente de nos jours.
Le nivellement des pouzzolanes nous fait supposer qu'elles sont tombées ou qu'elles ont été entraînées par Teao , et que ce grand bassin renfermait encore des eaux peu profondes.
La quantité de terre végétale qui est au-dessus de cette couche volcanique nous semble devoir reculer de beaucoup, sans les faire sortir de Tépoque moderne, les éruptions des derniers volcans de TAuvergne.
La fertilité de ces terres de la Limagne peut aussi avoir pour cause l'introduction de quelques matières salines pendant son dépôt. On sait que le sel ammoniac est fréquemment un des produits des érnptions; THécla, lors de son éruption de septembre 1 845 , a donné ce sel avec abondance. La partie centrale du courant contenait encore, selon M. Descloiseaux , au mois de juillet 1846, de nombreuses fumerolles , dans lesquelles on n'a jamais trouvé que du sel ammoniac, soit en beaux cristaux, soit en grandes masses fibreuses. La quantité de ce sel, dans quelques cavités, était tellement considérable que si l'Islande eût offert des chemins praticables, il y aurait eu avantage à l'exploiter.
Les \olcans d'Auvergne ont dû fournir aussi des seb amitaoniacaux , sans doute entraînés et complètement lavés à notre époque , mais qui ont pu autrefois exciter une végétation très-active. La présence de sources minérales nombreuses, conséquence des anciennes éruptions volcaniques, a aussi imprégné les terres de la Limagne de différents sels de soude et de potasse, et l'action de l'atmosphère a po y développer des nitrates. C'est ce que l'on remarque encore
TBRRB VÉGÉTALE DE l'aUVERGNE. 193
aax environs de Gerzat où Ton aperçoit çà et là des efDorescences de natroo et de nitrate de chaux.
La surface de la Limagne n'est pas horizontale^ elle offre des saillies et des dépressions. L'eau a séjourné longtemps dansées parties déprimées, les plantes marécageuses s'y sont développées; mais au lieu de former de la tourbe, ces plantes ont donné naissance à un sol noir et vaseux qui s'est durci et qui a acquis une grande fécondité. Il arrive que l'on ne trouve pas une seule pierre dans ces vases endurcies qui se fendillent pendant les sécheresses et qui produisent encore quelques plantes des terrains salifères. Pallas, dans ses Voyages , a cité des terres noires analogues sur plusieurs points de la Sibérie et de la Russie, et a vanté leur extrême fertilité.
Dans quelques localités de cet admirable bassin de la Limagne, le calcaire, élevé sous forme d'Ile, est resté sans mélange , et è peine les cultures ont-elles pu envahir ces tlots désolés.
Sur d'autres points, les rivières et les ruisseaux ont charrié des sables, amoncelé des alluvions, enlevé à la terre son élément calcaire et la fertilité s'est amoindrie, quand le mélange des terres n'a pu s'opérer.
Remontons maintenant de cette belle Limagne sur les bords verdoyants qui forment sa première ceinture. Nous verrons des prairies et des vergers, un sol arrosé par ces mille ruisseaux qui descendent des montagnes , et qui produit aussi des forêts et des bosquets. Ici plus de calcaires , mais un terrain primitif dont les parcelles atténuées ont été réunies sur les bords de l'ancien lac, un terrain fertile encore, puisqu'il est divisé , perméable , mélangé de tous les éléments du granité et des roches volcaniques , un terrain
194 TEEBAim 1^'auwioii.
très-disposé à âdnieUre la végéta tion des prairies et des forêts t mais se refusant , faute de caleawe » à la coltor* du fifoment et do sainfoin.
Nous RMNHons encore tout antoor do bassin» et nom arrivons sor ces grandie piateaox de terrains primitifs qui s'élèvent à Test et k l'ouest » et où le climat modiGé par Télévation exerce une influence directe sor la végétation. Là ce sont des terrains souvent arides, cependant disgrégés* dont les uns sont stériles parce que le principe végétal y fait défaut; d'autres» au contraire, appelés terres de brujfirê. inféconds par l'excès de cet humus accumulé depuis long* temps.
Que Ton ajoute à ce sol le calcaire et les engrais poor les premiers , le calcaire seul pour les seconds « voos les rendrez fertiles et cultivables par cette seule addition.
En nous élevant encore , nous trouvons en Auvergne one antre espèce de terrain , c'est le terrain volcanique. Quelquefois il est meuble, poreux, scoriacé, atteignant une grande altitude et impropre à la culture par ces diiïéreotes causes. Cependant des espèces spontanées s'y développent avec vigueur. Les Genêts , la Digitale et la grande Fougère y forment le fond de la végétation. Le Hêtre et le Sapin y constituent des forêts, et les prairies s'y présentent en vastes tapis émaillés des fleurs les plus brillantes.
Ailleurs, ce sont des plateaux basaltiques , souvent trèsétendus , contenant un principe calcaire dans le pyroxèoe qui fait la base du basalte, et se trouvent tout à coup propres à produire du Froment.
On rencontre encore sur plusieurs points de l'Auvergne des terrains tourbeux , gonflés, imbibés d'eau , sur lesqnek naissent des plantes très-intéressantes poor le botaniste ,
TERBBTteiTALC D» L'AinTEftGNE. 195
iDiis DQÎsibliBS à' la production do fbin. Ii^, c'est encofe la matière org'aDiqàe qui est prédominante comme sur les terres debroTère. Il ]pa trop d'eau retende dans ces terrains dpongieoit mais le drainage sufGt poiùr.lear rendre toute la fêrti^ lité des prairies des montagnes.
Tels sont, dans le département du Puy-de-DAme, les diiïérentes natures des sols sur lesquels les cultures sont échelonnées depuis ces plaines de la Limagne et les alluvions de l'Allier, jnsqu'aui plateaux des montagnes et aux cônes élevés qui les dominent.
Tout ce que nous pourrions dire de la terre végétale^ sur les autres parties du plateau central se rapporterait nécessairement aux faits et aux idées quenous avons émises dans ce chapitre. Il est d'ailleurs presque impossible de déterminer d'une manière précise les caractères du sol arable. Nous ne sommes pas seul à reconnaître ces difficultés; aussi terminerons-nous cet article en reproduisant quelques lignes d'un savant très-compétent en pareilles matières.
a 11 importe d'observer, dit M. Delesse, que la terre végétale réclame un eiamen détaillé et très-minutieux, car ses caractères changent quelquefois complètement dans des endroits très-rapprochés. D'un autre c6té, ses éléments restent presique toujours les mêmes , et ils varient plutôt dans leur proportion que dans leur nature : aussi leur uniformité est-elle Tune des principales difficultés qu'on rencontre lorsqu'on veut représenter sa composition minéralogique. Ajoutons que cette composition change d'une manière graduée et même insensible. Ainsi, d'une part, les difTérentes terres végétales ne sont pas séparées par des limites nettes, et d'autre part , leur composition minéralo-
196 TBRBAIKS d'aLLUYIOII.
giqoe est très-compleie ; par suite , il n'est guère possible de les figurer par des teintes , comme on le fait pour au terrain sur une carte géologique. » (CarU agnnoimiqyi des mvirom de Pari$ » p. 1 .)
UVRADOIS. 1 97