CHAPITRE CXXXVI
Soite des allavions de l'AlUer et de ses affiaenls.
En suivant le cours de TAIIier au delà du Lembron et du bassin d'Issoire, on voit cette rivière pénétrer dans un profond sillon au milieu des granités et des porphyres. Le cours d'eau a tout enlevé, alluvions anciennes et argiles sableuses, et la rivière, profitant sans doute d'une fracture, a même usé profondément le terrain primitif. On suit le cours de Teau dans cette pittoresque vallée où Ton a tracé d'un côté la grande route d'Issoire , sur la rive gauche , de Tautre c6té le chemin de fer sur la rive droite. Un seul élargissement de la vallée a permis autrefois à Teau de niveler quelques cailloux dans le fond d'un lac (362) , sur le bord duquel se trouvent quelques maisons du hameau de Vort.
Coudes , Sarlanc. — Un peu plus loin , un autre petit lac existait à la maison Blanche, pui» enfin un autre élargissement avant d'arriver à Coudes , tous les deux sur la rive gauche de l'Allier dont la rive droite touche presque pnrtout dans ce trajet le terrain primitif. Il est certain pourtant que, longtemps avant de creuser son lit actuel, TAIIier s'élevait beaucoup plus haut qu'aujourd'hui. Nous en avons la preuve dans la présence de cailloux roulés dispersés sur les granités de la rive droite en se dirigeant vers Yronde et Fontcrépon (505). On voit même, reposant directement sur le sol primordial, deux petits plateaux d'anciennes alluvions
sur lesquels sont construits les villages de Sarlanc (443) et d*Aubeyrat(456). Près de cette dernière localité » on remarque aussi quelques dépôts d*argiles rouges qui correspondent à ceux qui sont en face sur la rive gauche de l'Allier , et qui prouvent que cette partie de territoire en était autrefois couverte* et que les eaux en ont entraîné la majeure partie. A peine a-t-on dépassé le fond des deux petits lacs que l'on arrive h Coudes où l'on voit le point de jonction d'une nouvelle Couse (rivière des montagnes) avec l'Allier (360).
Cette seconde Couse qui vient verser ses eaux dans l'Allier à Coudes se nomme la Couse-Chambon ; elle réunit les ruisseaux de la haute vallée de Chaudefour , et purifie ses eaux des alluvions qu'elle entraîne dans un lac des plus pittoresques.
Les alluvions de la Couse^Chambon et de la vallée de Chaudefour, — De grandes prairies nivelées bordent le lac de Chambon et s'étendent à une certaine distance dans la vallée de Chaudefour. L'étendue de ces prairies (882) augmente tous les ans par les dépôts de la Couse qui descend de la vallée de Chaudefour. Mais autrefois le lac s'étendait bien plus loin et remontait jusqu'au delà de Vouassières. De belles plaines alluviales forment le fond de la vallée et sont couvertes de prairies. De petits boulons trachy tiques percent le sol d'alluvion entre Chambon et Vouassières.
En remontant la vallée de Chaudefour , on voit encore dans le fond même de cette vallée , à deux ou trois kilomètres de Vouassières, une petite plaine d'alluvion qui indique l'emplacement d'un ancien lac.
Cette Couse descend ensuite par une vallée qu'elle a cou-
S22 TEIIBA«4S BAM-DVION.
verte d'allavioR noilerDe, tandis que des dent c6té«, isais i one plus grande élévation , eiistent aussi de beUea terrasses d'anriennee alluvioQS.
Les plateaux qui dominent cette vallée de la Cause sont composés de conglomérats ponceux qui Tout snitei celte longue traînée que l'on retrouve dans le haut de I* vallée.
Les alluvions que nous avons désignées sous le nom de BOUs-volca niques et qui s'étendent largement au-dessus d'Issoîre, le long de l'autre Couse, existent également ici k peu près au même niveau. Ils indiquent le lit de l'ancienne Couse , bien plus éle>ée que le Glet d'eau qui la représente.
Cette ancienne Couse, qui descendait également <Ib Hont-Dore , a couvert le sol sur un grand espace de cailloux de basalte et de tractiyte, puis postérieurement i ce dépit , les conglomérats ponceui , entraînés par l'eau et la déclivité du sol dans la même vallée, l'ont complétemeot remplie. C'est an milieu de tous ces terrains meubles et i peine résistants que la Couse actuelle a rapidement creusé son sillon, laissant à découvert les tranches de l'assise de conglomérat et de la nappe caillouteuse sur laquelle ils reposent.
Cette couche de cailloux roulés provenant encore de U Couse vraisemblablement , continue »ur la rive gauche de l'Allier. Elle cache la ligne de superposition des grès ou arkoses de Brongniart , au granité qui , du reste , n'en est jamais bien nettement séparé. On rencontre déjà ces alluvions sur la grande route avant d'arriver à Coudes dont elles supportent les premières maisons. Les cailloux sont primitib, granitiques, quartzeux, trachyliques et souvent basaltique* et quelquefois volumineux. Us représentent en quelques en-
droits toutes les variétés de trachy te du Mont-Dore. Leur ciment contient beaucoup de fer hydroxydé. Cette couché de cailloux présente , près de Coudes, un fait curieux. Le ciment qui les lie en une sorte de poudingue , est de Tarragonite dont la formation est assez moderne. Elle a été produite par des eaux minérales dont Faction s'est continuée longtemps et peut durer encore. C'est du moins ce que font préjuger de grandes masses de travertin qui recouvrent ee dép6t et qui , comme lui , sont adossées au granité et à Tarkose.
Corent, Vic-le^Comte , les Martres , Saint- Romain. — A partir de Coudes, on peut suivre le cours de l'Allier pendant deux kilomètres au moins en marchant toujours sur des rives granitiques , évidemment dépouillées des argiles et des terrains meubles qui les ont autrefois recouvertes, puis on arrive encore en dessous de Corent (335; sur le fond d'un ancien lac alluvien. En se dirigeant sur Vic-le- Comte , on voit la plaine toute couverte de cailloux roulés, alluvion moderne ; mais un peu plus loin, à droite de la route , il y a une éminence formée d 'alluvion ancienne qui se rattache probablement à la grande couche qui existe sous les tufs. Cette alluvion ancienne forme une tie entourée d'alluvion moderne.
On la retrouve en face au-dessus des eaux du Tambour, entre ces sources et le village des Martres. Ce sont surtout des galets de basalte recouverts de fer hydroxydé et surmontés de travertin (358). Cette même alluvion sous volcanique existe aussi par lambeaux sur les Oancs du puy Saint- Romain et près de Saint-Maurice. Ces dépéts ont eu lieu à des hauteurs très différentes, quoique placés souvent sous les conglomérats trachytiques. Ainsi les derniers que nous
224 TERBAIKS d'aLLCVION.
avonff cités sont bien plus élevés qae ceux âv plateau Siml- Uorlial qui touchent le bord de l'eaa.
C'est dans cette partie du cours de l'Allier, entre la montagne de Corent et ctsile de Saint-Romain , que l'on remarque les plus grands phénomènes d'érosion. Ou j reconnaît toute la puissance de cet ancien cours d'eau. Il a n)i<t & nu , an pied de la montagne , dans son propre lit et sur ses bords, la surrace ondulée de larges coucher d'arkose qui sont lisses et polies comme si les glaciers y avaient passé. Au premier abord , on pourrnit croire que ces arboses ont été polies avant le dépAt des terrains calcaires à leur surface ; mai» en y regardant de plus prés, on toit que ce poli eiisle seulement sur les parties que l'eau de l'Allier a pu atteindre avec l'aide des galets qu'elle entraînait.
Il est évident aussi que c'est l'Allier qui a entraîné les assises de calcaire et de gypse qui se trouvaient au-dessus des grès , et dont on voit i nu les trancbes superposées sur les flancs rapides de Corent et de St-Romain. Des masses considérables de ce terrain tertiaire ont été emportées entre ces deux montagnes.
Le poli de l'arkose a commencé dés que les calcaires ont été emportés. Ce poli est parfait , mais par une longue exposition à l'air la ruche est devenue rouge , et maintenant elle s'exfolie un peu à la surface , c'est-à-dire que les parties polies s'enlèvent en petites plaques; l'intérieur est aussi rubéfié k une petite distance de la surface. Ces misses d'arkoses sont fissurées dans plusieurs directions.
Quelques galets sont dispersés & la surface de l'arkose , et ballottés par les houtes eaux de la rivière ; ils ont quelquefois creusé des cavités dans la roche. On remarque aussi quelques-ans de ces galets sur le flanc de la montagne de
Corent et sur le plateau basaltique du puy. Ces cailloux sapérieurs sont de nature diverse ; on y rencontre des granités 9 des trachytes assez rares , beaucoup de basalte difTéreot de celui sur lequel ils reposent , et enfin des cailloux de quartz blanc , recouverts de cette couche jaune de fer hydroiydé qui est un signe d*ancienneté. Quelques-uns sont même entièrement pénétrés de cette rouille.
Ces cailloux sont plus fréquents vers la dépression que sur les points élevés du plateau. Ils sont plus rares au sommet et n'y offrent guère que des basaltes et des trachytes.
Sur le Oanc du puy de Corent, du côté qui fait face à la rivière, on distingue quelques masses d'alluvion isolées qui datent très-probablement de Tépoque du dépôt de conglomérats ponceux analogues à ceux de Saint-Romain et de Brolat. De loin , on croirait que ce sont les mêmes agglomérats. De près, on voit que tout est bouleversé , qu'il y a abondance de basalte , quelquefois des trachytes , mais une sorte de boue desséchée au lieu de cinérite pour contenir les blocs.
En face de Corent , sur le plateau basaltique de Saint- Romain* on trouve aussi quelques cailloux roulés très-rares, en basalte, en granile ou en roche siliceuse. Ces cailloux deviennent plus communs en approchant de la petite pointe du sommet. Mais on y trouve aussi des morceaux d'arkose et beaucoup de débris de tuiles , de poteries , en sorte que Ton ne sait réellement pas si ces cailloux roulés ne proviennent pas de matériaux ou de gros sable qui auraient été transportés au sommet pour des constructions.
Si Ton peut soupçonner une cause étrangère aux allulions pour le transport de ces cailloux près de la chapelle de Saint-Romain , on ne peut invoquer la même origine
226 nSKBAIKS D'ALUnO!!.
poar ceat qui sont di8sétninés sur le plateau , ni pour ceux qoe Ton rencontre snr le puy de Corent.
Corent est à 622 mètres d altitude ; le platean et non la pointe de Saint-Romain est à 740 m. L'alluvion mo* derne des bords de TAliier entre les deux puys est à 334 ; c'est donc une diiïérence de 400 m. au moins entre le m* veau actuel des eaux de la rivière et rétévalîon qui leur a permis de déposer autrefois quelques galets à une si grande altitude ; car nous ne pouvons douter que ce ne soit la méose cause qui ait apporté ces traces d'aHuvion snr les basaltes^ avant d*avoir creusé un lit assez profond pour les déposer maintenant sur les arkoses qui recouvrent immédiatement le granité.
Sugêres. -— Au delà de Vtc^le-Comte, à Sugères , on retrouve encore des dépressions du sol en partie comblées par des alluvions ; on remarque en remontant le ruisseau d'Aîlloux plusieurs lacs superposés , tons très-allongés et dont les bords sont granitiques ou tertiaires. Ainsi le Moulin-Neuf est construit sur les alluvions au pied d'une falaise granitique, et au point même où Peau de l'ancien lac usant sa digue s'est frayée une issue. Cette gorge est très-pitto-^ resque. On y voit accumulées des masses de granité, et l'on distingue sur la hauteur quelques maisons du village du Fonrnial qui est assis sur les masses de ce granité. Un peu au-dessous, il y avait un autre lac moins grand dont les eaux arrivaient du lac supérieur par un défilé très-<pittoresque. Ses bords sont encore en granité.
Après avoir suivi quelque temps encore le cours du ruisseau d'Ailloux 9 on entre dans l'ancien lac de Sugères trèsélargi au nord et très-rétréci à l'est, c6té où il se prolongeait à plusieurs kilomètres de Sugères.
ALLIBl Kf »V AF^LVWrS. 227
GomiolU. — Grani'Périg^al. — Au 4dk des Af ar,tre5de^Veyre » l'Allier traverse un vaste espace <)q*il a couvert de AescaUloui « et qu'il peut encore recouvrir presqu'entièrement dans de rares inondations. Maïs un peu plus loin, il est resserré entre deux rives d'anciennes alluvions qui, d'un côté, s'étendent depuis Gondolle (346 jusqu'au Pontda-Ch&leau, et, de l'avitre^sur la rive droite, depuis ^ireileors jusqu'au delà ifi Jlf ezel. Tout autour du Grand-Périgoat s'étendent des nappes d'anciennes alluvions 339), qui , près du village même , recouvrent des pépérites. Qo voit ces galets disséminés partout autour du village , et, fiy nord , ils constituent .une colline élargie et un peu plus élevée (390).
SaifU' Bonnet. — Très-prè^de là, à Test, se trouve Je pla teau de Saint-Bonnet sur lequel on voit une couche épaisse de galets (422) accompagnés de sables plus ou moins fins ; le tout associé a des Phryganes , à des pépériles , et formait un assemblage très-curieux , un mélange de terrains divers {ilus ou moins dégradés , et présentant en quelques parties un ciment de fer hydroxydé. Ces cailloux sont en gneiss, en granité en quartz et surtout en basalte.
MezeL — Sur cette même rive gauche , on voit à Mezel , un peu avant d'entrer dans le village, une alluvion ancienne remplie de fragments de basalte enchâssés dans une espèce decinérite avec calcaire. Cette alluvion assez répandue sur tontes les pentes du pic de Dallet, indique la marche de courants d'eau qui autrefois descendaient annuellement et se frayaient un passage entre le pic de Dallet et le pny de Mur.
Espirat. — - Derrière le Grand-Pérignat , à l'est , en allant vers Billom , on rencontre une grand espace très-irrégulier et très-bas (377, 371 , 375 , 381 , 384) qui re-
228 TEHRAIIfS d'aIXUYIOIV.
présente le fond d*un ancien marais rempli par une terre noire que Ton voit souvent en Auvergne dans les mêmes circonstances. Ce même sol existe encore entre Beignat et Espirat , au nord de Billom , où il s'étend dans un espace ovale qui fut aussi un marais, et oà il reste encore des joncs et des plantes aquatiques.
Orcet y Pelii-Orcei. — Nous sommes resté jusqu*ici sur la rive droite de TAllier. En passant sur la rive gauche, nous arrivons bientôt près d'Orcet, où nous retrouvons, sous de petites buttes de conglomérats ponceux, la couche morcelée d*allu\ion sous-volcanique qui accompagne ces tufs dans tout leur trajet. Le plus grand nombre de ces galets est basaltique; plusieurs sont trachytiques et d*autres quartzeux ; quelques-uns granitiques. Nous y avons remarqué aussi des cailloux de phonolite dont plusieurs renfermaient de nombreux petits points bleus d'haiijne. Ces cailloux prouvent que certains basaltes sont bien plus anciens que les tufs trachy tiques, ou que du moins il existait déjà des basaltes à cette époque , puisque dans le conglomérat même, comme par-dessous , on trouve beaucoup de galets de cette nature. Aussi arrive-t-il souvent, comme on peut le voir aux environs dlssoire et de Solignat, que le conglomérat parait placé entre deux couches de cailloux roulés , les uns qui sont tout à fait en dessous et qui ont précédé le conglomérat , les autres qui sont le résultat de la destruction de ces conglomérats dans lesquels ils ont été mélangés. Il est arrivé souvent que le grand nombre de ces galets réunis en une couche épaisse , ont préservé le tuf d'une destruction entière. Le dépôt de ces anciennes alluvions qui a précédé Tarrivée des conglomérats a donc continué pendant toute la durée de la formation de ces assises ponceuses.
ÂD-dessus du Petit-Orcet , sur la grande route d'Issoire , on remarque aussi une couche assez épaisse de cailloui rou* lés 9 principalement formée de granité et 4e basalte. Cette couche » composée de blocs de grosseur diiïérente, annonce un de ces courants latéraux qui descendaient dans TAIIier et qui ont laissé leur trace en abandonnant sur leur trajet les matériaux les plus lourds qu'ils entraînaient des montagnes. Tout le fond de la vallée de Veyre, est couvert d'une alluvion à peu près semblable. Il est probable qu'il descendait aussi de ce cAté un courant dont les eiïorts, longtemps continués , ont creusé la vallée de la Roche-Blanche et en a fortement entamé les assises calcaires.
Coumon, lac de Sarliève. — Les environs de Cournon , en descendant vers la rivière, sont couverts d*un sable fin qui indique aussi un dépÔl alluvial.
A l'ouest de Coumon, il existe sur le sol calcaire une grande dépression (352, 379, 39 1 , 396, 347) qui d'un côté se rapproche du Cendre et arrive par son extrémité opposée au pied de Gergovia. C'était, il y a peu d'années , un lac désigné sous le nom de lac de Sarliêve. Ce lac a perdu peu à peu une partie de ses eaux ; mais il conservait encore une assez vaste lagune, lorsqu'on entreprit de le dessécher pour en rendre les terrains à l'agrirulture.
Maintenant , le fond du lac est à nu. Il oITre, sous une couche peu épaisse de terre végétale , de grands amas de graviers et de sables roulés , presque toujours ferrugineux, et qui atteignent, dans certains endroits, près de sept mètres d'épaisseur. Plusieurs cavités ont été creusées pour extraire ce sable. En l'examinant de près , à la vue simple ou à la loupe, on voit qu'il est formé d'une infinité de petits cailloux roulés dans lesquels le quartz domine. On y dis-
230 TEItftAtltS D'ALLtVION.
tingae anssi âa basalte, du tracTifte, do feldspoth, da mira , des fragments de briques el de tuiles romaines . des graines de vrg^laui et une infinité de petites coquilles dont le lest est déroloté. Les plus commune» sont des Hélices , et surtout VU. pulchelta, enrore aujourd'hui si TréqueDle autour des esui . sous tes tonires de mousses humides. VÀekatina acieularis e9t aussi très-abondante, parfaitement conservée. On en tronve de jeunes individus prewjne microscopiques et tout à fait intacts. D'autres individus sont au contraire très-grands. Ce mollusque parait maintenant moins commun qu'il ne l'était autrefois. Des Pvpa bien conservés, desCyclades et quelques Lymnées se Irontent mélangés dans ces sables et attestent l'existence de ces roquilles dans les eaui de ce lac, qui ont dA nourrir one immense quantité de ces animaui. On retrouve bien dans les eaui du fossé qui traverse le fond du lac desséché on grand nombre d'espèces semblables à celles que l'on retire des sables, mais on croit y remarquer quelques différences ou quelques changements qui pourraient déjà les faire considérer non comme des espèces . mais comme des variétés.
On conçoit bien difficilement la présence d'une si grande quantité de sables roulés dans un bassin qui est partout entouré de roches tendres et calcaires. Il a fallu nécessairement que ces sables soient amenés des montagnes primitives et passent sur le calcaire, h moins qu'il n'ait eiisté sur le bord ou sur un point de la dépression des grès maintenant recouverts qui en auraient fourni les maténaut.
Ces sables forment une couche bien plus épaisse snr les bords du lac que vers son milieu qui sans doute offre encore des calcaires non recouverts.
Un monticule planté d'arbreS et situé dans la plaine de
ALLin FI SES AFrLUBNTS. 23 i
Sariiève, représente peut-être une lie du lac. If est également formé de sables aliuviensquartieui et basaltiques.
Le lac s^étendaU autrefois jusque sur le bord de la route d'Issoire. On rencontre encore vers le bord de cette route (|Qelques cavités dont on extrait des sables qui constituaient les rives du lac. Au dessus de ces sables , sur le nailieu du lac, on remarque une petite couche de calcaire qui doit être bien moderne, puisqu'elle recouvre des sables qui contiennent des fragments de tuile et jde poterie romaine.
Il est très-probable que le lac de Sarliève, outre pla« sieurs ruisseaux qui Talimentaient, recevait encore toutes les eaui qui descendaient du côté de Ceyrat , falaise gra«uitique qui s'étend au sud de Clermont jusqu'au delà de Sauzet-le-Chaud. On trouve, en ellet, en suivant à queU qoes kilomètres de Clermont , la rectification de la route de Bordeaux, auprès de Beaumont, un terrain coupé qui présente une alluviou remarquable, laquelle semble descendre de Gravenoire. Ces amas de débris venaient remplir une vallée dans laquelle la lave de Gravenoire est venue aussi se répandre et se consolider. On remarque dans cet amas iUa\ial des granités plus ou moins roulés, des basaltes en boules dont la décomposition est plus ou moins avancée , des sables, des graviers, des pouzzolanes, le tout en stratification très-irn'guiière et annonçant des eaux rapides et abondantes. Des pluies torrentielles et orageuses appelées par les érnplioos du volcan de Gravenoire, peuvent avoir donné naissance à ces courants impétueux. On retrouve de sem<blables alluvions près de Romagnat et le long du ruisseau qui passe à Aubière , sur le bord de la route d*is6oire , en face de i'mcieo bassin de Sarliève.
On voit sur les bords de ce ruisseau et à une grande
234 TBBMAinS D'ALLimOlf.
est enrore Irès-larfîe , mais il n'eat rempli qu'acddeatellement et dans les débnrdemenU seulement.
Pont-du-ChAteau e«t biti sur l'allotion ancienne, à l'eiception de la partie inférieure de la ville qui eat assise sur la pépérile. Tons lea coteam que l'on rencontre en allant h Lempdes sont anssi couterts de couches très-puisMnlea d'allations, surtout i leur surface, quand elle n'a pas éti dégradée. Les galets se montrent partout, dans les champs, dans les tignes; on distingue Ifurs rourlie» dans tous les petits chemins rreus qui se croisent sur les coleaui. On re* marque en plusipurs endroits des ravité» qui ont été rreusées pour l'eitraction de ces cailloux destinés è l'entretien des rootes.
On distingue dans ces cavités des couches de deux h qoatre mètres d'épaisseur nssct régulièrement stratifiées. On j \o\l aussi de petits lits de SRble preMjue pur, ou des graviers situés entre deui couches régulières de galets. Ailleurs, ces derniers sont mêlés au sable qui leur sert de ciment, et qui lui-même peut aussi renrermerdu cnrbonal* de chaut. La diversité de ces arrangements acruw tous kf caprices de la rivière et montre les points où existaient dea remous dans le roars de l'eau.
La majeure partie de ces galets sont des bisaltes, lesquels ont presque tous l'aspect terreux. Leur tuifMce est griie avec de petits points de fer hjdroiydé et de pjrotène. Lear cassure est terne et leur aiipert rugueux. Ces ImmUci appartiennent probablement aui plus anciens de l'Aut-ergne. Ils proviennent des vieux f^ateaui qui ont été disloq«és, et qui ont dft couvrir autrefois de }Hus vastes étoftdnes que celles qu'ils protègent encore de aos jours. C« ae ■ont pas Im basaltes plus r6c«nti desdjkes. Ceos-ô pour-
tant ne sont pas élraitjçers è ces allumions ; oti les distingoe . à leur coulear noire , an poli de lenr surface , è la 6iiesse de leur grain et à leur pâte homogène. Après les basalte& Tiennent les quartz qui sont d'un beau blanc, mflist & l'extérieur, ils sont d'un jaune ferrugineux et plus rarement rougeàtres. Il en est dont l'aspect est gras et qui sont moins arrondis que les autres. Quelques-uns sont noirs et pourraient, an premier abord, être confondus afec les basaltes. Ofi voit aussi des granités , des gneiss et rarement d'autres roches primitives.
Les trachytes ^ moins fréquents que lés basaltes et les quartz , se montrent cependant. Nous en avons vu de trèsgros morceaux. Ils sont gris , violets , bruns ou noirs avec cristaux de feldspath, de pyroiène et d'amphibole, et l'on y reconnaît facilement des variétés qui existent encore en place au Mont-Dore.
Tous ces cailloux abondent sur tous les coteaux qui avoisinent Ponl-du-Chèteau (366, 371, 320, 317, 312, 358, 388) ; mais l'épaisseur de leurs couches est extrêmement Tanable ; parfois même ils ne sont indiqués que par une allttvion éparpillée sur le calcaire marneux, ou sur les pépérites. Ainsi au sud-ouest de Pont-du-Chàteau , il y a on coteau (332) où l'allusion manque tout è fait.
Il faut admettre que toute cette partie de l'Auvergne a été couverte de cailloux roulés, et que ce sortt des dégradations postérieures qui de nouveau ont dénudé ces coteaux et remis au jour le sol inférieur.
L'Allier nous montre tous les jours, sur une échelle restreinte comment il opérait en grand è l'époqtie où le climat plus chaud lui fournissait des eaux plus abondantes. Noua le Yoyons à chacune de ses crues ensabler quelques partÎM
236 TBBBAinS v'AixrTioif.
de set rives , et les abandonner ensuite en les laiMiant couvertes de gilets parfailement nivelés. C'est ce que l'on voit Tréquemment en fare de Dnllet depuis qu'une jetée en pierre, destinée h protéger le village, repousse les eaui dans la petite plsîne surbaissée qni exi-^le en (ace sur la rive gauche de la rivière. Quand celle-ci monte an peu , de petits Blets d'eau s'échappent, arrivent sur la plaine nivelée , > creusent de» sillons, et forment des ébauches de vallées sur ces sables de sédimentation rérente. Ces petites vallées s'aggrandisHent parla répétition du même phénomène, d'autres sillons s'y réunissent lors des crues subséquentes. En d'autres temps, les pluies les dégradent. Des filets d'eau descendent pendant les averses des coteaux voisins et viennent couper, sous des angles diiïérenta les sillons préexistants. De telle sorte que si l'Allier se retire pendant quelques mois d'été de celle petite plage , nous ne reconnaissons pas sa surface tant elle a été ravinée. Nous j voyons pourtant encore de petits plateaui en miniature , lesquels ont conservé leur boriionlalité , et qui offrent h peu près tous te même niveau. Dans le fond des sillons au contraire où l'iillution récente a été entraînée par de petits courants plus récents encore, nous retrouvons la roche qui servait de support aut cailloui et aui giatiers, le calcaire ou la pépérite. Mous sai^is!'ons ainsi d'un coup d'oeil l'ariion des eaui torrentielles et les modifications que subissent k chaque instant les couches superficielles de la terre.
Hais qu'une crue nouvelle arrive, tous ces changements qui n'avaient pu s'opérer que dans l'espace d'une année, successivement et avec lenteur, sont effacés en quelques instants quand l'eau bourbeuse et chargée de débris s'élauce sur la rive et y roule ses vagues nivelantes. Les eaai de
ALLfBR ET SKS AFFLUENTS. 237
TAIIier s'écoulent, la petite plage est émergée de nouveau, et de nouveaux sillons s*y forment encore.
Ces petits phénomènes aggrandis par la pensée et répétés pendant des siècles, nous montrent la formation de l'érosion de la Limagne au milieu de laquelle Pont-du-Chflteau e^t placé.
Reportons-nous à l'époque où l'Allier chargée d'immenses matériaui dont la quantité et le volume étaient en rapport avec la masse de ses eaux, étendait sur le sol les débris des montagnes. Alors l'Allier n'avait pas encore creusé son lit. Chaque année ses eaux s'étendaient sur une grande surface et y abandonnaient leurs dépôts. L'année suivante, la rivière coulait à cAté de ses dépôts antérieurs qu'elle pouvait ainsi doubler d'une lisière de graviers et de galets. L'eau s'étendait sans obstacle sur une plaine où aucun canal n*était encore creusé. La rivière avait donc pour lit une immense surface qu'elle pouvait facilement parcourir, tandis qu'aujourd'hui ses eaux peuvent à peine s'écarter du lit profond qu'elles ont elles-mêmes tracé. C'est ainsi qu'ont dû être déposées toutes ces couches alluviales si étendues en surface et en épaisseur, et sur lesquelles des dégradations postérieures ont agi depuis des siècles.
On ne peut expliquer le creusement de la Limagne par une secousse brusque, ni par un lavage de terrain résultant du déplacement instdntané d'une grande masse d'eau. Les dénndations qui existent dans la Limagne« dans toute l'Auvergne, sont évidemment le résultat de causes longtemps répétées, et agissant , au moins momentanément, a\ec une certaine violence; tels sont les débordements successifs et les changements de lit périodiques de la rivière d'Allier.
Dans une foule de localités, lesalluvions ont joué le rôle
23ft rEuuns d'aixcvioh.
de couches prolectrices et ont préservé le terrain inférieur, comme lesbflsultesont conservé intartes les parties les plus baiceii de l'ancien soi de la Limagne. Ces parties basses protégée» sont aujourd'hui des plateaui éleiés par suite des érosions qui se sont opérées tout autour. KuHe part ces effets ne se montrent avec plus d'évidence qu'aui environs de Pont-du-Chitenu.
L'Allier s'est successivement abaissé , en frayant son ctnd k travers ses propres alluvions. Il a miné et détruit son ouvrage ; mais n'ayant pas autant de force pour anéantir que pour édiGer , il nous a latsiié dans les alluvions qui etistent encore et danx celles qu'il a pn entraîner, la mesure de son ancienne puissance comparée A celle qu'il possède de nos jours.
Les berges étagées des rivières que nous avons rencontrées près d'Issoire et dans plusieurs autres localités, se présentent encore ici d'une manière très-nette. Il est facile entre Pont-du-Cbileaa et Chignat de distinguer plusienis étages bien caractérisés.
Nous avons décrit les petits phénomènes contemporains qui se passent actuellement sur une plage limitée de cailloux roulés. Nous avons vu aussi sur le sable , au Punl-da- Chitean, après les grandes crues, des lones parallèles, quelquefois très-mnltipliées et très-nettement étagées. C'est encore, en petit, un phénomène créé par quelques vagues et qui pourrait servir A expliquer les crues ou les abaissements successifs qui ont pu produire les étages alluviens.
Un fait d'une haute portée domine toute \a question des alluvions. Ces grandes masses de cailloux roulés ne se trouvent qu'au-dessus de tous les autres terrains ; ou ne tes rencontre pas en couches intercalées dans les calcaires de la
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Lmtgne , nisar ses bordfl. Ik apparUenoeot eidnsivement k répoqve ^uatemaîre « i cette <|us a succédé imoiédiaie* ment k Tépoque tertiaire. Si cependant h cbalear centrale elt agi depuis longtemps et eût été la cause d uoe ^i^ande pradoction de vapeurs et de pluies alioodantes « les terraHis devraient présenter des cailloux roulés d'autant plus gros t|Q'i1s seraient plus anciens. Le volume desieanx diflùonant , la grosseur des masses arraciiées et entraînées aurait dft dir* ninuer dans la niéase proportion. On reBiarque Je contraire. Les couches sédimentaires anciennes sont presque toujours compasées 4e débris plus petits et plas égaua que les iissises les plus nodemes.
Prenons encore peur etenple cette èelte LioMgM* an niUea de laquelle «e trouve Pont-du-£hâteau« Pourquoi , lorsque les forces alluviales étaient plus actives , la chaleur plus grande , les cours d'eaux plus étendus , ne s'est-il pas fermé dans le fond de la Limagne , ou bien pendant la précipitation ciiimiqoe des calcaires lacustres, des lits de cailloux routés plus étendus et composés de masses plus volumineuses que celles qui couronnent aujourd'hui un grand lambre de nos coteaux? Deux causes très^probablement se sont opposées i cet état de choses.
D'abord c'était un grand lac oii les débris entraînés se nivelaient , se dispersaient , et il ne pouvait s'y établir de courant permanent pour déposer des galets dans une direction donnée.
Ensuite , lors de la sédimentation calcaire , les volcans n'avaient pas encore paru. Les trachytes et les basaltes ne se sont épanchés qu'à la fin de l'époque tertiaire, quand le lac de la Limagne n'était plus alimenté que par un petit nombre de sources calcarifères qui s'épanchaient dans des
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lacs partiels. Les eaax avaient donc d^jà , en grande partie, abandonné la Limsgne. C'est prérlsément k cette ëpoqoe que nous vojons pnraltre les allumions , et puiiiqu'elles sont eo grande partie formées de produit» volcaniques, elles m pouvaient se montrer avant l'apparition des roches qui leur ODt donné naissance.
D'un autre cAté, les volcans et les secousses qDÏ les accompagnent et les précèdent , ont permis aui enui de s'emparer de divers fragments de rorbes primiiives qui ont pu se mélanger aux matériaux d'origine volcanique.
Si à la 6n de l'époque tertiaire ou pendant sa dorée, les eaux étaient plus abondantes qu'aujourd'hui, il n'j a aucune raison pour que tes fragments de quartt , de granité, de gneiss et de toutes les roches existant alors, et aussi gros que les galets actuels , n'aient pas été entraînés.
Des eaux plus abondantes descendaient directement dini an lac dont les eaux dormantes, amortisiiant leur vitesse, devaient réaliser sur les bords mêmes du lac ou à l'emboochure des torrents , le dépùt de tous les gros Iragmeots qu'elles conduisaient.
On ne voit rien de semblable, an contraire. Partout où l'on a pu arriver au point de contact du terrain tertiaire de la Limagne avec les bords du terrain primitif, on a trouvé on des arkoses à petits grains , ou des argiles sableuses, ou des sables désagrégée , et rarement quelques cailloux on peu volumineux. L'absence des volcans pouvait diminuer la masse de ces terrains meuble* , mais elle ne pouvait avoir aucune inOuence sur leur volume. Ainsi, ni la présence d'une cause nivelante dans le bassin de la Limagne , ni l'absencedes volcans qui ont fourni tant de matériaux aoi sllavioDS ultérieures , ne pounàient rendre raison de ta Baaae
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et de la régularité des parcelles des roches qui ont fourni les premières assises des terrains de la Limagne. Un même ordre de choses n'a pu donner lieu aux anciens sédiments et aux alluvions modernes.
Les deux eflets sont l'inverse de ce qu'ils devraient être si Ton admettait le décroissement lent et séculaire de la chaleur centrale comme la cause unique du refroidissement de nos climats. Nous sommes obligé, par la force des choses, à recourir à de grands mouvements d'eau, à des crues périodiques , analogues à celles qui se produisent encore sous toutes les zones assez tempérées , pour que la neige et la glace s'y accumulent en hiver et y fondent en été. Il faut donc recourir aux saisons.
Comme la majeure partie des alluvions de l'Allier sont volcaniques , elles n'ont pu se produire en quantité qu'à l'époque où les volcans de tous les Ages, surajoutant leurs c6nes au terrain primitif, donnaient lieu à des altitudes qui dépassaient de 500 à 800 m. celles qui existaient aupa-^ ravant. De là d'énormes condensateurs qui se couvraient da neige , de là ces puissants névés que la chaleur solaire chan-* geait en torrents destructeurs.
Ces observations nous ramènent donc à l'action des cli* mats solaires , indépendante de la chaleur centrale , à la classiGcation des terrains que nous avons exposée en parlant de la sédimentation en général , et aux alluvions glaciaires dont l'étude fera suite à celle des terrains de transport anciens et modernes.
IG
TEHKAINS DALLCTION.