‹ Les époques littéraires de l'IndeChapitre 24 sur 46 · PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRES

Aujourd'hui personne ne parlerait plus, an sujet du drame indien, ni d'une antiquité véritable, ni d'une puissante originalité; Il prend place parmi les productions plutôt modernes de la Htté« rature sanscrite, et il est à une distance considérable des œuvres poétiques d'un premier jet qui, dans un idiome plus ancien que le sanscrit, ont révélé le vrai génie des Aryas de l'Inde. Il existe, en effet, des textes d'une expression spontanée et vivante dans la section du Véda, qui renferme des chants hymnologiques composés de rhythmes réputés inspirés et de prières affectées à la liturgie : c'est justice de remonter aussi haut, d'interroger les débris de la langue védique, afin d'apercevoir jusqu'où seraient allées la puissance et la beauté de l'idiome primitif des Hindous, s'il n'avait été alourdi et comme pétrifié en devenant l'instrument passif du Brahmanisme. Qu'on en juge par l'exposition prolixe et diffuse des traités dits sacrés qui se rattachent immédiatement aux cantiques du Véda. Tandis que les Brâhmanas sont remplis d'explications justificatives du sacrifice et du rituel, la métaphysique des solitudes et des écoles indiennes nous est résumée dans les Aranyacas et les Oupauischads : c'est l'appendice, mais c'est la partie spéculative des écritures védiques. Il n'est plus besoin, jusqu'à nouvel ordre, de supputer les périodes dans lesquelles ces compositions auraient vu le jour, après que M. le D** Max Mûller l'a fait

STjO ORIGINE ET SOURCES DL- DRAME INDIErS.

avec tant d'autorité. Cen est assez de reconnaître que le premier essor de la science sacrée qui devait rester la possession exclusive des Brahmanes a eu lieu dans Tespaçe des deux mille ans antérieurs à Tère chrétienne (1), et que Texégèse grammaticale est sortie de bonne heure de l'interprétation et de la discussion des distiques chantés ou récités en cadence : la littérature proprement dite devait naître un peu plus tard.

L'épopée elle-même n'était pas dans l'Inde une production vraiment antique ; le drame sanscrit qui a succédé de près à l'épopée et qui se serait, sous ce rapport, produit dans un ordre logique, est dans la catégorie des ouvrages sur lequel le sacerdoce brahmanique n'exerçait plus de contrôle direct. Pour la composition môme, il est au nombre des productions de la poésie d'art dans laquelle une très grande liberté était laissée à l'initiative et à l'imagination des poètes. Ou ne peut hésiter à en placer les œuvres principales dans les premiers siècles de l'ère moderne, et à y reconnaître la décadence de la société brahmanique soutenant ses dernières luttes contre le Bouddhisme, mais partagée tous les jours davantage entre les puissantes sectes de Çiva et de Vichnou.

Nous ne qualifierions le drame indien ni de tragédie ni de comédie, dans le sens grec de ces mots qui ont passé dans la plupart des littératures modernes. C'est en tous cas un drame de quelque ampleur qui comportait des scènes héroïques et des aventures de la vie vulgaire. 11 a ses caractères distinctifs, ses règles consacrées et même ses procédés invariables. Sous le rapport du plan et de l'ordonnance, il nous offre un seul et même cachet dans ses monuments connus et reproduit, à une grande distance de temps, les mêmes recettes théâtrales.

N'importe comment on le jugerait par comparaison avec le sys-

(1) Voir le livre remarquable de Max Mftller, de Tu Diversité d'Oxford : AfiUent Sanskrit- Lilerature (1869, et 1861), et la première partie dc^savantea leçons souvent citées du professeur Albert Weber, sur rfaistoiro^ littéraire de Tlnde (1852 et 1876).

téme dramatique d'autres peuples, on aurait peine à y trouver le fruit de Timitation, du moins d'une imitation directe. Mieux vaut, nous a-t-il paru, définir la valeur du Nàtaca comme drame et re« lever la date probable des pièces les plus vantées, avant de toucher à la question d'une influence étrangère qu'il aurait subie dans le principe.

Wilson a mis, en tête des chefs-d'œuvre du théâtre des Hindous qu'il a le premier traduits il y a plus d'un demi siècle , un exposé de la théorie indienne du drame. Il lui reste l'honneur d'avoir ré^ sumé avec sagacité les définitions et les règles que les rhétoriciens de l'Inde ont tirées du rapprochement des œuvres poétiques lues dans les écoles, y compris nombre de poèmes qui ne sont pas des drames. La tâche n'était pas précisément aisée : car les critiques indigènes ont multiplié les distinctions dans les rôles et dans les sentiments avec une minutie presque égale à celle des grammairiens hindous qui ont réduit en axiomes et en aphorismes l'organisme si riche, mais si régulier de la langue sanscrite; les uns et les autres ont poussé fort loin la subtilité dans leur langue longuement et patiemment élaborée. De nos jours, les traités importants (le rhétorique et de poétique, remontant â quelques siècles, ont été plus d'une fois imprimés dans l'Inde par des pandits (1) : nous ne pouvons qu'indiquer ici un champ fort vaste de la philologie sanscrite, devant s'accroître encore par la publication des œuvres originales, citées en manière d'exemples par les auteurs indiens.

(1) Voir YIndische Alterthumskunde de Christian Lassen, tome IV, Leipzig, 1861, p. 822, note, et les Études sur la littérature sanscrite, par Phil. Soupe, professeur de littérature française & la Faculté des Lettres de Lyon, 1879, page 261.

Page 1