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D*autre part, des idiomes fortement imprégnés d'arabe et de persan se sont développés sur la plus grande partie de la péninsule ; ils ont constitué peu à peu une langue nationale, d'un usage assez universel pour qu'elle ait pu prendre le nom du pays, l'Hindoustan : on ferait remonter jusqu'à la domination mongole l'empire de cette langue qui est appelée généralement hindoustani. Au nord de l'Inde, on la distingue sous le nom &' Ourdou, c'est-à-dire langue du camp, en souvenir du régime militaire sous lequel elle a été mise en honneur. Dans le sud, au contraire, elle a été nommée Dakhni ou méridionale, et elle est restée plus rapprochée de son premier type indien.
La prépondérance est assurée depuis longtemps à l'hindoustani, qui n'est pas la langue des seuls Musulmans, mais qui serait réputée langue musulmane par l'adoption d'une foule de mots entièrement étrangers aux langues aryennes et aussi par l'emploi de l'alphabet arabe : malgré cela, elle est en usage au sein de nations qui sont restées polythéistes. Ce qui la distingue dans ses productions écrites, c'est l'imitation des ouvrages, en prose et en vers, des deux littératures musulmanes qui avaient pris une grande extension dès les premiers siècles de l'Hégire, la littérature arabe et la littérature persane ; les poètes persans furent les modèles préférés dans les cours indiennes. Plus récemment, l'administration anglaise a donné un appui officiel à l'hindoustani : de fait, il est devenu la langue vulgaire prédominante dans les possessions britanniques, et il est entendu même dans des pays voisins, sur tous les bords des mers indiennes. On ne serait pas au-dessous de la vérité en disant que cette langue est parlée, ou comprise du moins, par quatre-vingts millions d'hommes. Le commerce, les affaires, les relations de société lui paient leur tribut, comme la politique ; c'en est assez pour en recommander l'étude non-seulement à la nation anglaise, mais encore aux nations civilisées qui suivent attentivement les progrès et les vicissitudes de la domination de l'Angleterre dans l'Asie centrale.
l'empire des langues dravidiques, représentées par le tamoul et qui s'étendent sur la partie orientale et méridionale de la péninsule; ils ont trouvé un historien fort habile dans M. R. Caldwell.
Le D*" Graul a relevé cette étude en Allemagne par la publication de sa Biblioiheca tamulica en trois volumes. Nous avons signalé les tentatives de M. Ph. Vanderhaegben dans un Rapport sur sa notice : Les écoles et talphdbet des Tamouls (Académie Royale de Belgique, Bulletins, 2« série, novembre 1874).
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Dans le cours de ses patientes études, M. Garcin de Tassy avait remarqué, de ce côté, une véritable lacune dans le programme des coars spéciaux institués à l*Ëcole des langues orientales vivantes. U trouva de Tappui chez les maîtres alors en renom pour inaugurer à Paris renseignement de l'hindoustani. La première chaire de cette langue fut créée en sa faveur en 1828, sous le ministère de M. de Martignac : M. G. de Tassy n'a cessé de Toccuper depuis lors; ayant dépassé quatrevingts ans, il tient à l'honneur de mettre dans ses leçons autant de ponctualité que par le passé.
Dès l'an 1829, M. Garcin de Tassy mettait au jour ses Rudiments dé' la langue hindoustanU dont il a donné en 1863 une nouvelle édition. En 1847, il publiait les Rudiments de la langue hindoui^ c'est-à-dire de la langue traditionnelle, restée plus originale que l'hindoustani. Il pourvoyait en même temps aux besoins pratiques de l'enseignement, ainsi qu'à ceux de l'étude privée, en secondant de diligents élèves, qui ont formé des recueils didactiques de morceaux choisis dans les deux langues (1).
De si loyaux services furent récompensés : ce fbt une juste reconnaissance de son mérite que sa nomination à l'Institut, où 11 ftit élu, le 30 août 1838, en remplacement du prince de Talleyrand, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Dans la suite, plusieur^ corps savants de l'Europe, les Académies de Saint-Pétersbourg, Munich, Turin, Copenhague, etc., ont inscrit son nom sur la liste de leurs associés.
Les auteurs hindoustanis les plus célèbres ont écrit en vers ; tantôt ils ont choisi des mesures simples s'alternant à la façon des distiques ; tantôt ils ont imaginé différentes espèces de stances pour mieux traduire leurs idées et leurs impressions. M. Garcin de Tassy a donné un modèle de deux genres qui ont été en faveur parmi eux : le roman ou la nouvelle, et la poésie mystique, élégiaque, passionnée, sentimentale.
C'est le roman en vers, ou la narration poétique, si l'on veut, dont
(1) La Chrestomathie hindoustanie a paru, en 1847, par les soins de MM. Pavie et Bertrand ; la Chrestomathie hindouie, en 1849, par ceux de M. Ed. Lancereau.
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nous avona le spécimen dans les Ai>enture8 de Kamrup (1) : le nom du prince royal d'Oude signifie « forme d*amour »; Kalâ est le nom de la princesse de Serendib (ou Ceylan). Le héros et Théroïne vivent dans des cours éloignées; s^ils apprennent à se connaître, c'est en songe; cependant il leur reste à chacun un souvenir invincible de la merveilleuse apparition. Des messagers sont envoyés par leurs parents à travers rinde et au delà; mais leurs recherches sont inutiles. Le prince Kamrup lui-même s*est lancé sur les mers voisines; après d'incroyables vicissitudes, il aborde à Ceylan. Il assiste, déguisé, à la fête donnée par le roi de cette île pour le choix d'un époux que sa fille fait solennellement. Il est reconnu par Kalâ sous l'habit d'un mendiant; mais, grâce à d'habiles métamorphoses, il lui révèle sa naissance, et bientôt après il emmène la princesse de Ceylan dans son royaume héréditaire.
L'œuvre de Tahçih-uddin (« l'approbation de la religion »•), qui vivait au dix-huitième siècle, présente peu dé nouveauté dans l'intrigue; sa conception répond à celle de la plupart des œuvres d'imagination chez les Orientaux, et en particulier des contes dits indiens, auxquels les Persans ont donné une grande popularité dans toute l'Asie. Les noms sont indiens, et il y a partout des teintes de couleur locale. Mais des incidents fantastiques, des reconnaissances invraisemblables composent tout le récit, qui est un peu lâche; des fées et des génies interviennent pour faire avancer l'action. Le traducteur a pu dire ailleurs « qu'il n'y a malheureusement pas beaucoup de variété dans les intrigues des romans orientaux : c'est toujours à peu près la même marche, et ce sont les mêmes merveilles ».
Un spécimen plus curieux de la poésie moderne dans l'Inde, c'est le Divan de Wali, originaire du Guzerate, poète qui a fleuri dans la seconde moitié du dix-septième siècle (2) : il s'est nommé lui-même « le souverain de l'empire des discours » ; il a même osé dire que, s'il n'a pas écrit beaucoup de volumes, « chacun de ses vers a le mérite de cent cahiers», et il a déclaré en un autre endroit : « Par mes vers harmonieux, j'ai privé de sa supériorité le rossignol, qui est reconnu cependant comme le prince de l'harmonie ». Plusieurs lui ont décerné
(1) En 1834 paraissait la traduction française des Aventures, et, Tannée suivante, l'édition du texte en caractères originaux (Impr. royale, in-8^).
(2) Les Œuvres de Wali (texte hindouetani et traduction). 1 vol. ïnA^, Paris, Imprimerie royale, en deux parties, 1834 et 1836.
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le titre de père de la poésie hindonstanie, et leur sofiârage n'a pu être contesté.
Son recueil intitulé Divân^ comdie les recueils les plus vantés des poésies détachées des auteurs arabes, persans et turcs, se compose de chants assez courts, dits Gazëles ou Gazais, comparables aux sonnets italiens. Ces chants ont pour la plupart un caractère mystique. On y admire les allégories et les âgures erotiques qui symbolisent Tamour spirituel, Tamour divin, au sens des contemplatifs et des moralistes de rislam. L'expression est vantée pour sa finesse et son éclat; les traits descriptifs sont d'une grande netteté; chaque strophe est d'une facture élégante. Le savant traducteur, qui avait établi le texte d'après les manuscrits, a conservé la physionomie de chaque stance, tout en dissimulant les redondances qui n'auraient aucun prix dans une version. Nous prendrons pour échantillon des fragments de la pièce qu'il a pu intituler : Hymne à VÉtemel : • 0 mon Dieu, imprime à mon cœur les stigmates de l'amour, pose sur mes yeux le collyre éternel de la vérité. Inspire-moi les désirs de l'amour; rends-moi ton ardent amant. Que le chemin battu de la loi vulgaire soit pour mon corps seul, tandis que tu dévoileras à mon esprit le secret de la vraie voie et que tu ouvriras à mon cœur les portes de la vérité. Fais de mon cœur un changeur habile, pour qu'il puisse examiner le métal pur de la spiritualité. Dans le jardin de l'amour, ouvre ton cœur comme la rose, et que le mien en soit le rossignol... Abreuve-moi du vin sacré de ton amour, enivre-moi avec la coupe de la contemplation. Rends-moi libre des pensées du monde, remplis-moi de ton souvenir... Déploie pour moi l'abondance de la vérité comme une chevelure bien fournie, et fais que je la saisisse on entier **. Dans cet hymne et dans d'autres, la glorification de Mahomet, comme l'élu de Dieu, suit de bien près les pompeuses invocations de l'Éternel dont les mystiques musulmans ont en l'art de renouveler l'expression avec certaine magnificence.
Les poètes qui ont acquis le plus de réputation après Wali, Mir Taki, Haçan, Jurât, etc., ont épuisé les artifices du langage et de la versification pour louer les princes et les hommes puissants de leur temps : ils ont payé par de riches métaphores la libéralité des nababs de telle ou telle contrée. Il ne s'est pas présenté à eux l'occasion de chanter une race militaire comme celle des Radjpouts, qui avaient eu dès la fia du moyen nge leur Homère en la personne d'un vieux poète hindoui, nommé Chand. Les œuvres d'imagination l'ont emporté, à chaque époque, sur les poèmes qui auraient été l'écho d'une tradition histc-
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rique (1). Mais il y a du moins des inspirations variées dans les œuvres restées célèbres d*aiiteurd de tous les pays indiens : la passion a parlé par la bouche de satiriques tels que Saudâ, nommé par les Angînis le Juvénal de l'Inde, et de poètes erotiques, émules de Sandar; on découvre un art assez raffiné dans des poëmes descriptifs fort nombreux. A chaque époque, des princes se montrèrent jaloux des palmes poétiques : fait singulier ! le plus distingué des poètes ourdous contemporains est l'ancien roi d'Oude, Vadjih-Ali, connu sous le nom d'Akhtar, « astre, « un des astres du firmament littéraire de l'Inde : les ministres de la reine Victoria lui ont foit une retraite splendide, avec jouissance d'an revenu royal, aux abords de Calcutta. On aperçoit, d'autre part, un groupe considérable de pootes, qui comptent parmi les réformateurs religieux, nés presque dans chaque siècle sur quelque point de la péninsule s les Jaïnas, les Sikhes et tous les autres dissidents. Les Vichnouit^s ou vaischnavas forment une des écoles les plus fécondes: ils ont propagé la doctrine panthéistique du Védanta, mais défendu partout les anciennes pratiques et superstitions du culie brahmanique. Il faut faire ensuite la part de l'imitation dans les nombreux écrits, encore connus, composés en hindoui ou en hindoustani. Il est de» poètes qui se sont réfugiés dans l'imitation ou la réduction d'anciens poèmes nationaux, en les élaguant, en les appropriant au goût de leur temps. Gokulnath de Bénarôs a mis au jour une version un peu abrégée de la Bhâratide sanscrite, en hindoui, sous le titre de Miroir (Mahàbhârat'darpana); Tulci-dâs écrivait, il y a trois cents ans, en hindoui, un Râmâyana qui a joui d'une immense renommée, et qui a été beaucoup plus lu parmi les natifs que le chef-d'œuvre de Valmiki. Un critique hindou a tenté naguère de réfuter les arguments du professeur Weber sur les emprunts faits à Homère par l'auteur du Râmâyana : c'est au moins de sa part un acte de légitime défense. Dans un centre de population brahmanique, le pays de Bradj, on a composé dans le dialecte hindoui, qui s'y est conservé pur, un commentaire du Yaâjcmr' Véda : c'est, en effet, une des contrées de l'Inde où les livre» de l'antiquité védique ont encore des lecteurs. On a joint des gloses en hindi aux traités philosophiques de l'école védanta, imprimés de nos jours à Bénarès et en d'autres villes.
(1) La traduction irançaise du poème hindoustani Bag-o-^dhar^ • le Jardin et le Printemps i», a va le jour par les soins de M. E. Leroux, comme un des derniers travaux du zélé professeur.
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La littérature masulmane est également représentée par des oenvres assez nombreuses : déjà, au siècle passé, Abdoulkadir donnait aux Hindous une version complète du Coran dans leur langue usuelle, en raccompagnant de notes brèves et sans arguties. Ilsipossèdent en hindoustani deux romans d'Alexandre, qui sont des imitations de l'épopée persane de Nizami, et ils doivent à la plume d'Altos, un de leurs meilleurs écrivains, une traduction Adèle du Gulistan de Saadi. Le calque des ouvrages arabes leur a toiyours offert des difficultés presque insurmontables : rimitation des ouvrages persans était plus accessible aux Hindous, qui n'avaient pas à lutter avec une langue de beaucoup supérieure à la leur par la richesse des mots, la midtiplicité des formes et les artifices de la syntaxe.
Grâce à d'incessantes communications qui lui venaient de l'Angleterre et de l'Inde, M. Garcin de Tassy avait eu bientôt entre les mains une précieuse collection de livres et de manuscrits, représentant les œuvres modernes de l'esprit indien dans les deux langues littéraires, distinguées par les noms de hindoustanie et de hindouie. Au début de son professorat, il eut la préoccupation de les grouper, de les réunir comme en un seul tableau ; il flt servir à ce but la prompte investigation des sources en partie manuscrites qui lui étaient signalées : ainsi dépouilla-t-il soigneusement plus de soixante recueils du nom de t€Lshira (mémorial), qui sont des biographies plus ou moins détaillées de chaque auteur, et qui ressemblent à des anthologies où la mention de ses ouvrages est suivie de citations choisies.
Son premier travail, en deux volumes, fut remarqué (1), et le succès en fht justifié par une traduction hindoustanie publiée à Delhi sous le titre d'Histoire des poètes ourdous. Force tOit à l'auteur de mettre la main à une seconde édition ornée d'un grand nombre de biographies et d'articles importants (2). Qu'on juge de l'extension que le savant
(1) Histoire de la liUérature hindouie et hindoustanie (publiée 3oas les auspices du comité anglais des traductions orientales), tome I"% Paris, 1838. — Biographie et bibliographie, tome II, tô., 1847. — Extraits et analyses, 2 forts volumes in-8°. Des morceaux étendus, que l'auteur avait traduits pour cette première édition, n'ont pas été reproduits dans la seconde; ils donnent du prix au volume de 1847.
^2) Paris, Adolphe Labitte, éditeur, 1870-1871, 3 vol. grand in-8o, de plus de six cents pages chacun.
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maître avait pu donner à son œuvre dans un intervalle de trente années : les noms d'écrivains se réduisaient de prime-abord à sept cent cinquante; ils ont atteint le chiffre de trois mille quatre cent dix dans la seconde publication, qui se termine par deux tables très complètes, renfermant Tune les noms des auteurs, Tautre les titres des ouvrages.
L*entreprise n*était pas sans difficultés, en l'absence de matériaux qui se prêtent à un classement plus rationnel, et qui se rangent mieux dans un ordre chronologique. Les dates manquent d'ordinaire, et les œuvres connues ont vu le jour dans des contrées différentes, le plus souvent sans influence certaine d'un auteur sur un autre. Comme on Ta observé bien des fois, si la distinction des genres apparaît à peine dans une littérature qui commence, elle tend à s'effacer dans une littérature qui ânit Venue à la suite de la littérature sanscrite, et cultivée souvent avec le secours de l'imitation, la littérature hindoustanie ne pouvait avoir grande fixité dans la notion et les règles des genres : elle n'a pas trouvé un centre unique, ni atteint certain accord entre ses écoles de poésie. Autant de raisons qui imposaient à son premier historien européen l'ordre alphabétique pour mettre plus de clarté dans l'esquisse générale du sijget.
Les auteurs sont cités, dans cette espèce de dictionnaire, par leur surnom poétique, ou mieux encore par le nom idéal de leur choix, leur takhallous, nom emprunté d'ordinaire au persan, et d'après lequel on ne dirait pas, à coup sûr, s'ils sont Hindous ou Musulmans : ils se succèdent ainsi dans les trois tomes de la seconde édition. Par la force des choses, elle ressemble, comme la première, à une bibliothèque historique plutôt qu'à une histoire. Cependant, le diligent biographe det? nouveaux poètes hindous a jpint, quand il le fallait, à leur légende des extraits choisis de leurs œuvres principales ; il les a traduits avec clarté, avec élégance, sans surcharge, sans une fidélité trop servile à l'original. Il s'est arrangé de manière à satisfaire la curiosité des lecteurs européens, mais sans demander trop de sacrifices à leur goût. Bien souvent on lit des titres emptiatiques en tête des plus minces compositions, et on retrouvé, malgré la prudence et l'habileté du traducteur, la richesse tougours un peu luxuriante du style métaphorique des Orientaux.
Les ouvrages hindoustanis n'ont qu'une affinité éloignée avec les œuvres originales et beaucoup plus anciennes du génie indien. Ils diffèrent de celles-ci sous le rapport de l'étendue : au lieu d'amples compositions du genre des épopées sanscrites, les traditions nationale
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sont esquissées plutôt qu^exposées dans des poèmes de plus minces proportions ; on les comparerait aux récits épiques et légendaires qui abondent dans le premier âge des littératures romanes. Quant aux histoires fictives et quant aux chants lyriques ou élégiaques, ils ne sauraient être comparés exactement à des compositions analogues de la littérature sanscrite. Ces œuvres de l'antiquité indienne comportent pour nous plus d'intérêt philologique, et décèlent un art plus parfait; par contre, les ouvrages hindoustanis ont échappé aux lois rigoureuses de la syntaxe sanscrite, à ses longs composés, à ses continuels enchevêtrements. On a, rien que dans leur forme, la raison de la popularité qu'ils ont eue en partage, tandis que leç poèmes sanscrits d'une facture savante ont dû être imposés par les pandits à Tadmiration d'une cour lettrée, où l'œuvre de versificateurs consommés requérait les prolixes commentaires des grammairiens. Les productions les plus récentes ont moins d'art, mais plus de naturel ; elles se rapprochent infiniment plus de nos procédés logiques et de nos habitudes d'esprit : de même, les idiomes populaires ont, sous plus d'un rapport, grande conformité avec les langues analytiques de notre Occident. Il reste entre les conceptions de races vivant à un pôle opposé une différence essentielle : elle tient à la supériorité de l'intelligence et de la raison européenne devant des populations qui se refusent à la comprendre, bien loin de s'y soumettre.
Les notices et les répertoires indigènes qui ont fourni au savant académicien les matériaux d'une histoire assez volumineuse parlent d'œuvres qui ne sont pas toutes conservées; plus d'une fois s'y trouvent mentionnées des pièces de circonstance qui ont eu quelque célébrité à la première heure, et qui ont valu place dans des listes d'écrivains à tel personnage d'ailleurs inconnu. Il n'est que juste de ne pas conclure trop vite au mérite des poètes vantés dans plus d'un tazkira ; des succès passagers ont obtenu pareille mention à de simples versificateurs dans des pays où l'art poétique était devenu tradition de famille. On le dirait également des annalistes, en prose et en vers, qui n'ont fait que continuer les premières esquisses de chroniques locales. Ainsi, jugerait-on, afin de ne rien surfaire, l'abondance extraordinaire de noms propres qui ne peuvent prétendre pour la plupart à une véritable renonunée.
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Les leçons et les livres n'ont pas suffi au prosélytisme de M. Garcin de Tassy (1) ; il s'est imposé, il y a un quart do siècle, une tâche non moins utile, et n'exigeant pas moins d'activité, celle de publier, sous forme de discours d'ouverture, une revue annuelle de la langue et de la littérature hindoustanies. Il l'a fait sans interruption et en élargissant toi\jours le cercle de ses informations ; c'est justice de louer le succès qu'il a obtenu par ce moyen de propagande (2).
En raison de nombreuses marques d'estime qui lui étaient parvenues à ce propos, M. Garcin de Tassy a publié lui-même, un recueil qui comprend ses revues de vingt années (3) ; les revues suivantes forment des tableaux non moins complets (de 1870 à 1874), qui ont été signalés à l'attention au point de vue littéraire et politique (la dernière revue annuelle, imprimée sous ses yeux, est celle de 1877). En effet, les renseignements qui sont de la veille, comportent sans exception un intérêt d'actualité ; c'est une suite de bulletins où l'histoire, les études, la statistique, se rencontrent sans trop de disparates. Les sources sont des livres et des journaux en toute langue; mais ce sont aussi fort souvent des correspondances privées, des communications de savants étrangers.
La linguistique a sa place obligée dans les rapports du professeur d'hindoustani; il y retrace, dans des digressions de diverse longueur, la controverse qui renaît souvent parmi les indigènes sur l'usage des deux langues populaires qui sont en présence; il y retrace la vivacité des prétentions de ceux qui défendent l'hindi comme langue dont les
(1) En 1876, OQ a imprimé un recueil qui est un excellent spécimen de ses tentatives littéraires : Allégories, récits poétiques et chants populaires traduits de V arabe, du persan, de l^hindoustani et du turc (seconde édition, E. Leroux, 1 vol. gr. in-8**).
(2) M. Barthélémy Saint-Hilaire a montré dernièrement la haute valeur de ces rapports annuels du professeur d'hindoustani (Journal des Savants, mai 1875 et mois suivants).
(3) La langue et la littérature hindoustanies, de 1850 à 1869. Discours d'ouverture, etc. Paris, Maisonneuve, 1874, l vol. in-8°. — (La bibliothèque de M. Garcin de Tassy, très riche en livres et manuscrits orientaux, particulièrement en publications indiennes, a été vendue é, Paris aj mois de mirs 1879).
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racines sont dans le sol mdme de la péninsule, mais il ne dissimule pas que Tavajitage du nombre et l'empire de l'opinion sont en faveur de rhindoustani, qui a bien davantage les caractères d'une langue usuelle et générale. Les livres se multiplient pour seconder les vue? des gouvernants de l'Inde ; un trésor de la langue hindoustanie est en cours de publication à Patna, par les soins de M. S. W. Fallon.
Puis vient une revue littéraire et bibliographique, une suite de courtes notices sur les nouveautés sorties des presses de l'Inde dans Tannée qui vient de s'écouler. Rien n'est oublié : on y trouve avec les productions légères, éphémères, de brillants versificateurs, les œuvres traduites de quelque langue étrangère en hindoustani ; de ce nombre sont des ouvrages célèbres de l'ancienne littérature arabe, et surtout des livres scientifiques usuels, destinés à vulgariser des écrits de quelque autorité dans la littérature européenne, et à servir de manuels pour les leçons faites en langue vulgaire dans bon nombres d'écoles.
Il se présente quelquefois de curieux incidents au milieu des polémiques qui surgissent sur des questions littéraires. Telle est la résistance que les critiques indigènes veulent faire aux organes du gouvernement qui menacent les auteurs, surtout les poètes, de mesures rigoureuses du chef d'obscénité. Ils font valoir plus d'un moyen de défense : d'abord ils osent réclamer une censure égale pour tous, afin de mettre leurs compatriotes en garde contre des sentences arbitraires ; puis, ils portent la guerre sur le terrain de leurs maîtres, insinuant qu'il y.a une fort dangereuse immoralité daûs les romans européens qui peignent les ruses de la coquetterie et retracent d^élégantes séductions, dénonçant de graves écarts dans plus d'un ouvrage de Byron, leur poète national. L'affaire n'aura pas aisément une solution ; en effet, les Anglais n'ont jamais aimé la censure préalable, et leurs juges auraient grand'peine à définir ce qui devient licence absolument condamnable dans un poème étranger. En outre, la tolérance envers les religions locales, leurs rites et leurs pratiques, rend presque impossible la prohibition d'aventures et de tableaux qui s'éloignent peu de fables hindoues, liées à des cultes populaires ; d'ailleurs, dans la poésie savante, la licence la plus effrénée semble autorisée dans le monde indien par l'exemple de Hafiz et des lyriques persans les plus vantés, qui sont les maîtres des poètes hindoustanis.
Les journaux sont devenus un besoin quotidien pour les populations de l'Inde britannique; ils font de la politique avec certaine latitude, et ils insèrent des annonces à bas prix ; on a entendu là, dans l'esprit de
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la législation anglaise, les idées de liberté et de publicité. En 1873, il n*y avait pas moins de 418 journaux dans les possessions anglaises; environ 255, dans les langues vivantes de la péninsule et des îles voisines; 67, qui sont partagés entre deux langues (l'anglais et Tidiome local); de plus, 151 journaux qui. sont imprimés purement en anglais. Seulement, comme il est facile de le croire, les journaux en dialectes indiens sont tirés à peu d'exemplaires. La presse indigène n'est pas toijûours dans un rôle passif ; elle dénonce quelquefois ; ainsi le Ditmlgateur de Bombay avait critiqué les actes du radjah de Baroda, le Guikovar, avant que celui-ci fût jugé par une cour spéciale, et puis exilé à Madras. La presse européenne a raconté toutes les péripéties de la révolution survenue dans un des Etats tributaires de la couronne, mais gouvernés par des dynasties d'origine indienne.
L'instruction publique a pris plus de place d'année en année dans les renseignements recueillis sans relâche par M. Garcin de Tassy ; \\^ s'étendent des écoles des natifs aux institutions patronnées par le gouvernement de l'Inde. Il y a trois hautes écoles qu'on appellerait les universités présidentielles à Calcutta, Bombay et Madras. Mais il existe une université plutôt orientale qui a son siège à Lahore, et qui concède plus de liberté dans l'usage des langues asiatiques pour les leçons comme pour les examens. On le dirait aussi des écoles d'autres villes placées au centre de pays prospères, Lucknow, Bénarès, Patyala, où les racUahs se piquent d'encourager les études à l'envi des fonctionnaires anglais. Les Musulmans ont leurs collèges ou madrasas en plus d'une localité : ils comptent leurs docteurs maulatois et mounshis, comme les Hindous ont leurs pandits, élèves des Brahmanes pour la granmiaire ainsi que pour les autres sciences.
L'organisation de l'enseignement a son complément dans l'érection d'associations littéraires ou d'académies qui se sont multipliées sans réclamer d'ordinaire des encouragements officiels ; il n'est guère de province qui en soit dépourvue, et c'est au sein de ces sociétés que l'on trouve l'expression des idées et des mœurs dominantes dans les frac* tiens les plus civilisées des peuples hindous. Nous nous bornerons à citer deux de ces associations qui sont devenues des écoles de philosophie religieuse. C'est d'abord une association théologique, le brahmasamacy^ ou brahma-sabM^ «assemblée, congrégation de la divinité, » fondée il y a plus de quarante ans par le célèbre Ram Mohan Râé, et qui a la prétention de relever, de restaurer l'antique monothéisme. Elle a organisé un service divin qui rallie des hommes de diverses
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sectes, et pour lequel elle a mis en lionneur des invocations et deî^ hymnes comparables à ceux des Théophilanthropes, Fondée sur Tutcpie d*une religion universelle par voie de transaction, elle a donnel'exemple d'un quiétisme assez large pour autoriser, dans un même formulaire de prières, le mélange de textes bibliques avec des passages d'anciens livres hindous, musulmans et parsis. Une toléraDce poussée aussi loin provoquait naturellement des protestations du vieil esprit hindou; il a créé à son tour des associations, telle que la Dharma'Sàbhâ, ou «réunion de la loi, » qui doit être un centre de résistance à tout compromis hostile à la religion et aux institutions brahmaniques. Toutes ces tentatives sont curieuses à étudier comme preuves d'un travail incessant qui se fait au sein des races mêlées en faveur de croyances plus élevées, et aussi de l'opiniâtreté des secta teurs des symboles les plus opposés à la vérité chrétienne.
Le mouvement religieux dans l'Inde est un des objets les plus intéressants des rapports annuels dont nous signalons la variété et le caractère instructif. On y prendra une juste idée de la résistance que fait à la propagande occidentale le sentiment national, soutenu par l'idolâtrie et par l'esprit de caste, ou bien surexcité par l'Islam. L'auteur ne dissimule ni l'empire des plus étranges superstitions, ni le réveil du fanatisme musulman aussi absolu et aussi exclusif que jamais; i) ne cache pas non plus ces apostasies de scgets anglais qui sont qualifiées de perversions par leurs compatriotes. Il représente, avec impartialité, le ministère exercé par les évoques et le clergé anglicans parmi des populations qui comptent un petit groupe dindiens convertis : par crainte de manquer de charité ou de justice à leur égard, il va même jusqu'à louer, dans des termes d'une naïve et sympathique admiration, leur zèle et leur douceur. Il rapporte aussi les traits de prosélytisme qui honorent les prélats catholiques répartis dans les vicariats apostoliques, ainsi que des missionnaires de divers ordres qui les secondent pour l'instruction d'environ un million d'ouailles. En parlant de l'influence du christianisme dans l'Inde, le respectable M. àe Tassy ne peut s'empêcher d'exprimer un regret sur l'usage du latin maintenu exclusivement pour la liturgie par les missionnaires de l'Église romaine; il invoque l'histoire des premiers siècles pour justi fier la variété des langues dans le service divin ; il souhaiterait que I^^^ idiomes de llnde fussent consacrés au culte catholique au lieu d'une langue complètement étrangère aux natifs, et, s'il insiste sur ce vœu. c'est sans doute avec l'intention sincère et droite de voir recruter
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parmi les catéchumènes indiens un plus grand nombre de membres du sacerdoce. C*est un homme de foi et de piété, mais fortement attaché aux traditions gallicanes et aux vieilles liturgies.
Enân, le savant maître n'oublie pas, en terminant ses discours d'ouverture, les hommes célèbres qui ont pris part de nos jours au mouvement intellectuel de l'Inde. Sous forme de nécrologe, il fhit une biographie littéraire des principaux d'entre eux, qui ont succombé dans le cours de Tannée précédente. Il les prend, d*une part, parmi les Indiens de toutes races, Brahmanistes, Musulmans, Parsis : c'étaient, par exemple, en 1874, le Radja Kali Krichna Bahadour, mort à Bénarùs, et le savant Bhâu Daji, mort à Bombay, connus tous deux par leur amour des lettres nationales. Il comprend, dans ce coup d'œil rétrospectif, les esprits d'élite d'entre les Européens qui ont voué leur vie entière aux langues de l'Inde et des contrées voisines. De tels hommages étaient dus à James Ballantyne (t 1864), pour ses livres de grammaire, et à John Shakespear (f 1859) pour son grand Pictionnaire hindoustarU qui a eu quatre éditions. Il était non moins équitable de louer de hauts fonctionnaires qui font preuve d'une insigne capacité en divers emplois dans l'Inde anglaise : tels sont les deux ft^ères du nom de Mnir, l'un, John Muir (t 1882) qui, en quittant le service civil de? Inde3, a publié de savantes recherches sur l'antiquité indienne et qui a fondé une chaire de philologie sanscrite à l'université d'Èdinburgh; l'autre, William Muir, gouverneur de plusieurs grandes provinces, ayant étudié de près les besoins des peuples et devenu capable de prononcer dans des assemblées solennelles des discours en hindoustani.
Nous venons d'énumérer fort rapidement les divers travaux qui ont rempli les journées du doyen d'âgedes orientalistes français. Son mérite avait été bien vite apprécié et récompensé en Angleterre et non moins dans rinde. Le professeur parisien a été maintes fois choisi comme leur chargé d'affaires, par des hommes considérables du grand empire britannique, publicistes, écrivains, voyageurs, fonctionnaires de tout rang. M. Garcin de Tassy a suffi à ces relations multipliées, qui l'ont astreint à l'échange de correspondances quotidiennes et qui lui ont amené des visiteurs nombreux et fort distingués ; s'il recevait de fréquentes communications dont il tirait à l'instaAt le meilleur parti, il avait aussi l'honneur d'être consulté souvent sur des points relatif^ aux sciences
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et à reDseiguement public. Ce ne sont point seulement les sociétés asiatiques de Calcutta, de Madras et de Bombay, qui ont tenu à honneur de lui envoyer leurs diplômes; les Ane^'otiman ou associations littéraires, formées par les savants indigènes, dans plusieurs villes, Labore, Aligarh, Lakhnau, etc., ont voulu se l'attacher en signe de reconnaissance pour son dévouement à leur pays. Visité par les Anglais, choyé à Londres par tous les représentants des intérêts indiens, il avait chez eux la réputation d'un parfait gentleman. Son aménité et sa complaisance lui ont toujours valu de nombreuses sympathies. Nous avons entendu dire à Paris par un de ses visiteurs étrangers : « Tant d'autree sont des savants, mais celui-ci c'est le savant aimable ! >* Il est donc vrai que le caractère de l'homme s'est joint à la persévérance du professeur, pour donner à M. Garcin de Tassy, jusque dans des contrées lointaines, une réputation d'un doux prestige.
La France a vu venir bon nombre d'auditeurs étrangers, autour de la chaire qu'elle avait créée pour l'enseignement de l'hindoustani. Mais elle peut se glorifier des succès obtenus dans les lettres orientales par les élèves français, les plus assidus et les plus distingués, du premier titulaire de cette chaire. Il faut faire honneur à plusieurs d'entre eux^ et aussi à leur maître, de la sagacité qu'ils ont montrée dans la version d'ouvrages inédits, tirés de manuscrits d'une -exécution médiocre, et offrant de sérieuses difficultés par la variété d'orthographe et de dialectes.
Un des plus anciens auditeurs de M. Oarcin de Tassy est M. l'abbé Bertrand, aujourd'hui chanoine de Versailles; il a mis au jour la version d'un ouvrage hindoustani qui témoigne de l'influence de l'Islam sur la littérature moderne de l'Inde. Ce sont les Séances de Haïdari, récits historiques et élégiaques sur la vie et la mort des principaui personnages musulmans (1) : elles consistent en petits poëmes de diverses mesures, distiques, quatrains, masnaiois ou séries de vers doot les deux hémistiches riment ensemble, et elles se succèdent dans un style toigours pompeux. Ce genre de récits est en usage dans Hnde an mois Muharram, pour glorifier la mémoire de l'Imam Houssaîn, petitfils de Mahomet, mort noblement à Karbala; ils comportent la louange d'autres personnages, réputés saints, mais dont la fin ftit égalemesi tragique.
Nous citerons ensuite un indianiste, aigourd'hui attaché à llmpu-
(1) Paris, Benjamin Duprat, 1845, 1 vol. in-8^.
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merie nationale, M. Edouard Lancereau, qui a travailiô longtemps, d'après les conseils du maître, sur les textes hindouis, et a donné des extraits inédits du Radlj-niti ou « politique des rois, » ainsi que d'autres recueils d'histoires populaires.
N'oublions pas enfin les belles publications que M. Théodore Pavie a tirées des manuscrits ; c'est d'abord la Chronique (TAsssLm^ d'après le le texte hindoustani qui n'est que la version de l'original persan, aujourd'hui perdu; histoire d'une guerre musulmane fort opiniâtre, dirigée contre les Assamiens par Mir Djumlah, général d'Aureng-Zéb (1). C'est ensuite une histoire de Krichna qui est un abrégé du dixième livre du Bhâgavata-Pourâna, écrit en hindoui au seizième siècle par Lalatch Kab (2) : une savante préface sur une fiction indienne aussi renommée scoute beaucoup de prix à l'œuvre du traducteur qui a dû lutter contre les imperfections d'un manuscrit unique. Puis c'est la Légende de Padmanî, d'après les textes hindis et hindouis (3), histoire qui met en relief la vertu de la femme hindoue à l'époque des guerres des sultans musulmans contre' les Radjahs ; Padmani meurt dans les flammes avec des milliers de compagnes, quand la forteresse de Tchi- Cor est prise par Alaouddin. Rappelons, en terminant, que M. Théodore Pavie a demandé à ses études indiennes, comme à ses voyages, d'heureuses réminiscences, quand il a exercé son rare talent d'écrivain sur des scgets fictif)» dont l'action se passe dans les deux mondes (4). L'indianiste est venu souvent en aide au peintre, dans les Nouvelles qu'il a adressées maintefois à un grand public de lecteurs ; la science des choses de l'Orient, qu'il avait puisée dans le coursdeM. Garcinde Tassy, comme dans ceux d'Eugène Burnouf et de Stanislas Julien, a permis à l'artiste de donner à ses tableaux cette vivacité et cette vérité de coloris qui les ont fait universellement remarquer.
()) Tarikh-i-asham. Paris, ibid., 1845, 1 vol. iQ-8<'.
(2) Krichna et sa doctrine, etc. Paris, ibid., 1852, l vol. gr. in-8o.
(3) Paris, Impr. imp., 1856, in-S®.
(4) Voir ses Scènes et récits des pays d'outre-mer (Paris, M. Lévy, 1853)«