‹ Les époques littéraires de l'IndeChapitre 5 sur 46 · ÉTUDBS M0RALB8 ET LITTÉRAIRES SUR LE MAHÂBHÂRATA · texte numérisé non relu

ÉTUDBS M0RALB8 ET LITTÉRAIRES SUR LE MAHÂBHÂRATA

Jadis, rien que sur la renommée, on considérait avec une haute irénération le corps des Védas ou des livres sacrés de l'Inde, avant que leur publication eût fait tomber les voiles mystérieux dans lesquels ils restaient enveloppés pour notre monde occidental. On avait appris à connaître beaucoup plus tôt des fragments importants de la poésie narrative où les Hindous ont consigné des évènem^its mémorables remontant à la période de leurs conquêtes et de leurs établissements dans la plus belle partie de la péninsule indienne. L'étonnante affinité de cette poésie avec les épopées classiques avait frappé de prime-abord tous les esprits : elle n'avait fait qu'augmenter les pressentiments favorables à la découverte d'une vaste littérature qui fournirait plus d'un genre de parallèles avec les littératures célèbres des peuples civilisés. Comment s'étonner que des épisodes et des extraits de poèmes sans-

70 LA TRADITION CHANTÉE PAR LES ARTAS DE l'iNDE.

crits aient obtenu assez vite les suffrages de l'opinion? On y trouvaity avec l'attrait de la forme, une grave présomption en faveur de beaucoup d'autres ouvrages à peine connus de nom. Et puis, les nouvelles théories littéraires eii recevaient une singulière confirmation : longs récits et fragments de récits ne figuraient-ils pas avec vraisemblance, en effet, l'enfance de l'épopée primitive partout issue de l'assemblage de chants détachés, qui auraient été longtemps confiés à la mémoire d'aèdes et de rhapsodes?

Ces récits qui passèrent rapidement dans plusieurs langues européennes étaient empruntés à deux poèmes de même caractère et de même mesure, le Mahâbhàrata et le Ràmâyana, dont l'esprit et la rédaction s'offrirent dans la suite à la critique occidentale avec des nuances et des différences notables. Le second de ces poèmes est moins étendu, mais d'une composition plus achevée que le premier ; il a fourni à l'avance une série d'épisodes littéraires dignes d'attention. Hais le labeur le plus ardu s'est exercé constanmient et s'exercera de nouveau sur le grand Itihâsa, l'immense recueil versifié sous le nom de Mahâbhàrata (1), ou grande histoire de la race de Bharata.

L'action est une guerre longue et fameuse qui n'a pas laissé de souvenirs moins profonds dans l'Inde que la guerre de Troie dans la Grèce et l'Italie antiques ; elle s'est passée dans les contrées du Nord, entre THimàlaya et le Gange, et cependant elle a eu du retentissement jusque dans les contrées méridionales envahies et civilisées beaucoup plus tard que les premières. C'est que la plupart des races royales, d'origine aryenne, y ont été engagées, et la fiction mythologique y a fait intervenir toutes les grandes divinités qui, après l'âge des Védas, ont joui d'une adoration séculaire dans

(1) Le texte complet, qui monte jusqu'au nombre d^environ cent mille distiques ou çlokas, a été publié intégralement à Calcutta en caractères dévanagaris. Cette première édition indienne forme 4 volumes grand in-4o (1831-1839), imprimés sous les auspices du gouvernement des Indes anglaises et de la Société asiatique du Bengale.

Page 1