‹ Les épreuves d'un orphelin [microforme]Chapitre 10 sur 19 · UN SOIR À LA BAIE D HUDSON · texte numérisé non relu

UN SOIR À LA BAIE D HUDSON

Un soir, le vent pleurait, comme un glas funéraire, La neige sur les champs roulait ses tourbillons,

Les forêts se plaignalent et tordaient leur crinière, Et la luue mouraute éteignait ses rayons.

Eh bien, Edward, comment trouves-tu ce paysage? N'est ce pas que c'est beau ?

— Oui, père ; oh ! j'avais bien raison d'avoir hâte de venir à la chasse avec vous. Combien de fois j'ai suivi vos pas dans le silence de ma pensée ; j'aurais donné beaucoup pour être à vos côtés, chassant le buffle ou le chat-sauvage. Mais quand arriveronsnous au campeinent de l'année dernière ?

— Avant le coucher du soleil, et tu vois que ce'a ne lardera pas.

— 11 faut donc franchir cette montagne ?

— Oui. Cette montagne verioyante est peuplée de jaguars, surtout d'oiseaux aux serres énormes, dont les plumes sont maguifiques. Tu me sembles fatigue ?

— Oh! non; j'ai la jambe bonne et le jarret solide comme de l'acier, mais le cœur...

— Que dis-tu ? Edward. Regretterais-tu ton séjour

auprès de moi ?

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— Ah! me croiriez-vous capable d'un tel acte d'in. gratitude ? Il est vrai que depuis que vous m'avez appris le nom de ma famille, ainsi que la richesse de ceux qui furent les frères de inon père, il est vrai que j'ai désiré revoir le sol qui m'a vu naître, r spirer l'air de ma patrie: revoir son ciel que je n'ai pas connu ; car, vous le savez, mon père, si l’on peut vivré loin de sa patrie, c'est sur son sol que l'on veut rendre son dernier soupir. Mais, mon père, Je chassais cette pensée ; je ne voulais pas avoir d’autre père que vous. Vous m'avez élevé, vous m'avez ché rietaimé. Je veux consoler vos vieux jours. N'est ce pas, qu'au retour, nous irons voir le curé du village' de B... ainsi que la ferme où mon père est mort ?

— Oui, mon fils; si Dieu m’accorde le bonheur de voir le village dont je suis le roi, et Le fleuve qui le baigne, nous irons au village de B...

Cette conversation avait lieu sur le territoire de la Baie d'Hudson. Septembre tirait vers sa fin, touchant de près le mois d'octobre, le mois des beaux jours d'automne. Nos sauvages, cor1m: par le passé, après avoir vécu sur le bord de la mer la saison d'été pour ne s’ocuper que de pèche, et à la confeclion des canots, étaient repartis pour la chasse. Ils avaient au milieu d'eux un compagnon nouveau dont ils étaient Aers de la présence, car tous l’aimaient dans la tribu, Et plus d’une jolie brune, au visage hâlé, aux yeux noirs comme l’atle du corbeau lui souriaient en découvrant leurs dents blanches contractant avec leurs lèvres roses

C'était un plaisir bien grand pour Edward de suivre son père, le Chef, à la chasse. C'était sa passion favorite : chasser, et voir le gibier tremblant mesurer la terre sous les coups portés avec un justesse de tir remarquable. Mais cette ardeur pour la chasse s'était amoindrie en lui, depuis le jour où son âme fut blessée par une autre âme dont il ne

erdait pas le souvenir. Il suivait donc vers le Pôle Nord, les sauvages, ses frères, avec un certain plaisir qui tenait à l'indifférence par plusieurs côtés ; l'espace qui Le séparait de sa chère Marie-Aïmée augmentait avec la rapidité de la marche vers le Nord, vers le pays de la chasse Mais enfin, il avait un dewwoir à remplir: consoier son père adoptif qui l’aimait, et lui montrer de l'attachement. "

* Le soir même du jour où avait lieu la conversation dont on a parlé plus haut, les sauvages campaient pour la saison des chasses. Déjà la neige couvrait la terre d’un mince tapis blanc: c'était suffisant pour permettre aux sauvages de tendre des piéges aux renards, aux chats-sauvages, aux fouines et autres bêtes des bois, dont la peau est recherchée, en at tendant l’arrivée du bison dans la plaine ou sur les hauteurs. À gauche du camp une montagne élevée, celle qu'ils avaient franchie, dessinait en noir, sur le ciel, son sommet empanaché; à droite la plaine, accidentée ça et là de quelques monticules de terre recouverts d'une espèce de Mousse qui perçait à travers la neigo et dont la verdure reposait agréablement la vue. Partout ailleurs l’immensité du dé sert se confondant à l'horizon avec le bleu du fir mament.

‘Te premier soir, il n’y eut rien e remarquable au çampeunent indien. Edward ne voulut pas-s’endormir

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