SECRET DÉVOILÉ
Le temps efface tout sur la terre, mais il n’efface jamais les traces d'un premier amour daus le cœur qu’il a traversé.
La brise soufllait du large et le siffliment des cordes dans le haut du mât de hune attestait une augmentation de vent, à mesure que le vaisseau avançait vers les côtes du nord. Penchée sur la mer qu’elle fend, la gëlette bondit dé crête en crête comme un monstre marin aux larges aîles. Les vagues frappent
la rotondité de son flanc droit et rejaillissent en fluis fine sur le pont dont les écoutilles sont fermées, Dans deux heures, nous jetterons l’ans:re, dit le capitaine, brave marin canadien; vieu: loup de mer, aussi tranquille sur le banc de quart de son vaisseau qu’à prendre une bordée à terre vers les endroits où
|émanent des senteurs de whisky et de ‘ old-Tom ”
rafinés. Il avait blanchi au gouvernail, disaitil, et il espérait mourir en regardant la mer et son vaisseau.
Allons, dit le capitaine, la brise adonne! Tant mieux, il va filer sa bordée comme un marsouin Pas trop de voile, mousse, car les rangs de ;a marée fatiguent pas mal. Et tout en jasant ainsi, le navire filait son n'eud, et deux heures après le départ du village de R... la goëlette faisait escale à l’eutrée de la Baie, au fond de laquelle apparaissait le village Abénaquis.
Avec quelle joie Edward salua cette terre, témoin, de ses premières années ; ce rivage au sable jaune sur lequel se détachait en noir l'humble croix, protégeant le tombeau de sa mère ; ce village que commandait son père adoptif; cette chapelle où souvent s1 prière, pure comme l’encens, monta vers le Très- Haut, dans le silence et le recueillement, pour ceux qu'il chérissait,
A l’arrivée de la goëlette, plusieurs canots sauvages, se détachant du rivage, ne tardèrent pas à aborder le vaisseau se balançant sur son encre de devant. Parmi les canots, s’avançait en tête celui du Grand-Chef Le vieillard venait lui-même chercher l'enfant de la noyée, maintenant le sien, puisqu'il était orphelin sur cette terre, Quel bonheur pour ce vieux Chef! dont le cœur sin :ère sait encore aimer, malgré les glaces du vieil âge. Qu'on ne s'étonne pas d’une nature aussi aimante chez un enfant de la forêt. La religion sait faire des protiges: tels cœursiodifférents, à son contact, s’échauffant et com: prennent ce que vaut un amour bien partagé.
Le Chef n'avait pas beaucoup vieilli. S3s cheveux toujours grissonnants, tombaient encore sur ses épaules Mais il avait bien souffert de l'absence d'E‘ward! Dans l’entance, le cœur jouit seul ; mais dans le crépuscule &e la vie, les illusions se fanent et le cœur se réveille: il sent le besoin de s'attacher à une amitié forte et durable La solitude qui semble se faire autour du vieillard, l’effraie ét le terrifie ; il se cramponne à une saine aff:ction, comme le naufragé à la planche de salut qui doit le mener au port.
Ainsi davait-il en être pour ce vieillard dont les pieds allaient s’enfonçant de plus en plus vers la tombe. [l avait eu une compagne fidèle ; ils s'étaient aimés et leur amour, loin de diminuer, avait loujours grandi avec le cèdre de la forêt leur berceau. Mais, jeune encore, elle l'avait devancé au céleste séjour, le laissant seul, inconsolable de la perte de celle qui ne faisait qu’un avec lui. Elle ne lui avait pas donné d'enfant; mais Dieu en mit un sur sa
route, pour consoler ses vieux jours. Il l’aimait de toute sa tendresse. Après une absence de plusisurs mois, il le retrouvait toujours le même: beau, bon, généreux, le lorse aussi droit que par le passé, les yeux aussi vivante, le front aussi noble et intelligent. yQuelle tendresse n'enfante t-il pas pour lui prouver
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la joie du retour ! Il se hâte de l'arnener à terre, car l'abîme est sous leurs pieds, et il tremtle pour lui, le pauvre vieillard ; et puis, il veut être soul avec lui, on le dirait jaloux de la présence de son enfant adopti”. Le cœur aimant est parfois égoïste: tout pour lui seul, et rien pour les autres,
Arrivé au rivage, Edward conduit ses pas vers la tombe de sa mère. Il se jette à genoux sur le sable brûlant. 1l oublie tout pour penser-à celle qu'il n’a pas connue. Il mêle son rom à celui de Marie et les confond dans une commune pensée. Désormais ces deux noms chéris seront inséparables : seuls, ils er. belliront sa vie qui menace de devenir rude et mo notone, La seconde visite fut aux Pères Missionnaires qui le reçurent avec bonheur et cordialité. C'était leur enfant à eux aussi. s
Au sortir du l'humble presbytère, Edward se di-
rigea vers le Saint Temple. Le vieillard le suivait en silence, n'osant troubler les pensées qui semblaient occuper son fils adoptif. Ils s'agenouilièrent tous deux avec respect. Edward baisa les pieds de la Ma done placée près du balustre en bois, et levant vers elle ses yeux suppliants, il pria comme jamais. 1] n'était pas seul à genoux. Il y avait à ses côtés une jeune enfant portant la nom de “ Reine du ciel, ” sa sœur bien-aimée. Eufiu ils se rendirent au “ wigwim” désert. Là, à l’entrée de la cabane, ses compagnons d'enfance pour ainsi dire, l’arc à la main, en grande tenue guerrière, lui souhaitaient la bienvenue par plusieurs cris de joie. Tous revoient avec plaisir ‘ l’orphelin du secret,’ comme ils l'appe. laient souvent, car ils n’ignoraient pas que sa mère souriante, avait parlé en secret à leur Chef bien aimé. :
Edward, tout ravi de cetle réception inattendue, confus de cette marque de sympathie, les remercia en quelques mots de leur cordiale réception à son égard. Puis il donna à tous une poignée de main en leur disant ‘“ qu’il voulait être leur ami et guerrier de la tribu comme eux, ”
Chez les sauvages, donner la main c'est la plus grande marque d'estime et de civilité; ausei ne cachent-ils pas leur humeur morose envers ceux qui ne se conforment pas à cette étiquette.
Le Chef avait bien hâte de se trouver seul avec son Edward, pour lui parler à cœur ouvert, Ce désir parut être compris par les guerriers de la tribu, car i18 s’éloignèrent, les laissant tous deux à l'entrée de la cabane,
— Asseyons-nous, mon fils, sur ce gazon, dit le Grand-Mhef à Edward, D'ici, la vue du fleuve est magni que ; la brise est douce et rafraîchissante, à mesure que le soleii disparaît derrière la montagne.
— Vous ne paraissez pas trop fatigué de votre chasse, père ? }- 14
— 11 y a déjà deux lunes que nous avons quitté le pays des chasses.
— Pas d'accidents parmi les guerriers ?
— Pas pour la peine. ,
— Pour vous, rien de fâcheux, mon père ?
— Non, Edward.
— Le ciel a exaucé mes prières, car tous les soirs J'ai prié jour votre santé et votre heureux retour.
— Merci, mou enfant. J'ai seulement reçu une pe. tite blessure, et voilà tout, Une griffe d'ours m'a mur-
qué pour la vie, et le Chef montrait une blessure, à peine cicatrisée, sur la poitrine,
— Oh! comme vous avez dû souffrir, mon père ?
— La chair est dure, enfant; le chène devenu vieux ébrèche souvent la hache du bucheron, Tu as failli encore rester orphelin sur la terre J'ai vu la mort de près pour la vingtième fois peut-être,
— Si vous m'aviezamené... [l n'acheva pas, car son cœur l’avertit aussitôt : “ s’il l'avait amené, tu n’aurais pas connu ta bonne Marie-Aiméel ”—L’air est froid, mon père, reprit Edward ; allons nous reposer sous la tente, je vais allumer un bon feu.
Un instant après, la flamme crépita et une chaleur douce et b'enfaisante vint diminuer le frisson causé par un vent froid. La porte de la tente était ouvarte, celte porte consiste le plus souvent en une peau de daim. C'étaitau-deseus de cette porte que les anciens guerriers plaçaient les chevelures scalpées de leurs ennemis. C’est près de cette porte qu'ils s'asseyaient le soir pour écouter le vent qui soulevait ces chevelures humaines ; leurs cœurs bondissaient de joie, car dans ce bruit sec et mat, ils croyaient entendre les gémissements et les soupirs de leurs victimes, Quand la cloche de la chapelle lançi dans les airs l'Augelus du soir, le vieillard et son fils prirent leur frugal souper. Le Chef, quoique de sa nature peu causeur, trouvait cependant ae nouveiles questions à poser à Edward, qui répondait avec plaisir; ’car s'était un moyen d’éloigner un jee l'image souriante de Marie apparaissant au fond de son âme.
L'âme est un miroir qui conserve imprimés les traits des personnes qu'on aime et qui nous ont montré de l'affection,
Quand le goëland des mers eut cessé son cri rangue et perçant ; quand le hibou au bec crochu jeta dans la nuit sa voix criarde qui fait frissonner, nos deux amis gagnèrent leur couche de sapin. Le même toit allait abriter le vieillard et l'enfant: la tombe et la vie, la sagesse et l'espérance! Le vieux Chef ne tarda pas à se laisser gagner par le sommeil. Mais Edwird, à genoux sur sa couche, priait avec ferveur.
L'homme qui élève vers Dieu la prière de son âne, est riche ici-bas.
La prière terminée, Elward voulut jeter un regard sur le passé, si près du présent. Il revit Marie- Aimée, lui parla affec'ueusement pour la consoler. Il y mettait toute l’'fasion de son jeune cœur si tendre. Mais enfin, rompu par la fatigue, il s’endormit en pensant à elle.
Au lever du jour, Edward sortit pour aller prier sur le tombeau de sa mère, comme c'était d'aileurs son premier devoir du chaque jour avant son départ du village. Anrès une longue prière, et comme la cloche du Temple sonnait, il s’empressa d'allir remplacer le petit sauvage pour servir la messe du révérend Père Missionnaire.
Les jours coulèrent assez rapidement, Le mois d'août était dans son déclin lorsqu'un soir le vieux Che’, assis à la cabane, appela auprès de lui Eiwari jouant à la balle avec quelques sauvages de la tribu. Le front du vieillard était ridé plus qu'à l'ordi. naire: signe üou équivoque d’une Late préoc ;upante, Son œil, d'ordinaire calme et limpide, lauçait
des éclairs: marque évidente chez lui d'une douleur contenue. On aurait dit, à le voir, qu'il avait un devoir pénible à remplir, et dont il redoutait pour lui la conséquence,
— Approche, dit-il à Edward. L'heure solennelle est arrivée. Oui, elle est grande pour loi; elle fera époque dans ta vie cette heure qui va dévoiler à tes yeux bien des mystères.
— Parlez vite, mon père, vos paroles respirent la crainte et la joie, la tristesse et l'espérance |
— Assis-toi, enfant, et ouvre ton oreille attentivement à tous mes mots. Tu vas savoir le secret que tu ignores, le secret de ta naissance. Tu sais combien de fois je t'ai redit que tu étais orphelin en ce monde, que ta mère reposait là bas sur la grève déserte ; eh! bien tout cela était vrai jusqu’à un certain point. Lorsque, jeune encore, tu écoutais le récit que je te faisais de la mort de ta mère te tenant sur son cœur que la mort paralysait, tu paraissais bien impressionné. Tu ne pouvais pas voir encore que j2 te cachais un détai: important, contenant en lui seul ie se-
“cret de ta famille, Si j'ai teuu à te dérober ce secret détail, c’est que la promprsse faile au chevet d’un mourant est sacrée, Je suivais donc, en agissant ainsi, le vœu de ta mère, morte en chrétienne et résignée à son sort (hélas i si jeune et déjà mère malheureuse !). Elle ine supplia de nette révéler le nom de ton père et de sa famille qu’au jour où tu serais devenu un homme, J'ai tenu religieusement ma
romesse, e! aujourd'hui que l'âge a fait de toi un
omme au cœur franc et loyal, je ver:x lever à tes yeux le voile qui enveloppe ta naissarce dans ses replis mystérieux.
A ces paroles, Ecward sent son cœur partagé entre Ja crainte et le désir. Il ressent en lui un Je ne sais quoi d’indéfinissable qui n’a pas de paroles pour s'exprimer et qui l’attire à connaître enfin ce terrible secret, et qui le fait se refuser à voir dévoiler sous ses yeux ce drame dont il redoute intérieurement les suites inconnues.
…— Edward, dit le Grand-Chef, tu le sais, tu es d'o. rigine britannique. Ton père vivait dans le cité commerçants bâtie sur les bords de la Tamise. C'était un gai viveur, un enfant du plaisir et de la folie. Un jour ilentendit, dans un concert, une jeune cantatrice dont la voix puissante comme un éclat de tonner: o, douce comme la vois du rossignol au mois
de mai, harmonieuse et entrainonte comme les ac-!
cords d'une harpe éolienne, soulevait des tonnerres d'applaudissements et lui méritait une avalanche de bouquete tombant à ses pieds, Ton père était là. Cette personne belle, d'une beauté remarquable, aux regards si doux, au maintien si noble, le frappa vive mer.t au cœur. Ces jeunes gens luxueux de nos villes out le cœur bien changeant, [ls vont au gré de leurs caprices et de leurs désirs comme une girouette au vent; mais ils ne sont jamais susceptibles, à de rares exceptions, à un amour l.‘rme comine la mort, cons tant comme la nature. Tor père s'éprit donc de cette jeune personne: un chef-d'œuvre digne du Grand Créateur universel. Il caressa le projet d’une union
our la vie avec cette canlairice renommée ; il vouait l’arracher de ce lieu qui ous ménage des triomphes en même temps que des déboires pénibles, pour eu faire la compagne de sa vie. L'ainait-il sin-
cèrement ? Dieu le sait. Sa conduite ne le prouva pas dans la suite, car une passion qui n'a pas pour guide la sagesse et la raison, couduit vite à l'abîme. Mieux aurait valu pour elle, ce soir là, qu'elle ne fut pas paru sur la scène qui fait les renommées mais ne
donne pas la joie de l'âme. Pourtant il aurait mieux
été pour elle encore de demeurer dans ce milieu artistique, que de devenir la femme de ce jeune anglais, car là au moins elle se serait ennivré des apbr camera la foule et des ovations de la 80ciété bourgeoise, Ton père chercha donc à rencontrer dans les coulisses du théâtre la belle cantatrice : ce qui ne lui fut pas difficile. Quinze jours après cette entrevue, ils s’unissaient presque secrètement dans un oratoire de Londres. Les premiers jours coulèrent heureux, comme tous les jours de ‘la lune de-miel, ” comme disent les blancs. Mais les jours se suivent et ne se ressemblent pas tous, Le jeune étourdi, le jeune dissipé de la ville, trouva la vie dure ; il ne pouvait plus sapporter cette captivité qui le retenait au foyer domestique, cette vie de soumission, ce joug du mari fidèle pour la fa. mille, Riche et laissé à ses caprices, il s’embarqua pour le Canada, laissant aux prises avec l1 misère et l'indigence totale, une femme timide et faible, et uu enfant à naître. Ah! le ciel dut se voiler la face à la vue d'un si lâche abandon!
Ici, le bon vieillard sentit le besoin de prendre quelques minutes de repos, tandis q''Elwar], qui écoutait avec le plus religieux silence cette narration, trouvait que trop long cet arrêt.
Inutile de te raconter, reprend le Grand-Chef, les douleurs de ta mère, adoucies par ton arrivée dans le monde. Pauvre enfant! tu étais iunocent et ta mère eut le courage de vivre pour toi seul; cepadaut ta venue venait augmenter sa misère, tout en égayant sa vie triste comme un aride désert. Elle pria et espéra: car Dieu, dans sa bonté pour les hommes, donne l'espérance comme remède aux grandes douleurs.
Un jour, le hazard mit sous ses yeux un journal français qu’un boucher avait sans douts apporté du marché. Ce chiffon sale et déchiqueté lui révéla l'arrivée de son époux daus une ville du Canada. N'écoutant que son cœur de mère, eile part avec toi pour venir se Jeter aux pieds de son mari inflièle et lui montrer son enfant né dans l'abandon et les larmes. Elle lui dirait : “ Chasse moi de ta présence ; mais lui, il est jeune ! Que je sois ton esclave, mais ne lui refuse pas un regard, er il at'endrira ton cœur. Autrement ce cœur serait de bronze, et Dieu ne peut pas faire des cœurs inhumains |”
Elle partit donc pour le Canada. Mais l’homme se ment ici-bas, et Dieu regarde! Le vaisseau qui vous abritait dans ses flancs, prit feu vis-âvis d'ici, Ab! Edward, quelle nuit affreusel Oh! jamais ce souvenir s'effacera de mon esprit. 1l y a des pensées qui durent plus longtemps que le marbre et le granit: ce sont les pensées qui rappellent de douloureux événements, de terribles effondrements qui ont em porté sous leurs ruines une partie du cœur de l'homme! L'atmosphère était lourd, Edward. La mer horrible creusait des tombeaux sans fond, abi. mes où pullulent les monstres marins,
| prouva pas pour guide îme, Mieux > ne fut pas es mais ne irait mieux s ce milieu e jeune anvré des apns de la 80rencontrer cantatrice :
jours après ecrètement niers jours irs de ‘la *s. Mais les as tous. Le lle, trouva r ceite Cape, cette vie pour la fa.
s’'embarqua c la misère et faible, et
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‘ette narra-
rrand-Chef, on arrivée lunocent et Di seul; cerisère, tout lésert. Elle é pour les imède aux
un journal apporté du lui révéla iu Canada.
art avec toi i infidèle et idon et les a présence ; clave, mais indrira ton ze, el Dieu
is l'homme aisseau qui s-Avis d'ici.
jamais ce des pensées e et la gradouloureux qui ont em 1 cœur de dward, La s fond, abi-
Nous faisions la prière du soir, quand une lueur immense apparut au loin sur la mer comme un volcan en ébullition. Où jeta les canots 4 la mer, ut mes braves guerriers luttèrent avec courage contre la furie des flots d’une mer orageuse. On affronta la mort horrible etsans espérance de salut sur la houle en courroux, au milieu d’une uuit noire comine le fond d'une caverne du Pôle Nord. Mais qu'importe la mort, quand elle doit être l'œuvre d’un sublune dévouement!
Mes coupagnons ramenèrent au rivage deux ca davres rivés l’un à l’autre : une mère et son enfant; c'étaient les seuls survivants de cette catastrophe. Tules as reconnus : c'était ta mère mourante et loimême, pauvre enfant qui ne pouvait encore rien comprendre dans la nuit de ta petite âme. Transportée sous ma cabane, ici même, ta mère me raconta ta vie ; elle te confia à ma garde, m'ordonnant, comme dernière volonté, de ne te révéler cet aveu qu'au jour où tu serais devenu homme. L: Père Missionnaire fut mandé en toute hâte auprès du chevat sur lequel reposait ta mère, et après avoir forti fé ses membres pour le grand voyage du pays céleste, il lui parla de résignation à la volonté de Dieu. Résignée à son triste et malheureux sort, elle te prit dans ses bras Céfaillants, versa des larmes amères sur ton front trop jeune pour comprendre, etexpira en te disant de l'aimer un peu, elle qui n'avait connu que larmes, déboires, angoisses et privations de toutes sortes.
Le vieillard se tut. Edward, le front penché vers la terre, laissait couler ses larmes. Ah! il souffrait du cœur, et ces souffrances là sont plus cruelles, car elles blessent et meurtrissent les parties les plus sensibles de l'être humain. :
Pauvre mère ! dit Edward en soupirant, comment ne pas l'aimer! Ah! que n’es-tu pas auprès de moi à cette heure? Par mes caresses, j'essaierais à te rendre la vie plus agréable. Mais, mon père, com ment prouver le nom de ma famille ?
— Tiens, Edward, reprit le vieillard, en lui montrant un paques qu'il venait de prendre dans une boîte qu’il avait soigneusement gardee, ces papiers étaient dans les langes qui l'envelopiaient. Ta mere avait tout prévu. A: cas où naufragé tu s-rais repêché par quel ,ues braves gens, ces documen 8 a1raient servi pour ton identité. Voiri celui ci, c’est la preuve du mariage de ta mère avec la jeune anglais; cet autre, un extrait de baptñme dans uue église catholique de Londres.
— Et le nom de ma iamille? Mon père, bâtes vous de me le dire.
— Voici, Edward ; lis toi-même.
Eiward saisissant avec avidité ces parchemins précieux que sa mère avait louchés, il les parcourt d'une main tremblante. Sur son front, se lisait la crainte et le desir. Mais soudain le vieillard le voit
lir; ses yeux restent rivés aux papiers qu'il vient
e pir”ourir.
“ Edward Barrington!” s'écria-t-il enfin, Mon Dieu ! pourquoi suis je donc si malheureux ?
— Qu'as iu, mon enfant? dit ie vieillard inquiet. gnid: nur ces pleurs, Ces exclamations.
— Uu sort fatal s'est-il donc attaché à mes pas pour toujours? Suis-je donc condamné à ne voir
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que des tombes et deg mystères semés sur ma route déjà bien remplie d'épreuves ?
— Edward! je t'en supplie, dis moi la cause de ce chagrin ; pourquoi ces paroles de tristesse ? Ne doistu pas être heureux de retrouver le nom de ta famille ?
— Ah! mon père, le nom de cet homme je le connais; le nom de mon père : Edward Bairrington! Ah! c'est lui, c'est luil J'en remercie le ciel, car il est mort en chrétien, demandait à haute vaix le pardon de son abandon qui m'a fait orjhelin. Voici les faits, mou père : Au village de S..... on m'a raconté l'histoire d'un jeune anglais qui s'était tué imaladroitement en décuargeant son fusil, lorequ'il était à faire la chasse au milieu de la forêt. Je le vois maintenant, cet homme était mon père. Ah! le pressentiment ne me trompait donc pas! Ce jeune anglais, sur son lit ie mort, parla de ‘* Carry..." nom d’une Jeune fille, son épouse, qu'ilavaitquittée dans la misère et le dénuement, pour vanir en Cana. da. Et Edward raconta en détail, l'épisode du drame sanglant que nos lecteurs counaiss-nt déjà,
— Qui peut prévoir les desseins de la Providence, Edward, dit le vieillard lorsque l’histoire fut terminée. Maintenant te voilà bien orphelin ici-bas. Je suis vieux comme le plus gros cèdre de la forêt, et bientôt on mettra à mes côtés la hache de guerre, et la flèche de mes ancêtres. Tu resteras près de moi pour consoler mes vieux jours, en récompense de ce que J'ai fait pour toi. Au retour de la chasse, nous irons ensemble au village de B...... et nous en rapporterons le coffret qu'y laissa ton père.
— Oui, père, dit Edward, je resterai auprès de vous. Vous serez mon père, comme par le pissé....
L'heure de la prière s una, comme Edward fluissait ces mots, Quell: priere pour le cœur d'Edward | Main. tenant trois noms allaient trouver place sur ses lèvres: son pèr:, sa mère, et Marie-Autuée.