‹ Les épreuves d'un orphelin [microforme]Chapitre 11 sur 19 · DOTE · texte numérisé non relu

DOTE

sans prier surtout pour sa chère Marie, Ah! quelles idées obstruèrent son cerveau ! Il se demandait à lui-même ce que sa sœur bien aimée feisait À cette heuie, Sa pensée étaitelle auprès de lui? si loin dans le désert, si éloigrié du village où il avait aimé et partant où il avait souffert. Ne l'avait-elle pas déjà oublié? Ce doute affreux, le doute qui suit nos pas durant l'absence, semblait souiller son âne; il le rejeta aussitôt, I pense à elle: donc elle pense à lui, disait-il C'était simple et consolant que ce raisonnement là, Aussi s'endormit il en prononçant le nom de ce:le qui désormais devait illuminer sa vie.

Pauvre enfant! l'espace, la distance, jetait un voile bien épais sur des scènes douloureuses dont son âme avait été blessée.

Il se plaisait à contempler, en pensée, Marie assise dans sa petite chambre, parcourant le journal qu'il avait fait pour elle, et lisant quelques bons livres permis. Il approchait tout doucement, afin de suivre les mêmes lignes que suivait Marie, ne voulant avoir d'autre pensée que la sienne.

Ah! c'est donc heureusement parfois que l'homme vit d’illusion et qu'il ignore les secreis du temps,

Plusieurs jours se passèrent ainsi, partagés entre la chasse, la visite aux piéges tendus, et la conversation, le soir, à la porte des tentes. Eiward n'écoutait que d’une oreille distraite les paroles ou les his toires de ses amis de la tribu. On s'apercevait bien qu’une préoccupation presque pénible agitaitson cerveau; mais on respectait son silence, car on disait qu'il ne fallait pas troubler l'apaisement ou le doux repos de la colombe rêvant au compagnon perdu. l'ailleurs la nature de ] ‘enfant des bois est portée à être taciturne; rien de surprenant à ce qu'Edward fut un peu mélancolique ; n'avait-il pas vécu parmi eux? L'harmonie douce et plaintive de la fôret, le bruissement monotone et réveur du fleuve n’avait-il pas bercé ses jeunes années ? Al était rêveur, et avec raison. Il avait quitté derrière lui, hélas! une partie de son âme ; jeté au sein d’un exil volontaire, il n'osait regretter cet éloignèment. Il vivait donc au mi. lieu des souvenirs d’un passé qui se rattachait au présent par des liens bien sensibles et bien doux. Sa nature impressionnable et méditative l’emportait quel juefois sur sa volonté; alors désertant le wigwam du Chef, au milieu de la nuit, il allait demander à la brise une inspiration, un mot de soulagement et de consolation. Il aimait ce silence solennel des nuits, qui allait b'en à son âme mélancolique : ce silence qui parlait à son cœur mortellement bles. sé. Cet apaisement religieux, troublé parfois par le cri de quelque animal carnassier, le transportait audelà de l’espace. Seul, au milieu de la nuit, sous le regard de Dieu qui mesure l'univers de son œil puissant, il pleurait en priant, parlant à haute voix: on aurait dit qu’une autre âme était à ses côtés, recueillant les paroles qui tombaient de ses lèvres. Dans ces moment d'illusion, i! oubliait la brise qui le faisait frissonuer; l'image qu'il avait devant les yeux du cœur l'isolait pour ainsi dire de ce monde.

N'est ce pas un grand bienfait de Dieu de pouvoir retrouver au-dedans de nous-mêmes uce ressemblance connue? L'homme n'eut il que le privilége de revenir facilensent sur le passé, ce privilége di. rait assez l'intelligence sublime de son Créateur,

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Est on éloigné de personnes amies, aussitôt du lieu de notre exil on franchit l'espace jeté entre nous. On se retrouve au milieu de tous ces êtres chéris. On les revoit, on les entend, on les presse sur nos cœurs, et dans nos enchantements sommanbu: liques, on oublie les douleurs de l'absence et les rigueurs d'une séparation qui menace de ne plus fi nir. N'est-ce pas un rayon d'espérance dans une nuit de douleur indicible? Ah! qui pourrait dire les bienfaits qu'on peut attendre du souverir, de cette faculté si noble qui nous donne, il est vrai, l'illusion, ais qui n’en est pas moins précieux pour tout cela, Rien que la réalité, cela tuerait, car il n’y aurait pas d'espérance.

Edward usait largement de ce droit connu des mes malheureuses ; c'était sa vie consolante : reve. nir sur le passé écrit en caractères indélébiles dans le fond de son âme. A toute heure du jour, une pensée pour la pauvre absente montait à son esprit; il avait un soupir à comprimer, une larme furtive à essuyer, |

Le Chef voyait bien (qui peut tromper l'œil de ce lui qui aime?) que son Edward ne paraissait pas heureux, mais il attribuait ces moments de mélancolie au secret dévoilé; il tenta parfois de le faire sortir de ceite torpéur qui menaçait son existence. Il réussit, lorsque le gibier fit son apparition sur ies monticules recouverts de mousse. Alors Edward, se livrant à ses inclinations, À ses tendances naturelles, luttait d’adressé et de force avec ses compagnons de la tribu,

Quelle joie, lorsque le soir arrivé on comptait les morts | Comme le Chef était heureux de voir Elward aussi riant. Il aurait voulu le voir toujours aussi gai : le front serein, les yeux pieins de flamme, les lèvres agitées par un franc sourire. Mais sa nature l'emportait bientôt, lorsque la chasse languissait. Il retombait dans un état de sommanbuliste qui le jetait dans un monde d'idées rèveuses, et décomposait À vue d'œil son noble visage Il n'eut pas jusqu’à son maintien qui ne se sentit de cette torpeur morale qu'il semblait chérir. Ses yeux perdaient leur éclat, son ;ront montrait des rides à leur naissance, sa bouche ne trouvait plus qu'un amer rictus qui disait trop l’insouciance à ;a vie. On eut dit qu’une espèce de pressentiment glaçait son âme. À le voir ainsi songeur, ass:s auprès du feu, le regard perdu dans un horizon sans bornes, les ‘squaws?” de la tribu disaient entre eiles : ‘ Pauvre petit! il a laissé tomber la chaîne de l'amitié, et elle aura été ramassée | ”

Bientôt allait se pass’ r un événement, rare dans la vie, qui devait l'absorber encore plus en lui-même.

Un soir du mois de janvier, la journée avait été pénible et les chasseurs fatigués du labeur de la chasse, ne tardèrent pas à s'endormir. Sous la hutte du Chef, Edward assis sur con lit de sapin, semble préoccupé. Une sueur froide couvre tout son corps: il a le frisson de la fièvre. Il écoute les battements de son cœur se fendant sous une impression mor: telle, 1l veut chasser ce fantôme qui 3e dresse devant ses yeux; il étend le bras pour repousser cette horrible vision, mais son bras fatigué ne touche que le vide apparent qui l’entoure. Le sommeil, ce répara-

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