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ie i ‘ à bonheur est fugitif comme l'onde, sur cette terre ? âme, en lui rappelant cette heure d'angoisse sous
Tu ignores encore que l’échafaudage de notre bonheur tombe au moment où l'on y pense le moins, où tout-semble nous entourer d’une auréole de paix et de sérénité : c'est l’accalmie avant la tempête ! Cette chûte est d'autant plus pénible et plus dure que notre pensée était plus haute, nos espérances plus souriantes ! Rêves d’avenir heureux ; châteaux de fumée bâtis sur l'inconstance et le périssement des choses de ce monde ; horizons aux couleurs roses et éphémères : vous consolez le rœur de l’homme qui re vit que d'illusions ; vous le fascinez dans un moment d’indicible bonheur; mais souvent:s fois vous vous évanouisseg aussi vite que cette brume matipale qui se dissipe sos les preuniers baisers du 60 leil, comme cette bulle légère que le vent emporte, comme une blanche écume qui se dissipe dans l’esce.
Eofn, après une heureuse traversée, Edwird aperqut le village de BB... se détachant en Dianc sur le uoir du bois qui l’eucadre dans presq'ie toute sa longueur. Mille vitres etircelaieut on se rougis saieut sous les rayons du soleit baissant à l'horizon : on aurait dit que toutes les maisons du village étaient l1 proie d’un incendie.
Avec qu-l bonheur Edward salua cette terre où il avait apyris à aimer, où il avait laissé dans les larmes une amie aussi douce qu’aimante et bonn: !
Pauvre Mariel ses os durent tressailir dans la tombe au cri de bonheur po: ssé par son Edward.
Lui, en voyant son village c'itait la feli:ité, le comble de ses désirs. Aussi contenait-il avec peine l'expression intérieure de sa joie au comble. En mettant le pied sur le sable du rivage, comme l’exilé de son pays qui le revoit après plusieurs années de cap tivité, 11 se baissa pour imprimer ses lèvres sur cette plage, pleins de doux souverirs. Et pourtant une ombre passa imperceptible sur son front nâli. Un souvenir venait de traverser s0n esprit. ici, dit il, en désignant une pierre plane, ici nous avons pleuré pour la première fois; et il se retourna pour jeter un regard sur la ferme S.... dont le toit devait abriter celle qu'il venait d'évoquer dans une douloureuse pensée, et qu'il avait tant regrettée dans l'exil. La fenêtre de sa chambre, là où il avait aperçu, au départ, une main blanche agitant un mouchoir, est fermée et semblait morne, aitristée. C’est curieux, ditil; c'est l'heure où l'oiseau chante, où l'air est pur, où les jardins exnalent mille parfums qui se répan dent dans l'air, et sa fenêtre est fermée ! Auraïit-elle oublié que le chemin qui doit me ramener, on ne l’aperçoit que de sa chambre seulement? Et elle ne doit pas ignorer que c’est le temps marquée pour l'heure de mon arrivée.
Edward ne pouvait s'expliquer ce silence, celte toïpeur qui semblait envelopper la ferme; elle, uu tréfois si agitée, si riante, aujourd'hui si sombre, si lugubre ! Il eut uue espèce de malaise indéfiaissable dont il ne pouvait s’expl quer la nature, La joie n'était plus bruyante et folle comme à ses premiers pas sur le rivage; son front se plissiit sous l'effort d'une pensée qui semblait lui peser lourliement sur le cœur, Les paroles de la “ Jongleuse Nackapis ” avaicntelles résonné à son oreille ? Etaient-elles venues subitement planter un poiguard dans son
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le ciel du Pôle Nord? On pouvait le croire à son visige, à son air inquiet, à ce tic nerveux qui démontre une préo’cupation pénible et peu commune.
Edward s’avance donc vers le presbytère. Sa première visite, tout naturellement, devrait être pour celui qui l'avait aimé comme un père ; qui avait je: té dans son âme le germe d'une instruction solide devant produire de bons fruits pour l'avenir. Oui, de la base dépend la solidité de l'édifice. Aux architectes intellectuels, il appartient d+ ne pas bâtir sur le sable mais sur le roc, c'est-à dire sur des principes religieux et sociaux qui ne présentent aucun côté aux prises, À l'assaut des ennemis de tout ordre,
Edward ! £’écrie le bon curé, en le voyant franchir le seu:l de ce toit béni, séjour de la vertu consacrée et éprouvée ! Pauvre enfant | que je suis heureux de te revoir |
— Et croyéz qu'il en 6st de même pour moi aussi, monsieur le Curé.
— Tu es fliele à venir voir les anciens amis. Je
’attendais pas moins de toi Gette conduite prouve
que tu ne nous as pas oubliés!
— Comment aurais-je 6t6 capable d'oublier, monsienr le Curé? Je n'aurais sûrement pas profité des içons que votre bon cœur m'a données; et d’ail. leurs c'est naturel, cela, de ne pas oublier ceux que l'on aime, qui nous ont tendu les bras dans le b.soin, et qui ont eu une parile d'amour pour retremper nos âmes attendries. Moi je suis ainsi tait, monsieur ie Curé: * L'absence ui le temps ne sont rien quand on aime, ” dit la chanson. Voiià en quelques mots mon carac'ère. Oui, l'absence, l’eloign-ment ne m'empèchent pas de penser à (ous ceux que j'aime, de les aimer encore et de soupirer toujours après le moment de jouir de leur présence. Bi j'avais eu une mère pour m'élever saintement, pieusement sous son égide, j'aurais peut-être été meilleur ; mais je n’accuse par trop le ciel, puisqu'il m'a fait rencontrer des cœurs dévoués pour m'iostruire et me rendre meilleur. Ah! je serais bien ingrat, si je devais ef. facer de ma mémoire cés noms chéris, intimement liés à mon existence.
— Pauvre enfaut i dit le Curé, tu es bién toujours le même ! Ton cœur est trop bon pour la terre. Ah! cette âme nobl: qui anime ton être est digne d’une noble cause, Enfant | je te le dis, tu seras un apôtre du Christ! Mais changeôns un peu de conversation, Tu n'as pas éprouvé trop de deceptions ni de malaise dans ton voyège, d'après ce que je peur juger par ton visage toujours rayonnant de santé ? Aucune blessure ?
— Aucune! J'ai fait mon devoir et j'ai su tirer mon épine du jeu, comme on dit. Malgré toute l'attraction que j'ai pour la chasse, je n'ai pis cessé de trouver le métier dur et pénible parfois, surtout your un novice com ne moi. Dans ce pays, la température est si froide ! Et puis celte solitide loujours triste et monotone, pèse lourdement sur le cœur et nous fait regrester notre beau fleuve, ou libre de ses entraves ou couvert de glaces, Somme tout, j'ai trouvé moyen de tuer le temps; et malgré les patits in convéuients de cet état, je me ‘eus porte malgré moi vers celle ” « errante du sauvage qui me va
jPien. Mais les circonstances sont teLes, je le crains,
teurs dans je la Ma mette
sous à son ui démune.
a prepour ait je:
solide Oui, archiir sur É prin- Aiicun ordre,
ochir sacrée ux de
aussi,
is. Je rouve
monté des d'ail.
x que le b.tre mmonf rien alques ement ’aime, près le U une us son à n’acontrer ‘endre ais efement
1jours . Ah!
d'une apôtre sation, @ majuger ucune
| tirer te l'at- 836 de urtout a temijours œur et de ses i trouits ine nalgré me va :rains,
GAGSETTE DES CAMPAGNES 43 PR QT uen rm a or lo
que bien des empêchements surgiront pour entraver|en tremblant. Ses longs vêtements Ingubres le frapce désir de vivre en nomade, au milieu de mes frères | pent au cœur, 11 pâlit, et ses yeux voilés interrogent.
sauvages, — Comment c-la ? Edward.
— Vous ignorez mon histoire, monsieur le Curé.
— Entrez, mon cher Edward, entrez. Ah le tenps qui fuit ne vient pas. et n'apponorte pas même de baume aux grandes douleurs, Hélas! les
Laissez-moi vous raconter les péripéties plus ou|années se suivent mais ne se ressemblent pas. moins émouvantes du drame qui entoura mon en-! -- Qu'y a til done de neunveau, madame, dit Ed-
fance; et dont je viens à peiue de connaître le dénôuetnent. Ît Eäward, oubliant l'heure, se prit à nerrer fidèlement au bon curé l'histoire de sa mère, et de son adcn'ion par les sauvages, sans oublier ia mort de son père.
- — Comment, dit le vénérable curé, ce jeune bomme malheureux était votra père ?
— Oui, résondit Eüward, qui ne put s'empêcher de laisser voir une larme coulant sur sa joue, à ce Bouvenir 6voqüé;
Voyez, continue Edward, comme Dieu dispose parfois singulièrement les choses Cette histoire d’un Hi anglais tué accidentellement m'avait frappé.
ais quel doute, quel pressentiment aurait pu frapper mon esprit ? Je savais seulement le nom de ma mère. Dieu soit loué, je connais maintenant les auteurs de ma vie, Ah! c'est une grande consolaiion dans la vie de pouvoir se dire : ** J’ai eu une mère; je la sais avoir été bonne et aimante. ”
Maintenant, monsieur le Curé, si vous me le permettez bien, j'irai faire une courte visite à la ferme 8... car il commence à se laire tard, voyez les arbres allongernt leurs panaches dans la prairie.
Va mon enfant, dit le curé, et sach4 que tout ici est À ta dieposition, et que l'hospitalité l’est off:rte de grand cœur dans mon presbytère.
Eiward part donc joyenx, alerte, souriant, à Ja pensée que bientôt il va enfin retrouver celle que son cœur n’a pas oubliée, sa Marie-Aimée dont le souvenir ne l’a pas quitté un seul instant. Le soleil radieux au milieu de Ja nature presque assoupie. descend lentement sur les lèvres de l'horizon : ses rayons roug:ssent les rares nuages qui semblent lui obstruer le passage. Tout est harmonie, joie et poésie, dans l’air et sur le sol verdoyant.
Edward médite, en souriant, quelles paroies aff-ctueurses il va redire À ces personnes aimées qu'il aperçoit déjà lui sourire par avance. E:1 lorgeant le cimeuère, il se découvre, comme tout bon.chrétion, devant la grande croix noire qui protège le repos des morts. Anx pieds de la croix, une épitaphe se dresse mareslueïtie devant son regard étonné. Ds lettres noires se dftachent sur le blanc du marbre aux veines bleuâtrcs. Cette vue lui donne le frisson. Une nouvelle vicimel dit-il tout bas, et 1l continue son chemin. Enfin, il regarde la ferme, Tout y est morne; elle serable s'entourer d’un cachet mystérieux qui fait ral à l’âme Il n’y a plus de vie: c’est comme un corps sans le principe vital.
Comme je vais la surprendr:1 dit E ;ward en luimême Etelie ?... Il n’acheva pas, son pied beurtait déjà Ja première marche du perron. Frappaut le marteau rouillé qui résonua lentement d’une voix criarde, il entend le pas de quelqu'un se dirigeant vers lui. On ouvre. Madame S......, en long habit de deuil, qui fait ressortir davantage la paleur cadavé rique de ses joues, se présente en souriant à sa vue.
ward qui sent un frisson glacial parcourir tout son être ?
— Ah! vous ne savez pas? Le ciel ménage ses coups patfois por les porter ensuite avec plus da rigueur. Mais, humble servante de mon Dieu. je n'ai pas le droit de murmuter, sachant qne Dieu n'éprouve que ceug qu'il aime. Pauvre Edward! qui l'aurait cru ?
— Vite, madame, ne me faites pas soufirir. Je pressens quelque chose de pénible. Parlez! parlez!
— Edward. qui aurait cru que le bon Dieu nous enlèvérait uné partie de nous mêmes |
— Marie-Aimés! s'écrie Edward, en se levant, pâle et tremblant ?
— Eile même! Elle dort maintenant au cimotière ; et alors, renouvelant les scènes si souvent répétées, elle se prit à sangloter. Mon Dieu! c'était ma vie, mon unique enfant! ! Comme Joh, Seigneur, je vous dis pour la centième fois: “ Vous me l’aviez donnée, vous me l'avez ôtée, que votre saint nom soit bénit ”
A ces paoles, Edward, les yenx égarés, les lävres bleuies et tremblantes, sent le frisson de la mort broyer tout son corps. Îl sent un poignard glacé s’enfoncer lentement dans son cœur, Son cerveau semble se troubler ; il n'entend plus que des sons vagues et confus, des bourdennements sinistres, avartcoureurs de la folie produite par une trop grande émotion. L’excès de joie et de déconcertement rue; les exemples sont nombreux et frappants.. Incapable de prononcer un mot, ses lèvres semblent scellées ; sun regard a des lueurs de folie et erre bêtement de tout côté. Enfin, la douleur l’emportant sur la surprise et l'émotion, il mèle ses larmes et, ses sanglois aux larmes et aux sanglots de la mère de selle qui faisait son bonheur et sa vie,
Oh! la pauvre mère, elle était bien changée de. puis le jour funtbre, marqué d’une croix noire danssa vie, jusque là douce etenviée, Le chagiin mina sourdement les forces; 1l ne j'araît pas bien souvent à l'extérieur : il n’en est que plus cruel, car alors il accomplit son œ@'ivre comme le chancre qui rouge in\isiblemeut,.
Edward! dit la mère, Dieu a voulu l'enlever à la fieur de son âge, nous n'avons pas le droit de trouver à redire sur la pesaiteur de sa main, car ce qu'il fait est bien fait el toujours 1l agit en vue d'une plus grande fin dont l'aurore ne brillera qu'aux derniers jours du temps. Mais il nous reste la “ousolauon qu'elle est morte comme une s:inte, en nous disant qu’elle partait seule afin de nous ouvrir la cute,
Puis madame S...... raconta à Edward qu’elle considérait à l’égal de son propre eufant, tous les détails de cette maladie qui se termina par une mort caline et sereine, comme la fin d’un beau jour. Elle
Aù | quel sourire ! Elle lui tend la main qu’il presse, n'oublie pas ses larmes et ses sanglots qu'elle, sa
rnère, avait surpris dans ses moments de découra geménts, permis à une enfant de seize ans, dans la sève de l'âge et dont les plus beaux rêves semblaient autant de réalilés douces et vivantes, caressant 80n cœur comme son imagination aux aîles de flamme.
Pauvre Edward! dit madame S.... c'est alors que j'appris combien elle vous aimait et vous chérissait jh fond de son âme aimante | Sou ventes fois, je l'entendis murmurer en regardant le fleuve glacé: ‘‘ Hélas! il arrivera trop tard! ” Ah! les larmes montent de mon cœur à mes yeux, à Co sOuvenir. Je la vois encore : assise à demi sur son lit, les bras-croisés sur sa chaste poitrine, et regardant avec tristesse la vaste plaine de glace sa perdant à J'horison.
Edward recueillait ces paroles qui meurtrissaient son âme. Il fermait les yeux, croyant entendre la douce voix de Marie qui lui disait tout bas: ‘“ Trop tard ! trop tard 1”
— Quand et à quelle heure mourut-2lle ? demanda Edward.
— Le 16 janvier, à dix heures et demi du soir. Ah! une mère n'oublie pas la date néfaste qui fait époque dans sa vie, comme elle ne peut oublier l'heure 80lénnelle d'une heureuse grrivée, ou d’un moment de bonheur.
— Le 151 s’écrie Edward en pressant ses tempes dans ses deux mains! le 15 janvier! Oui, le doigt de Dieu est làl Ah! madame! à cette heure de la nuit, sous un ciel qui n’est pas celui ci, à la même date, j'errais, morne et tourmenté par un pressenti. ment, dans la plaine où nous étions campés à la Baie d'Hudson. Incapable de fermer l'œil, agité par une fièvre qui voulait me rendre fou, je sortis pour livrer à la bise glacée, mon front bouillant. Je mar. chaïis aù hasard quand soudain une voix terrible cria : * Malédiction ! ” Je nrarrêtai, tremblant de tous mes membres. C'était une ghilane, ces maudites filles de Satan ; c'était une sorcière comme on en trouve parmi les tribus sauvages, soit dans les Pampas, soit ailleurs. Elle m'’appela et me prédit, qu’à l’heure même où elle parlait, ‘ la tourterelle qui avait lié avec moi la chaîne de l'amitié luttait contre la mort et allait bientôt s'envoler dar.s le pays des ombres.” Ces paroles me frappèrent au cœur, mais pensant mal faire en croyant sur parole cétte clairvoynte, je me dis que c'était peut-être faire une injure à Dieu que d’ajouter foi à ces parôles d’une ennemi: des blancs qu’elle maudissait, et alors j'oubliai presque cette prophétie quand, en mertant Le pied sur le rivage du Sud, je me suis rappelé involontairement cette scène qui m'avait tänt impressionnée. Maintenant, plus de doute, la vérité palpable est là pour m'ôter tout vestige d’illusion où d'espérance. Hélas |! les malheurs semblent foudre sur moi à l'envie,
— Comment, Edward, auriez vous à pleurer d'abtres pertes? Le Grand-Chef aurait il, lui aussi, déserté cette terre ?
— Non, madame, Dieu l’a conservé à ma tendresse ; mnais dans ses desseins paternel:, il m'a été donné de connaîire le mystère qui entourait mon enfance, Daos mon malheur, je remercie néanmoins le ciel de m'avoir fait connaître mon père.
oo,
— Votre père ? Ah ! le bon Dieu, en nous enlevant Marie, a voulu vous donner une consolation |
— 1] n'en est pas ainsi, Madame ; la longue chaine de mes épreuves ne s'est pas rompue un instant pour
ue je pusse entrevoir un instant le bonheur parait,
— Il est donc mort ?
— Oui, madame; il est mort sous vos yeux, et je bénis Dieu qui, dans sa Providence, a voulu ainsi rapprocher ceux qu’il voulait éprouver. Oui madame, mon père était ce jeune homme tné accidentellement qui expira ici, sous ce toit abritant son fils, bien malheureux à cette heure néfaste. Pauvre mèrel elle n’est pas seule maintenant à veiller sur moi 1 lui, mon père, après avoir demandé pardon au ciel et à la terre de son abandon, est allé rejoindre là. haut celle qu’il avait trompée et dont le souvenir cependant ne déserta jamais son âme, Et maintenant Marie-Aimé! Ah! pardonnez mes larmes si jo les laisse couler devant vous. Elles sort sincères, car elles partent d’un cœur'brisé, broyé sous l'épreuve!
Pourrat-il supporter noblement cette afliction qui le frappe dans sa partie la plus:sensible ?
Je le sens, dit Edward, Mairie m'appelle ; elle m'entraîne, La tombe m'ouvre ses bras, et comme le fer près de l’aimant, je me vois attiré vers elle.
— Edward, consolez vous, dit madame S....Votre cœur, jeune encore, pourra voir cette blessure se cicatriser ; mais la blessure faite à mon cœur de mère ne saurait avoir le temps pour baume consolatenr., Maintenant, dit-elle en 8e levant, je vous remettrai ce qui vous appartient légitimement. Voici la cassette remise entre mes niains par votre père mourant. Sans doute elle contient vos litres, et qui sait, peut être même une fortune princière. Ah! il me semble qu'un brillant avenir s'ouvre à cette heure devant vous. Puis, ma Marie bien aimée, l’auriez-vous toujours estimée ?
— Madame, ne faites pas injure à mon cœur. Dans ces paroles j: comprends vos doutes. Si la richesse et la fortune étaient venues me sourire, J'aurais dédaigné Marie ? Ah ! madame, je prends le.ciel à té. moin de la sincérité de mon aff:ction pour Marie, Que ne puis-je vous faire ici un tableau de mes veilles et de mes souffrances lorsque j'étais sous un ciel qui n’était pas celui qui l'abritait, Mais, madame mon cœur doit se taire et garder ses souvenirs. Laissez moi vous dire que je n ambitionne pas la richesse car je sais que le cortége qui l'accompagne donne le vertige qui conduit insensiblement aux abîimes. La nature vaste et spacieuse fut ma mère, pour ainsi, dire, Je veux lui rester fidèle. Je serai toujours l'enfant de la solitude et non l'élégant des salons recherchés, écueils fatals, trop souvent, des jeunes cœurs qui s'ouvrent à l'espérance de la vis et dont un soufls impur ternit la limpidité en un seul instant
Comme il achevait ces paroles, madame S..., tira d’uu in-folio un papier bien plié. Il me resto mon cher enfant, lui dit-elle, à vous remettre cette lettre trouvée sous un oreiller de la pauvre morte, Ce sont saus doute ses dernières volontés,
Edward tendit vers celte leltre une main trem. blante et nerveuse. S:s yeux étaient voilés de larmes,
[Elle a pensé à moil se dit-il, Permettez, madame,
que je lis de ma ch pour elle continuer
Lisez, | car une n
Puis E
p'pier qu
‘A mo “ Ami,
“Je 8:
cœur ne E oppressée mentcni faire lire baut sur
[1 Je n’:
bonheur t nom plus connu le mère ; te:
mon affec aliCcer C4H.6 déjà, je le
“ Mon froids-bai:
me prome corps le. s morts ! M tié d'une rompre si c'est en v crifice, ou impossibl le couteai Dieu acco
‘Mas mon chev anges. Je si consala la mienna On! alo sans Offe cieux 1...
lei Eiw
Pauvre elle vous
Et, mad vais jeté 8 vait pas n
Après sanglots,
‘ Mes voient an des éclairs ure mer d'un étra tnnbe, el uortelle nent sur pas une fi
te
vant
aine pour par-
et ja ainsi ame, ment bien nère | moi | u ciel re làir ceenant jo les 3, Car euve | iction
m'enle fer
Votre ure se ur de Cons0u6 re- Voici e père et qui ht il
cette aimée,
. Dans chesse ais débi à t6:
Marie, le mes Dus un adame s, Laischesse donne bîimes:
, pour jujours salons jeunes et dont ul ins-
NE à to mon e lettre rte, Ce
ire : larmes.
adame,
Fer
v# Às
que je lise À haute voix, devant vous, ce testament de ma chère.Marie. Vous pardonnerez À mon amour pour elle les Lirmes qui m'empècheront parfois d'en continuer la lecinre.
Lisez, Edward. Ju mêlerai mes larrnes aux vôtres, car une mè:e sait comprendre la douleur.
Puis Elward se prit à lire lentement le précieux p'pier qu'il tenait de ses mains tremblantes :
“ SUR MON LIT DE MORT | « À mon frère bien-aimé Edward | “ Ami,
“ Ja gans l'heure dernière qui approche: mon cœur ne bat plus que faiblement dans-ma poitrine oppressée. La source de la vie s'éteint insensible ment cn moi, mais je me sens assez de force pour te faire lire dans mon âme qui, avant peu, veillera làbaut sur toi, auprès de ta mère!
“ Je n'avais qu’un désir après celui de faire le bonheur de mes chers parents, c'était de parier ton nom plus tard ! te rendre heureuse, toi qui n’a pas connu les baisers et les chaudes caresses d’une mère ; te rendre la vie plus douce et plus riante par mon affection sincèie; mais Dieu ne veut pas exaucer ce.désir ardent de ma paivre âme, puisque déjà, je le sens, mon‘heure est sonnée:!
“ Mon Dieu! si jeune et sentir sur son front les froids-baisers de la mort, au seuil d’une vie qui ne me promettait que des roses; déjà sen'ir sur mon corps le. suaire qui doit me revêtir de la parure des morts ! Mon Dieu! Mon Dieu ! n’avez-vous pas pitié d’une faible enfant qui vous supplie de ne pas rompre si vite les liens si doux qui l'attachent ? Non, c'est en vain que je pleure; il me faut faire mon sa crifice, vuisque Dieu l'exige de moi. Sacrifice non impossible, mais bien rigoureux. Victime résignée, le couteau sur la gorge, mon cœur se tait et laisse Dieu accomplir son œuvre.
“ Ma seule peine, c’est de partir sans te voir à mon chevet où veille tendrement ma mére et deux anges. Je voudrais mourir sous lon regard si doux, si consolant pour mon âme; presser ta main dans la mienne ; fatiguer mes yeux à force de te regarder! On! alors, {+ pourrais te dire aff:ctueusement. sans offenser Dieu : * Je t’aimel Au revoir dans les cieux 1..."
lei Edward n’out plus le courage de continuer,
Pauvre enfant! dit la mère en soupirant, comme elle vous aimait.
Et, madame, elle était mon âme, ma vie. Ah ! j’avais jeté sur elle l'amour d’un cœur iutact, car il n’avait sas même connu l'amour d'une mère.
Après une pause qui lui permit de comprimer ses sanclots, il reprit la lecture interrompue :
“ Mes forces se trahigsert, mes pauvres yeux voient an travers d'un brouillard ; mon cerveau voit des éclairs, entend des bruissements sourds comme une mer montante. Je sens ma poitrine entourée d'un étroit cercle de fer qui m’étouffe; ah! la taunbe, elle est entrouverte et ma pauvre dépouille mortelle y va descendre, La neige va peser lourde. nent sur mon corps. Ja: ne frémis-pas à cette peusée, pas une fibre de mon cœur ne s’émeut, car je regarde
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le Christ appendu À la muraille; il me sourit d'un sourire divin qui fait entrer la paix dans mon Aïe.
# Edward, ma vie, À la nouvelle de ma mort no pleures pas, tu troublerais mon repos dans le cimetière. Regarde aussi ce Christ: c'est à ses pieds que j'ai fait le sacrifice de ma vie pour ton bonheur; sur ses plaies sacrées, j'ai imprimé mes lèvres que la mort avait bleuies. Sois heureux comme tu le m$rites ; que le bonheur environne ta tête chérie que je voudrais presser dans mes mains ? Qu’une amie plus fortune que moi ferme tes yeux le soir,qu'elle te prodigue ses caresses afin de te rendre la vieaus: si douce qu’elle peut l’être sur ce 80l où tout chan: cèle, et où tout passe comme le brouillard qui 8e dissipe au lever du soleil radieux,
‘* Pour moi, du haut du ciel, contemplant un bonheur que je m'étais promis en rêve, je ne serai pas jalouse, car je posséderai le bonheur sans fa. Je veiilerai sur ma mère, sur toi surtout, mon bon Edward, qua j'aime de toute la force de mon âme. Oui, grave bien ces paroles dans ton cœur: Dans le monde, ou dans la solitude, au sein des plaisirs frivoles comme dans les rigueurs d’une vie ascétique, n'oublie pas que j'ai mis mon bonheur à t'aimer de tout amour dont Dieu m'avait gratifli. Adieu 1.Je fais Ces efforts surhumains pour tenir le crayon qui trace ces lignes.
“ Adieu! viens, au retour, prier pour la pauvre morte, ta chère Marie qui n’eut qu'un cœur et qu’une âme pour t'aimer. Elle dormira rigide, sous son suaire blanc comme la neige qui va me dérover aux regards des passants. Le vent glacé de l'hiver gémira sur son tombeau que les genoux de ma mère fouleront sans doute quelqnes fois Mais je ne pour. rai pas entendre ta voix! Viens verser une larme sur mon cereueil: elle réjouira ta sœur bien aimée; elie sera l'expression de ton “œur aimant. N'oublie pas, dans le temple sacré, ou le soir, aux pieës du Christ, de prier pour l'en‘ant qui, si jeune quitta la terre avec la consolation d2 nous revoir, sans crainte de nous perdre jumais! Adieu! Ja... ”
Le reste manquait on était inintelligible. Sans doute, la faiblesse trop grande qui l’oppressait l'avait empêchée de tracer f lèlement le reste de sa pensée.
Cette lecture achevée, Edward portant cette lettre à ses lèvres se prit à dire: Quelle bonté ! madame; quelle tendresse! Ah! Dieu nous a enlevé un trésor; à moi, il m'a enlevé une partie de moi même. Quelle résignation elle a montrée ! Quel courage en présence de la mort qui la frappait dans la sève de la vie, à l'aurore de ses jours qui coulaient limpides et sans nuages}
La chère enfant! dit madame 8..., je l’ai vue souff-ir en sileuce, épiant le moindre de ses mouvements, écoutant même les palpitations de son cœur qui battait à rompre s4 poitrine. Je l'ai vue résignée à la volonté de Dieu, après que le prêtré lai eut administré les dernières consolations dé la reli-
ion.
Je me souviens qu’un soir, assises toutes les deux auprès de l’'âtre qui brûlait, nous causions tranquillemegt Sachère tôla repusait sür mes genoux, et de ma main je relesais les boucles soyeuses de'ses
‘longs cheveux qu'elle avait dénoués. Inspirée ou
On
oo
ns
Ah1 il fallait une foi digne d'une martyre de la primitive église pour parler ainsi, avec tant de caus rage et de résignation. en face de là tombe qu'eile voyait s'entrouvrir à chaque heure.
Mourir si jeune! Ah! le ciel n'a done pas pitié de ces tendres flaurs qui ouvrent à peine leurs pétales odoriférantes aux rayons viviflants de l’astre de la nature? Ah! le ciel a ss desseins. Le ciel est un partarre céleste où Dieu fait germer Âes plantes et les fleurs les plus belles. Sur la terre germent aussi de cesfleurs suaves qui attirent les regards du maltre de l'univers. Îl est jaloux de ces roses fraîches, et, pour embellir son parterre, 1l les moissonne avant que le souffle impur des vents maudits ne les ait ternies. Ainsi Dieu a ses messagers qui glanent sur ce sol les plantes rares sur lesquelles ses yeux 5e sont plu à se reposer, pour les emporter dans le 86. jour hienheureux où tout ést concerts suaves et harmonieux, hymnes sacrés et harmonies célestes.