VICTOR DE LA PRADE
Le coup imprévu qui venait fondre si durement surl’exist-nce d'Edward le rendit pendant quelque temps comme frappé d'hallucination. Jusqu'ici il avait été éprouvé par des pertes qui étaient bien sensibles, il est vrai, mais doni le dévoilement dans le passé avait diminué la rigueur, Mais cette douleur qui le meurtrissait avait pour cause un amour dont il avait lui-même jeté les fondements. Cet amour, c’était son œuvre, et nn souffls mortel, en détruisant cet échafaudage âe bonheur, le jetait meurtri dans un monde qu'il n’enviait que parce que ceux qu'il aimait s’y trouvaient.
Le pauvre enfant! il versa bien des larmes qu'il mêlait à ses prières. Ah ! ces larmes sont légitimes, car le Christ, en pleurant sur la mort d'un ami, a sanc'ifié les larmes versées pour une affiction vive et sainte que la mort a détruite en ce monde.
Retiré chez le bon Curé, son ami, son tuteur, Edward voulant partager sa douleur, éoancha ses souftrances dans le cœur du vieil abbé. Pouvait-il mieux s'adresser, en parlant à cet homme dont les lèvres sanctifiées par le sang du Christ, ne décèlent qu’amour, cousolation et bonté? Il lui avoua ce que jusqu’à ce jour il lui avait caché: ses serments, son bonheur éphémère, ses souffrances et ses tonrments de l'absence ; enfin toutes les péripéties d'une vie nouvelle commencée auprès d’un corps privé de sentiments sur le bord d’un lac, et terminée si tristement sur le bord d’une tombe à p’ine fermée.
plutôt frappée d'un de ces pressentiments indéfnissables ani s’attachent à nous, et dars lesquels il nous fait souventes fois voir le doigt de Dien, Marie se prit à me parler de vous, me demandant si parfois je pensais à vous. Mais tu sais bien, lui die-je, que je ne puis pas oublier celui qui t'a sauvé la vie au péril de ses jours, et que tn semblais affictionner comme un frère.—Alh 1 dit-elle, il me semble qu’il arrivera trop tard. Tais-toi, enfant, lui dis-je, ne me fait pas souffrir.
Ab! confianie dans la sève de sa jeunesse, espé rant en la miséricorde el en la bonté de Dieu, je ne
nsais pas que la mort dût si tôt me l'enlever. Pour ant, à partir de cette soirée attristée où ces paroles furent prononcées par sa bouche tremblante, je ne pus me défaire d’un pressentiment secret, qui, malgré ma volonté, s'attachait À mes pas. Sur les dalles du temple, aux pieds de la Vierge où elle allait prier souvent, dang le silence de mes nuits d'in:omnie, dans l’ardeur des travaux que la ferme exigeait de moi, RH cette pensée torturait mon âme. Ce.
pendant l'habitude me familiarisa vite avec cette mauvaise idée, d'autant plus que ma chère enfant paraissait bien portante.
Marie sous la cendre couvait le feu dévorant qu’un souffle devait ranimer pour allumer un incendie destructeur. Rien alors ne put arrûter les progrès de la maladie, Je voyais mon enfant, mon unique enfant, s’en aller veis la tombe, fuyant mes bras qui entouraient son cou décharré, et rien ne pouvatt l’arrêter un instant au-dessus de l’abime entrouvert,
Pauvre mère! dit Edward, je compatis à vos peines et à vos souffrances, car si elie fut aimée sincèrement votre chère Marie-Aimée et la mienne aussi, elle le fut par moi, qu’un hazard, ou plutôt que Dieu mit sur son chemin. Il voulut que je la sauvasse des eaux pour rF:rmir par un motif vrai les liens qui devaient nous unir pendant quelque temps sur crîte terre. L'absence imprévue, cette séparation cruelle me trouva sans armes pour l’: fronter. Mais le devoir avant tout; je partis, subissant le sort qui s’acharnait à ma poursuite.
Que dire de ces longues heures passéss dans Ja méditation et les larmes. Ssul, au milieu des bois, ou sur une éminence dans la plaine, je franchissais en pensée le vaste espace qui nous séparait. Là, Je revoyais ceux que j'avais quittés. Parfois, je me plaisais à les penser malades, Oh ! comme j’entourais de soins ma chère Marie. J'étais pour elle un frère, car devant Dieu et en présence de la nalure réjouie, nous avions pris Ge doux titre.
Maintenant me voilà revenv, et, au lieu de tomber dans les bras de ma sœur chérie, de ma ep
Marie, on me moutre une tombe où repose celle que j'aime encore, malgré son départ si subit. Mais une consolante pensée diminue un peu l’amertume de ma situation. Elle m'a laissé un écrit, le miroir de son âme, où vous avez pu, comme moi, lire tout ce que cette âme renfermait de précieux. C'était un trésor confié à la terre et que la terre ne pouvait garder. Elle a souff-rtl An! oui, je le sais lasouf [armes pour consoler les âmes souffrantes, sut troufrance est l'échelon qui conduit au sommet de la vie| ver des paroles aff:ctueuses pour faire rentrer, dans bienheureuse, Comme elle sut comprendre que la|ce cœur brisé, un rayon d’espérance. S’armant de souffrance est nécessaire pour mériter devant Diou !|la parole sacrée, il ouvrit devant les yeux du jeune
Le vieux prêtre, qui n’était pas à ses premières |
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