UN COUP D'ŒIL
(A mon ami Alf. Perron, E. G. O.)
L’aube apparaît au ciel ; alerte! laboureurs, Fuyez d’un doux sommeil les trompeuses douceurs, Car bientôt la mollesse, à vos pas attachée, Jetterait son poison en votre âme énervée !
Fléchissez le genoux en présence de Dieu
Qui fait germer le grain, et briller le ciel bleu. Ah! n'oubliez jamais, en quittant votre couche, De le prier du cœur et pas de la bouche.
Prier est consolant: c’est un devoir sacré
Qui ne saurait jamais être assez révéré,.
Ecoutez de l’oisean la voix douce et tremblante : Oui! c’est Dieu qu’il bénit, c’est encore lui qu’il chante, De l’uurore à la nuit, souvent du soir au jour
Au divin Créateur il redit son amour,
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Et la forêt se plaint, et le ruisseau gazouille, Et le lys éclatant qu'aucun voile ne souille Inéline sur sa tige un calice embaumé
Dont l’arôme subtil au ciel eat enlevé.
Votre prière faite, allons! vite à l'ouvrage!
Le ciel est benu, c’est vrai, mais bien près est l'orage Qui part de l'horizon, envahit tout le ciel
Et dérobe à la terre un bien essentiel,
Travaillez, laboureurs! Bien rude est votre tâche ! Mais sublime métier, il est noble et sans tache.
Le peuple Canadien lui devra sa splendeur ;
Ï1 lui conservera ses mœurs, sa foi, son oœur !
Heureux enfants de la campagne ; Humbles artisans du bonheur ;
Vous qui mangez le pain qu’on gagne En versant d’abondante sueur :
Vous dont l'âme fière et trompée, Méprisant les arrêts du sort, .
Marche sans se sentir brisée
Du riant berceau vers la mort ;
Vous qui voyeg à votre table Une multitude d’enfants,
Une compagne bien aimable, Dites, n’êtes-vous pas contents ?
Paisible fuit votre existence.
Ignorant les crimes affreux,
Vous ne gardez que l’espérance
De vous trouver un jour, aux cieux.
Ah! conservez votre âme pure Dans l’amer sentier d'ici-bas,
Gardez-vous de toute souillure Et le bonheur suivra vos pas|
Canada, toi que j'aime, oh! du profond de l'âme Toi, dont le nom sacré me transporte et m’enflamme, Dis, ne saignes-tu pas dans ton sublime cœur Capable de sentir, d’éprouver la douleur,
De cette indifférence où ton enfant *e laisse ?
Oh! vois-le maintenant brisé par la mollesse,
11 déserte ton sol, ce sl hospitalier,
Et tonjours sans covri7" 1l va chez l'étranger
A la sueur de son f: ut gagner sa nourriture,
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Lsle-Verte, 21 juillet 1881,
No cicatrisant pas sa profonde blessure.
Oh! qu’il doit être amer le pain de l’exilé : ! Car il est si souvent de larmes arrosé !
Mais qu’il est bon ici, combien il est suave :
Le pain de son pays n’est pas un pain d’esclave Enfants de mon pays, restez au Canada, Cultivez votre terre, elle vous nourrira.
Demeurez parmi nous; vous êtes l'espérance Du pays qui plaça dans vous sa confiance!
Cus-A.-E. GAUVREAU, A. B.