‹ Les épreuves d'un orphelin [microforme]Chapitre 18 sur 19 · SOUFFRANCE · texte numérisé non relu

SOUFFRANCE

“L'homme est un roseau pensant, ”

(A M. Cyrinus Duberger, Malbaie.)

Enfant, pourquoi tes yeux abaissés vers la torre, S'obscurcissent soudain en se voilant de pleurs? De quelle émotion ton pauvre cœur 8e serre Comme sous l’aquilon se contractent les fleurs ? U

ne À ton âge la vie est riante et sereine FR Comme une belle nuit, comme nn beau ciel d'azur, À ton âge on ignore et l’envie et la haine: | La co D'un cœur rempli de fiel c’est le partage impur. Plain Pourquoi n’être pas gai comme l'oiseau qui chaute . Sous la ramés, au soir, sur le bord d’un ruisseau ? Vos Ton cœur n’a-t-il plus rien qu’une plainte tonchaMite La co Signe d’une douleur froide comme un tombeau ? Enfan Est-ce un souffle mortel, s'élevant de la tombe, A gend Qui sur ton front pâli a marqué son sillon ?

Ton cœur est-il blessé des pleurs d’une colombe, (1) Villa-1 D'une rose fanée en ce morne vallon ?

# Ah ! laissez-moi, dis-tu, seul avec ma tristesse, (1).—Ce # Mon âme est un désert sans vie et sans soleil, tant vanté ‘# Je vois que le bonheur m’abandonne et me laisse

ger, un and ‘“ Au sein d'un noir chagrin qui n’a pas son pareil, Nous y av(

4 Je m'étais dit, un jour: la vie est une rose

# A l'abri des hivers, à l’abri des autans,

{ Qu'on effeuille sans cesse et qué toujours on ose, Egoïsme sans nom, jeter à tous les vents,

pensant, ”

zur.

se.

laisse areil,

‘“ J'étais enfant, alors ; à cette heure on oublie.

“Si vite! Et les beaux jours semblent ne plus finir, “ Car d'immenses désirs notre âme est si remplie

‘“ Que l’on croit toujours vivre et ne jamais mourir. ‘ Hélas! illusion, ce n’était là qu’un rève

‘“ Carressant notre pauvre être au sein d’un doux oubli. ‘{Tels les flots amoureux, soupirant sur la grève,

# Bercent une nacelle au milieu des récifs,

‘# J'adorais voir les bols, les cieux, la terre et l’onde, “ J'adorais un berceau qu'une mère veillait.

‘ Le calme du saint lieu qu’un doux parfum inonde, “ Dans des ravissements tout entier me jetoit.

# Je n'avais qu'un désir : chanter, chanter sans eesse. “ Comme l'oiseau qui chante au lever du soleil,

# N'ayant pas de regrets, j'ignorais la tristesse.

# Le cœur était joyeux comme un astre vermeil. ‘Mais depuis que mes yeux ouverts à la lumière

# De la réalité ont connu la valeur,

# Que mon être blessé dans sa flbre sinoère

“ À pu trouver enfin l’épire sous la fleur ;

‘“ Depuis ce jour affreux, où bien loin de la voie

“ Je vis mon cœur plongé dans la nuit du tombeau, # La nature À mes yeux perdit toute sa joie,

“ Et sombre désormais, j'errai par le hameau.

‘“ Maintenant, regardez, mon front porte une ride

# Et mon regard fuyant n’ose plus 8e lever.

‘ Ah! je le sens, mon Dieu! mon pauvre cœur est vide # Sous la douleur, parfois, il voudrait se briser.

‘ Laissez-moi la douleur et sou triste cortége,

‘# Souffrir, souffrir encore est mon sort ici-bas,

“ Sainte et chaste amitié, amour, rien ne m’allége

‘“ Mes peines, je le vois finiront au trépas.

Une blessure, enfant, n'est pas toujours mortelle :

Le cerf souffre du dard dont son flanc eet blesué.

La colombe déplore un compagnon fidèle,

Plaintive, elle revient à son nid délaissé ; «Mons le cerf voit bientôt sa blessure fermée,

La colombe retrouve un autre compagnon.

Enfant, pour apaiser ton âme désarmée, À genoux, au saint lieu, implore le pardon,

Chs À. GAUVREAU À, B, (1) Villa-Duberger, Malbaie, juillet 1880.

(1).—Cette villa magnifique est située à six milles du Trou tant vanté des voyageurs. Le propriétaire actnel est M, Duberger, un ancien employé de la Compagnie de la Baie-d'Hudsen. Nous y avons requ une hospitalité tonte cordiale,

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