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GABETTE DES CAMPAGNES RO CU er
Marie.-Aimée revenait heureuse au berceau de son enfance. Quelles belles vacances elle allait passer. De combien de doure chimères, de roses illusions n'avait-elle pas bercé son imagination pendant ses dix mois scolaires. A son âge, à l'âge où l’on bâtit des Châteaux en Espagne, où l'avenir nous apparaît que sous de riants aspects, de couleurs séduisantes, on aime à s’entourer d’un édifice de bonbeur, d’une atmosphère de félicité dont les parfums énivrent notre jeune émigration. Surtout lorsqu'on a passé des longs mois entre quatre grilles d’un couvent: quand on a connu ce que c'es! d’être loin d’une mère qui entoura notre enfance de tous les soins que les mères seules counaissent ,quand on voit les vacances poindre dans un horizon non éloigné, oh! que de plaisirs on se promet alors, On croit que cela ne fi nira plus et qne tout s’unira pour nous rendre heu reux et pour nous faire oublier un peu le couvent. Tels étaient les sentiments de Marie Aimée, lors qu’elle vit arriver l'heure tant désirée Ges vacances,
Quand cette heure, arriva, Marie-Aimée ne se possédait plus de joie. Elle aurait pu toute se donner à ses compagnes à qui elle disait adieu pour deux mois ou au revoir à bientôt per dant ses vacances, Son bonheur égalait l’amertume dont son âme fut pleine lors jue, pour la première fois, elle franchit le seuil de la maison de son pèr, pour ne le repasser qu’apris une longue séparation de dix mois. Le chemin que parcourt l'exilé, pour revoir le ciel de sa patrie, pour fuuler Je sol de ses pères, respirer l'atmosphère pre du pays, est bien long pour ses désirs et ses as rations, Ainsi devrailil en être ponr notre ctère Marié Aimée, quand elle partit de Québec pour re venir au village où l’attendait sa famille heureuse de son retour, Combien de fois sa pensée dut devancer la voiture qui la ramenait à la ferme.
PREMIFRS REGARDS,
La colombe a douné des baisers pleins d'ivresse, Jeune femme au front blanc, dans vos regards dévoilés, J'aperçois plus d'amour, je lis plus de tendresse, Et les secrets du cœur tendrement dévoilés,
Epwarp Huor.
Pendant les treize années qui se sont écoulées depuis L nauvrage, Edward est devenu un robuste enfant des bois. Le Grand-Chef l’aimait de toute son âme, il le chärissait comme son enfant, Il avait juré à la pauvre morte de veiller sur son fils, et il tenait sa promesee. Il re doutait le jour où il lui faudrait tout avouer à Edward, car il se disait: ‘ Il m abandonnerait, moi qu’il l'aime tant, moi qui regarde comme son père. ”
Edward ne connaissait pour père que le Gran Chef, etil lui rendait bien son affection. Lé Révd Père missionnaire de son côté l’instruisait tous les jours, et à douze ans il avait le bonheur d’être admis au Banquet sacré.
Maintenant Edward était un homme, D'une intel. ligence rare et bien douée, rempli de talents naturels, une grande passion pour l'étude et ardent an travail, tel était 2 caractère d'Edwari, Si d’un côté
++ Aualt à ae Hlvrer à l'étude aveg ardeur, da l'autre
il n'avait pas moins de zle pour les jeux et tous les exercices corpirels, si chers aux e \fante et surtout aux jeunes sau7ages dont il faisat partie. Parmi tous ceux de son âge dans le village, il était le plus adroit tireur; car, rarement, sa flèche n'atteignait pas le but. et l'oiseau qu'il avait visé tombait toujours sous son arme meurtrière. Mais il aimait surtout les luttes à la nage. TI faisait beau de le voir, luttant contre les flots qu’il fendait facilement, et tenant tète à tous les jeunes sauvages. C'était là ses plus belles récréations, et quand il sortait ainsi vainqueur d’une lutte il venait vers le Chef qui, tout joyeux, lui disait: C’est bien Edward, tu feras un bon indien ; je suis fr de tes aptitudes, ” Et l’entani joyeux, les yeux pleins de feu, le cou gonfié de sang, les narrines dilatées, demandait au Chef quand donc il l'amènerait avec lui à la chasse aux buffles ou aux castors.
— Quand tu sera grand garçon, instruit et ca: pable de supporter les fatigues d'un long et pénible voyage, souvent même dangereux.
— Mais, répondait l'enfant, j'ai quinze ans et je suis fort et robuste ; ma flèche ne manque jamais son but, et mes jambes sont accoutumées à la re. quette,
- C'est fort bien, disait son père adoptif, mais pendant ces voyages tu désapprendrais ce que tu sais, et c'est Ce que je ne veux pas, Au contraire, je veux que tu sois instruit, que tu deviennes savant ; car, plus lard, tu seras peut-être considéré parmi les blancs, tes frères.
Et l'enfant, l'œil humide, s’enfonçiit dans les bois pour y chasser la perdrix et le lièvre, ou bien, péné. trant dans lä tente de toile blanche, il tâchait d’oublier par la lecture, les refus qu'il éprouvait toujours. à
C'était à la fin de juillet, par un soir splendide. Le soleil baissait à l'horizon et sa lumière dorait les côtes du Sud. La cloche de la petit» chapelle venait d'annoncer aux montagnais l’Angelus du soir, À cette heure, le village semble plongé dans le sommeil, tant y règne la tranquillité. La mer soupire sur le sable blanc du rivage et au loin, sur sa surface ridée, apparaissent quelques points noirs. Ce sont des Canaux sauvages qui reviennent au village, après aoir fait la chasse aux loups-marins et aux margouins.
Le Grand-Cuef est assis à la porte de sa tente. Sn front plissé atteste une profonde méditation. ses cheveux blancs, soulevés pair la brise rafraichissante qui vient de la mer, forment une couronne autour de son front couleur de bronze. En ce moment Edward, sortant de la cabane, s'avanci vers lui,—Tu parais sombre, père, lui dit-il. —Le vieillard courba la tête et garda le silerce. Le sauvagé semble toujours donner raison au proverbe: ‘! Il faut toujours touruer sa langu: sept fois dans sa bouche, avant de parler,” Aussi, parle t il rarement, ais non pas inconsidérément,
-— Viens ici, dit.il à Edward, après quelques mo ments de réflxion, viens ici et écoute ton père. La temps de la casse arrive. i
fly Longtemps que J'y pense, répond l'enfant: Hi) LEL si NA PE
— Ecoute-moi sans m'interrompre, lui dit le vieil. Jard. Le voyage est rude et périlleux, je ne veux pasique tu viennes avec nous.
— Pourquoi pas mon père ?
— Parce que tu es encore jeune et que tu doisét”dier. Tu ne connais pas les parents, Edward, et la mère repose près du fleuve.
— Oh! oui, je le sais; aussi, tous les soirs, je vais prier sur sa tombe. Pauvre mère! je ne l'ai pas connue. Et j'aurais été si heureux de l'aimer.
11 parlait et ses grands yeux se remplissai-nt de larmes, A cet aspect, le cœur du vieillard se surra de douleur. C'élait un enfant des bois, et il avait eu la nature pour maîtresse. Ah! soa cœur élait noble!
— Eh! mon père, pourquoi ne pas m'emmener ?
Tu es seul dars la cabane; je te désennuierai, je veillerai sur toi et je L'aimerai plus encore Vois, je resterais seul ici et, tu le sais, je suis heureux quar.d tu es.là, Amène moÿ, père, et je serai toujours ton enfant.
— C'est impossible, J'ai un devoir à remplir et il faut qu’il s'accomplisse, Crois-tu qu'il ne m'en coû'e pas de te laisser seul ? Mais il faut que tu l’instruise et, pour cette fn, je dois sacrifier le bonheur de t’avoir auprès de moi pendant toute la saison des neiges.
Eh bien! je resterai, dit l'enfant, car je veux te plaire puisque tu ês bon pour moi. Et aussi, je veux faire plaisir à ma mère qui est ax cieux.
Le Chef, heureux, caressa de la main la tête de l'enfant, en lui disant: C'est bien, Edward, tu vas faire ton bagage et dans qu'iques semaines je te conduirai sur la côte sud, chez le Père qui m'a pro mis de veiller à ton éducation. Dans deux ans, tu auras près de dix-huit ans, alors tu m’'accompagneras à la chasse ; tu seras homme fait et je n'aurai
lus de crainte pour toi. Tu sera iustruit et digne e porter ton nom.
Trois semaines après ce dialogue, un canot sauvag® quittait le bourg canadien et fendait les flots du grand fleuve, comme l’hirondelle au lever de l'aurore rase la surface des Jacs et des rivières. L’air était pur et embaumé des parfums du varech ; la mer réfléchissait le flrmament que ne couvrait aucun nuage; la nature sortait de son sommeil et les oiseaux allaient bientôt saluer de leurs mélodies le lever de l’astre luminenx.
Quel est donc ce canot qui semble voler sur les eaux ? On l’a deviné: c’est le Grand-Chef conduisant E ward au village de B...... Tous les sauvages ont quitté leur c’bane pour venir assister au départ de celui qu'ils avaient appris à aimer, à cause de ses bontés et de son caractère franc et loyal, ils l'aimaient, car ils le savaient bien malheureux de n'avoir plus de parents pour le chérir.
Le canot fliaii to: jours ; enfin il disparut aux regards. Après une heureuse traversée, nos voyageurs arrivèrent dans la baie au fond de laquelle est assis le village. Le curé du lieu, bon vieilard aux che veux grisonnants, au cœur sensible, à l’âme digne d'ué apôtre du Ghrist, le reçut à bras ouverts. Il allait désormais avoir un compagnon pour charmer ses heures de loisir; il allait avoir une âme à cultiver dans laquelle il s’efforcerait de faire germer les
prepa pensent nee
plus belles semences, afin d'en obtenir les plus beaux fruits. Aussi fu! il charmé de l'extérieur d'Edward,
— Tu seras bon enfant el nous serons amis, lui dit le vénérable prêtre; tu étudieras bien et tu deviendras savant,
— J'ai bien hâte, répondit Elward, car mon père m'a promis de m'amener à la chasse, quand je serai instruit
Ii parlait avec toute la naïveté d’un enfant des bois, qui avait appris de la nature les mouvements qui lui servaient à rendre sa pensée plus int lli. gible et plus claire.
Le bon curé le chérissait déjà. Cependant le chef gardait le silence ; à son front assombri, on jugeait que le chagrin oppressait son âme. Son enfant qu'il aimait si tendrement ; son seul bien, le seul ami qui l’aimait, il allait s'en séparer !
Le Chef partait dans quelques jours pour la chasse: c'était peut-être le dernier adieu qu’il allait faire à Ellward, car celui qui part pour la saison du gibier, ignore s'il reverra le village et son humble chapelle. Qui sait s’il ne tombera pas sous l’étreinte de la famine ? car une journée d'abondance précède souvent huit jours et plus de privations. La vie ne lui serait-elle pasen!evée par un animal carnassier ? car ils fourmillent dans les régions qu’il va parcourir.—-Telles étaient les tristes réflexions qui amenaient des rides signifirati®s sur le front bronzé du vieillard.
Enfo, il fallait partir, car l'heure était avancée, Il'embrasse Edward avec tendresse, car il avait une âme que la religion avait su renire bonne, douce et sensible aux moindres émotions.
— Mon père, lui dit Edward en pleurant, va prier sur la tombe de ma mère avant de p‘rtir pour le Nord Ouest. Avant mon départ j’y ai bien pleuré, et mes larmes valaient bien de; prières. Pauvre mère | et il pleura tout haut.
Edward suivit du rivage le canot qui amenait loin de lui son père adoptif. Pour la première fois il connut les larmes des adieux, le fiel d’une absence pro longée.
C'était à la fin d'août, époque où les sauvages quittent leurs bourgs pour s’enfoncer dans les bois, En ce temps les nuits sont fraîches et sereines, et la nature semble montrer à profusion toute sa beauté, toute sa verdure. Conime une fiancée qui, se sentant mourir, revêt ses hahits de noces, qui lui serviront de linceul ; ainsi la nature semble plus belle dans son vêlement de verdure, car le moment approche où les feuilles jaunies tomberont pour couvrir la terre d’un suaire qui fait mal à l'âme, rien qu'à le regaraer, car il est l’image de la vie.
Une nouvelle ère s’ouvrait pour Edward : il n’avait plus le sapin frais pour reposer la nuit, ni la toile blanche, ni la cabane d’écorce pour abri; mais une vaste maison bien meublée. Plus de compagnons pour lutter d'adresse et d’agilité; il ne lui restait que sa flèche dont il se promettait d’user souvent, Le curé lui donna une chambre qui dunnait, d’un côté, sur tout le viliage et une partie de la baie ; de l’autre, sur un bois épais, Au loin, on apercevait la surface argeutée d’un lac poissonneux où vient s’a. breuver, tous les soirs, le gibier des grèves : canards, sarçelles, aloueltes et autres oiseaux aquatiques. Il
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faisait bon, dans les moments d'ennui, d'aller rêver sous les arbres qui mirent leurs cimes dans un bassin d’arzent.
La chambre d'Edward, modestement mais élé-
mment meublée, aux pavoix peints en bleu, au plafond blanchi, ne pouvait être mieux située. De quelque côté qu'il se tournât, partout la nature, qu'il aimait tant, lui apparaissait dans toute sa sp'endeur. Il y plaça son lit aux bianches couvertures, aux ri deaux épais, et surtout il eut devant lui, sur son bureau d'étude, une bibliothèque dont ne se servait plus le vieux curé. Ouvrages anciens et modernes, bouquins aux couvercles poudreux et jaunis, revues et vieux journaux reliés, tout s'arrangeait convenablement sur les planches de sa bibliothèque. A sa portée, il avait placé la traduction de l’Enéide de Virgile, ainsi que ‘ses Bucoliqu: s;” puis venaient les vies d'Alexandre et de César, et le tout terminait par quais volumes de poésies, parmi lesquels se trouvait les ‘* Méditations de Lamartine,” son auteur favori, car les notes snaves et mélancoliques, les sentiments tendres et affictueux qui y règnent, allaient bien à son âme portée à la solitude méditative et contemplative ; charmait son cœur sensible et doué de bons sentiments et soupirant toujours après ce qui est beau, sublime et mélancolique.
Au village, son arrivée causa un peu de bruit. Les langues allaient leur train et s’en donnaient à cœur joie; À comme ailleurs, il devait y avoir nécessaireme. Le ces individus féminins qui font profession de savoir et de raconter à leur manière, les nouvelles du jour. Ausei l’inpatience était grande et on désirait le jour où ils pourraient voir de leurs propres yeux le ‘“ petit sauvage, ” auquel M, le curé venait de donner asile Marie-Aimée, surtout, avait bien hâte au dimanche, pour l’examiner des pieds à la tête, et pouvoir en parler au lorg à ses compagnes. à la rentrée ds classes, Car c'est déjà une beile et grande fille que Marie Aimée, et elle doit prendre garde à son cœur qui, à cet âge, se laisse facilement entraîner,
Enfin le jour tant désiré est arrivé. La cloche du temple apnelle les fidèles au service divin, Marie-Ai mée est la première rendue dans son banc qui fait face au chœur, en avant. Sans doute, ‘le petit San vage ” se mettra au chœur. En effat, le voilà qui s’a vance au détour de l’autel, Ses yeux sont baissés et le rouge vif colore ses joues. Il est recueilli et sincèrement occupé de la pensée qu'il entre dans le Temole du Seigneur. Tous les yeux sont sur lui.
Il ignore, le pauvre enfant, qu'il est un objet de curiosite pour tous; car il esl à genoux, mais sa prière est au ciel. Son âme recueillie, pense à sa mère qu’il w’a pas connue, et à s0x père adoptif qui déjà s’avance au milieu des terres, à la recherche du gibier. Aussi, il pria longtemps pour tous ces êtres qu'il aimait tendrement. Eufin, il se décida à jeter un regard fugitif dans la nef, car tout ce qui l’entourait était du nouveau pour lui.
La première personne qui frappa ses yeux, c'est une jeune tille aux cheveux noirs, au front blanc comme le marbre, aux yeux bleus et pleins de douceur, Il se détourne aussitôt et ferme les yeux,— Est-5e une vision ? se damanda-t-il, C’est peut-être van ange, car il ressemble à ceux dont me parlait le
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Père miseionnaire.—Marie-Aimée, c'était elle, se mit à soupirer de la naïveté que le jeune homme avait mis dans sa manière de regarder, ét cependant elle sentit son cœur battre. Le jeune sauvage avait l'air si bon, st malheureux! -on regard était si limpide ! Combien il disait la bonté et la pureté de s5n âme. Edward, de son côté, ne pouvait plus prier. En vain il pressa dans ses mains son front brûlant ; en vain il suspendit son regard au Christ de l'autel; l'ange qu’il avait aperçu se glissait dans son imagination et la prière se taisait dans son cœur, et ses lèvres cessaient de murmurer, et son regard s’attachait comme malgré lui à cette douce et riante vision. Cependant il voulut résister, mais en vain ;'il lui fallait s'assurer s'il ne rêvait pas.
Malheureux Edward! pourquoi vouloir te jeter sur cette pente si rapide? Pourgnoi vouloir connaître les larmes, les inquiétudes, ies doutes et les angoisses ! Il en est encore temps: Ferme ton cœur aux sollicitations qui te pressent; crains, crains l’épine sous la fleur,
Il regarde encore une fois. Leurs yeux se rencoutrent! Edward mit tant d'expression dans son regard que Marie-Aimée se sentit portée vers cet en fant qui lui semblait si triste. Da son côté, le jeune orphelin, qui w’avait pas connu de mère, qui n'avait encore aimé que son père adoplif, s’enthousiasma de la figure de Marte-Aimée. Il la trouvait si douce et si bonne, qu’il se Frit à l’aimer, Oh ! à cet Âge l’ami tié s’aliume si vite dans le cœur du jeune homme qui ignore encore la vie, et qui resarde toute jeune fille qui lui sourit, comme une sœur qu'il voudrait avoir pour partager ses jeux. Plus de doute, Marie- Aimée voulait un frère et Edward désirait connaître le bonheur qu’on a d'aimer une sœur qui est bonne et dont le cœur est rempli de tendresse. Ah! qu'ils seraient heureux s'ils se connaissaient.
La messe achevée, on parla longuement du jeune orphelin, On le trouva beau et religieux: son air triste lui attirait des paroles sympathiques de toutes les bouches. Marie-Aimée attendait tout, et elle s’en réjouissait daus son cœur. Une louange à l'adresse de son frère, ne lui aurait pas fait plus plaisir, D'ailleurs ne pouvait-elle pas lui donner le nom de frère dans son cœur ? Une voix lui disait: qu’un jour ils s’aimeraient tous deux, que leurs cœurs siuraient se comprendre, et que la vie de l’un et de l’autre lenr serait également chère. Ce n’était là que le côté rose ; rose elle même, comment pouvait-elle avoir de noirs pensers, de sombres réfl:xions, quand tout chantait dans son âme pure comme le soir d’un beau jour.
Le soir venu, on parla d'Edward à la ferme S..., Marie-Aimée sut trouver de doux éloges à l'adresse du Jeune orphelin. Sa curiosité s'était changée en admiration, et de ià à l'amitié il n’y a plus qu'un pas.
Après la prière du soir, Marie-Aimée gagna rapi dement sa petite chambre : sanctuaire pieux et digna d’une jeune vierge, car La blancheur s'y étalait partout. Elle rouvrit sa fenêtre. L'air était caressant et embaumé des odeurs de foin fraîchement coupé, Ses yeux se portèrent vers le presbytère et à une des fenêtres brillait la lumière d’une lampe. Quand cette lampe se fut éteinte, Marie-Aimée ft une courte prière; un nouveau nom fi place à travers ses
FSUILLETON DE LA
lèvres. 11 lui semblait qu’elle priait mieux, que son cœur était plus attendri et plus serein.
Prie, enfant, pour que le bonheur l'enveloppe, toi et cet enfant que tu ne fais que connaître el que tu aimes cependant.