IGNOTUS
Le Grand-Chef, en quittant Edward au village de B...., arriva bientôt au milieu des siens, anxieux de son retour. L’neüre du départ pour la chasse allait bientôt arriver ; aussi le village semble-tl plus animé qu’à l'ordinaire. On y voyait un va et vient inaccoutumé,. C’est que chacun va faire sa prov'sion pour le voyage Aussi le ‘ Poste ” est entouré d’une multitude de sauvages attondaut leur Lour pour su: faire serair ce dont 1ls ont besoin. Celui-ci démolit sa cabane qu’il rebâtira au retour ; celui là, aidé de sa femme, empaquète toute la batterie de cuisine, qu’il roule soigneusement dans une couverture bien ficelée ; un autre fait son bagage toujours portatif et peu considérable ; d’autres, enfin, attenocnt leurs compagnons, et c'est le plus grand nombre, pour aller visi. ter la chapelle,
Quand l'heure est enfin sonnée, où tous sont prêts, le Grand-Chef, revêlu de son costume de fète, ouvre
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attend le saint prêtre qui les dirige dans la voie du laquelle sont attachés une gaine et un sac à tabac salut et du bonheur. Quel recueillement dans cetté | tait de peau de rat musqué ; les temines, la tête coutroupe d'enfants des bois! Là, pas de contrainte, pas | verte d'un bonnet rouge et noir commun aux monde respect humaïn. Chacun prie sans s'occuper de |lagnais, cheveux, lissés 1etombant én rauléau de
son Voisin, Aussi quelles prièrés partent de tous ces
cœurs ! pas nn seul ne manque äu rendez vous de:
la prière: Cœurs de vieillards, cœurs de jeunes hommes, cœurs de jeunes filles que leurs mères ac compagnent, tons viennent faire adieu au Ditin Rédémpteur. Quel parfum s'échappe de tout:
parts! c'est qué leurs fimés, lavées au tribunal de la rénitence, sont pures depuis la veille, comme le ciel‘d’un beau jour,
[ls franchissent ensemble je euil du Temple Divin et‘tombent à genoux, dars üna commune prière, Pour beaucoup d entre eux, c’est peutiètre pour ia dernière fois qu’ils revoient ces parvis sacrés, témoins de leurs larmes et de luurs saints transports ! ‘Aussi cette: pensée les occupént-ils tous Ils savent que tous iles ans, au retour, leurs rangs regoivent des brêches. Qui, d’entre eux, manquera à l'appel ? Ils l’ignorent ! C'est pourquoi léurs vœux et lzurs supplications montent vers la Vierge Marie qui leur tend les bras, du haut de son piédestal ; tous, recueillis et tremblants, ils chantent :
O Marie! vois t« famille chérie, O Marie ! prosternée à tes genoux Qui te prie, Daigne veiller sur nous!
Le bon Père missionnaire, à genoux, au pied de l'autel, prie avec ferveur ; c’est sa famille, il en ess le père. Elle va le quitter! Ah! il sait les: périls que ses chers enfants vont. courir!. il sait quel danger souvent ils affrontent pour gagner leur pain, leur subsistance! Oh! combien est fervente la prière qu’il adresse à Dieu. Ses regards sont rivés sur le Christ appendu à la croix sur l'autel. Son regard suppliant vaut plus qu'une longue prière. [Il souffre à l’avance de la douleur de son petit troupeau ; 11 offre cette douleur pour le bonheur de ses ouailles.
Après leur avoir donné ses recommandations, leur avoir dit de ne pas oublier la grande action faite au matin, en s’approchant de la-Table Sainte, de prier toujours avec ferveur au nrilieu de leurs courses lointaines dans la forêt ; illes bénit au nom du Dieu Tout Puissant, et tous joyeux presque s’enfoncent dans les bois. Seul, le Grand Chef reste en arrière. ll avait un devoir à remplir : il avait promis d'aller prier sur la tombe de la “ naufragée ; il n’y manque pas. Il s’agenouille donc sur le sable du ri. vage, près de la croix qu’il avait lui-même plantée, etil prie de toute son âme pour celle dont la vie avait éte aussi courte que pleine de tempêtes. Il p'eure, le pauvre vieillard, au souvenir de la scène navrante de la mort de cette créature infortunée qui n'avait fait qu'humecter ses lèvres à la coupe de la viel Après avoir donné libre cours à ses larmes, ainsi qu’à ses prières pleines d'amour ferme ; après avoir pensé à son cher Edward (car le nom de la ‘‘ naufragée ” et celui d'Edward étaient intimement liés), le Chef rejoint bientôt ses compagnons qui s'éloignent du village, d'un pas accélére.
Les voilà en route : Les hommes, fusilsous le bras, un sac retenu sur le dos par deux courroies quiemprisonnent les épanles, une ceinturede laine rouge à
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chaque côté de la tête, marchent silencieusés portant sur le dos le plus jeune de la famille, incapable de marcher ; à part cela, elles portent les ustensils de menage, et leur charge est souvent plus lourde que celle du mari. Les enfants, joyux, érrént çà et là, une flèche ou un fusil à la main, el excitent leurs chiens-loups à la recherche du gibier caché dans quelques taillis épais. C’est à peu près dans cêt état que la caravane se met en marche pour faire plûs de 500 lieues dans les terres, à la recherche des ani. maux sauvages, Prenant à peine le temps de manger, ils marcheut sans paraître fatiguer; excepté lès jours où quelques bètes sauvages tombent $soûs leurs coups. Alors on fait bonbance, ét tant que tout n'a pas été dévoré on di-continue la route. On fait un festin qui dure, des fois, plusieurs jours. Quaud tout est fini, on se remet en marche, sans s'occuper quand le gibiér apparaîtra à la portéé de leurs armes méurtrières.
Cœurs courageux ! quelle lecon pour ces hommes efféminés que des coursiers fringants promèñent mollement au sein de nos grandes villes ; ils étalent aux yeux du pauvre le luxe inouï don! le superflu empêcherait de mourir tant de, misérab'es qui gémissent au sein de la misère, qui souffrent même de la faim, Ne croyez-vous pas, riches orgueilleux, que votre richesse étalée ainsi aux regards, n’arfacthé à l'homme en haillons, un cri de haine et de mälédictiou ? Ah ! craignez que votre faste e! votre sompiuosité, mis au grand jour, n'excitent dans le Cœur d malheureux un cri de menace vers le ciel qui l'a fat pauvre et sans abri, et vous riches avec des palais pour demeure : et pourtant, la terre, dont vous êtes lormés, n’est pas plus délicate dans l’un comme dans l’autre. On a dit :* Le superflu, c’est voler le pauvre.” Et persoune semble le comprendre.
Le premier soir, nôs sauvages campèrént près d’un petit lac poissonneux. Le repas fut donc aboadant. Fatigués d’une longue coùrse, ils né tardèrent pas à s'endormir. La nuit était sereine ; le feu pétillait à toutes les portes des tentes; le calme dé la mort aurait enveloppé la troupe, si le cri du hibou, aturé par le feu, n'eut pas troublé le silence solenuel et religieux des forêts,
Le lendemain, à peine Paurore avait-elle doré l’ho. rison sans nuage, que déjà, par l'ouverture des tentes, se montrent plusiéurs têtes ; ils interrogent le ciel. L’air est pur; le ciel limpide comme une glace ; pas un nuage au firmament pour voiler l’éclat du soleil paraissant dans le ciel: tout promet. tait une belle journée de marche: en effet, on ne fut pas trompé. P
Le soir de cette même journée, vers le couchant du soleil, le Grand-Chef aperçut, se désaltérant dans une petite rivière, un troupeau de cerfs. La joie élait sur tous les visages, car on espérait faire un bon coup. é
Après des précautions infinies, connues des sauvages seulement, pour approcher un gibier, dix de ces animaux empanachés toxbèrent sur le sable du rivage, Ce fut un enthousiasme indescriptible, Aussi