‹ Les Epreuves De CharlotteChapitre 15 sur 17 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

cer le nom de Fricdcrich. C'était un sujet trop douloureux pour elle. Au fond du cœur — le croirait-on? — elle avait conservé un reste d'affection pour celui cjui en était si peu digne, et elle ne pouvait se consoler d'être restée sans influence sur cet être bizarre et malfaisant dont elle s'était flattée de faire la cure morale.

Pendant les grandes vacances, Charlotte se rendait chez la comtesse Goldau, qui s'était prise pour elle d'une affection véritablement maternelle et l'emmenait passer l'été avec sa fille Augusta à Bade, en Suisse, ou dans la splendide propriété qu'elle possédait aux environs de Regelberg. La comtesse Goldau recevait beaucoup : on dansait, on faisait de la musique; de sorte que Charlotte apprit à se conduire dans le monde et devint une jeune fille accomplie, dont l'esprit et les manières ne- le cédaient en rien à la beauté.

Quand Charlotte eut dix-sept ans, elle se rendit à Paris pour passer son examen supérieur. Deux ans auparavant, mettant à profit un premier séjour, elle avait obtenu très aisément son brevet élémentaire. La comtesse Goldau et Augusta l'accompagnèrent. Mère et fdle désiraient vivement se fixer pendant quelques années en France, et

elles demandèrent au tuteur de Charlotte l'au torisation de garder leur jeune amie auprès d'elles. M'- Guêpier ne pouvait rien souhaiter de mieux pour sa pupille : il accepta avec empressement.

A Paris, Charlotte ne perdit pas son temps; elle se mit à préparer d'autres examens fort difficiles, qui devaient lui donner le droit d'enseigner plus tard dans les lycées de jeunes filles. La comtesse Goldau et sa fille insistaient toujours pour l'emmener avec elles, au hal, en soirée, au spectacle. Charlotte refusait doucement, mais fermement :

« Non, chère madame, disait-elle, je vous suis mille fois reconnaissante; mais je ne puis mener la même vie qu'Augusta. Je n'ai pas de fortune, ou si peu que ce n'est pas la peine d'en parler; je veux me rendre indépendante et ne pas avoir l'air de faire la chasse aux maris. »

Chez la comtesse Goldau venait souvent un jeune attaché d'ambassade autrichien qui avait remarqué la beauté et la grâce de Charlotte. Il demanda la main de la jeune fille et pria la comtesse de vouloir bien plaider sa cause.

« C'est un superbe parti, dit la comtesse à Charlotte en lui transmettant cette demande

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