EPILOGUE
inespérée, et je ne ^ons cacherai pas qne j'aurais été heureuse d'accueilhr une semblable proposition pour ma fille. Mais c'est vous cfu'il préfère, je n'en suis pas surprise. »
Charlotte secoua sa jolie tète blonde :
« Cette démarche me flatte, chùrc madame; mais je ne puis accepter. Je ne veux pas me marier, du moins pour le moment. Je n'ai pas oublié les projets que je formais du temps de mes épreuves enfantines, avant d'avoir eu le bonheur de vous rencontrer, et je persiste à vouloir consacrer ma vie aux petites filles abandonnées ou orphelines. Condjien — je le sais maintenant! — sont mille fois plus malheureuses que je ne l'ai jamais été! ■>
Ce fut en vain que la comtesse Goldau revint à la charge. Charlotte resta inébranlable.
Repoussé par Charlotte, le jeune diplomate autrichien en conçut un très grand chagrin ; puis il finit par demander la main d'Augusta, qui accepta sans sot orgueil : « Je suis encore très flattée d'être aimée après Charlotte, » dit en riant cette aimable jeune fille. La comtesse fut on ne peut plus satisfaite de ce mariage qui comblait ses vœux. Augusta et son mari paraissent jouir d'un bonheur parfait.
Et Mme Poise?... Charlotte la retrouva à Paris où elle dirigeait un pensionnat de demoiselles des plus florissants. Mme Schutzkopf, à force de poursuivre de ville d'eau en ville d'eau le fol espoir de faire maigrir et disparaître ses bajoues, avait fini par en mourir dans un petit village de Bohême, où elle était allée pour essayer un régime d'un nouveau genre qui devait produire des effets merveilleux. Mme Poise continua à nourrir le terrible soupçon que l'eau-de-vie n'était pas tout à fait étrangère à cette mort, pas plus qu'elle ne l'avait été au timbre de voix singulier de la dame.
Le croirait-on? M. Schutzkopf, à peine veuf, supplia Mme Poise de vouloir bien convoler en secondes noces avec lui. Après avoir connu la gloire d'être le mari de la femme qui faisait le plus de fautes d'orthographe, il lui tardait, par contraste, de savoir quelles joies il goûterait avec celle qui n'ignorait aucune des moindres subslilités de la grammaire. Ce petit homme n'aimait pas les médiocrités. Mme Poise refusa avec indignation de donner un tel successeur à M. Poise. Bien lui en prit, car, peu de jours après sa demande, des gendarmes autrichiens vinrent cueillir M. Schutzkopf, pour le conduire