‹ Les Epreuves De CharlotteChapitre 3 sur 17 · LA COUSINE DE SILBERMANN · texte numérisé non relu

LA COUSINE DE SILBERMANN

dun ton de satisfaction.

Oui, c'est toute ma famille. Mais que je vous les présente.

Désignant la jeune fille aux yeux ronds :

« Voici Wilhelmine, puis (la petite fille qui grimace) Marguerite,... (le jeune homme à la pipe) Frantz (avec un sourire béat) et, à côté de vous, Ludwig et Friederich. »

La présentation faite, Mme Poise supposa que la grosse dame allait enfin lui poser quelques questions sur son voyage comme l'exigeait la simple politesse, à défaut d'intérêt véritable. Mais point. Mme de Silbermann ne manifesta aucune curiosité à cet égard. La chose la laissait sans doute indifférente, et pour ce qui est de la politesse, Mme Poise devait apprendre dans la suite que la cousine de Silbermann professait le plus complet mépris à l'égard de cette vertu, et qu'il était courant dans la famille de dire d'un ton de dédain : poli comme un Français....

La pauvre petite Charlotte se sentait glacée d'appréhension à la pensée de vivre parmi ces étrangers qui lui semblaient si différents de tous les gens qu'elle avait vus jusqu'alors. Du vivant de son bon-; apa, elle avait fait parfois des visites

avec lui ou avec Mme Poisc à des châtelains des environs. Elle se rappelait avec quelle bonne grâce elle avait été accueillie, combien gentiment les enfants, petites filles ou petits garçons, venaient au-devant d'elle, lui proposaient de jouer ou de regarder des livres et des images. — Et ceux-là, qui étaient pourtant de sa famille, n'avaient pas pitié de l'abandon d'une pauvre orpheline; ils ne l'avaient même pas embrassée et ils l'examinaient d'un air hostile et malveillant, tandis qu'elle s'efforçait d'avaler son café au lait sans perdre son équilibre menacé par les coups de pied que Friederich lui allongeait sournoisement en signe de bienvenue.

Mme Poise, incapable de rester plus longtemps sans parler, se décida à fournir d'elle-même quelques détails sur son voyage, puisque enfin personne ne faisait mine de lui en demander. La cousine de Silbermann les accueillit avec une indifférence parfaite, interrompant sans aucune cérémonie pour faire à ses enfants des remarques insignifiantes ou leur proposer : « Un peu plus de lait, Wilhelmine? Friederich, as-tu assez do beurre? » Elle parlait correctement le français, mais avec un accent tudesque si épouvantable

ARRIVÉE A REGELBERG. o5

que CharloUe en avait à la lois envie de rire et de pleurer.

Eniin, quand tout le monde eut avalé son café au lait, agrémenté d'un nombre prodigieux de tartines de pain beurrées, la cousine s'avisa tout à coup que l'institutrice et la petite fille étaient peut-être faliguées d'un aussi long voyage, et proposa de les conduire dans leur chambre pour y prendre quelque repos.

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