TUE
En 1932, RisEr et PLANQUES, comparant les actions de l'insuline, de lacétylcholine, de l’adrénaline injectées soit dans le torrent circulatoire, soit dans le L. C. R, montrent que c’est par la voie sanguine que ces substances agissent le mieux et le plus vite sur les centres nerveux. Aucun point ne peut-être retenu en faveur d’une action directe sur le système nerveux central, de ces substances introduites dans le LE. C. R. par injection lombaire, ou sous-occipitale. L’action beaucoup plus faible et plus durable notée dans ces cas serait vraisemblablement due à la résorption lente de ces substances par les vaisseaux sous-arachnoïdiens et à leur action par voie sanguine.
Et ainsi se présente sous un aspect nouveau, le problème si controversé de la « barrière hémo-méningée », aspect étudié récemment dans la thèse d’un élève de Riser : PETEL. Il y aurait lieu de distinguer une barrière hémo-méningée, séparant sang-L. C. R, une barrière hémo-encéphalique (l’encéphale comme tous les autres organes effectuant ces échanges nutritifs et respiratoires avec le sang), et enfin une barrière, étanche celle-là, méningo-encéphalique (la cellule nerveuse n’ayant aucune relation normale avec le L. C. R.; rôle purement mécanique du L. C. R)).
Mais c’est là une autre question beaucoup trop vaste pour l’exposer ici (voir thèse P£re:, Toulouse, 1934).
Pour en finir avec l’étude de la résorption du L. C. R, il est intéressant de noter, avec RIser, que les diverses expériences relatées plus haut montrent surtout comment sont éliminées les substances étran-
gères introduites dans le liquide. Elles ne suffiraient pas à entraîner la conviction de l’existence d’une résorption physiologique par les mêmes voies et à la même vitesse, si le fait certain d’une production liquidienne plexuelle continue, n’impliquait pas nécessairement une résorption parallèle.
Nous avons vu, à propos de la production extraplexuelle de liquide, que la « perméabilité vasculaire >» jouait probablement dans la réparation des spoliations liquidiennes. Il est normal d'envisager que ces échanges dialytiques se font dans les deux sens : apport ou résorption de liquide suivant les conditions de pression.
En tenant compte de tout cela, il est donc permis de penser que la résorption physiologique se fait, très probablement, par les voies étudiées ci-dessus, à savoir : une résorplion vasculaire diffuse existant à tous les niveaux de la méninge molle cranienne et rachidienne, voie sanguine à laquelle s'ajoute, pour une part peut-être moins importante, une résorplion lymphatique par l'intermédiaire des gaines périneurales.
Production plexuelle, courant ventriculo-méningé, résorption méningée forment bien un ensemble de faits cohérents.
Quel est le régime de ce courant ventriculo-méningé ?
C’est encore là une question qui a été le sujet de multiples controverses. IT a fallu de nombreuses années et d'innombrables travaux pour que l'accord soit à peu près réalisé en une conception qui n’est autre que l’hypothèse de MAGENDIE vieille d’une centaine
d'années : le L. C. R. représente en quelque sorte des eaux dormantes, lentement sécrétées, lentement résorbées.
Quelques observations cliniques de liquorrhée abondante (2, 3, 4 et même 5 litres par jour) après certaines blessures craniennes avaient pu, un moment, paraître suffisantes pour échafauder l'hypothèse d’un courant rapide du L. C. R. MESTREZAT, dans sa thèse, écrit que le liquide se renouvelle 6 à 7 fois par jour.
En réalité ces grands écoulements ne se rencontrent qu’exceptionnellement dans les cas de traumatismes avec écoulement de liquide. Ils n’apparaissent généralement qu’au bout de plusieurs jours et ce sont là certainement des phénomènes pathologiques sans aucune signification physiologique.
L'étude du régime du courant liquidien n’est certes pas chose aisée et BECHT a pu, à ce sujet encore, formuler des critiques justifiées.
Deux méthodes furent principalement utilisées dans ces recherches.
I. — La première consiste à injecter des colorants dans diverses régions du L. C. R. et à étudier la rapidité de leur transport. Ce sont là les expériences que j'ai relatées à propos de la détermination du sens du courant liquidien ; elles ont révélé l’existence d’un courant ventriculo-méningé lent et continu chez un sujet à l’état de repos absolu (SoLomMon, THoMsoN et PFEIFFER, RISER et ses collaborateurs). Les résultats de ces expériences ne peuvent être faussés que par excès, la vitesse de diffusion propre du colorant s’ajoutant à la vitesse du courant ; le brassage liquidien,
créé par les moindres variations de pression sanguine, ne peut aussi qu’accélérer la diffusion du colorant.
II. — La seconde méthode est celle de l'étude de l'écoulement continu, entreprise par CAPPELLETTI et CAVAZZANI, poursuivie par Danpy et BLACKFAN, FRaA- ZIER et PEET, Dixon et HALLIBURTON, WEED et CUSHING, RIisER et LABORDE, FLEXNER, etc. Ces expériences consistent à introduire un trocard dans les espaces sousarachnoïdiens et à étudier l’écoulement du liquide dans le temps.
RISsER et LABORDE ont considérablement amélioré les techniques antérieures et paré à des objections de BECHT, en ouvrant la boîte cranienne ou en introduisant de l’air dans les cavités craniennes. Ces auteurs évitent ainsi la rétention d’une certaine quantité de liquide dans les espaces péricérébaux et ventriculaires sous l'effet de la pression atmosphérique. De plus, ils augmentent considérablement le temps d’observation. LABORDE recueille le liquide 5 à 16 heures durant, Riser de 10 à 24 heures. |
Chez le chien, après le flot initial du liquide remplissant les espaces sous-arachnoïdiens et les ventricules, le débit se ralentit et se stabilise aux environs de 1 cc. à 1 cc. 5 par heure. LABORDE estime, à partir de ces données, que chez le chien le L. C. R. se renouvelle en 24 heures.
Maïs LABORDE ne manque pas, dans son très beau travail (Recherches sur la physiologie des plexus choroïdes et de la leptoméninge, Thèse Toulouse, 1925), de mettre en évidence les défauts de cette méthode :
LSRONES
« Tout drainage prolongé des espaces sous-arachnoïdiens entraîne au niveau du névraxe, un déséquilibre physique d’où résulte un certain état de congestion et d’inflammation aseptique. On en voit la preuve dans les altérations progressives du liquide qui s'écoule par l'aiguille lombaire. Ces mêmes altérations (hyperalbuminose et hypercytose) se retrouvent au plus haut point dans le liquide ventriculaire.. Cette « méningoépendymite à vacuo » apparaît au moment où le liquide normal a été soustrait en majeure partie. le liquide néoformé diffère essentiellement du fluide normal, il apparaît comme une formation pathologique, comme un exsudat artificiellement créé par les conditions expérimentales, et non comme le produit physiologique de l’activité des plexus. On ne peut voir en lui un véritable liquide céphalo-rachidien de remplacement. » Cette constatation est en accord avec la critique physico-chimique que j'ai formulée page 32.
Quoi qu’il en soit, la lenteur de cette production est certainement un argument sérieux en faveur de la très grande lenteur du renouvellement du L. C. R.
SICARD et HAGUENEAU avaient fait, chez l’homme, des constatations analogues; après l’écoulement initial d’une centaine de centimètres cubes de liquide, l’écoulement se stabilise et l’on n’obtient plus que 2 à 3 cc. par heure.
D’après les travaux récents de FLEXNER et WiN- TERS, le liquide issu journellement des ventricules du chat est de 9 à 16 cc.
On peut donc conclure en disant que la production
du L. C. R. étant très lente, la résorption l’est aussi. Il n’y a pas de grand courant liquidien, mais un très faible courant ventriculo-méningé masqué normalement par les remous dus aux variations de volume cérébral, variations de volume liées à la plus ou moins grande turgescence des vaisseaux.