I-L'RYDATÈS
J'entends une rumeur qui roule, immense, et telle Oue la mer.
LESERINNYES. II
TALTHYBIOS
Il est vrai. Que nous annonce-t-elle ?
EURYBATÈS
L'n long cri de victoire et de joie, 6 vieillards. Se mêle par la Ville au bruit strident des chars! C'est le Maître, entouré de clameurs infinies.
TALTHYBIOS
Cher Zcus, préserve-le des vieilles Èrinnyes !
EURYBATÈS
Un malheur est caché dans l'ombre, je le crains. Déesses, qui hantez les gouffres souterrains, Faites ses derniers jours tranquilles et prospères !
Les Précédents, K L YT A I M N E STR A , AGAMEMNON, KASANDRA,
Guerriers, Matelots, Femmes de Klytaimnestra, Captifs et Captives.
klytaimnestra.
O Roi ! franchis le seuil antique de tes pères. Entre, applaudi des Dieux et des hommes, vivant Et glorieux, sauvé des flots noirs et du vent,
LES ERIN NYES.
De la foudre de Zeus et des lances guerrières !
Cher homme, qu'ont suivi mes pleurs et mes prières,
Destructeur d'Ilios, rempart des Akhaiens !
Quand, loin de la patrie, ô Chef, et loin des tiens.
Au travers de la plaine où sonnaient les knémides.
Tu poussais sur le mur massif des Priamides
Un tourbillonnement d'hommes et de chevaux,
Solitaire, livrée en pâture à mes maux.
Errant de salle en salle au milieu des ténèbres,
L'oreille ouverte au vol des visions funèbres.
Moi, j'entendais gémir le palais effrayant;
Et, de l'œil de l'esprit, dans l'ombre clairvoyant.
Je dressais devant moi, majestueuse et lente,
Ta forme blême, o Roi, ton image sanglante !
Que peut la morne veuve, hélas ! d'un tel mari?
Et c'est pourquoi ton fils, l'enfant que j'ai nourri,
L'héritier florissant du sceptre et des richesses.
Vit loin d'Argos et loin des embûches traîtresses.
Tu le verras. Les temps sont passés à jamais
Des songes pleins d'horreur où je me consumais,
Et d'une attente aussi qui semblait éternelle.
Voici l'homme ! Voici l'active Sentinelle
Du seuil, celui qui m'est plus doux et plus sacré
Qu'au lointain voyageur ardemment altéré
Le frais jaiUissement de l'eau qui le convie !
Viens donc, 6 Maître, orgueil d'Hellas et de ma vie,
Et foule fièrement d'un pied victorieux
Cette pourpre qui mène aux palais des aïeux !
Les fe?nmes de Klytaimnesîra étendent des tapis de pourpre devant Ao-amemnôn.
LES ERINN YES.
AGAMEMNON
Je te salue, Argos, de lumière fleurie !
Salut, temples, foyers, peuples de la patrie !
Et vous qui de l'opprobre et de Tiniquité
Avez gardé mon toit depuis longtemps quitté,
Zeus ! Hermès ! Apollon, Prince aux flèches rapides !
Je vous salue, amis divins des Atréides,
Qui, dans l'épais filet patiemment tendu,
Avez amoncelé tout un peuple éperdu,
Et qui faites encore, au milieu des nuits sombres,
La tempête du feu gronder sur ses décombres !
Pour toi, femme ! ta bouche à parlé sans raison :
J'entrerai simplement dans la haute maison;
Je veux être honoré, non comme un Dieu, non comme
Un Roi barbare enflé d'orgueil, mais tel qu'un homme;
Sachant trop que l'envie aux regards irrités
Rode dans l'ombre autour de nos félicités.
Il convient d'être sage et maître de soi, femme!
KLYTAIMNESTRA
Chère tête, consens ! J'ai ce désir dans l'âme. Puisque les jours mauvais ne sont plus, il m'est doux D'honorer hautement et le Maître et l'Epoux Et le vengeur d'Hellas. Roi des hommes, sans doute Cette pourpre t'est due, et plaît aux Dieux.
AGAMEMNON
Écoute, Femme ! Garde en ton cœur ma parole : obéis ! L'âpre terre, le sol bien aimé du pays M'est un chemin plus sûr, plus somptueux, plus large.
J'ai, sans ployer le dos, porté la lourde charge
Des jours et des travaux que les Dieux m'ont commis,
Et n'attends au retour rien que des cœurs amis.
Ni flatteuses clameurs, ni faces prosternées !
Montrant Kasandra.
Regarde celle-ci. Les promptes Destinées Sous les pas triomphants creusent un gouffre noir; Et qui hausse la tête est déjà près de choir. Donc, fille de Léda, sois douce à l'Étrangère, Rends moins rude son mal et sa chaîne légère ; Caries Dieux sont contents quand le maître est meilleur ! Et le sang des héros a nourri cette fleur Sur un arbre royal dépouillé feuille à feuille. J'entre. Que la maison me sourie et m'accueille, Sorti vivant des mains d'Ares, le dur Guerrier! Et vous, recevez-moi, Daimones du foyer!
// entre dans le palais^ suivi des guerriers, des matelots^ des captifs et des captives.