‹ Les erreurs sociales du temps présentChapitre 8 sur 24 · EnUGATIOX · texte numérisé non relu

EnUGATIOX

Elever une âme c'est développer les semences qu'elle a reçues de Dieu, en recevant la vie.

La loi de révolution domino IVinivers. Les végétaux, les animaux, le corps humain ne naissent pas avec le développement instantané et complet de leurs organes et de leurs facultés. Le corps inorganique commence par l'atome et obéit à l'afflnilé. Le végétal n'est, à la première heure de son existence, qu'une humble semence cachée dans le sein de la terre; le corps vivant, dans l'animaletdans l'homme, est une celhUe au point de départ de son mouvement vital. Mais sous l'action fatale et intelligente des lois naturelles par lesquelles Dieu gouverne l'univers, toutes ces créatures échelonnées et répandues sur la surface de la terre, se développent, grandissent, arrivent à la plénitude de la vie. Les atomes se rajjprochent, et forment par un développement de surface et par juxtà-posilion, avec le

cours des siècles, les masses qui nous étonnent par leur grandeur ; la semence végétale grandit, et devient, par une métamorphose brillante, le grand arbre de la forêt; la cellule conserve sa vie intérieure, la développe par intussusception Qi devient le corps complet et organisé des mammifères, des grands animaux.

La même loi gouverne et explique à la fois la vie de Tâme et l'idée fondamentale de l'éducation.

Au point de départ de la vie de l'âme, que voyonsnous? Une substance et des facultés endormies. Il faut observer attentivement ces facultés que nous découvrons dans l'âme de Tenfantet qui rappellent les forces diverses cachées dans la semence végétale. Il faut les conserver, les développer, leur ménager l'accroissement de vie qui peut les amener au point le plus élevé de leur progrès ou de leur perfectionnement. Echicere, élever, c'est-à-dire faire sortir de ces facultés, qui sont des germes, les fleurs de la jeunesse et les fruits de la maturité de la vie.

Je n'admets pas la séparation faite entre l'instruction, qui a pour objet la formation de Tintelligence et sa participation à la connaissance des vérités scientifiques^ et l'éducation ou la formation du caractère par l'influence morale et religieuse. L'homme est un ; on ne peut pas séparer l'inteUigence et la volonté, comme deux facultés qui appartiendraient à deux êtres différents ; on ne doit pas séparer davantage l'instruction et Téducation. For-

mer un homme, c'est à la fois l'instruire et l'élever, c'est développer non seulement une ou plusieurs de ses facultés, mais toutes les facultés qu'il a reçues de Dieu,

Trois facteurs concourent à cette formation naturelle et philosophique, car je parle de l'homme et je ne veux pas étudier ici le chrétien.

C'est d'abord la liberté humaine. Tandis que toutes les créatures, privées de raison, obéissent fatalement aux lois générales et harmonieuses de l'univers, et à la loi particulière de leur développement, rhomme, peut, en vertu de sa liberté et par un usage coupable de cette liberté, résister à la loi de son développement ou la suivre, et devenir ou l'ouvrier vaillant, dont parle l'Évangile, qui double les talents qu'il a reçus du maître, ou l'ouvrier paresseux et méfiant, qui étouffe la semence dans la stérilité volontaire et qui reste en dehors de l'activité et de révolution générale de l'univers.

Le maître extérieur est le second facteur. Son rôle consiste à connaître et à constater l'existence de toutes les facultés qui sont dans l'âme, sans les diminuer, sans les augmenter dans ses calculs, pour faire une œuvre de parti ou une œuvre de mensonge. Il doit reconnaître, ensuite, avec sincérité et courage l'objet qui convient à chacune de ces facultés, sans craindre d'affirmer Dieu, s'il voit que Dieu est la réalité souveraine appelée et désirée par ces facultés. Il doit enfin chercher dans les souvenirs de son expérience personnelle et dans

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les leçons du présent et du passé les moyens les plus sûrs pour réaliser la haute pensée du premier maître, ou de Dieu lui-même, et développer avec sagesse, intelligence, dévouement, les riches semences cachées encore et enveloppées dans Tâme de l'enfant.

Dieu est le maître intérieur (]ui achève la forma» tion de l'ame et rend féconde l'action de la liberté individuelle et la parole du maître extérieur. L'un des plus grands philosophes des premiers siècles de l'Eglise a décrit son rôle, avec une sagacité merveil' leuse, dans le beau livre du, maître, de magistro. Malebranche, le plus grand métaphysicien des temps modernes l'écoutait, dans le silence de ses méditations profondes, et toute la tradition philosophique et chrétienne, le salue, en l'appelant le Verbe dont la lumière éclaire l'humble raison du pâtre et remplit de vérités la raison puissante de l'homme de génie.

Mais je ne veux pas parler encore de l'idée de Dieu, je cherche, en suivant les indications de la raison et en restant sur le terrain de la philosophie, s'il va antagonisme ou harmonie entre l'éducation et ridée de Dieu, s'il faut écarter ou conserver la pensée religieuse dans l'éducation, et le problème se pose ainsi :

Si je vois, après un examen profond et une recherche impartiale, que l'idée religieuse est contraire au développement des semences qui sont dans ma nature et que nous appelons facultés intellectuelles et morales ; si je reconnais que cette idée

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étouffe la raison, dénalure la conscience, anéantit l'imagination, pervertit la volonté; si je constate, au cours de cette étude désintéressée, que cette idée ferme le passage à l'homme altéré, haletant, qui veat s'unir à l'objet essentiel et suprême de ses facultés, de sa nature, de sa vie, oh ! alors, je dirai hardiment : « Oui, il y a opposition entre nos facultés et l'idée de Dieu, opposition entre la nature humaine et la religion, et les législateurs, qui entrent courageusement dans la voie ouverte par Tathéisme révolutionnaire et qui dénoncent Tidée religieuse à l'indignation du peuple, sont les défenseurs les plus inteUigents de la raison et de la liberté.

Mais si je reconnais, au contraire, en suivant toujours avec fidélité la raison, la perception claire de la vérité, que l'idée religieuse n'est pas contraire au développement large et lumineux de ma raison, de mon imagination, de ma conscience, de ma volonté, qu'elle est même nécessaire, indispensable au développement complet de ces facultés constitutives de la nature humaine, que sans elle, ces facultés s'oblitèrent, cette nature humaine se dégrade, cet homme cesse d'être un homme, au sens le plus élevé de ce mot, alors, je dirai aux réformateurs égarés qui prétendent couvrir de la majesté de la liberté, de la conscience et du droit, leurs attentats contre nos facultés, contre la loi fondamentale de notre nature, contre le mouvement légitime de notre âme vers sa hn suprême : c'est vous qui violez la liberté, 1a

conscience, le droit; l'éducation doit avoir pour fondement l'idée de Dieu.

C'est bien en ces termes que le problème s'impose à notre attention.

La première et la principale faculté de l'âme, c'est la raison, la raison qui veut connaître la vérité dans le monde extérieur, en elle-même, et dans le principe même de la vie.

Quand j'étudie l'bistoire de la science, je vois que les savants les plus illustres, ceux qui ont su élever la raison à son plus haut degré de développement scientifique, étaient religieux et profondément chrétiens. Kepler, Newton, Euler, Pascal, Leibniz, Malebranche, et dans notre siècle, Guvier, Ampère, Gauchy, Biot, Leverrier, ces esprits puissants et hardis qui ont laissé un sillon dans le champ de la science et cherché la vérité en obéissant aux règles de la méthode critique la plus rigoureuse, étaient chrétiens, ils ont exprimé publiquement dans leurs écrits, et dans les actes importants de leur vie, leurs croyances religieuses, leur foi à l'existence de Dieu et à notre immortalité.

Quoi de plus touchant que cette prière de Kepler, ce représentant le plus illustre de la science du firmament : « Et maintenant, il ne me reste pkis qu'à élever les mains et les veux vers le ciel, et à adres-

ser avec dévotion mon humble prière à rAiileur de toute lumière : 0 toi, qui, par les clartés sublimes que tu as répandues sur toute la nature, élèves nos désirs jusqu'à la divine lumière de ta grâce, je te remercie. Seigneur et Créateur, de toutes les joies que j ai éprouvées dans les extases où m'a jeté la contem[)lation de l'œuvre de tes mains ! Voilà que j'ai terminé ce livre qui contient le fruit do mes travaux, et j'ai mis pour le composer toute l'intelligence que tu m'as donnée î J'ai proclamé devant les hommes toute la grandeur de tes œuvres, leur en démontrant la perfection, autant que les bornes de mon esprit m'ont permis d'en embrasser l'étendue infinie. Je me suis efforcé de m'élever jusqu'à la vérité, de la connaître aussi parfaitement que possible, et, s'il m'était échappé quelque chose d'indigne de toi, fais-le moi connaître, afin que je puisse l'effacer. Ne me suis-je pas laissé aller aux séductions de la présomption, en présence de la beauté admirable de tes œuvres ?N'ai-je pas cherché ma gloire propre parmi les hommes, en élevant ce monument qui ne devait être consacré qu'à ta gloire ? Oh ! s'il en était ainsi, reçois-moi dans ta clémence et dans ta miséricorde, et accorde-moi cette grâce : que l'œuvre que je viens d'achever soit à jamais impuissante à produire le mal, mais qu'elle contribue à la glorification et au salut des âmes (1}! »

1 Cité par M. Moigno. Les Splendeurs de ta foi.

Kepler, que ses admirateurs ont appelé le législateur du lîrmament, et qui fut le maître de Descartes en optique et le précurseur de Newton en astronomie, lui, qui, quinze ans avant Galilée, connut et enseigna le mouvement de la terre autour du soleil, terminait son grand ouvrage sur les mouvements des corps célestes, par cette humble prière qui semble empruntée à un moine plongé dans l'extase d'une vision.

A trois siècles de distance, l'illustre secrétaire de l'Académie des sciences, M. Dumas, exprimait, il y a quelques années, avec la modestie qui est le caractère du génie, la faiblesse profonde de l'intelligence humaine et sa foi à l'immortalité (1).

« Instruit, disait M. Dumas, à l'école de Faraday et de la Rive, on aime à le répéter avec eux : l'attraction qui soutient les astres dans l'espace, qui en connaît la nature ! L'affinité qui lie les molécules des corps, n'est-ce pas un mot dont le sens nous échappe? Notre esprit nous représente la matière comme formée d'atomes, savons-nous s'il existe des atomes? La physiologie décrit les phénomènes de la vie, n'ignore-t-ello pas ce que c'est que la vie ? Et le géologue qui écrit l'histoire du globe, dont il n'a pas encore -fouillé l'épiderme, sôupçonne-t-il l'origine et la fin du globe qu'il habite? Si, parfois, l'homme se sent fort d'avoir tant appris, ne doit-il pas encore se sentir bien

(Il ibiii. p. rii>-iV)i.

humble et bien petit de tant ignorer!... La vie ne se commence pas et ne se termine pas sur la terre; et si nous n'étions pas convaincus que Faraday ne repose pas tout entier sous une froide pierre; qu'il est présent au milieu de nous et sympalliise avec nous, que son pur esprit nous contemple, nous ne nous serions pas réunis dans cette enceinte, non pour honorer sa mémoire, mais pour lui payer, une fois de plus, un tribut sincère d'affection, d'admiration et de respect. »

Voilà donc des hommes dont les noms rappellent de glorieuses conquêtes scientifiques et qui ont fait avancer l'esprit humain dans la connaissance delà nature et de ses lois, qui s'inclinent devant l'inconnu, qui professent leur foi à l'immortalité de l'âme, à l'existence d'une cause première de tout ce qui existe, et qui, sans rien sacrifier des droits sacrés de la raison, se soumettent à l'idée religieuse.

C'est la démonstration expérimentale delà thèse que nous défendons. A l'exemple do ce philosophe de Tantiquiléqui, voulantprouverle mouvement, se levait et marchait, ces hommes de génie ont su rester savants et affirmer par leur exemple une croyance religieuse qui n'a pas pour elle, comme la négation matérialiste, les passions des sens, et la complicité des passions plus redoutables de l'esprit.

Et l'observation de ce fait historique nous défend de répéter avec les hommes de mauvaise foi qu'il est impossible d'accorder l'idée religieuse et la vaison.

La science de la nature ne consiste pas, d'ailleurs, comme le croit le vulgaire, à faire quelques découvertes dans le monde matériel, à observer un fait particulier, à décrire avec plus de précision Torganisation d'un insecte ou d'une plante. A ce modeste travail, l'esprit d'un spécialiste ordinaire suffit. Un homme d'une intelligence médiocre qui aura la patience de s'enfermer dans une seule recherche, et de concentrer toute son attention sur un point particulier des sciences naturelles, verra ce qu'on n'a pas vu avant lui, il sera inventeur. Le génie est autre chose. L'inventeur qu'onadmire aujourd'hui, c'est le voyageur qui rencontre au pied d'une montagne un brin d'herbe, une fleur, un insecte, et qui en fait avec patience la description infinitésimale ; le vrai savant c'est l'aigle qui d'un coup d'aile s'envole audessus des plus hautes cimes des montagnes, et qui, la tête toute resplendissante de l'éclat du soleil, la prunelle ardente, embrasse à la fois du regard l'immensité de la terre et l'immensité du firmament.

Qu'est-ce, en effet, que la science de la nature ? C'est la reproduction de la nature dans notre pensée et dans notre esprit : mais que voyons-nous dans la nature à tous ses degrés, dans les minéraux, dans les végétaux, dans les animaux? Des êtres, des forces qui les animent ou les soutiennent, des lois qui expliquent et dirigent leurs mouvements. La science complète de la nature consisterait donc à connaître tous les êtres, toutes les forces, toutes leurs lois. La science est une svn-

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tliôso. Les spécialistes et les inventeurs qui font une application pratique de leurs découvertes, aux besoins de la vie matérielle, ne peuvent pas ignorer que la science est désintéressée, et qu'elle habite lesréiiions lumineuses de l'idéal; ils frappent l'esprit utilitaire de notre époque; ils ne réalisent pas les qualités de l'homme de génie. L'homme de génie, qu'il s'appelle Kepler, Newton, Leibniz, ne s'arrête pas sans fin aux détails, aux petits côtés de la science. Il veut connaître l'ensemble harmonieux des choses créées, il veut voir Tensembledes forces, calorique, lumière, électricité, magnétisme qui engendrent les mouveinents do ces réalités créées, embrasser d'un cou[) d'œil vaste et puissant les lois qui font et conservent l'harmonie de l'univers.

Mais la connaissance n'est pas complète tant que notre esprit n'a pas reconnu et senti l'intelligence supérieure, principe de l'unité et de la variété de ces créatures, de ces mouvements, de ces lois, la pensée et la volonté principale qui ramène à l'unité et qui explique l'harmonie de l'univers. Au nom du principe philosophique et nécessaire de causalité, le vrai savant s'élève des efi'ets à la cause, de ces masses créées à la puissance qui les a jetées dans l'espace, de ces lois savantes à l'intelligence qui les a conçues, de ces choses finies, à l'Etre infini, sans lequel rien ne s'expli({uo et rien ne vit.

Aussi je ne m'étonne pas d'entendre les hommes de génie qui dominent leur siècle et qui l'étonnent par la grandeur de leurs découvertes, affirmer leur

croyance à l'existence d'une cause suprême, qui explique l'univers. Peu de science éloigne de la religion, a dit Bacon, beaucoup de science y ramène. Les esprits indociles qui prétendent exclure au nom de la science toute foi religieuse, et qui se font les défenseurs de l'éducation athée et matérialiste, oublient ou feignent d'oublier que la connaissance du monde extérieur implique la connaissance de l'idée de Dieu, que les vrais savants ont été religieux, et que la croyance chrétienne n'a jamais été un obstacle à la raison humaine quand elle a voulu faire la conquête du monde par la science.

Mais la raison n'a pas seulement pour objet la connaissance du monde matériel, elle a encore un objet plus élevé, c'est l'âme, son origine, sa destinée. Si avancée que puisse être sa connaissance des sciences naturelles, si rapides que soient ses conquêtes sur les forces de la nature, il vient une heureoi^i l'homme, frappé de la fragilité delà vie, s'occupe moins des conditions matérielles de sa demeure terrestre, se recueille et demande à ses pensées et à la tradition, le passé et le lendemain de la vie. Toute la philosophie est dans cette demande, et les penseurs les plus célèbres, de Platon à saint Augustin, de saint Augustin à Thomassin, de Thomassin à Maine de Biran, sans oublier le grand métaphysicien du moyen âge , saint Bonaventure, tous ont enseigné que si la connaissance de la nature matérielle est le point de départ de la science, •la philosophie ou la connaissance de soi-même

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en est le second, ot la philosophie est au-dessus des sciences naturelles, comme l'îlme est au-dessus des corps.

Comment l'idée religieuse pourrait^ elle être un obstacle à la connaissance de la nature humaine, quand nous voyons que les philosophes, qui ont pénétré plus avant que les autres dans les mystères de la vie de l'homme pour en décrire les détails infinis avec un art incomparable, affirment si hautement leur croyance à l'existence de Dieu ? Ces philosophes qui ne les a nommés? C'est Platon qui inspire plus lard saint Augustin devenu chrétien, c'est Aristote le maître d'Albert le Grand, de saint Thomas d'Aquin, et des écoles célèbres du moyen âge. Ces maîtres 's'appellent encore Bossuet, Descartes,' Fénclon, Pascal, Malebranche ; et tous ces représentants les plus illustres do la tradition philosophique depuis Platon qui s'élève si haut dans la connaissance de la Beauté éternelle, tous ces maîtres écoutés expliquent Tûme et le monde par Paction d'une Cause suprême, par l'action de Dieu.

En dehors de ces philosophes qui font de l'idée de Dieu la clef de voûte de leur système, il n'y a que le scepticisme ou partiel ou complet de Hume et de Kant, ou l'athéisme de Lucrèce et le panthéisme de Spinoza, ou bien encore le matérialisme qui s'étale sous une forme grossière dans Cabanis et Broussais, et sous une forme plus habile dans les paradoxes des positivistes contemporains. C'est bien par Vidée de Dieu que la vraie philosophie explique

le fuit de l'origine de l'àme, l'origine de la terre et la loi de notre destinée.

Et la conscience, cette faculté qui nous fait connaître la loi morale, le bien et le mal, qu'est-elle si nous refusons de croire à l'existence de Dieu, quelle est sa nature et son origine, quelle est son autorité ?

Ici les contradictions se multiplient dansles systèmes philosophiques des ennemis de Dieu, et c'est en vain qu'ils entassent hypothèses sur hypothèses pour conserver à la conscience sa lumière et son autorité.

Je comprends la conscience et j'explique son autorité morale sur la volonté, par l'idée de Dieu. La conscience est plus qu'un écho; elle est la parole même de Dieu, et elle en a manifestement les caractères. C'est là ce qui fait son autorité. Celui qui a fait le mal n'échappe jamais aux menaces de cette parole et à la puissance de son châtiment. Ni le temps, ni l'espace ne peuvent le soustraire à la justice de Celui qui est en dehors du temps et de l'espace parce qu'il est éternel et infini. Mais si Dieu n'existe pas, qu'est-ce que la conscience, et comment sa lumière pourra-t-elle éclairer à mes yeux le bien et le mal?

Direz-vous que ma conscience fait partie de ma nature, et qu'il faut suivre les inclinations et les penchants de sa nature?

Les philosophes du dix-huitième siècle, ennemis implacables de la pensée chrétienne et de l'ordre

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surnaturel, onl parlé avec emphase des lois de la nature et du devoir de les écouter. Le plus célèbre (le ces philosophes, Rousseau, a même écrit ce paradoxe souvent répété et si facile à réfuter : « L'homme naît bon, la société le rend mauvais. » Séparez Tenfant de la société, vous aurez un sauvage. Mais pourquoi insister sur ce point?

Si ma nature était bonne, en effet, si elle n'était pas déchue comme l'enseigne le christianisme ; si toutes nos inclinations et tous nos penchants nous portaient au bien, l'on pourrait dire : la conscience est l'expression de notre nature, et elle est indépendante de Texislence de Dieu. Mais il faut bien se rendre à l'évidence, et reconnaître, en restant sur le terraindel'observationet de l'expérience, qu'ilya en nous des penchants bons, qu'il faut suivre, et des penchants mauvais qu'il faut réprimer, que par conséquent tous nos penchants ne sont pas conformes à la morale, àla justice, au devoir, et qu'il n'est pas permis de suivre aveuglément ses propres inclinations.

Le voleur, l'assassin, le luxurieux, le despote suivent dans leurs actions injustes et violentes leurs penchants mauvais, toutes nos passions sont des penchants, et s'il était permis de s'abandonner au courant des passions, il faudrait nous laisser agir comme les animaux. Mais les philosophes de l'athéisme ne sont pas des logiciens. Ni les panthéistes qui nous affirment gratuitement une nature divine, ni les utopistes (jui refusent de croire à la

chute originelle, nilesplialanstériens si compétents d'ailleurs, dans les questions iV attractions passionoïdles, n'oseraient prétendre qu'il est permis de suivre toutes ses passions, parce qu'elles sont l'expression certaine de notre nature qui est bonne et qui n'a jamais été blessée.

Il faut donc ou reconnaître avec le Christianisme que notre nature est déchue, et qu'il est nécessaire de recourir à une lumière supérieure pour démêler nos penchants, et faire la part des bons et des mauvais, ou prétendre que la nature humaine est bonne, parfaite, et consacrer toutes nos passions.

Et même dans cette dernière hypothèse, condamnée par la logique, par la morale et par les faits, on n'expliquerait pas davantage la conscience, et Ton ne comprendrait pas pourquoi, notre nature étant bonne, ses inclinations étant bonnes, la conscience nous défendrait d'obéir à certains penchants, et punirait notre désobéissance, par la souffrance du remords. Nous sommes là en présence d'une contradiction.

Et si vous prétendez que la conscience n'est pas seulement, comme l'enseignent les matérialistes, la voix de la nature, mais qu'elle est l'expression de l'éducation que nous avons reçue, du milieu où nous vivons, des influences diverses et puissantes que nous subissons, à l'état inconscient, dans toutes les conditions de la vie, alors, la conscience n'a pas ce caractère immuable, impératif, absolu, que nous lui reconnaissons avec tous les peuples,

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de tous les temps, elle est une formo particulière (Ips pr('jui,fés et des superstitions séculaires que tout ])hilosoplie doit combattre, nu nom de la raison, au nom do la vérité, au nom de la justice, et les matérialistes qui ont supprimé Dieu de la morale, en voulant afl'rancliir l'esprit humain des vieux préjugés qui pesaient sur lui comme un bandeau sur les yeux, doivent avancer et affranchir la volonté humaine des importunités de la conscience et du remords, puisque la conscience est l'expression mobile, arbitraire, capricieuse de l'opinion d'im pays, ou des préjugés d'enfance et d'éducation.

La conscience ne conserve son caractère impérieux, obligatoire, absolu qu'à la condition d'être la parole ou le commandement d'un Être supérieur à nous, et supérieur à tous les hommes qui lui doivent obéissance, et cet Être, c'est Dieu. Supprimez Dieu, vous n'expliquerez pas la conscience, (^es deux termes sont étroitement unis.

L'analyse de la volonté nous mène encore à Dieu. A son principe la volonté se confond avec l'amour. Aimer c'est vouloir, vouloir c'est aimer, c'est appeler une réalité, c'est désirer la posséder. Or, la volonté humaine cherche et appelle le bonheur, le bonheur infini dans la possession du bien absolu, qui peut la satisfaire et la rassasier. Mais si Dieu n'existe pas, et si l'homme n'a pas l'espérance de le posséder, que devient cette tendance invincible de la volonté vers le bien infini? Comment expliquer son origine et son apparition

dans l'homme dont la nature est finie ? La raison peut-elle admettre qu'il y ait en nous une tendance invincible vers un être qui n'existe pas ? et n'est-il pas plus raisonnable, en présence de ce fait humain, de croire à l'existence de cet Être infini que de supposer dans la nature une violente contradiction.

Mais la contradiction n'existe pas. Notre volonté cherche à travers l'infinie variété des choses créées, et dans les douleurs des expériences humaines le Dieu qui est son principe et sa fin. Au moment où, pour la première fois, ce désir naît dans la volonté, la raison s'éveille, et elle voit la loi morale qui indique à l'homme les chemins par lesquels il peut arriver à la béatitude totale qui est le terme de sa vie. Or toute loi suppose un législateur, et la loi naturelle, la loi morale qui s'impose à tous les hommes, implique l'existence d'un législateur supérieur à tous les hommes, indépendant du temps et de l'espace, un Dieu éternel qui récompense l'homme juste et qui punit le violateur obstiné de sa loi.

Ainsi, non seulement la volonté n'est pas en opposition par sa nature avec l'existence de Dieu, mais ces deux idées s'appellent, et la volonté qui n'est en réahté que le sentiment et l'amour d'un être parfait, serait une faculté sans objet si Dieu n'existait pas. L'imagination est la faculté créatrice du beau. C'est elle qui donne une forme sensible à l'idéal. Ici encore, et sous une forme moins sévère, nous rencontrons Dieu.

Le beau a son expression sensible dans la poésie,

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la musique, les arls. La poésie à son degré le plus élevé, c'est Tépopée, ou l'action divine mêlée à l'action humaine. Les grands poètes : Homère, Virgile, Dante, Milton ont fait passer la majesté divine dans leurs œuvres immortelles, et leur épopée est pleine de l'idée de Dieu. Mozart, Haydn, Cherubini, Palestrina, Rossini, empruntent à l'idée divine et au sentiment religieux la beauté merveilleuse de leurs compositions savantes. N'est-ce pas encore l'idée religieuse, reflet de Dieu, qui fait le charme et la puissance des chefs-d'œuvre de Michel-Ange, de Raphaël, et de tous les grands artistes, depuis la Transfiguration de Raphaël, jusqu'à V Assomption Ù.Q Murillo?

Le vrai, le beau et le bien sont des aspects divins de la même réalité incréée, de Dieu. Le savant qui cherche la vérité souveraine et qui parcourt lentement le champ si vaste et si étroit des connaissances humaines; l'homme de bien qui avance d'un pas courageux, en suivant les sentiers difficiles du bien ; l'artiste qui cherche à traduire dans une œuvre terrestre les reflets sublimes de la beauté éternelle, vont à Dieu par des chemins différents.

Et non seulement il n'y a pas opposition, comme le prétendent les athées modernes, entre nos facultés et l'idée de Dieu, mais l'analyse philosophique me permet d'affirmer qu'il y a entre elles des harmonies profondes, et que les facultés se dévelop[)ent dans la mesure de leur union avec le vrai, le beau et le bien éternel, avec Dieu.

Et puisque réducation consiste essentiellement et exclusivement dans la formation de nos facultés, de toutes nos facultés, il est évident que toutes les fois qu'on écarte Dieu de l'éducation et que Ton déclare la guerre au sentiment religieux, on blesse les droits naturels de l'homme, et l'on se condamne à l'impossibilité de développer ses facultés ; l'on est ainsi en opposition avec l'idée fondamentale de l'éducation.

Observez encore la nature humaine avec plus d'attention et vous reconnaîtrez en elle, comme dans toute créature intelligente, une instinctive et puissante aspiration vers l'Iafini, qui engendre le sentiment religieux. L'on a dit : L'homme est un animal religieux, et un célèbre physiologiste de notre temps, cherchant le caractère spécifique de l'homme, déclare que nous différons des animaux par la religiosité. Il affirmait ainsi que l'Inflni existe puisque l'homme est fait pour lui, et que sans la réalité de l'Infini, Fhomme ne s'explique pas.

C'est ce phénomène profond que les philosophes les plus célèbres du moyen âge : Alexandre de Halès, xVlbert le Grand, S. Bonaventure, S. Thomas, et après eux de brillants disciples, ont décrit, expliqué, approfondi, en cherchant la solution scientifique du problème abstrait de l'origine des idées. Quand ces grands esprits demandaient à leurs

rétlexions puissantes si Tidéede l'Infini qui s'impose ù notre intelligence en la remplissant de ses clartés, était rinlîni lui-même qui, présent partout, manifestait ici sa présence d'une manière sensible, ou si nous n'avons (jue son image ou son reflet, ils ne mettaient pas en doute la coordination de notre âme à l'Infini, — cest un fait trop évident ; — mais ils voulaient approfondir le problème, et décrire, si c'était possible, avec toute la rigueur de la logique et toutes les ressources d'une dialectique pressante la formation de nos idées dans la lumière et sous l'influence de l'Infini.

Mais ce n'est pas à ce point de vue abstrait, et en nous élevant aux plus hautes régions do la métaphysique que je veux analyser le sentiment religieux qui se confond dans notre âme avec l'aspiration instinctive vers l'infini.

La nature physique, la nature intellectuelle et la nature morale, excitent, réveillent dans des circonstances diverses, ce sentiment de l'infini (|ui nous rappelle d'une manière saisis.sante notre origine et notre destinée.

Le voyageur qui veut gravir les pentes tour à tour escarpées et gracieuses des plus hautes montagnes des Pyrénées, éprouve des impressions qui varient avec les scènes qui se succèdent à ses yeux. Il traverse la ville animée et joyeuse dont les bruits ramènent son esprit aux pensées terrestres, aux préoccupations ordinaires qui remplissent la vie. Il monte, en suivant l'étroit sentier, ouvert dans le

rocher par la main vaillante de riiomme. Il aperçoit à ses pieds, au fond de la vallée, une masse grise où se mêlent et se confondent dans la même teinte, Téglise, les chalets, les maisons, et un murmure qui rappelle faiblement le bruit de la mer, arrive à ses oreilles. Quelques pas encore, il tourne un rocher et se trouve subitement dans la montagne. Il rencontre de grands troupeaux parqués, des sapins gigantesques plus forts que la tempête du dernier hiver, des cabanes où les bergers passent la nuit, et sa pensée, dégagée des vanités du monde et des préoccupations étroites de la vie se repose à goûter le charme tranquille de ce paysage nouveau. Voici, enfin, le sentier en lacets qui dessine ses lignes brisées dans la terre sans végétation, aride et fuyante sous les pieds; le voyageur arrive au sommet. Autour de lui les pics, les aiguilles de glace, les cimes aux neiges éternelles qui, sous les coups du soleil, jettent des éclairs. Plus rien ne lui rappelle ni le monde, ni la terre, ni la vie. L'espace s'étend immense à ses pieds dans la plaine, au-dessus de sa tète, dans le bleu profond du firmament. Il n'entend plus de voix humaine ; il n'aperçoit plus de troupeaux ; aucune trace de végétation n'appelle son regard, rien ne le distrait du sentiment nouv.eau et profond qui se réveille dans son esprit étonné, saisi, recueilli, de cette apparition puissante de l'Infini.

Nous éprouvons la même impression, sur une plage isolée, en prèeence de l'océan, dans la pro-

l'ondeur d'une forêt, et par une belle nuit d'été ([uand nous contemplons les magnificences du firmament.

Si ce sentiment de saisissement que nous venons (le constater était particulier aux poètes, aux artistes, aux savants, je n'y verrais qu'un phénomène psychologique intéressant, mais je ne pourrais pas affirmer que ce sentiment et l'idée qu'il fait naître se confondent avec la nature humaine, font partie de noire nature, et sont une indication précise du lien (jui rattache l'homme à l'Infini. Mais il n'en est pas ainsi; nous retrouvons la môme impression, avec une intensité et des formes diverses dans le pâtre ignorant et dans le savant; il appartient ù notre nature ; c'est un fait humain.

Et si vous décomposez par l'analyse ce fait complexe, cette impression profonde, vous y reconnaîtrez les éléments delà religion naturelle, et l'expression spontanée du sentiment religieux. A ce moment de recueillement dans les hautes solitudes, l'homme pense à l'Etre infini, qui, par sa puissance, a créé le monde, et fait apparaître la vie à la surface du globe. Il admire cette Intelligence souveraine qui a conçu et déterminé les lois qui règlent les mouvements des corps inanimés et l'évolution des plantes et des animaux. Il s'incline enfin dans l'adoration et la reconnaissance en présence de cette puissance et de cette intelligence, qui nous donne et nous conserve la vie. La religion naturelle sort ainsi du dégagement de l'idée de l'Infini qui est en

nous à l'étatinconscient et latent à tous les moments de notre vie.

Ce n'est pas seulement en présence des grandes scènes de la nature matérielle que ce sentiment de rinflni s'éveille et nous émeut, je le retrouve encore vivant dans notre âme, et par conséquent dans la nature humaine, en présence d'un grand danger. Quand un homme se trouve en présence d'une catastrophe qui menace son honneur, sa vie, ou l'honneur et la vie de sa femme, de ses enfants, par un acte rapide qui est l'expression vivante de sa croyance, avant même toute réflexion cet homme lève les mains, cherche l'Infini, et crie : Aloîi Dieu!

Par ce cri déchirant que faisons-nous? Nous afflr mons que les forces humaines et les lois de la nature ne peuvent pas détourner le danger qui nous épouvante. Nous affirmons qu'il y a au-dessus delà nature un Être plus puissant que l'homme, et qui peut nous défendre. Nous affirmons que cet Etre n'est pas indifférent et dédaigneux dans la majesté de sa puissance infinie, mais qu'il est présent partout, qu'il nous voit, qu'il nous entend, et qu'il peut, s'il le juge à propos, nous sauver. Nous affirmons, enfin, qu'il y a un rapport étroit de dépendance et d'afiection entre nausetrinfini,et qu'ilfaudrait faire violence à notre nature, à ses inclinations les plus fortes, à ses aspirations invincibles pour briser ce rapport, et par conséquent pour asseoir féducation de l'homme sur la négation de Dieu '

LES EUriElUS SOCIALES DV TEMPS PHî:SENT 171

Tous les peuples, avant ot après le Christ, ont exprimé ce même sentiment religieux, par l'éclat du culte et par la prière. L'hisloire politi<|ue des anciens peuples se confond avec leur histoire religieuse, et comme l'a dit un ancien philosophe, il serait plus facile de trouver une ville sans murailles de défense, qu'un peuple sans croyance à l'existence de Dieu. Quand la mort et la peste désolent un pays, à la veille et au lendemain des batailles; avant les grandes décisions et les actes importants qui intéressent le pays, tous les peuples ont invoqué les Dieux, et affirmé leur croyance à l'existence d'un Etre suprême et de sa providence. Les témoignages historiijues abondent, il est inutile et il serait fastidieux de les répéter.

Dans Tordre intellectuel, l'idée de l'Infini nous apparaît dans deux conditions diilerentes. C'est d'abord la cause première qui a créé, ordonné l'univers, c'est elle qui se révèle à la pensée des hommes de génie, et qui les éclaire de ses apparitions. L'esprit humain ne peut pas avancer et s'emparer des forces secrètes de la nature sans s'élever jusqu'à la cause de ces forces et des lois qui en expliquent les mouvements. Mais l'homme de génie est moins fier de ce qu'il sait que troublé de ce qu'il ignore, et en voyant reculer sans cesse devant lui les limites du champ de la science qu'il avait la prétention d'explorer, en rencontrant sanscessele mystérieux, l'inconnu, l'insaisissable, il sent mieux l'imperfection profonde et l'immense faiblessede l'intelligence

humaine, même quand elle a les dons les plus riches ; et troublé au sentiment de cette disproportion, qu'il relève entre son désir de connaître et ce qu'il peut connaître ici-bas, il s'élève avec crainteet respect jusqu'à l'inteUigence souveraine, jusqu'à rinfmi qui refuse de nous livrer encore le secret de l'existence et de la conservation des choses créées. Qu'est-ce que la vie? qu'est-ce que la chaleur, la lumière, le magnétisme, l'électricité? qu'est-ce que l'attraction? qu'est-ce que la matière ? mystère, mystère profond! Et cependant nous parlons sans cesse de ces choses, comme si nous les connaissions dans leur essence et dans leur profondeur. Le savant qui rencontre sans cesse, et dans toutes les directions, ce fantôme de l'inconnu, s'étonne moins de le rencontrer encore dans le domaine des vérités religieuses, et ce n'est pas le mystère qui peut le détourner de la croyance à l'Etre infini.

L'éducation est l'art de développer toutes les facultés de notre nature. Or, toutes nos facultés : raison, conscience, imagination, volonté, se développent par leur union avec l'Infini, c'est-à-dire avec Dieu. Il faut donc conserver la foi à l'existence de Dieu et en faire la base de l'éducation.

Nous avons, d'ailleurs, le sentiment et le besoin invincible de l'Infini. 11 est en nous, d'une manière habituelle inconsciente, mais, en présence

(les beautés grandioses de la nature, des dangers et des malheurs qui nous menacent, du mystère et de l'immensité de la science, il se réveille, il nous trouble, il devient le fondement delà religion naturelle.

La négation de Dieu n'est pas seulement une hérésie religieuse, elle est encore la négation des faits les plus certains de notre nature, et des droits les plus respectables de la raison, de la conscience et de la volonté.

L'orgueil des découvertes modernes dans le domaine pratique des sciences naturelles, rend plus violente encore Tattaque des ennemis du Christianisme, et ils répètent cette parole de Proudhon, La religion est l'ennemie delà science et de l'éducation, il faut la détruire.

Cet antagonisme apparent de la science et de la religion est le dernier argument de Proudhon, contre les défenseurs de Téducation chrétienne, et il séduit encore aujourd'hui les esprits superficiels ({ui ont perdu la\ vertu intellectuelle de l'attentioû et l'habitude courageuse de dépouiller les mots et d'approfondir les idées.

Je suis loin de méconnaître les grands progrès scientifiques de notre temps, et je loue sans réserve, avec une admiration qui est un hommage rendu à la vérité, les efibrls et les succès des hommes de science, qui s'emparent de la matière, en obéissant eux-mêmes à ce commandement écrit aux premières pages de nos livres sacrés : Remplissez la

terre et devenez ses maîtres : Replète terram etsuhjicite eam. Mais cette admiration ne me rend pas injuste envers le passé.

Chaque âge historique a son caractère et réahse des progrès particuHers. Aux âges de foi, l'esprit humain approfondit les grands problèmes religieux qui se rattachent aux dogmes, à la morale, à l'origine et â l'objet de la rehgion. La théologie règne en souveraine, et tout l'effort de la pensée des hommes les plus intelhgents, tend â réfuter les objections des adversaires, et à dégager dans une lumière plus vive la vérité de la parole révélée. Aux âges de philosophie, la raison explore les problèmes délicats de l'âme, de la pensée, de la liberté, de l'origine et de la finalité des choses créées, et par l'analyse et la synthèse, elle fait pénétrer la lumière dans toutes les parties du domaine parcouru par la pensée. Il est enfin des âges où l'esprit semble se désintéresser des problèmes élevés de la religion et des questions abstraites et métaphysiques de la philosophie, et se sent attiré vers la matière, vers les forces cachées dans le sein de la nature, il veut les découvrir, les connaître, s'en emparer, les dominer, les diriger, en faire les auxiliaires soumis et les instruments dociles de sa volonté.

Soit qu'il cherche par un effort hardi et persévérant à surprendre les secrets delà religion et de la yie éternelle réservée à l'homme après la mort, soit qu'il. creuse avec peine et avec courage les pro-r

LES ERRHUnS SOCIALES DU TEMPS PHKSENT 175

blêmes de la pensée humaine, de la liberté,, de la cause première, de la raison universelle des choses créées; soit enfin qu'il s'applique à connaître la loi do révolution de la matière vivante et les lois de la conversion de la force dans la matière inanimée, l'esprit de l'homme est également digne de notre respect et de notre admiration, et si je m'incline devant l'astronome qui m'apprend les lois harmonieuses du mouvement des grands corps célestes, je considère avec un égal respect mêlé d'admiration, le théologien qui défend scientifiquement les dogmes religieux, et le philosophe qui m'explique l'origine des idées et les lois de la pensée.

Or, les adversaires de l'idée chrétienne oublient ces principes de justice ; ils semblent ignorer que Platon creusant les questions fondamentales de la philosophie, et saint Thomas d'A(iuin, écrivant la Somme Tliêologique, sont au moins aussi grands qu'un physicien de notre âge versé dans la connaissance de la chaleur, delà lumière, du magnétisme et de l'électricité, ou que l'astronome qui nous fait connaître par l'analyse spectrale les mondes qui voguent dans l'espace infini ; ils oublient cette variété des mouvements de l'esprit qui change, dans le cours des siècles, l'objetdc son application, selon des lois qui nous sont inconnues, et ils accusent l'Eglise chrétienne d'ignorance, parce que ses théologiens n'ont pas découvert, il y a dix siècles, le secret de se servir de la vapeur et fie l'électricité.

La sagesse et la justice nous commandent d'éviter ces aberrations étranges de l'orgueil moderne, de reconnaître et d'admirer les œuvres tliéologiques, philosophiques et littéraires des siècles passés et de ne pas oublier que, dans cent ans, le savant regardera, sans doute, avec un sourire de pitié, nos laboratoires, nos instruments, et ces affirmations présomptueuses d'une science qui, loin de chercher la vérité dans sa simplicité, s'arrête avec complaisance à des hypothèses dont elle fait des armes déloyales contre l'enseignement chrétien, et la divinité de la reUgion.

D'ailleurs, quand on se plaît à opposer l'enseignement chrétien à la science, il faudrait donner un sens précisàla pensée. 11 a y des sciences différentes, mais la science n'existe pas. Quelle est donc la valeur et la signification de ce mot vague, la science ? L'histoire, la géographie, la philosophie, la théologie sont certainement des sciences, au même titre, et avec autant de raison que l'astronomie, la physique et la chimie, et lorsque j'entends répéter, par des esprits égarés par les préjugés, et plus souvent encore par une profonde ignorance en matière de rehgion, que la religion est opposée à la science, je demande, d'abord, de quelle science on entend parler.

Le chimiste étudie la matière dans ses décompositions et ses éléments primitifs; le physicien observe et décrit la nature et les conversions de la force qui met en mouvement la matière inanimée ;

Tastronome a pour champ d'observation l'immensilé du firmament éclairé et sillonné par les glcdDes célestes; le physiologiste étudie la malière vivante et le mathématicien nous fait connaître les lois immuables des nombres, mais ces sciences diverses qui ont un objet particulier, clairement déterminé, la matière animée et la matière inanimée, sont indépendantes de la théologie et de l'enseignement révélé. L'Eglise n'a jamais érigé en dogme une théorie chimique, astronomique, physique et physiologiste; la science divine qui a pour fondement la foi surnaturelle, et les sciences humaines qui naissent de l'application de la raison aux choses naturelles, ont leur domaine indépendant, et les savants illustres, nous aimons à le répéter, depuis Kepler, Galilée, Newton, Euler, Bacon, jusqu'à Cuvier, Gauchy, Ampère et Leverrier n'ont jamais été troublés dans leurs explorations et dans leurs recherches profondes, par leur croyance chrétienne à la vérité de la parole réviiléc.

Tous les problèmes élevés qui se rattachent à l'âme humaine, à son origine, à sa destinée, à l'existence de Dieu et de sa providence à travers l'histoire, ces problèmes ne relèvent pas du chimiste, du biologiste ou de l'astronome, ils relèvent d'une autre science, de la philosophie et de la théologie. Le naturaliste part du fait de l'existence de la matière et de la force, et il en étudie les lois. C'est le philosophe qui va au delà, et qui cherche à résoudre le problème de l'origine et de la cause pre-

mière des choses créées; c'est le philosophe qui laisse au physiologiste rétade des tissus cellulaires, des organes, des appareils et qui se réserve l'étude de l'âme, de la pensée, de la sensibilité, de la volonté, de la responsabilité de l'homme et de sa destinée.

Je persiste à croire qu'il y a des malentendus profonds et regrettables dans un grand nombre d'esprits séparés encore aujourd'hui du Christianisme, et (]uo le débat perdrait de son âpreté et de sa durée, si Ton donnait un sens précisa l'objection élevée au nom des sciences humaines contre l'éducation fondée sur la religion.

C'est Dieu qui nous donne la raison et qui nous accorde la foi, et supposer une contradiction entre la vérité scientifique et la vérité révélée, entre la raison et la foi, ce serait accuser de contradiction et de mensonge Dieu lui-même, qui parle à Thomme par la science et par la religion. Nous n'avons pas peur de la science, mais nous avons peur delà demiscience. Nous avons peur des hypothèses gratuites, des assertions fausses, des théories imaginaires, des faux systèmes présentés, comme l'expression de la science et la démonstration de l'erreur cachée dans le Christianisme, et nous demandons, nous appelons de tous nos vœux, pour le saluer avec la joie d'une âme absolument dévouée à la science, l'avènement des savants, ennemis des théories, des hypothèses, des conjectures, ennemis des préjugés hostiles et des préventions haineuses, qui ne cher-

chei'ont pas, avec les passions des sectaires, des armes contre la religion qu'ils ne connaissent pas, mais qui chercheront sincèrement la vérité, dans toutes les directions do la science ; ils seront les auxiliaires les plus intelligents et les plus ulilos de l'éducation religieuse, de la défense de la foi, et du [U'ogrès de l'esprit humain.

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