CHAPITRE IV. — ÉTUDE CLINIQUE J
Mais l’éruption est toute la symptomatologie ; il n'y a aucune réaction générale apparente, pas de vomissements, pas de diarrhée verte ; le facies reste bon, la courbe thermique n’est pas influencée, ou bien, s’il y a une modification de température, elle n’est que d’un demi-degré à un degré. L’érythème bénin est sans influence sur la marche de la fièvre typhoïde ; il n’en trouble nullement le cours ; il est sans valeur pronostique. On doit cependant le considérer comme étant de même nature que l’éry-
thème grave, puisqu'on les voit tous deux apparaître au
cours d'une même série morbide (Obs. V, VI, VII), et que, entre les deux types extrêmes, existent toute une sérié
d’intermédiaires, de gravité variable.
20 Les autres observations, de beaucoup les plus nombreuses, concernent les érythèmes graves ou malins, que nous avons spécialement en vue dans cette étude.
I s’agit d’un vérilable syndrome, d’une exceptionnelle
gravité : un typhoïdique, un enfant le plus souvent, présente, sans cause apparente, à une période quelconque de sa fièvre typhoide, des vomissements verdâlres, qui peuvent rapidement devenir incoercibles ; c’est le symptôme de début habituel ; il doit faire redouter l’apparition des autres accidents graves. L'enfant est en effet plus abattu, plus prostré, son facies s’altère, ses yeux s’enfoncent, son nez se pince. Souvent, dès ce moment, le syndrome s’accuse par une chute de température ; elle est plus ou moins
marquée, plus ou moins rapide. On songe à une perfora-!
tion intestinale ; mais le ventre reste souple, non douloureux, le pouls ne s'accélère pas, parfois même il se ralentit en même temps que se produit la chute de température.
Puis apparaît une éruplion: c’est un érythème essen-
tiellement polymorphe ; d'abord localisé au pourtour des
articulations, il se généralise plus ou moins les jours sui-
vants, respectant habituellement la face.
La prostration augmente, le facies s’altère davantage. La langue est sèche, les lèvres sont épaissies ; elles se fissurent et s’ulcèrent ; les bords ciliaires rougissent et s’en-
“ \ ne 36 LES ÉRYTHÈMES GRAVES * . \ ; flamment, Une diarrhée verte, très fétide, souille cons-
tamment le malade.
Si l’évolution doit se faire vers la mort, la température remonte progressivement, atteint 400, 41° et plus ; le pouls devient alors petit, filiforme. L'état général s'aggrave rapidement ; l'enfant, très abattu, presque inerte, devient insensible “à tout et succombe en pleine adynamie, trois à à six jours après le début des accidents.
Parfois l'évolution est véritablement foudroyante et la mort survient en vingt-quatre heures. D’autres fois, au contraire, elle est plus lente, il y a des rechules successives, avec nouvelles poussées érythémateuses, nouvelles . chutes de température, et la mort survient en pleine adynamie, l’amaigrissement étant extrême.
Cependant on peut voir les accidents s’atténuer peu à peu et la complication évoluer vers la guérison ; mais. lenfant très amaigri, reste des semaines sans forces, sans appétit ; la convalescence est interminable.
Telle est l’allure clinique de l’érythème grave que nous avons observé, Quatre symptômes fondamentaux carac-
térisent donc le syndrome lorsqu'il est au complet : l'érythème, qui n’est généralement pas le premier en date, les : vomissements verts, la diarrhée verte, la chute de température, suivie très souvent de réascension. A ces quatre: symptômes’ cardinaux, il convient d'ajouter le facies péri- 1 tonéal, les ulcérations des lèvres, l’'inflammation des bords ciliaires, qui ne contribuent pas peu à donner au syndrome une allure si spéciale ; enfin les phénomènes généraux de la plus haute gravité qui l’'accompagnent.
Comparables dans leur ensemble, les érythèmes graves 4 qui on! été rapportés par les auteurs présentent cependant quelques différences de détail. À côté de cas d’allure épidémique, comme ceux d'Hutinel, de Gillet, de Leroux et Lorrain, de Trastour, il en est beaucoup d’autres isolément observés, — nous dirions volontiers qu'ils sont la majorité, La diarrhée verte fait défaut dans les cas de Leroux et | LÉ Lorrain qui signalent cependant la grande fétidité des