CHAPITRE IV. — ÉTUDE CLINIQUE
La face est habituellement respectée par l’érythème morbilliforme et c’est là un caractère capital pour le diagnostic. Lorsqu'elle est envahie par l’éruption (Obs. VII, X, XI, XV), ce n'est que secondairement et d’une façon discrète, l’'érythème se réduisant à quelques macules sur le front et sur les joues. Dans les cas rares où l’éruption débute par la face, on trouve les premières macules 4u niveau de la région mastoïdienne et sur les parties latérales du cou, comme dans la rougeole. Cet envahissement de la face par l’érythème n’ést pas particulier aux érythèmes malins, comme le croyait M. Hutinel ; nous l’avons observé ou trouvé signalé dans plusieurs cas d’érythèmes très bénins (Obs. VIT).
À côté de ces cas où l’érythème se généralise, respectant ou non la face, il en est d'autres où il se localise aux membres seuls (Obs. II, XIV, XX) ;: il peut être alors exclusivement péri-articulaire (Obs. XX).
En résumé, l’érythème morbilliforme a pour siège de prédilection, non pas le tronc, comme l’a dit Remlinger, mais les membres, surtout au niveau des articulations ; viennent ensuite les fesses, la région sacrée, lé tronc. L’éruption commence par les extrémités ; elle a une marche « centripète » (Hutinel).
Type scarlatiniforme, — L’érythème scarlatiniforme est moins fréquent. La statistique de Remlinger n’en signale que 4 observations sur 49 cas. Dans notre statistique personnelle de l'hôpital Trousseau, il est noté 7 fois sur
29 cas. Dans notre statistique générale, portant sur 182
observations, les caractères de l’érythème sont signalés dans 157 : nous relevons 29 cas d’érythème scarlatiniforme contre 57 d’érythème morbilliforme.
L'érythème scarlatiniforme typique simule à s D méprendre l’éruption de la scarlatine, avec peut- -être une coloration moins foncée et une moins grande DRE de pi-
queté.
Ici encore, c’est par le mode d'apparition et d'extension
que l’érythème pourrait à la rigueur se différencier de la
scarlatine. Il peut débuter par une région quelconque, presque toujours le pourtour d’une articulation, coude, genou, souvent aussi fesses et région sacrée. Il peut rester péri-articulaire (Obs. I, XXVII), ou se généraliser plus ou moins, atteignant alors, beaucoup plus volontiers que l’érythème morbilliforme, l'abdomen, le thorax, le dos. Très rarement il dépasse la partie supérieure du thorax, pour atteindre le cou et la face.
A côté du type scarlatiniforme normal, un autre existe, beaucoup plus rare, qui a les allures d’un érythème scarlatiniforme desquamatif généralisé. Nous ne l'avons pas observé, mais nous en trouvons des exemples très nets dans les cas de M. Le Gendre, d'une gravité exceptionnelle, et dans l'observation de Greffier et Hugueney, parue dans le Dauphiné médical. Diehl en a rapporté un cas essentiellement bénin, sans modification de l’état général. Nous verrons plus loin les caractères desquamatifs de cette forme.
y Type polymorphe. — Tous les intermédiaires existent entre les érythèmes morbilliformes et scarlatiniformes, et l'hésitation est permise quand il s’agit de ranger l’éruption dans un type plutôt que dans l’autre. Ce qu'on voit fréquemment, c’est une association de ces deux types, constituant un érythème polymorpbhe, participant aux caractères de l’un et de l’autre. (
Le plus habituellement, des macules isolées apparaissent sur les poignets, sur la face dorsale des mains et des avantbras, autour des genoux, sur les jambes. Elles deviennent plus nombreuses, confluent autour des articulations ; puis des placards scarlatiniformes apparaissent sur l'abdomen, sur la poitrine, aux aines, sur les fesses ; les macules périarticulaires peuvent elles-mêmes être remplacées par des placards nettement scarlatiniformes, à contours diffus, sans éléments aberrants autour d’eux. <
Quelquefois, l'apparition d’autres éléments vient accen-
. tuer encore la note polymorphe : ici ce seront de véritables papules, ailleurs des vésicules ou des bulles, ailleurs encore des tachès purpuriques.