CHAPITRE V. — DIAGNOSTIC
cours de la fièvre typhoïde, on a beaucoup employé, il y a quelques années, les grands lavages intestinaux avec la solution boriquée. Si l’on réfléchit qu'un litre et demi de solution Poriquée à 30 p. 1000 introduit dans l'intestin 45 grammes d'acide borique, c’est-à-dire 90 grammes par jour dans les cas où l’on pratique deux lavages, on ne s’étonnera plus que des cas d'intoxication avec érythème aient pu être constatés à la suite de cette pratique ; on pourrait même s'étonner de leur rareté.
Herviault en a récemment rassemblé quelques-uns dans sa Thèse. Nous devons dire que la plupart ne nous ont nullement convaincu. I] ne suffit pas de constater la coexistence de lavages boriqués avec une éruption pour rapporter celle-ci à une intoxication par l’acide borique. La plupart des observations d’'Herviault nous semblent des érythèmes avec syndrome grave, dont plusieurs se sont terminés par la mort. Seule est à retenir l'observation V de cette thèse ; il est impossible de n'y pas voir un cas très démonstratif d'érythème boriqué au cours de la fièvre typhoiïde : par trois fois on suspendit les lavages boriqués, chaque fois l’érythème diminua et disparut ; par trois fois
la médication fut reprise, chaque fois dans les vingt-
quatre heures l’érythème reparut avec des caractères identiques : placards rouges, en vastes nappes diffuses, irré-
gulières, avec peau sèche, prurigineuse et desquamation.
lamellaire. Cette observation a la valeur d’une véritable “expérience,
En résumé, au cours de la fièvre typhoide, en présence d’une éruption douteuse, il faudra penser à la possibilité d'une éruption médicamenteuse, au besoin même se livrer à une enquête approfondie sur les médications auxquelles le malade a pu être soumis. Mais il ne faut cependant pas voir partout des érythèmes médicamenteux, comme M. Siredey l’a soutenu en 1894, à la Société médicale des hôpi-
taux.
I1 ne suffit pas de constater la coexistence d’une éraption avec l'ingestion d'un médicament érythrogène (quinine, antipyrine, salol, etc.), pour conclure qu'on est en
présence d’un érythème médicamenteux. Il faut d’abord, bien que ce soit là un caractère assez contingent, que l’éruption observée ait les caractères de celles provoquées par le médicament incriminé ; mais surtout elle doit disparaître par la suppression même de l'élément causal et récidiver à chaque ingestion du médicament.
Bien plus, nous dirions volontiers avec M. Galliard que, verrait-on l’érythème débuter sous un pansement au sublimé ou au salol, ce ne serait pas une preuve, au cas où cet érythème se généraliserait avec apparition de symptômes graves, qu’il fut d’origine médicamenteuse. L’érythème du syndrome aurait pu dans ce cas apparaître à la faveur de l’irritation cutanée locale, due au sublimé ou au salol. C’est un fait d'observation courante que si l’on applique par exemple un sinapisme ou de la teinture d'iode sur la peau d’un enfant qui va contracter la varicelle, les, vésicules surgissent d’abord et en grand nombre sur la région irritée par le topique.
C. — S'il est un diagnostic qui, au premier abord, paraisse ne jamais devoir se poser avec le syndrome érythéma-
teux, c’est bien celui de perforation intestinale, Et cependant, dans bien des cas, surtout lorsque le syndrome se ‘
présente sans érythème ou que l’érythème n'apparaît que tardivement, la chute thermique suivie de réascension, les vomissements verts, parfois le hoquet, le facies surtout, si franchement péritonéal, forment un ensemble qui n’est certes pas sans rapport avec le tableau de la perforation. Nous ne serions pas éloigné de croire que certaines « fausses perforations » sont susceptibles d’être expliquées par l'apparition du syndrome grave secondaire, sans éruption. :
La ressemblance n’est d'ailleurs qu'apparente, et il suffit de connaître la possibilité de cette erreur pour l’éviter. Les signes essentiels de la perforation, douleur abdominale vive, spontanée ou réveillée à la pression, météorisme abdominal exagéré, accélération brusque du pouls qui devient petit et fuyant, font défaut dans le syndrome secondaire.