CHAPITRE VIII — PATHOGÉNIE
les érythèmes soi-disant infectieux de la fièvre typhoiïide doivent être sous la dépendance de produits solubles, de toxines microbiennes ou autres. Et conime on ne saurait fournir la preuve que des germes contenus dans l'intestin, associés au bacille d'Eberth, ont pu sécréter des poisons solubles capables d'impressionner la peau, Rispal conclut : « Pourquoi refuser au bacille d'Eberth le pouvoir de secréter dans de certaines conditions encore inconnues de virulence ou de terrain, des poisons jouissant de propriétés érythrogènes. Les érythèmes de la fièvre typhoïde seraien{ ainsi un symptôme, rare à la vérité, mais possible, de l'infection éberthique, sans qu’il soit nécessaire d’invoquer partout et {toujours l'existence d’une infection secondaire non démontrée. »
Mais si la septicémie. secondaire n’est pas démontrée, -
l’action directe des toxines du bacille d'Eberth dans la production des érythèmes ne l’est pas davantage: Si nous nous rallions à l’idée de l'origine toxique de ces érythèmes, du moins ne saurions-nous limiter cette origine à l’action des seules toxines éberthiques.
Des phénomènes de tous points semblables ont en effet été observés et décrits en dehors de la fièvre typhoïde. Nous n'avons pas la prétention de vouloir exposer l'histoire de ce syndrome érythémateux grave en dehors de la fièvre typhoiïde. Il est cependant nécessaire de rappeler en quelques mots dans quelles circonstances il a pu être observé.
C’est d’abord au cours même de séries d’érythèmes typhoïdiques. Rarement il est vrai, mais d’une façon incontestable, on a vu le syndrome frapper des malades chez lesquels l'absence de toute infection éberthienne à pu être rigoureusement démontrée. C’est le cas de notre petit tuberculeux de l'Obs. IX, des trois néphriles du service
. de M. Boulloche (Obs. X, XV, XXVI), de la néphrite avec
érythème rapportée par M. Le Gendre. On pourrait objecter que ce syndrome n’est alors qu'une modalité d'uré-
mie avec érythème. L’objection a une valeur incontestable.
Cependant, la similitude absolue de symptômes entre les
cas d'érythème de la fièvre typhoïde et ceux de ces néphrites, leur coexistence au cours d’une même épidémie, les lésions anatomiques identiques dans les deux cas, ne permettent guère de méconnaître la réalité du syndrome chez ces malades. D'ailleurs, placerait-on l’érythème sous la dépendance des lésions rénales, que ce serait un argument en faveur de son origine toxique et on ne saurait refuser une origine toxique analogue aux accidents d’allure rigoureusement semblable survenus au cours de la fièvre typhoiïde.
Delozière a observé trois cas de syndrome érythémateux concernant, l'un une paratyphoïde, le deuxième une preumonte, le troisième une septicémie de cause indéter-
minée ; le syndrome était calqué sur celui des typhiques
érythémés ; les lésions du foie, décrites par Pater, étaient identiques. * En dehors des épidémies érythémateuses qui ‘atteignent
surtout les typhiques, un syndrome rigoureusement iden-
tique a été décrit en bien d’autres circonstances. M. Hu-
* tinel, dès 1892, en publiait de nombreux cas au cours où à la suite de la rougeole et il les joignait à ceux observés
par lui en 1890 dans la fièvre typhoïde, pour essayer de dégager la pathogénie du syndrome,
Le Professeur Roger, sous le nom de syndrome infectieux tardif, a fait décrire par son élève Girard (Thèse, 1900) une série de faits assez disparates, observés à la suite de la scarlatine ; on peut y retrouver un syndrome érythémateux assez analogue au syndrome d'Hutinel. Nous-même avons observé, à l'hôpital Trousseau, un cas d'érythème secondaire à la suite d’une searlatine : le Syndrome était presque au complet.
Les exemples sont nombreux et bien connus de ces érythèmes qui apparaissent, indépendamment de tout traitement sérothérapique, au cours des diphtéries graves ; ils s’accompagnent de vomissements, de diarrhée, d’albuminurie, d’ulcéralions des lèvres ; le teint est pâle et plombé. Nous rappellerons les deux cas observés à l'hôpital Trousseau en 1907 et dont les reins, complètement thrombosés,