CHAPITRE VIIL — PATHOGÉNIE
présentaient des lésions macroscopiques identiques à celles de notre Obs. X.
Nous avons trouvé, dans le British medical journal de 1593, une description, dûe à Manning, d’érythèmes graves observés à City hospital de Birmingham au cours de scarlatines et de diphtéries. On la croirait calquée sur la descriplion qu'Hutinel donnait des érythèmes typhiques en 1890. Manning a rencontré ces érythèmes graves dans 2 p. 100 des cas de scarlatine et de diphtérie ; il les observait vers le deuxième septénaire de la maladie, à la suite de processus ulcératifs de la bouche, du nez, de la gorge ;
la température s'élevait à 105 Fah. à chaque recrudes-
cence du rash, pour retomber ensuite à 100. L’érythème s’accompagnait de diarrhée, de vomissements incoercibles, d'albuminurie ; l’amaigrissement était rapide et la mor- talité, effroyable, atteignait 80 p. 100.
Ne retrouve-t-on pas dans cette description l'allure de notre syndrome érythémateux ?
Ménétrier et Aubertin, Beauvy et Chirié ont décrit un syndrome analogue dans l’appendicite ; Laïgnel-Lavastine, dans diverses infections avec lésions de dégénérescence aiguë du foie.
Nous ne ferons que rappeler les érythèmes très connus qui apparaissent au cours de la grippe, du choléra, de l’'érysipèle.
Le syndrome érythémateux qui apparaît au cours de la dothiénentérie n'est donc nullement spécial à la fièvre typhoide et peut se rencontrer au cours d’afjections diverses. Ce fait, qui ne prouve pas que le syndrome observé au cours de la fièvre typhoïde ne soit pas sous la dépendance du bacille d’Eberth et de ses toxines, est du moins la preuve qu'on ne saurait attribuer à la seule toxi-infection éberthienne un rôle exclusif dans la production du syn- . drome et des lésions.
8o Théorie de l'insuffisance hépatique. — Contrai- rement à ses devanciers, le Prof. Roger rattache les signes observés par lui (2 Obs. : XXXIX et XL) à une énsu/f}i-
sance hépatique rapide, qu'explique une destruction massivè et brutale du foie par la toxi-infection éberthienne.
Frappé par l’abaissement insolite de'la température qui accompagnait les érythèmes, la diarrhée verte et les vomissement$ bilieux, et constatant à l’autopsie de ses deux malades une dégénérescence graisseuse complète du foie, M. Roger fit une série d'expériences sur le lapin: Lésant profondément le tissu noble du foie, en injectant par les voies biliaires une solution étendue d'acide acétique, ül obtint des résultats toujours concordants : mort en quelques heures ou quelques jours, avec un abaissement progressif et très marqué de la température (chute de 39 à 310, 270 et même 260)
La dégénérescence aiguë du foie a donc pour conséquence la chute de température progressive et très marquée, qui constitue la manifestation la plus curieuse de l'évolution morbide. L’explication du phénomène est assez délicate: « Faut-il, dit le Professeur Roger, s'appuyant sur les expériences de CL Bernard, de d’Arsonval et Charrin, considérer le foie comme la principale source de la chaleur organique ? Faut-il admettre que la destruction de cette glande a pour effet, en supprimant ce foyer de calorique, de provoquer l’hypothermie chez les êtres normaux et d'entraver, chez les infectés, l'élévation thermique ? Cette conceplion pourrait se soutenir. Mais il me semble plus rationnel d'admettre que l’action du foie, comme celle du rein, est ipdirecte. La suppression fonclionnelle d'un de ces deux organes a pour effet de modifier le métabolisme général de l'économie, d’entraver et de troubler les échanges nutritifs qui représentent la véritable source de la chaleur animale, à l’état de maladie comme à l’état de santé ».
La dégénérescence du foie expliquerait aussi, pour M. Roger, la plupart des autres symptômes : érythème, diarrhée verte, vomissements bilieux, troubles nerveux. Il propose par suite de décrire ces faits comme une véritable Forme hépalique de la fièvre typhoïde. Cette évolution spéciale ne s’observerait que dans les cas d'insuffisance
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