ETUDE HISTOLOGIQUE ET BACTERIOLOGIQUE
Histologiquement, l’érythème a été étudié par Ca-
ROL et Van KRIEKEN qui ont fait une biopsie. Ils ont
prélevé au niveau de l’abdomen un fragment d’an-
neau, et fait des coupes en série, qu’ils ont colorées
lhématine-éosine.
« Les altérations atteignent la peau.
« L’épiderme est à peine modifié, une très légère hyperkératose avec soulèvement de la couche cornée... « Les papilles du derme sont légèrement élargies par places, dans le derme cellules d'infiltration à répartition diffuse et irrégulière, en des points assez espacés les uns des autres. Dans la couche papillaire et sous-papillaire, infiltration plus dense, mais sans former de couche continue. Ce sont des infiltrats périvasculaires irrégulièrement répartis avec cellules irrégulièrement dispersées. Dans la couche moyenne de la peau, la disposition périvasculaire est bien caractérisée, les vaisseaux sont dilatés.
« Le plus grand nombre des cellules d'infiltration sont des polynucléaires auxquels s’ajoutent des lympho et des éosinophiles...
« Rien à dire du tissu élastique et du tissu colla- « gène.
« Pas de microbes aux colorations de Gram ni de « Ziehl.
« La culture du tissu montre la flore microbienne « cutanée normale.
Caroz et Van KRIEKEN concluent à une image d’inflammation aiguë; ils donnent les signes différentiels avec les images d’érythème exsudatif multiforme ca- “actérisé par l’œdème et le thrombus blanc, et d’urticaire annulaire récidivant, où manque l'infiltration diffuse du derme, et où prédomine presque exclusivement la lymphocytose.
C’est là la seule étude anatomo-pathologique de l’érythème dont nous ayions connaissance. Beaucoup plus nombreuses ont été les recherches bactériologiques, soit au niveau de léruption, soit dans le sang.
Presque tous les auteurs s’accordent pour signaler la négativité des recherches bactériologiques. LEHN- DORFF et LEINER et les auteurs allemands n’ont jamais rien trouvé dans le sang, et rien d’autre sur la peau que la flore microbienne banale. Plusieurs hémocultures ont été faites chez les malades dont nous rapportons les observations, et répétées jusqu’à trois fois à l’occasion de nouvelles poussées éruptives ou fébriles; sur milieu aérobie, comme sur milieu anaérobie, elles sont toujours restées stériles.
Toutefois DEBRÉ, LAMY et Mile JAMMET disent avoir obtenu deux fois sur six cas, par ensemencement du sang Sur un milieu qu’ils ne précisent pas, des cultu-
res d’un streptocoque anhémolytique. Ils concluent à l’origine septicémique de l’érythème et tirent des conclusions très importantes tendant à englober « maladie de Bouillaud, chorée rhumatismale, maladie de Still, et endocardite maligne » dans un même groupe morbide dont le streptocoque type viridans ferait l’unité.
Il nous semble qu’il faut être très prudent dans ce domaine. Nous rappellerons l’étude intéressante que firent en 1932 LicHTMaANx et Gross : chez des rhumatisants et chez des malades témoins, ils pratiquèrent des hémocultures en série : on découvrit le streptocoque viridans neuf fois sur les 363 rhumatisants, et huit fois chez les 120 témoins. Cette étude montre que la bactériémie streptococcique n’est peut-être pas exceptionnelle, et légitime les réserves que l’on peut être amené à faire sur l'interprétation de trop rares résultats bactériologiques.
Tel n’est pas l’avis de LE GALL : il rapporte son cas d’érythème chez l’adulte, signale les deux hémocultures négatives, et ajoute « Malgré ceci, nous ne de- « vons pas rejeter l’idée d’une septicémie... à strepto- « coque viridans…., la stérilité d’une culture n’est pas « une preuve formelle ». Nous ferons remarquer qu’une hémoculture négative n’est peut-être pas une preuve formelle de labsence de streptocoque; elle n’est certainement pas une preuve de sa présence.