PRONOSTIC
L'importance pronostique de l’érythème rhumatismal est capitale.
Dans nos 8 observations, nous voyons 5 morts et 3 survies, ce qui est une proportion très élevée.
Déjà le pronostic du rhumatisme aigu chez l’enfant est extrêmement sévère; se rencontrant dans ses chiffres avec AsH4 de Philadelphie, H. GRENET compte sur 253 rhumatisants, 184 cardiopathies et 44 morts, soit 17,39 de décès sur le total des rhumatisants, et 23,91 sur les rhumatisants avec cardiopathies.
Or la manifestation cutanée de l’érythème vient encore assombrir ce pronostic en le portant à 5 décès sur 8
De ces 5 décès, quatre (observations I, IV, V, VE ont eu lieu dans les mois qui ont suivi l'apparition de l’érythème, l’état du malade n’ayant cessé d’être grave.
Mais le cinquième décès (observation II) est survenu chez une fillette cinq ans après l’érythème. L’érythème avait accompagné une forme septico-pyohémique très grave, et permis le diagnostic de sa nature rhumatismale. L'enfant avait guéri de cette forme
très sévère et ne semblait pas présenter de maladie rhumatismale en activité : les signes cardiaques avaient disparu. Et pourtant cinq ans après, l’infection se réveillait, un nouvel érythème le traduisait et l'insuffisance cardiaque entraînait la mort.
Quant aux trois autres cas, cet exemple nous incite à la prudence : ils sont actuellement stabilisés, mais ils sont récents, et combien de temps le resteront-ils ?
Le pronostic chez l’adulte est-il très différent ? LE GALL pense qu’il est moins sévère que chez l'enfant : nous ferons les mêmes réserves, et nous remarquerons que des deux adultes que cite DESHAYES, l’un mourut, et l’autre eut une forme très grave.
Toutefois les auteurs étrangers semblent apprécier différemment le pronostic vital de l’érythème rhumatismal. LEHNDORFF et LEINER l’ont observé dans plusieurs cas à évolution favorable, et WALGREN aussi.
Mais tous les auteurs sont d'accord pour lui accorder une valeur de gravité; il indique la persistance de l'infection, au même titre que les nodosités, et sa répétition même en l’absence de fièvre et d’arthralgies permet d’affirmer l’activité de la maladie.
Enfin et surtout, son pronostic tire sa gravité du fait qu’il accompagne de façon quasi absolue (les deux cas de WALLGREN et d’AsH exceptés) une lésion cardiaque évolutive. LEHNDORFF est formel sur ce
point : nos 8 observations en sont une autre preuve.