‹ Les esclaves chrétiensChapitre 10 sur 37 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

civile et domestique est la conséquence nécessaire de l'égalité religieuse. Mais l'Église chrétienne n'est pas seulement la main qui dépose en terre la semence, elle est aussi le soleil qui la fait mûrir. Dès les premiers siècles elle consacra tous ses efforts à hâter dans les faits les conséquences logique des principes qu'elle avait posés. La troisième partie de ce livre, la Liberté chrétienne ^ fait assister le lecteur à ces impatiences généreuses de l'Église, Ce n'est pas tout d'avoir amené le maître chrétien à considérer l'esclave comme son frère, il faut lui persuader de l'affranchir. A la ferveur du nouveau baptisé, au repentir du pénitent, aux terreurs du mourant, aux larmes des amis en deuil, l'Église proposa, comme la plus méritoire et la plus efficace des bonnes œuvres, comme celle dont l'effet se prolonge le plus sûrement au delà du tombeau, l'aumône de la liberté : le nombre des esclaves ainsi affranchis dans les premiers siècles de notre ère sous l'influence du sentiment chrétien est incalculable. L'autorité que les chefs de la société religieuse acquirent dans les conseils des princes après la conversion de Constantin donna une impulsion nouvelle à ce mouvement en obtenant que le législateur multipliât les causes et les modes d'affranchissement et en simplifiât les formes. En même temps qu'elle exhortait les fidèles à répanâre autour d'eux la liberté, l'Église s'efforçait de

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diminuer les sources de Tesclavage : sous la main d'une religion qui rendait à la famille son honneur et sa force et en réveillait dans les cœurs les saintes affections, on vit peu à peii se fermer la plus triste de ces sources, celle qui s'alimentait par Texposition des enfants. Enfin, le christianisme fit disparaître le principal obstacle à l'abolition de l'esclavage en combattant dès le premier jour de la prédication évangélique le préjugé qui portait le monde païen à mépriser le travail manuel comme indigne de l'homme libre : la réhabilitation du travail était achevée à la fin du v* siècle, l'ouvrier libre était créé, l'ordre économique commençait à se replacer sur ses véritables bases : l'esclavage pouvait disparaître, car il n'y avait plus besoin d'esclaves.

Telle fut Tœuvre à laquelle travaillait l'Église chrétienne au moment où les barbares prirent la place de Tempire romain j et tels sont les résultats qu'elle aVait obtenus par ses seules forces» Leâ lignes générales de ce tableau ont déjà été fixées, avec la science la plus abondante et la plus exacte, et une autorité à laquelle mes éloges ne pourraient rien ajouter : le nom de M. Wallon paraîtra sou- Vent dans ces pages, et si quelque chose peut me rassurer sUr la solidité de tnOn travail, c^est la conformité de tnes conclusions aVec celles de l'éminent auteur de V Histoire de l'Esclavage dam t' au-

XIV INTHODUCTION.

tiquité. Il m'a semblé, cependant, qu'en présence de l'attitude nouvelle prise par l'école historique dont j'ai parlé en commençant, ri y avait encore place pour une monographie qui, appuyée sur les résultats déjà acquis, et aussi sur les travaux dont l'histoire et l'archéologie des premiers siècles chrétiens ont été l'objet depuis quelques années, renfermée d'ailleurs dans d'étroites limites chronologiques, se proposerait de reproduire de préférence cette multitude de détails intimes, d'épisodes touchants ou grandioses, ces parties vivantes mais secondaires, qui trouvent difficilement place dans le cadre d'une histoire générale. Il m'a semblé surtout qu'il pouvait y avoir, en ces temps troublés où nous vivons, un intérêt sérieux et une noble consolation à étudier de nouveau un des plus grands bienfaits publics du christianisme et à voir se déployer dans le passé, aux prises avec un fléau que l'on pouvait appeler alors le mal social par excellence, la force qui, pour nous croyants, <r a les promesses de la vie présente et de la vie future. i> Si malade que paraisse la société moderne, elle l'est mille fois moins que ne l'était celle où le christianisme fit son apparition, car, môme dans les plus mauvais jours, nous sentons vivre au milieu de nous des croyances et des vertus qui ont leur principe dans l'Évangile et qui, véritable sel de la ^ene, arrêteront toujours aune o^A'la\\\^\vK\\\fc\^'^

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