X INTRODUCTION
famille romaine aurait cessé d'en être le soutien. Bouleversement économique, décomposition morale, tel était Tétat du monde servi par les esclaves et asservi à l'esclavage.
Il fallait que celui-ci fût détruit pour que l'œuvre de guérison sociale et de résurrection morale entreprise par le christianisme pût être menée à bonne fin. J'essaie d'analyser les procédés employés par l'Église pour déraciner l'esclavage et fermer en même temps les plaies qu'il avait faites. Proclamer l'égalité de tous les hommes en Jésus-Christ, et montrer par des exemples frappants qu'à ses yeux celle-ci n'est pas une creuse formule, mais une réalité vivante, tel fut le premier pas de l'Église dans la voie au bout de laquelle elle devait rencontrer un jour l'affranchissement des esclaves. La deuxième partie de ce livre est consacrée à étudier le grand principe de Y Égalité chrétienne^ et à en suivre l'application dans les faits. La nouvelle religion ne demanda pas à la société civile la brusque libération des esclaves, et n'essaya pas d'agiter par de généreuses mais imprudentes paroles une civilisation malade : à la fois plus circonspecte et plus hardie, elle agit, dès le premier jour, dans sa sphère propre, comme si l'esclavage n'existait pas. On la vit ouvrir également au maître et à l'esclave la porte de ses lejnpJes et r accès de ses sacrements, les admettre indifféremment Y\xn et l'autre aux \vouu^u\^ ôm
INTRODCCTION. XI
sacerdoce et de i'épiscopat, déposer même les clefs de saint Pierre entre des mains serviles ; on la vit appeler sans distinction les esclaves et les hommes libres à combattre pour le Christ, et poser sur le front victorieux des uns et des autres la couronne du martyre; elle apprit à l'esclave étonné que lui aussi avait reçu de Dieu le droit, que lui refusait la^ loi païenne, de fonder une famille et de contracter avec l'épouse de son choix une alliance honorable; elle fit comprendre à tous les chrétiens la valeur des âmes rachetées par le sang de Jésus-Christ, et oftrit au monde ce spectacle nouveau, des esclaves conduisant au baptême leurs maîtres convertis par eux, des maîtres amenant au prêtre des .esclaves qu'ils avaient gagnés à la foi. Ainsi, sans ébranler en rien la société civile, sans toucher aux relations légales établies entre les hommes, et où l'esclavage tenait une si grande place, le christianisme créa une société nouvelle, un autre ordre de relations, où l'esclavage était aboli.
A mesure que la société civile se laissa pénétrer par la société religieuse, c'est-à-dire à mesure que le monde antique se convertit au christianisme, ces principes et ces habitudes d'égalité durent passer de plus en plus de la sphère des idées et des sentiments dans celle des faits extérieurs : on put entrevoir dans l'avenir le jour éloigné, ma\?) ce;tla/n, où les hommes recoiinaîtraient que Ye§a\\V^