CHAPITRE IV
Si jamais l'idéal du pouvoir absolu, sans limites et sans contrôle, fut réalisé quelque part, c'est dans la maison d'un riche romain au temps de l'empire. Un seul homme était entouré d'innombrables serviteurs ^ vivant les uns pour ses besoins, les autres pour ses . plaisirs. Chacun de ses caprices était une loi. Nul frein i' n'arrêtait le premier mouvement de sa volonté. Cruel,- j emporté, il pouvait torturer et tuer ses esclaves, i Débauché, leur pudeur était à lui. Les empereurs jj essayèrent à plusieurs reprises de protéger ceux-ci i, contre les excès de ce pouvoir sans bornes. Ces louables i tentatives ne produisirent que de faibles résultats; les . lois, quelque bonnes qu'elles soient, ne suffisent pas . à réformer les mœurs; leur action est faible, superfi- f cielle, promptement épuisée, s'il n'existe, à côté d'elles et au-dessus d'elles, une force morale indépendante, r, respectée, ayant pouvoir sur les âmes et entraînant ^ dans un même mouvement le législateur et ceux aux- '
[uels il s'adresse. La philosophie stoïcienne marqua de on empreinte les parties hmnaines et bienfaisantes de a législation des empereurs païens; la plupart des urisconsultes qui entouraient et conseillaient ces )rinces appartenaient à son école, et en firent passer es principes dans leur œuvre; mais elle manquait faction sur le commun des hommes ; elle ne sut point ouvrir aux lois qu'elle inspira le chemin des cœurs.
Néron n'avait pas encore oublié les leçons de Sénèque [uand il chargea un magistrat de recevoir les plaintes les esclaves « victimes de la cruauté, de la luxure u de l'avarice de leurs maîtres, > et quand il défendit
ceux-ci de condamner leurs esclaves aux bêtes ans l'intervention du pouvoir judiciaire * . Domitien, uis Adrien, interdirent de pratiquer sur ces maleureux d'immorales et cruelles mutilations'. Adrien étira aux maîtres le droit de mettre à mort leurs sclaves même criminels, et défendit de les vendre omme gladiateurs sans une décision des magistrats'^, uatonin le Pieux soumit le maître qui c sans juste notif » aurait fait périr son esclave aux mêmes peines jue s'il avait tué celui d'autrui, et ordonna de vendre, pour les soustraire à la puissance de leurs maîtres, les esclaves qui, victimes de mauvais traitements, se seraient réfugiés près de la statue de l'empereur*. Marc Aurèle défendit de mettre en vente sans jugement an esclave sous la condition qu'il serait obligé de combattre contre les bêtes •.
1 Sénèque, De Benef.y Hl, 22; Modestin, au Dig., XLVUI, vin, 1, 5 1. 2 Suétone, Domit, 7; Martial, VI, 2; IX, 7; Ulpien, au Dig,. XLVIII, vm, 4, g 2. — » Spartien, AdrianuSy 18. — * Gaius, Ulpien, au Dig., I, vi, 1, § 2, 2. — û Modestin, au Dig.y XLVflI, vm, 11, J i.
m LES MAITRES.
Ces lois protectrices furent quelquefois suivies d'effet : Adrien punit de la relégation une matrone cruelle envers ses servantes ; Antonin expropria par humanité les esclaves d'un maître barbare ; une curieuse anecdote rapportée par saint Justin montre qu'au milieu du iV siècle on n'osait publiquement faire des eunuques * . Mais cet effet fut ordinairement de courte durée. La plupart de ces lois protectrices, à peine édictées, tombèrent en désuétude. Adrien avait enlevé aux maîtres le droit de vie et de mort : son successeur Antonin esl obligé de renouveler la même disposition. La constitution d' Antonin sur la protection des esclaves maltraités semble n'être qu'une reproduction de celle de Néron; Marc Aurèle défendant de vendre les esclaves pour les combats de bêtes se borne à remettre en vigueur une loi attribuée au même prince. Un demisiècle après Domitien, le troisième successeur de cet empereur doit interdire de nouveau la mutilation des esclaves, et cette interdiction, observée d'abord, bientôt bravée audacieusement% retombe, jusqu'à Constantin, à l'état de lettre morte. Tel fut le sort de la plupart de ces lois ; les mœurs demeurèrent plus fortes qu'elles. Après quelques années de sévérité, les choses reprenaient leur cours accoutumé. Plusieurs empereurs, et Auguste le premier, donnèrent eux-mêmes l'exemple de la cruauté domestique ; un d'eux, Macrin, reçut de ses esclaves indignés le surnom de boucher. Une remarque fera sentir le profond oubli dans lequel tombèi^nt l'une après l'autre les lois rendues en faveur des
1 Ulpien, au Dig.f 1 Y 2 ; S. Justin, Apologia, I, 29. — ^ Dion Casfius, LXXV, U.
sclaves. Â aucune époque les délateurs qui, sous les Qauvais empereurs, étaient à l'affût de la moindre iccusation qui pût perdre les riches romains menacés par l'inimitié ou la cupidité du prince, et poursuivaient jusqu'aux célibataires inobservateurs de la loi Papia Poppaea S ne songèrent à traîner devant les magistrats les maîtres coupables d'avoir abusé de leu)*s esclaves. En dépit de quelques lois timides et inobservées, comme toutes celles qui, d'Auguste à Dioclétien, eurent pour objet la réforme morale de l'empire, les possesseurs d'esclaves demeurèrent donc à peu près maîtres absolus dans leurs maisons, fermées à toute investigation et à toute police.
Nous nous figurons difficilement aujourd'hui quelle était la violence des passions chez des hommes dont à peu près rien ne restreignait le pouvoir. La colère, par exemple, est, à nos yeux, un vice individuel, nuisible surtout à celui qui s'y livre; dans le monde romain, elle était un fléau social, un danger public, c Le Bourgeois Gentilhomme , à qui on offre de lui apprendre la morale, en lui disant qu'elle enseigne aux hommes à modérer leurs passions, n'en veut pas entendre parler : a Non, laissons cela, je suis bilieux eomme tous les diables, et il n'y a morale qui tienne, je me veux mettre en colère tout mon saoul, quand il m'en prend envie. > Cela est plaisant, parce que la colère xie M. Jourdain ne fait pas peur : outre que c'est un bon homme, nous savons bien qu'il n'y a personne chez lui qui ne soit de force à lui tenir tête, à commencer par Nicole. Mais à la place de M. Jour-
1 Tacite, Arm., HI, 23.
(Jain mettons un Verres dans sa province, ou à Rome, même un de ces puissants qui tiennent sous leur toît,
des centaines d'esclaves à leur merci, avec droit de^
vie et de mort, droit de torture et droit d'outrage; j on comprend ce que pouvait être la colère chez un tel, homme, de quels attentats et de quelles souffrances,elle était grosse ; et on s'expHque que les philosopher, fissent des sermons sur la colère, comme ils en fai-^ saient en effet ^ >
Le De Ira de Sénèque paraît avoir été composé^ sous l'empire d'une espèce de terreur. Cet honnête^ homme, faible mais clairvoyant, est épouvanté det mœurs de son siècle ; il écrit aux maîtres, aux riches/ aux puissants, pour les détourner de la ColèrCy comnH.' il écrit à Néron pour lui enseigner la Clémence. Il vo(^ la férocité monter au cœur des possesseurs d' esclave!^ comme il voit l'ivresse du rang suprême faire oscillojr l'àme du jeune souverain; il essaye (sans beaucouj^ d'illusions, je le crois) d'opposer aux maux qu'il re doute les lieux communs d'une philosophie généreusa faible digue contre les débordements de la natur! corrompue. Mais il tente, et ce sera son honneur dai,' l'histoire. Plus les mœurs de Rome se dépravent, ph les caractères s'amollissent, plus aussi ce je ne srfr" quoi de sauvage qui dort au fond de l'homme civilîl. s'éveille et fait éruption. Sénèque le voit et le dit € Une vie molle, facile, fait des hommes prompts àl* colère. N'apercevez-vous pas, à mesure que les f*^ tunes montent, la férocité qui monte avec elles? Vojl^ les riches, les nobles, les magistrats : le souffle der
^ Havet, le Christianisme et ses OrigineSy t. II, p. 122 i[j
rospérité enfle et grossit démesurément ce qu'ils, ont 3 léger et de vain dans le cœur. Leurs oreilles s'ac- )utument aux soumissions et aux flatteries ; la félicité Durrit chez eux la colère \ » Et quelle est cette core ? « une rage sans frein et qui s'épouvante elleême; qui a pour armes les chevalets, les cordes, les ichots, la croix, les bûchers, le croc, les chaînes, les lâtiments de toute nature, le fer rouge qui grave sur
front un signe ignominieux, les cavernes remplies 3 bêtes féroces ^ > Mais cette colère suit-elle au oins une loi, accomplit-elle une œuvre de justice? on, elle est toute de premier mouvement. « Elle ne ipose point sur un principe solide, mais sur une line enflure; elle commence violemment, comme ces urbillons qui sortent tout à coup de terre, puis elle
fatigue et s'abat. Tout à l'heure elle ne rêvait que ipplices raffinés, châtiments inouïs; maintenant elle
radoucit. Ses premiers coups sont mortels, comme
premier venin du serpent; mais sa morsure prongée est sans péril, parce. que ses dents, à force avoir mordu, se sont usées. Elle se contente de la ort de deux ou trois coupables, et souvent celui qui irit est celui qui le mérite le moins, mais que le Lsard a jeté en pâture au premier mouvement de co-
re'. >
Pour épouvanter les maîtres sujets à ces terribles premiers mouvements, » Sénèque leur cite l'exemple connu de Vedius PoUio jetant ses esclaves dans le \der des murènes * ; il leur montre la cruauté deve-
i Sénèque,; De Ira, H, 21. — 2 ihid., HI, 4.| — 3 [/fcid., I, 16. — bid., m, 40; Declemmtia, 1,18; Pline, HisLnat, IX, 29; Tertul^ n. De PaUio, 5.
nant une habitude de l'âme, la vue du sang en donnant le goût, et l'odeur du carnage montant à la tête comme une ivresse ; il raconte l'épouvantable histoire de ce Valerius Messala, proconsul d'Asie sous Auguste, qui, ayant un jour fait abattre trois cents hommes à coups de hache, se promenait au milieu des cadavres en s'écriant : « 0 l'action de roi ! > 0 rem regiaih * / - 11 eût pu ajouter, entre bien d'autres traits de cette na- • ture, celui raconté par Asinius Pollio, dans une lettre à Cicéron, d'un certain Balbus, son questeur en Es- * pagne, qui avait fait jeter aux bêtes un citoyen romain ^ parce qu'il était laid {quia deformis erat *) . Ces exemples étaient trop monstrueux peut-être pour produire v sur tous une salutaire impression ; beaucoup des lec- teurs de Sénèque pouvaient se dire: Je ne suis ni un Pollio ni un Messala. Aussi le philosophe descend-il r de préférence à la vie de tous les jours, à la vie des honnêtes gens, de ceux dont de Maistre disait : c Je ne r sais pas ce qu'est un scélérat, mais je sais ce qu'est un honnête homme : c'est horrible. > « D'honnêtes gens se mettent en colère si l'eau chaude n'a pas été bien préparée, si un verre a été brisé, si un soulier a été r souillé de boue *, si un esclave n'est pas assez prompt, si le breuvage qu'il apporte manque de fraîcheur, si le lit est mal fait ou la table mal dressée *. Qu'un esclave tousse ou éternue pendant le repas, qu'il chasse négligemment les mouches, qu'il laisse tomber une clei avec bruit, nous entrons dans une véritable rage ^ Qu'il traîne trop rudement un meuble, qu'il ne sache pas glacer le vin avec la neige, nous nous indignons ® -
« De Ira, H, 5. — » Cicéron, Ad famiUares, X, 32. — > />e Ira, * » 12. — * im., II, 25. — B !bid, — ^Ibid.
S'il répond un peu trop haut, si son visage exprime la mauvaise humeur, s'il murmure des mots qui n'airiirent pas jusqu'à nous, avons-nous raison de le faire buetter, de le mettre à la chaîne *? Le voilà de- 'ant nous, lié, exposé sans défense aux coups; souvent lous frappons trop fort et nous rompons un membre, lous brisons une dent : voilà un homme estropié parce ue nous avons suivi l'impulsion de la colère là où il tait si facile d'avoir un peu de patience ^ N'y a-t-il as de honte à détester un esclave novice parce que, bre peut-être hier, il conserve dans une servitude réente des restes encore mal effacés de son ancienne berté, parce qu'il n'embrasse pas avec assez d'emressement de vils et pénibles travaux, parce que, haitué à une vie douce, il n'a pas la force d'accompaner en courant le char ou le cheval de son maître, arce que, pendant le travail de chaque nuit (quotiianas vigilias)^ il se laisse aller au sommeil ' ?Pouruoi vous écriez-vous? pourquoi cette fureur? pouruoi, au milieu d'un repas, faites- vous apporter des 3uets ? Parce que vos esclaves ont dit un mot et que, lendant les conversations bruyantes de vos convives, Is n'ont pas gardé un silence absolu *. Nous aurons ait vraiment une belle action quand nous aurons en- .'oyé à l'ergastule un malheureux esclave ! Pourquoi nous hâter ainsi, le battre, lui briser les jambes? Laissons le temps passer sur le premier mouvement de colère, nous serons tout à l'heure plus calmes pour juger. Mais non ! il nous faut de suite punir par le glaive, la peine capitale, les chaînes, les cachots, la
' De /ra,III, 2i. — 2 Ibid., 29. — 3 Ibid.y 30. — * Ibid,, 35.
iSO LES MAITRES.
faim, une faute qui méritait tout au plus un léger châtiment K »
Ce n'est pas un satirique qui parle ainsi, c'est un moraliste pratique. Il veut persuader, il se garderait de mettre sous les yeux de ses lecteurs des peintures exagérées. 11 leur présente un miroir. Plus d'un philosophe même eût pu s'y reconnaître. Plutarque fit un jour dépouiller de sa tunique et battre de verges un de ses esclaves. Celui-ci, homme d'esprit, se mit à citer à Plutarque un livre de Plutarque sur la colère. Plutarque lui répliqua doctement, lui prouva qu'il n'était pas en colère, et dit à l'esclave chargé de tenir le fouet : « Pendant que ton camarade et moi nous philosophons ensemble, continue de frapper ^ » Le mot est joli, mais dur pour les philosophes. Combien d'entre eux, après avoir enseigné « qu'il faut avoir l'âme douce, ne pas s'irriter des fautes légères, » après avoir professé que « les âmes et les corps des esclaves sont formés de la même matière et des mêmes éléments que les nôtres, d se préoccupaient peu de mettre d'accord dans leurs maisons la pratique et la théorie : témoin « ce Rutilius qui, dit Juvénal, se plaît à entendre les coups retentir avec bruit, et préfère la musique du fouet au chant des sirènes; cet Antiphone, dont la maison est emplie de terreur; ce Poliphène, qui n'est jamais si heureux que quand, pour le vol de deux serviettes j il peut appeler le bourreau et faire marquer un esclave avec un fer brûlant ^ »
Après avoir lu ces passages de Sénèque, ces mots accusateurs de Juvénal, on est tenté de prendre au se-
^ De Iray 32.-2 Aulu-Gelle, Noct. ait., 1, 24. — 3 juvénal, XIV, U.
rieux ce que raconte Pétrone quand il nous montre, non pas un philosophe, mais le grossier parvenu Trimalcion, faisant souffleter un esclave pour avoir ramassé un plat (f argent tombé à terre, en faisant fustiger un autre pour lui avoir pansé le bras avec de la laine blanche au lieu de laine pourpre, et approuvant son intendant d'avoir fait mettre en croix l'esclave Mithridate pour avoir médit du génie de son maître *. On comprend surtout Sénèque comptant parmi les principales causes de perte de temps qui se rencontrent dans la vie d'un Romain riche, celui employé au châtiment de ses esclaves, et Dion Ghrysostome s'écriant, un siècle plus tard : « Qui a beaucoup d'esclaves a beaucoup de soucis. Il a le tracas de gronder, de châtier, de flageller, de faire enchaîner l'esclave rebelle, de faire poursuivre l'esclave fugitif*. »
Les femmes n'étaient pas moins cruelles que les honunes. Si, par un sentiment intéressé, elles dénonçaient quelquefois les cruautés de leurs maris à l'égard des esclaves dotaux', elles faisaient parfois durement sentir leur puissance à ceux qui étaient attachés à leur service personnel. Moins d'un siècle avant Sénèque, un poète dont l'âme molle et sensuelle ne s'éleva jamais jusqu'à la satire des mœurs de son temps, le chantre des amours et des grâces, Ovide, met sous nos yeux le spectacle des mêmes emportements engendrant les mêmes cruautés ; leur description se mêle aux harmonieux et monotones soupirs de ses élégies, conïme si la vue du sang eût été nécessaire pour en assaison-
1 Pétrone, Satyriœn, 34, 53, 54. — 2 Sénèque, De Brev. vitœ, 4; Dion Chrysostome, Diogenes sive de serviSf Oratio X. — ^ uipien, au Dig,, XXXIV, m, 24, J 5.
ner les fadeurs. Tout le monde a lu les vers terribles de Juvénal décrivant la toilette d'une dame romaine. (( Le bourreau frappe ; pendant ce temps elle met du fard, cause avec ses amis, fait déployer devant elle des robes brodées d'or; on frappe toujours ; enfin, quand les bras des bourreaux tombent de fatigue : Sors, criet-elle d'une voix tonnante, à l'esclave dont le supplice est fini * . » Et plus loin : « La malheureuse Psécas, les cheveux en désordre, l'épaule nue, le sein nu, coiffe sa maîtresse. Pourquoi cette boucle est-elle rebelle? le fouet punit le crime de ces cheveux qui ne veulent pas plier. En quoi donc Psécas est-elle coupable? Est-ce sa faute si ton visage te déplaît'? » La Corinna d'Ovide n'est point tout à fait aussi barbare; par bonheur pour l'esclave qui l'assiste dans sa toilette, « sa chevelure est souple et se laisse replier cent fois sur elle-même, sans lui faire souffrir la moindre douleur; ni Taiguille ni le peigne ne l'arrachent. Aussi son ornatrix SL-i-eMe le corps intact. Bien des fois on l'a coiffée devant moi; jamais elle n'a déchiré de son aiguille les bras de l'esclave^. » Si, grâce à la qualité de ses cheveux, Corinna était si douce pour ses coiffeuses, d'autres, moins fa vorisées sans doute, se laissaient aller, pendant leur toilette, à des accès de fureur que le poëte, soucieux du décoruMf s'efforce de modérer. « Ne soyez point maussades pendant le temps de votre toilette; que votre ornairix soit à l'abri de vos coups ; je hais les femmes qui déchirent de leurs ongles la figure de cette malheureuse, et enfoncent leuraiguilledanssesbras; l'esclave
1 Juvénal, VI, 480-483. — 2 Ibid., 490-495. — 3 Ovide, Amor,, I XIV, 14-18.
maudit alors, en la touchant, la tête de sa maîtresse, et pleure devant ces cheveux détestés * . » Telles étaient, au dire du poêle qui les a chantées, les femmes romaines dans leurs accès de colère. Gorinna elle-même n'en fut pas toujours exempte. Son ^ani/or, par exemple, qui veillait à sa porte « attaché par une dure chaîne, » fut plus d'une fois amené devant elle et dépouillé de ses vêtements pour être fouetté : il ne dut son salut qu'aux prières d'Ovide *. Il paraît même qu'elle fut souvent moins indulgente pour son ornatrix que ne semblent le dire les vers cités plus haut. L'inconstant Ovide parut un jour épris de cette esclave, Cypassis, 5 habile à disposer les cheveux de mille manières, et digne de coiffer seulement les déesses. » Ayant à répondre aux soupçons jaloux de Gorinna: a Moi, s'écrial-il, j'aimerais une esclave toute découpée par les coups ie fouet ' ! > On ignore si Gorinna, ou la grande dame jue le poëte a chantée sous ce nom, fut convaincue )ar cet argument; mais elle aussi semble avoir été le ces femmes qui, selon l'expression de Juvénal, : payaient aux bourreaux un salaire annuel *. »
Tels étaient, à Rome, vis-à-vis de leurs esclaves, le naître et la maîtresse ; l'inhumanité s'était chez eux tournée en habitude; leur colère avait sans cesse sous la main desinstruments de torture, et elle en usait. Ainsi armée, une irritation soudaine, irréfléchie, pouvait donner la mort à des êtres sans défense, ou au moins les estropier, les torturer, les faire souffrir inutilement; \a moindre négligence, un bruit insoUte, le pli d'une
* Ovide, Ars amat, UI, 239. — » Id., Amor., 1, vi, 19. — 3 jbid.* U,vii, 21. — ♦ Juvénal, VI, 480.
feuille de rose *, les vains oracles d'un charlatan % amenaient quelquefois des conséquences irréparables ; la vie des hommes tenait à un fil, au caprice d'un maître souvent débauché, aviné, nerveux à l'excès, incapable de se contraindre en quelque chose, se croyant tout permis parce que rien ne lui était défendu. Sénèque compare l'âme de ces maîtres irascibles à des corps malades que le plus léger contact fait frémir ' ; la colère, et la férocité qu'elle engendre, dès qu'elle tourne en habitude et qu'elle a toujours autour d'elle de quoi se satisfaire, était devenue en effet une véritable maladie, et il suffisait des causes les plus légères pour exaspérer jusqu'à la folie ces âmes si peu maîtresses d'ellesmêmes, qui se sentaient maîtresses absolues d'autrui. Si le pouvoir de tout faire avait pu à la longue engendrer chez les maîtres cette cruauté presque inconsciente, tant elle leur était devenue naturelle, la faculté de ne rien faire par eux-mêmes et de tout faire faire par autrui accoutuma beaucoup d'entre eux à une mollesse qui ne leur laissait plus de l'homme que le nom. L'esclavage semble avoir été plus funeste encore à la classe des maîtres qu'à celle dès esclaves. Chez la première il détrempa outre mesure les caractères, il rendit l'homme incapable d'un effort, il lui ôta l'habitude de vouloir par lui-même ; il accoutuma beaucoup de riches, de ceux que la langue latine appelait beati^ à passer leur vie portés, pour ainsi dire, dans les bras de leurs esclaves; il fut ainsi à Rome l'un des plus puissants agents de la corruption des âmes et le prin-
* Sénèque, De Ira, II, 25. — s Lucien, Alexandre, 14. — 3 Sénèque, De Ira, ï, 16.
cipal allié, peul^être, du pouvoir absolu. Interrogeons encore Sénèque : il avait senti ce péril et avait essayé de le faire sentir à ses contemporains *. Nous pénétrons par ses écrits dans l'intérieur de ces opulentes maisons où tout se faisait par les esclaves ; il nous montre la volonté et Tintelligence de certains maîtres énervées, abattues, presque anéanties par la trop grande facilité de vivre. « Ils passent leur journée à se faire promener çà et là dans leur chaise ou leur litière ; il faut que quelqu'un les avertisse quand l'heure est venue de se laver, de se baigner, de prendre leur repas *. » Marchent-ijs? ils sont accompagnés d'esclaves qui les conduisent comme des aveugles, leur disent de prendre garde quand il faut monter ou descendre '. € Leurs âmes sont devenues tellement languissantes que, sans le secours d'autrui, ils ne peuvent savoir s'ils ont faim. Un de ces délicats (si l'on peut appeler délicatesse un genre de vie qui ne laisse rien subsister de l'homme) disait, quand, après avoir été retiré du bain, il avait été déposé par ses esclaves sur un siège : « Estce que je suis assis? » Il ne sait s'il est assis ! Sait-il s'il est vivant*? » Voici un de ces délicats à table : « autour de lui se tiennent des esclaves qui connaissent à fond toutes les exigences de son palais, qui savent de quel mets la saveur réveillera son goût, de quel mets l'aspect flattera ses yeux, quel autre pourra par sa nouveauté triompher de ses nausées, de quel plat il est dégoûté, de quoi il a faim ce jour-là ". Couché
1 Seneca... qui morum vitiorumque publicorum et descriptor verissimns et accosator acerrimus fuit. Lactance, Div. Inst.t V, 9. — ^ sénèque, De Brev. . vitcRy 12. — 3 Lucien, Nigrmtis, 34. ~ * Sénèque, De Brev. wito, 12. — « Id., Ep. 47.
sur un lit de roses, il attend son repas; un plaisir est préparé pour chacun de ses sens; des chants harmonieux résonnent à ses oreilles, de voluptueux spectacles sont offerts à ses regards, les saveurs les plus délicates vont réjouir son palais, tout son corps est enveloppé des étoffes les plus douces et les plus moelleuses, et, afin que la volupté ne soit exempte d'aucun de ses sens, des parfums variés sont approchés de ses narines ^ 5 Pendant ce temps, comme pour l'empêcher de succomber à tant de jouissances, des esclaves choisis avec soin raniment par d'habiles massages son corps exténué ; il étend ses doigts inertçs, auxquels un léger frottement rend le mouvement et la chaleur ; et, ôtant les gants qu'on l'oblige à porter jour et nuit pour avoir le toucher plus doux, un serviteur attaché spécialement à cet office promène sa main savante sur tous les membres du maître à demi évanoui, afin de réveiller quelque sensation dans ce cadavre ^ « De tels hommes, dit Sénèque, ont plus de souci d'un de leurs cheveux que de la patrie ; la parure de leur tête les touche plus que le salut de l'État '...Ce n'est pas parmi ces voluptueux que vous trouverez le défenseur de la patrie ni son vengeur *. » De tels mots brillent comme un éclair; ils nous révèlent la secrète pensée du philosophe et la profondeur de l'abîme que l'esclavage avait creusé.
1 Sénèque, De Vtta heata, 12. — s Sénèque, Ep. 66; Athénée, VI; Martial, III, 82. — 3 Sénèque, De Brev. vitœ, 12. ~ ♦ W., De VUa beata, 15.
Ce sont là ses effets généraux; il faut descendre dans es détails et le voir en contact direct et permanent Lvec le maître, le corrompant dès l'enfance, le dépraant pendant les années critiques de la jeunesse, le açonnant comme une cire molle.
Sous l'empire, l'éducation était presque tout entière între les mains des esclaves, depuis ce premier éveil le l'âme qui se fait sur les genoux de la nourrice juspi'à ces dernières et solennelles instructions qui préîèdent l'entrée du jeune homme dans la vie publique il virile. Tacite, étudiant les causes de l'abaissement de ia parole publique *, voit la première de celles-ci dans la substitution de l'esclave à l'homme libre pour l'éducation de l'enfant. « Ce fut d'abord, dit-il, le malpropre de Rome, de là il s'étendit en Italie, puis gagna les provinces *. x> Le temps n'était plus où « une mère chaste élevait son enfant, dans la sévérité et la discipline des aïeux, entre ses bras et sur son sein'. » A l'époque oii écrit Tacite, les mères amollies, quelquefois emportées par ces violentes passions dont les moralistes, les historiens et les poètes nous ont laissé le tableau et auxquelles nul frein moral, nulle loi religieuse, chez la plupart, ne mettait obstacle, avaient cessé de s'occuper elles-mêmes de leurs enfants. La nourrice était appelée à remplacer la mère dans un grand nombre de riches
1 De Oratoribus, sive de camis corruptœ eloqtientiœ. — ^ ii^id.j 28. - 3 Ibid.
m LES MAITRIK.
maisons souvent dévastées par le divorce, et où l'enfant était considéré comme un fardeau. < Le jeune maître, dit Tacite, grandissait dans la cellule d'une femme esclave * . » Il était ainsi nourri « du même lait » que les petits esclaves auxquels il devait commander plus tard ^ Si l'on en croit le philosophe Favorinus, ce lait servile dégradait l'enfant libre et lui inspirait de bas instincts '. Cela au moins devait être souvent vrai de l'influence de la nourrice esclave ; elle avait peut-être tenu auprès de l'enfant la place de la mère indifférente ou répudiée; la reconnaissance, l'habitude, prolongeaient son empire au delà des premières années ; cette influence, dit saint Jérôme, était ordinairement funeste, et, dépravées par l'esclavage, les anciennes nourrices, '' les anciennes berceuses dépravaient à leur tour l'âme de l'enfant, de la jeune fille surtout qui, ayant grandi, ^ n'avait point rompu avec elles *. Une loi de 320 or- ^ donne de verser du plomb fondu dans la bouche de la nourrice qui aura conseillé à une jeune fille de céder /à un ravisseur * : l'atrocité de la peine montre quelle .' était la grandeur du péril. Souvent, cependant, flr faut le reconnaître, l'affection de ces humbles femmes r pour le maître qu'elles avaient nourri était tendre et désintéressée : plus d'une fit preuve d'un dévouement " vrai. Quand Néron fugitif se fut donné la mort, les mains qui le portèrent sur le bûcher funèbre furent ' celles de ses vieilles nourrices Eclogé et Alexandra,' demeurées, avec la concubine Acte, les dernières amies du misérable. Phyllis, la nourrice de Domitien, b
1 De oratoribus, 28. — 2 pétrone, Satyr., 71. — 3 Aulu-Gelle, iVc att., XH, 2. — * S. Jérôme, Ep. 47, ad Furiam; Cf. Ep. 97, Gaudentium, — ^ Code Théod,, IX, xxiv, 1.
dans son petit jardin des faubourgs le corps de l'empereur assassiné : elle recueillit pieusement ses cendres, les porta en secret dans le mausolée des Flaviens, et les mêla à celles de Julie, fille de Titus, qu'il avait aimée et qui était sa sœur de lait*.
A côté de la nourrice, qui était souvent une Grecque, était placé dans les grandes maisons, sous le nom d'educator ou de nutritor % « un esclave pris au hasard, dit Tacite, quelquefois le plus vil et le moins propre à soigner un enfant'. y> L'éducation proprement dite était confiée k Y esclave pœdagogus. Celui-ci, ou la dirigeait lui-même, s'il était un de ces esclaves que, le jour de la vente, un écriteau désignait comme literatot et dont le prix atteignait quelquefois 50,000 francs *; ou, simple surveillant, conduisait son jeune maître aux écoles des grammairiens, pour la plupart anciens esclaves eux-mêmes*. Quelquefois le pœdagogus, eu conduisant 1* enfant aux écoles, devenait savant à son tour : témoin ce Remmius Palaemon qui, d'esclave tisserand devenu esclave pédagogue, apprit les lettres en même temps que son jeune maître, puis, affranchi, ouvrit dans Rome une école ; ses mœurs étaient si dé- , ilriées que Tibère d'abord, Claude ensuite, durent dé- [ îendre par édit de lui confier l'éducation d'enfants ou l de jeunes gens^. Ce que trop souvent était, au point te vue moral, l'esclave pédagogue, cet exemple en a
i Suétone, Nero, 60; DomitianuSi 1?, 22. — 2 OreUi, 2811, 3046; Henzen, 5040, 6007. Vlpien nomme Veducator à côté de la nutriv; h frère de lait et du poidagogus, parmi les esclaves que le mitior viîwfi annis peut aifranchir. Dig., XL, 11, 13. Cf. Instit.i I, vi, 5. — 'Tacite, De Orat., 29. — ^ Suétone , De Illustr. gramm.^ 3, 5. — ^ Sué~ lone raconte la Vie de vingt-quatre grammairiens illustres; quinze soûl «Iw affranchis. — « vSnétone, l. c, 23.
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fait suffisamment juger. Mais tous n'avaient pas la valeur intellectuelle de Palœrabn. Beaucoup de ces éducateurs étaient « choisis, dit Plutarqiie, par des parents qui employaient leurs meilleurs esclaves à la culture de leurs terres, à la direction de leurs navires, à l'exploitation de leurs banques, et confiaient leurs enfants à des serviteurs incapables de tout emploi productifs > Epictète lui-même semble mettre sur la même ligne, dans la hiérarchie de l'esclavage, le pédagogue et le portiers Rappelons-nous Néron élevé chez sa tante Lépida par deux pédagogues dont l'un était un danseur et l'autre un barbier ^ : on comprend que l'âme de l'adolescent n'ait donné qu'une prise superficielle et peu durable, quelques années plus tard, aux leçons de Sénèque.
Le vieux Caton permettait à sa femme de donner le sein aux enfants de ses esclaves, « afin que, nourris du même lait, ils conservassent pour son fils une amitié fraternelle; » tnais il refusait de confier ce fils aux soins d'un esclave pédagogue, f( auoique fort bon- j nête homme et bon grammairien *. » 11 avait senti les ^ vices de l'éducation donnée par les esclaves. Bien peu jj de ces éducateurs, même parmi les plus honnêtes, \ eussent été capables de répondre ce que Diogène es- { clave répondit un jour à son maître lui demandant ce qu'il savait faire : « Commander à des hommes libres S » La plupart des instituteurs esclaves n'étaient propres qu'à préparer à des hommes libres des âmes corrompues par des complaisances de toute nature et
1 Plutarque, De Educat. puer., 7.-2 Epictète, Diss. UI, 26. — 3 Suétono, Nero, 6. — * Plutarque, Cato major, 20. -— 5 Aulu-Gelle, J^ûûl ait.j H, 18; Macrobe, Saturn.y I, il.
ir la contagion de vicieux exemples. Par leurs antédents, par la situation à la fois enviée et fragile l'ils occupaient dans la maison, les pœdagogi esaves étaient moins les précepteurs que les flatteurs î leurs jeunes maîtres, dont ils s'efforçaient de capter
faveur, dont ils encourageaient les passions, dont ; dissimulaient volontiers les vices \ Le grand collecur d'anecdotes Valère-Maxime nous montre un esive pédagogue servant d'intermédiaire entre un ibauché de Rome et la jeune fille dont l'éducation i était confiée, la livrant, la vendant peut-être ^ JLes risconsultes prévoient le cas où un enfant est dés- )noré, son compagnon ayant été acheté par le séducur {corrupto comité); le compagnon, le suivant, li s'est laissé corrompre, est puni de môrt\ Or, irmi les comités dont il s'agit ici, Ulpien nomme le péigogue *. C'étaient là, je le veux bien, d'infâmes exiptions; pour prendre sur le vif le caractère de l'esave pédagogue simplement corrompu, lisons les )mîques latins, Térence, Plante surtout, qui, à avers les originaux grecs, observe et peint si exacment la société romaine de son temps.
Voici, dans le Mercator de Plante, un esclave péda- 3gue. « Il avait été, dit son jeune maître, mon préîpteur depuis ma plus tendre enfance, mon père ivait envoyé avec moi pour être mon surveillant dans les voyages **. » Qui est le confident des passions du iune homme? qui l'aide à cacher sa maîtresse quand i navire qui l'amène arrive au port? qui essaye de
* Lucien, Banquet, 26. — « Valère Maxime, Vr, i, 3. -- » Paul, an <g., XLVII, XI, 1, 8 2. — * Ulpien, au ZWjf., XLVIl, x, U, § 16. -^ >laute, Mercator, I, ii, 89-91.
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fait suffisamment juger. Mais tous n'avaient pas la valeur intellectuelle de Patemon. Beaucoup de ces éducateurs étaient « choisis, dit Plutarque, par des parents qui employaient leurs meilleurs esclaves à la culture de leurs terres, à la direction de leurs navires, à l'exploitation de leurs banques, et confiaient leurs enfants à des serviteurs incapables de tout emploi productif ^ t Epictète lui-même semble mettre sur la même ligne, dans la hiérarchie de l'esclavage, le pédagogue et le portier ^ Rappelons-nous Néron élevé chez sa tante . Lépida par deux pédagogues dont l'un était un danseur et l'autre un barbier^ : on comprend que l'âme de Ta- . dolescent n'ait donné qu'une prise superficielle et peu durable, quelques années plus tard, aux leçons de Sénèque.
Le vieux Caton permettait à sa femme de donner i^ le sein aux enfants de ses esclaves, « afin que, nourris * du même lait, ils conservassent pour son fils une* amitié fraternelle; » mais il refusait de confier ce fils* aux soins d'un esclave pédagogue, ^r auoique fort hon-tf nête homme et bon grammairien*. » 11 avait senti lesp vices de l'éducation donnée par les esclaves. Bien pealf de ces éducateurs, même parmi les plus honnêtes, eussent été capables de répondre ce que Diogène et clave répondit un jour à son maître lui demandant qu'il savait faire : « Commander à des homme libres ^ d La plupart des instituteurs esclaves n'étaiei propres qu'à préparer à des hommes libres des âm( corrompues par des complaisances de toute nature
1 Plutarque, De Educat puer., 7.-2 Epictète, Diss, IIÏ, 26. 3 Suétone, Nero^ 6. — * Plutarque, Cato major, 20. — 5 AuIu- A^oci. ait. y II, 18; Macrobe, Saturn., I, il.
procès, sans rixe, sans querelle. » Il ne faut pas oublier que les parents, ou l'élève lui-même, pouvaient d'un mot réduire au silence le pédagogue importun € et l'envoyer rejoindre à l'ergastule la nourrice négligente*. »
Le dialogue suivant, dans le Phormio de Térence, semble vraiment pris sur le fait :