‹ Les esclaves chrétiensChapitre 30 sur 37 · LES AU;MN1 CIIUÉTIENS · texte numérisé non relu

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bauché el le mariage volontairement stérile, et qui portait tant de parents dénaturés à considérer la fécondité de leur union comme un malheur, et l'enfant comme un fardeau dont il était permis de se délivrer par tous les moyens, même par le crime. Les écrivains chrétiens condamnent dans les termes les plus énergiques ces fruits monstrueux de l'égoïsme. Clément d'Alexandrie déclare que ceux qui ont adopté le célibat par amour de la débauche ne peuvent être les amis de Dieu *. 11 confond dans la même réprobation les époux qui n'ont pas demandé au mariage la fécondité : « Si, après s'être mariés, on ne veut pas avoir d'enfants, on prépare, autant qu'il est en soi, la décadence de la population, la ruine des cités, la ruine môme du monde. Ceux qui agissent ainsi commettent une impiété et contreviennent à l'ordre divin. C'est le trait d'un cœur faible et lâche de ne pas vouloir unir sa vie à une femme et à des enfants ^ » Les Pères de l'Église protestent surtout contre les attentats innombrables dont était victime la faiblesse sacrée de l'enfant, a Vous ne détruirez pas le fruit de la conception et vous ne mettrez pas à mort le nouveau-né, » dit l'auteur del'épitre attribuée à saint Barnabe ^ « Les chrétiens, dit un écrivain du f siècle, épousent des femmes comme les autres hommes et procréent des enfants; mais ils ne rejettent pas le fruit de la génération *. » e Comme tous, dit Origène, ne compi'ennent pas ce qui est la perfection absolue, c'est-à-dire la virginité. Dieu nous a permis de nous marier et d'avoir des enfants, mais il

' Clément d'Alexandrie, Strom., UI, 10. — 2 itid., II, 23. — • S. Barnabe, Ep., 19. — * Ep. ad Diognel.,^.

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nous défend d'oler ki vie aux enfants que sa Providence nous a donnés ^ * « Vous ne détruirez pas votre enfant par ravorlement, disent les Constitutions apostoliques^ et vous n'immolerez pas le nouveau-né : car tout être formé dans le sein de la mère a reçu de Dieu une âme, et sera vengé si on le fait périr injustement \ » « Comment tuerions-nous un homme, s'écrie Athénagore, nous qui considérons comme homicides et devant rendre compte à Dieu de leurs crimes les femmes qui se servent de médicaments pour se faire avorter^?» Tertullien, Reprochant aux païens les attentats commis par eux corttre leurs enfants, ajoute : « Nous, à qui l'homicide a été interdit, nous considérons comme un crime de détruire l'être conçu dans le sein de la mère. C'est donner la mort, qu'empêcher de naître : il est aussi coupable, cehii qui tue l'enfant avant ou après sa naissance *. » Saint Cyprien etMinutius Félix appellent l'avortement volontaire « un parricide ^. » On s'étonnera que les Pères de l'Eglise se soient crus obligés de revenir si souvent sur un tel sujet : mais l'avortement et l'infanticide étaient tellement entrés dans les mœurs, tant de sophismes avaient été inventés pour en voiler l'horreur, qu'il leur était nécessaire d'élever sans cesse la voix, pour mettre les fidèles en garde contre la contagion de l'exemple, et proclamer hautement l'innocence des mœurs chrétiennes*, calomniées par des hommes qui avaient perdu jusqu'au sentiment de leurs propres crimes. L'exposition des enfants était considérée par les disciples de l'Évangile comme aussi cri-

1 Origène, Contra Celsunif VUI, 55. — 2 Const, apost.y VUI, 3. — •1 Atliénagore, Légat, pro Christ. , 35 — * Tertulliew, Apolo^./i. — ^ S Cyprien, Ep. 7, ail Coniel.; Minutius YcUk, Oclaulus/iV,

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minelle que l'infanticide ou Tavorlement. « Nous, dit saint Justin, bien loin de faire du mal à personne ou de commettre quelque action impie, nous avons appris qu'exposer même les enfants nouveau-nés est le fait d'hommes pervers ^ » J'ai déjà cité les terribles paroles adressées aux pères coupables de ce crime par Clément d'Alexandrie, TertuUien, Minutius Félix et Lactance. « Exposer son enfant ou le tuer, dit ce dernier, est un forfait semblable*. »

A ces ignominies sanglantes il n'y avait qu'un remède : faire apparaître dans sa pure beauté l'idée du mariage. L'Église y travailla longtemps, ou plutôt elle y travaille toujours. A la base du mariage chrétien elle plaça le sacrifice, elle appela le sacrifice à présider à sa durée , et même, dans la ferveur des premiers siècles, elle convia une petite élite de cœurs héroïques à couronner ses joies par un rare et parfait sacrifice. La pureté avant le mariage, le désintéressement au moment du mariage, l'amour et le dévouement pendant le mariage, quelquefois, pour des époux qui se sentaient appelés à une vertu plus haute, la continence au sein même du mariage, tel fut l'idéal proposé par elle aux mœurs chrétiennes, opposé par elle aux mœurs païennes. « Donnons promptement, dît saint Jean Chrysostome, des épouses à .nos fils, afin qu'ils apportent à leurs fiancées des corps purs et vierges : ce sont là les amours les plus ardentes ^. Rien, ajoutet-il, n'orne l'adolescence comme la couronne de la pureté; rien n'est plus beau que de pouvoir arriver

' s. Justin Apolog., l, "il. — 'Lactance, Div, Inst., VI, 20 — ^^S, Jean Chrysostorae, In I TlûmotH. \\ots\. Yk,^.

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pur au mariage. La femme qu'il épouse est charmante pour celui qui n'a point péché. Un amour plus ardent, une bienveillance plus sincère, une amitié plus forte, telle est la récompense du jeune homme qui s'est ainsi préparé à ses noces K » Aussi n'a-t-il pas assez de blâmes pour les parents intéressés qui refusent de marier leur fils avant qu'il ait « réalisé de grandes économies ^ > fait « sa carrière et sa fortune^. » c Vous n'avez nul souci de l'âme! » s'écrie-t-il *. Grande parole, bien digne d'être entendue des chrétiens de tous les siècles! On ne peut faire de l'amour conjugal sanctifié par la grâce divine un plus délicieux tableau que celui tracé par Clément d'Alexandrie •: « L'époux, dit-il, est la couronne de l'épouse, le mariage est la couronne du mari, et les enfants de l'un et de l'autre sont les fleurs du mariage que le divin agriculteur a cueillies dans les jardins de la chair ^. i> Et il ajoute, citant le livre des Proverbes : « Les vieillards ont pour couronne les enfants de leurs enfants, et les pères sont la gloire de leurs fils ^. » Avec quelle fraîche poésie l'enfant est introduit dans ce foyer chrétien, dont il doit être l'ornement ! 11 y devient un gage de la bénédiction céleste, un signe de la présence même de Dieu. Clément d'Alexandrie le dit encore avec une grâce exquise. Il cite la parole de Jésus-Christ : c( Là où deux ou trois seront assemblés en mon nom, je serai au milieu d'eux ', » et il ajoute : « Quels sont ces deux ou trois qui, rassemblés au nom du Seigneur, ont le Seigneur

' s. Jean Chrysostome, De Anna, sermo 1, 6; cf. H, 6. — 2 i(j,^ /^ / Thess., hom. V, 3. — 3 Id., In Matlh. hom. LIX, 7. — '^ Ibid. — « Clément <J'Alexandrie, PoRdag., H, 8. -^ « Proverb., XVII, G, — ' S, ^viJ\V\\^xs.^ XXVIU, 2P, ' '

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au milieu d'eux? Jésus-Christ n'entend-il pas par trois le père, la mère et l'enfant ^? » Saint Cyprien ne veut pas que les parents chrétiens s'effrayent du nombre de leurs enfants; il n'y voit qu'un motif pour eux de redoubler de prières et de bonnes œuvres. « Tu as, dit-il, dans ta maison beaucoup d'enfants. Tu dois être d'autant plus généreux. Ce sont plus d'êtres pour lesquels tu dois prier Dieu, dont les péchés ont besoin d'être expiés, les consciences d'être purifiées, les âmes d'être délivrées. Dans ce monde, plus on a d'enfants, plus la dépense est grande; dans la vie surnaturelle, plus on a d'enfants, plus dans leur intérêt on doit faire de bonnes œuvres *. » C'est ainsi que les soucis légitimes du père de famille sont éclairés et comme transformés par un rayon divin. Que l'on compare ces paroles à l'odieux calcul de tant de parents païens! Ceux-ci diminuent par le crime le nombre de leurs enfants : le chrétien obtient par la prière et la vertu les grâces dont les siens ont besoin. Le tableau n'est pas achevé : un dernier trait y manque encore. A la coupable stérilité de beaucoup de mariages païens, l'Église opposa la continence exceptionnellement gardée par des époux chrétiens, comme aux débordements du célibat égoïste elle avait opposé les saintes immolations de la virginité. Les vies des saints % les écrits des Pères *, les inscrip-

1 Clément d'Alexandrie, Strom.y III, 10. — 2 s. Cyprien, De opère et eleemosynis y iS. — ^ Historiapassionis S. Cœciliœj publiée par Bosio; Acta SS. Juliani, Basilissœ et sodorum, apud Ac^a 55-, Januarii, 1. 1, p. 576; Vita S. Euphraxiœ, ibid., Martii, t. Il, p. 261. ~ *TertuUien Ad uxoremy 5, 6; S. Ambroise, Exp. ev. sec. Lucam.^ I, ^ ; S. Augustin, Ep. i'2,1; De vera religione^ 41; De sermone Domini in monte, I, U, 15; S. Jérôme, Ep. 71 ; Salvien, De Gub. Dei, V, 10 ; Adv. avar., H 4, 6; S. Grégoire de Tours, De gloria cou(ess,, 76; S. Avit, De laude

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lions elles-mêmes \ font fréquemment allusion à ce sacrifice consenti d'un commun accord par un mari et une femme. Quelquefois, comme dans la ravissante histoire de Cécile et de Valérien, c'est sur le seuil même du mariage que les promesses en sont échangées; plus souvent c'est après s'être donné l'un à l'autre des enfants, que les époux se tournent vers une* vie plus parfaite. « Après avoir donné plusieurs enfants à son mari, dit Clément d'Alexandrie, sa femme devient sa sœur, et vit avec lui comme si elle était née du même père, ne se souvenant qu'il est son époux que quand elle regarde ses fils, aussi parfaitement sa sœur qu'elle le sera un jour lorsque sera tombé ce voile de chair qui divise et cache les âmes *. ^

Ce subhme idéal, accessible à un petit nombre, mais dont la- purifiante influence se répandait sur tous, élevait le mariage chrétien à de telles hauteurs que le soupçon même des cruautés et des immoralités fréquentes dans les familles païennes ne pouvait l'atteindre. Aussi les Pères des trois premiers siècles, si ardents, cependant, à censurer les mœurs des fidèles, ne reprochent-ils jamais à ceux-ci les attentats domestiques dont, autour d'eux, tant de parents dénaturés se rendaient coupables. Us les en savent innocents, et, dans leurs Apologies, ils le disent à la face du monde entier. A mesure que le nombre des chrétiens augmente, celui des enfants voués à la mort, ou à un esclavage pire que la mort, diminue. Les mariages redeviennent féconds, les familles nombreuses. La plus

*De Rossi, Roma sotterranea, t. I, atlas, tav. xxxi, n* 13; Ed. Le Blant, Inscr. chrét, delà Gaule^ n» 391, t. H, p. 30. — ^ C\(imftTv\.«iL ^vsîaswtirio, Strmn Vf, i^-

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horrible des plaies du inonde antique se guérit peu à peu. Acerlaincs époques de misère publique elle semble, il est vrai, se rouvrir : mais l'Église veille et se montre toujours prête à combattre le mal. Si, au iv' et au v** siècle, il subsiste encore, ce n'est plus qu'à l'état d'exception. La douceur chrétienne a vraiment vaincu. « Ceux qui autrefois, dit saint Jean Chrysostome, immolaient leurs enfants comme s'ils ne les connaissaient pas, maintenant sont devenus les plus miséricordieux et les plus compatissants de tous ^ . »

L'Église ne put atteindre ce but qu'en changeant les cœurs, en guérissant les âmes, en transformant les mœurs. Un tel travail devait durer plusieurs siècles. En attendre patiemment le résultat ne pouvait suffire à son ardente charité. Patiente comme Dieu, l'Église est aussi, comme lui, toujours on acte. Elle prépare de loin des effets qui doivent renouveler la face du monde : elle court en même temps au plus pressé. Pendant qu'elle restaurait le mariage et la famille, et, par la bienfaisante contagion de ses idées, amenait peu à peu les païens eux-mêmes à considérer l'exposition des enfants comme un crime et presque une impossibilité morale, elle envoyait des légions d'apôtres de la charité au secours des malheureux abandonnés. VŒuvre de la Sainte-Enfance date en réalité des premiers siècles de l'Église. De tout temps l'adoption des orphelins fut recommandée aux fidèles. « Quand un enfant chrétien, garçon ou fille, reste orphelin, disent les Constitutions apostoliques^ c'est une bonne œuvre si un frère, privé d'enfants, l'adopte et le traite comme son enfant... Et

t Sf Jean Chrysos^on\e, In illuA ; F\\\v,r t^ «.ewXvVV^w-Vl^ %m^Iia,4.

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