‹ Les esclaves chrétiensChapitre 6 sur 37 · INTRODUCTION. V · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. V

Je crois la question nettement posée. J'essaie, après tant d'autres, et en m'appuyant sur leurs travaux, de la traiter a mon tour. A mes yeux, l'histoire, interrogée sans parti pris, démontre que le christianisme a été la cause du progrès moral accompli depuis son avènement, et que sans lui l'esclavage, ce péché originel des antiques civilisations, n'eût point disparu de ce monde. L'histoire de l'esclavage peut, depuis l'ère chrétienne, se diviser en trois périodes. La première commence aux débuts de la prédication évangélique, et se termine à l'établissement des barbares sur les ruines de l'empire romain. La deuxième s'étend depuis cette date jusqu'à celle, indéterminée parce qu'elle n'est point partout uniforme, où l'esclavage a disparu des principales contrées de l'Europe civilisée. La troisième s'ouvre à cette lamentable renaissance de la servitude qui jette une ombre funeste sur la découverte du nouveau monde et coïncide avec l'époque où commencèrent à s'affaiblir les mœurs, les croyances et la constitution sociale du moyen âge catholique : elle est à peine fermée d'hier. A chacune de ces périodes l'Église se montra l'ennemi le plus résolu de l'esclavage et l'agent le plus actif comme le plus puissant de sa destruction. Mais, si elle lutta tou- •1 jours contre lui, elle ne fut pas toujours seule à. l^ A faire. Ainsi, après rétablissement des barbares àaxv^ f/ejnp/re, les nouvelles formes politiques im^o^^e^

Vi INTRODUCTION.

aux populations vaincues par les conquérants germains, les mœurs de ceux-ci, les traditions qu'ils apportèrent avec eux, paraissent avoir été peu favorables au maintien de l'esclavage personnel, tel que le pratiquèrent la Grèce et Rome, et avoir contribué dans une assez large mesure à sa transformation en un servage réel, véritable transition entre l'esclavage et la liberté : l'Église conserva la direction de ce mouvement, elle a l'honneur du résultat, que seule elle prévut et voulut, mais sa main s'appuya, pour le préparer, sur de souples et dociles instruments. De même pour les longs et laborieux efforts qui ont enfin amené dans la seconde moitié du XIX* siècle l'affranchissement des derniers esclaves possédés par des maîtres baptisés. Les diverses communions chrétiennes, et, à leur tête, l'Église catholique, ont eu la principale part dans le mouvement d'idées qui prépara ce résultat. Les rois de France, d'Espagne, de Portugal, comme la couronne protestante d'Angleterre, vendaient à des compagnies le monopole de la traite des noirs et s'associaient à leurs profits, les philosophes se taisaient, Voltaire prenait des intérêts dans une société coloniale, Montesquieu n'osait réprouver l'esclavage qu'en enveloppant sa pensée des voiles de Pironie, quand depuis longtemps les papes élevaient la voix en faveur des Indiens et des nègres et ne craignaient pas de lancer l'excommunication

Page 1