‹ Les Essais de Michel de MontaigneChapitre 120 sur 449 · DE LA TRISTESSE · texte numérisé non relu

DE LA TRISTESSE

P. 9, 1. 5. Malignité). Le mot italien «tristezza», en même temps que le chagrin, désigne la méchanceté. On le trouve dans les deux sens.

P. 9, 1. 6. Les stoïciens). Dans les lectures qu'il fait après 1588, Montaigne trouve ceci, notamment chez saint Augustin, Cité de Dieu, XIV, viii.

P. 9, 1. 7. Psammenitus). Souvenir d'Hérodote (in, xiv). Montaigne ne reprend pas du tout ici les mots du traducteur Saliat.

P. 9, 1. 15. Un prince des nostres). Sur l'expression «prince des nostres», cf. ci-dessous (I, xxiv, t. I, p. 158, 1. 2). Il s'agit de Charles de Guise, le fameux cardinal de Lorraine qui assista au Concile de Trente depuis le milieu de l'année 1562 jusqu'à la fin de 1563. Son frère le duc François de Guise, le chef de la famille, mourut assassiné devant Orléans le 24 février 1563; le 6 mars 1563 un autre de ses frères, un bâtard puîné, abbé de Cluny, mourut des suites d'une fluxion de poitrine contractée à la bataille de Dreux.

P. 10, 1. 15. Ancien peintre). Il s'agit d'un tableau de Timanthe, peintre du iv' siècle avant J.-C. Beaucoup d'auteurs anciens ont mentionné la particularité à laquelle Montaigne fait allusion : Cicéron, Oralor, XXII ; Pline, Hist. nat. XXXV, x; Valère Maxime, Vni, II, ext. 6; Quintilien, Inst. orat., II, xui. Montaigne ne reproduit les mots d'aucun de ces auteurs. Il trouvait d'ailleurs le même fait souvent rappelé chez les vulgarisateurs contemporains.

P. 10, 1. 24. Dirignisse). «Avoir été pétrifiée par la douleur.» (Ovide, Métam.,W, 304.) Les éditions du XVI' siècle comme les éditions modernes donnent le

texte : « diriguitque malis » ; Montaigne change la forme du verbe pour fondre plus intimement la citation latine dans la phrase française.

P. 11,1. 5. Et via). « Enfin à grand 'peine la douleur a ouvert un passage à sa voix. » (Virg., En., XI, 151.)

P. II, 1. 6. En la guerre). Cf. Paul Jove, Historix sui temporis : «Erat inter Germanos duces insignis Raisciacus Suevus : hujus filius impiger adolescens, quum ignaro pâtre in aciem prodiisset, strenueque decertans spectante ante alios atque admirante virtutem pâtre, a cunctis vel ignotus eôuse laudaretur, priusquam se explicaret a circumfusis hostibus est interfectus. Tum vero Raisciacus casu equitis vehementer commotus, ignarusque suaj sortis, conversus ad alios duces : omni, inquit, laude perornandus videtur hic quisquis sit equitum longe lortissimus, ac omnino publici funeris honore tumulandus. Id quum ab omnibus pari pietate probaretur, infœlicis filii ad longe miserrimum patrem cadaver est relatum, verioresque tum omnibus obortse sunt lachrymje sed in pâtre repentinus dolor profundius ad vitalia pervasit, atque ita ille paulo post, quum rigentibus oculis stetisset, nihil eff"atus interiit. » (XXXIX, f" 252 c.)

P. II, 1. 15. Chi pno dir). «Qui peut dire à quel point il brûle, est dans un petit feu. » (Pétrarque, sonnet 137.)

P. II, 1. 18. Misera qitod oinnes). « Misérable que je suis! l'amour m'arrache le sentiment. A ta vue, Lesbie, je perds la parole, je suis hors de moi; ma langue s'embarrasse, une flamme subtile court dans

ESSAIS DE MONTAIGKE.

mes membres; mes oreilles bourdonnent, et la nuit couvre mes yeux. » (Catulle, li, 5.)

Ce texte se lit dans diverses éditions du xvi" siècle, en particulier Anvers 1569, Lyon 1573, etc.

P. 12, 1. 14. Ctirœ). « Les légers soucis sont bavards, les grandes passions sont silencieuses. >> (Sén., Hipp.,

n, III, 607.)

p. 12, 1. 17. Ut me). «Dès qu'elle me vit approcher, dès qu'elle aperçut de tous côtés les armes troyennes, affolée, frappée comme d'une vision prodigieuse, elle se pétrifia soudain: la chaleur abandonna ses os : elle tombe, et ce n'est que longtemps après qu'elle peut enfin parler. » (Virg., En., III, 306.)

P. 12, 1. 20. OuUre la femme). Montaigne réunit ici plusieurs exemples de morts causées par la joie. D'autres avant lui avaient fait de pareilles collections. Cf. Aulu-Gelle, III, xv ; Crinitus, De honesta disciplina, II, VI ; Messie. Diverses levons, I, xvii; Ravisius Textor, Officina, etc.. Les mêmes exemples se retrouvent souvent chez ces divers auteurs. La liste de Ravisius Textor présente tous les noms allégués par Montaigne à l'exception de celui de Léon X. Montaigne a dû connaître celle-là ou quelque autre analogue. En tous cas il n'a pas eu à prendre chacun des exemples suivants à sa source.

P. 12, 1. 20. Femme romaine). Cf. Pline, Hist. nat., VII, Liv.

P. 12, 1, 21. Sophocle). Id., ibiJ., et Valère Maxime, IX, XII, ext. ).

P. 12, 1. 21. Denys). Cf. Pline, Hisl. nat., VIL Liv. Le récit de Diodore de Sicile est différent de

celui de Pline; c'est sur la foi de Diodore que Montaigne atténuera son affirmation lorsque, après 1588, il parlera à nouveau de la mort de Denys. (II, xvii, t. II, p. 414, 1. I.)

P. 12, 1. 22. Talva). Cf. Valère Maxime, IX, xii.

P. 12, 1. 24. Léon dixiesme). Cf. Guichardin, Hisl. d'Italie, XIV; mais cet auteur ajoute que Léon X fut peut-être empoisonné, supposition que Montaigne ne mentionne pas. «Mori di morte inaspettata il primo di di Dicembre il Pontefice Lione, il quale havendo havuto... la nuova dello acquisto di Milano, & ricevutone incredibile piacere, soprapreso la notte medesima da piccola febre, & fattosi il di seguente portare a Roma... mori fra pochissimi di, non senza sospetto grande di veleno datogli. » (F° 695 A.)

P. 13, 1. 2. Diodorns). Cf. Pline, VII, liv.

Chronologie : Cet essai est probablement l'un des plus anciens. Un emprunt à Guichardin le rattache au groupe de 1572; de plus Montaigne, pour recueillir des exemples de morts causées par la joie, se sert probablement de la compilation que nous verrons de nouveau entre ses mains quand nous étudierons l'essai I, xx : or l'essai I, xx, est de mars 1 572. Il est vrai que Montaigne emploie l'expression « dernièrement » à l'occasion d'un fait qui date de 1563, et cela pourrait nous inciter à placer la composition de cet essai bien avant 1572 : ce serait oublier, je crois, que le mot « dernièrement » a souvent, au xvi= siècle, un sens très élastique.

Page 1